Archives de l’auteur : Gary L. Francione

Pourquoi le Véganisme doit être la Base

Chers collègues :

Imaginez que vous soyez en train de discuter avec un groupe de personnes qui sont des amateurs de voitures de collection et qui conduisent juste pour le plaisir de conduire, non pour un quelconque but particulier. En fait, ces personnes pensent que conduire des voitures de collection pour le plaisir est une tradition importante, un élément crucial de leur culture et, quotidiennement, ils prennent leurs voitures et conduisent juste parce qu’ils aiment ça et qu’ils considèrent cela comme partie intégrante de leur personne.

Si vous deviez expliquer à un tel groupe de personnes qu’il est moralement inacceptable d’utiliser leurs voitures pour se rendre au cabinet d’un médecin pour passer un examen médical, ou pour conduire un membre de leur famille aux urgences, ces personnes penseraient certainement que cela n’a aucun sens. Après tout, elles pensent qu’il est acceptable de conduire simplement pour le plaisir. En effet, la conduite pour le plaisir est un aspect important de leur vie. Pourquoi accepteraient-elles de croire que conduire pour une bonne raison est une mauvaise chose alors qu’elles pensent que conduire pour leur simple plaisir en est une bonne ?

Imaginez un second scénario. Au lieu d’essayer de persuader ce groupe de personnes que conduire pour une raison médicale sérieuse est mauvais, vous soutenez que prendre la voiture pour le plaisir et pour une destination déterminée -qui n’est pas différente de n’importe quelle autre destination- est mauvais. Une fois de plus, ces conducteurs pour le plaisir trouveraient votre position étrange car purement arbitraire. Pourquoi est-ce que conduire pour le plaisir jusqu’à un point donné serait différent de conduire jusqu’à un autre endroit ? Et s’ils étaient susceptibles d’accepter que conduire jusqu’à une destination choisie arbitrairement était mauvais, cela ne répondrait pas à la question de savoir si conduire pour le plaisir en général est mauvais. Leur activité préférée serait menacée.
Cette hypothèse simple nous aide à comprendre les raisons morales, logiques et psychologiques pour lesquelles le véganisme doit être le fondement du mouvement pour les droits des animaux et pourquoi les campagnes ciblées n’ont aucun sens.

Manger des animaux : Souffrance et Mort pour le plaisir de la bouche

La plupart des gens mangent de la chair animale et des produits animaux. Personne ne soutient que nous avons besoin de manger ces produits pour une meilleure santé ; au contraire, les professionnels de la santé publique affirment de plus en plus que les produits d’origine animale sont mauvais pour la santé humaine. Mais que la nourriture animale soit néfaste ou pas, elle n’est certainement pas indispensable. Même la très conservatrice American Dietetic Association reconnaît ceci :

La position de l’American Dietetic Association est que les régimes alimentaires végétariens correctement menés, y compris les régimes végétariens stricts ou vegan, sont bons pour la santé, nutritivement appropriés et peuvent apporter des bénéfices sur le plan de la santé dans la prévention et dans le traitement de certaines maladies. Les régimes alimentaires végétariens correctement planifiés sont appropriés pour les individus quel que soit leur stade de développement dans le cycle de vie, y compris la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence et même pour les athlètes.

Et nous savons que l’élevage du bétail est une catastrophe écologique.
La seule justification que nous avons pour imposer cette souffrance terrible (dans les conditions les plus «humaines») et la mort de 56 milliards d’animaux terrestres ainsi qu’un nombre inconnu mais probablement d’égale envergure de poissons et autres animaux aquatiques, est que leur chair a bon goût.
Nous prenons part à cet impressionnant massacre d’animaux pour notre plaisir, notre amusement ou pour des raisons de commodités. Consommer des animaux sans raison valable est une part importante de la vie quotidienne de la plupart des gens. En réalité, de nombreuses personnes considèrent qu’infliger ces atroces souffrances est totalement inutile et ces mises à mort représentent une importante tradition, quelque chose faisant partie intégrante de notre « exceptionnalisme humain ».

La vivisection

Maintenant, imaginez-vous défendre l’idée selon laquelle l’utilisation des animaux pour les expérimentations biomédicales est inacceptable. Comme je l’ai affirmé, il y a un doute raisonnable au sujet de la nécessité de la vivisection en tant que science empirique et il n’y a aucune justification morale pour la vivisection. Cependant, une écrasante majorité des gens pensent que la vivisection est importante pour la santé humaine.

Pourquoi est-ce que des gens qui pensent qu’il est acceptable d’infliger souffrance et mort aux animaux pour leur plaisir considèreraient-ils qu’il y a quelque chose de moralement inacceptable dans le fait d’utiliser les animaux pour un motif qu’ils pensent (à tort à mon avis) en fait être nécessaire et bénéfique? Pourquoi est-ce que des gens qui sont prêts à boucher leurs artères avec du gras animal parce qu’ils aiment le goût des produits d’origine animale ne voudraient-ils pas soutenir le massacre de plus d’animaux pensant (là encore, à tort selon moi) que de la mort de ceux-ci résultera un traitement pour leurs problèmes de santé ?

La réponse est simple : ils ne le veulent pas. Ils ne le peuvent pas.

Opposer l’argument que la vivisection est moralement inacceptable à des gens qui consomment des produits d’origine animale serait comme dire à des amateurs de voitures de collection que les conduire pour une raison valable est moralement inacceptable. Ces amateurs pensent que conduire pour une raison aussi futile que le plaisir est tout à fait acceptable. Pourquoi penseraient-ils qu’il y a quelque chose d’intolérable dans le fait de prendre leur voiture pour se rendre chez le médecin ou pour aller aux urgences ? Et s’ils devaient accepter que conduire pour une raison importante était mauvais, leur activité préférée serait sérieusement remise en cause de manière générale.

C’est pourquoi, malgré 200 ans de campagnes contre la vivisection, non seulement cette pratique continue mais le nombre d’animaux utilisés lors d’expériences biomédicales est en fait en constante augmentation.

Les autres campagnes ciblées

Considérons maintenant les campagnes ciblées qui ne se basent pas sur la vivisection, telles que les campagnes contre un certain type de chasse, ou les campagnes contre l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques, ou les campagnes contre la fourrure. Ces campagnes reviennent à choisir arbitrairement une destination et dire à nos amateurs de voiture de collection que rouler jusqu’à cette destination est mauvais voire pire que de rouler jusqu’à une autre destination. Ils pensent que c’est acceptable de rouler pour le plaisir alors pourquoi penseraient- ils que rouler jusqu’à une destination sélectionnée arbitrairement serait mauvais ?

Encore une fois, ils ne le voudraient pas. Ils ne le pourraient pas.

De la même manière, ceux qui consomment des produits animaux et qui pensent qu’il est moralement acceptable d’imposer souffrance et mort à des animaux pour notre plaisir gustatif, participent à cette utilisation animale tous les jours, plusieurs fois par jour même. Pourquoi penseraient-ils que la chasse est mauvaise alors qu’ils vont au supermarché et achètent des produits faits à partir d’animaux qui ont souffert tout autant, si ce n’est plus, que les animaux que l’on chasse ? Pourquoi penseraient-ils qu’utiliser des animaux pour d’autres raisons futiles est moralement inacceptable ? Ils mangent des animaux par goût et ils vont au zoo ou aux courses hippiques : pourquoi penseraient-ils que les animaux sauvages dans les cirques présentent un problème particulier ? Ils portent de la laine et du cuir, les deux sont issus d’une inimaginable dose de souffrance animale. Pourquoi auraient-ils un problème particulier avec la fourrure ?

Voilà pourquoi, malgré des dizaines d’années de campagnes ciblées contre la chasse, ce «sport» persiste toujours ; voilà pourquoi la plus longue campagne ciblée de l’histoire du plaidoyer animal, à savoir la campagne contre la fourrure, demeure un échec retentissant. Bien que ce genre de campagnes puissent susciter un certain intérêt, la réalité est qu’elles sont vouées à l’échec dans une culture qui considère la consommation d’animaux pour la nourriture comme acceptable.

Aussi longtemps que nous vivrons dans une culture qui ne remet pas en question l’utilisation des animaux pour la nourriture, encore une fois pas seulement le traitement des animaux mais l’utilisation des animaux, les gens n’adopteront généralement jamais les campagnes ciblées de quelque manière que ce soit. La plupart des gens verront ces campagnes comme arbitraires. La plupart des gens reconnaîtront que les utilisations d’animaux sur lesquelles se concentrent les campagnes ciblées ne sont pas pires que les utilisations qu’ils considèrent comme acceptables. Et ils sont prêts à s’engager dans l’exploitation animale non-nécessaire chaque jour de leur vie ; pourquoi auraient-ils un quelconque problème avec une autre utilisation des animaux qui est tout aussi dispensable ?

J’ai récemment discuté avec quelqu’un qui était impliqué dans une campagne contre la chasse dans un parc particulier. Il s’est retiré de la campagne et m’a expliqué qu’il a décidé que ce que faisaient les chasseurs n’était en fait pas différent de ce qu’il faisait en achetant et mangeant de la viande de son supermarché local et puisqu’il n’était sûrement pas prêt à abandonner ça, il ne pouvait considérer la logique de s’opposer à la chasse.

Et, bien entendu, il avait raison. La chasse est une activité morbide et c’est très dérangeant de savoir qu’une personne s’amuse à tuer un cerf ou un lapin. Mais quelle est la différence entre manger des animaux que l’on a chassés et des animaux dont on achète les cadavres dans un supermarché ? Réponse : il n’y a aucune différence. En effet, l’animal dont on achète le cadavre dans un magasin pourrait très bien avoir eu une vie et une mort pire que l’animal que l’on a chassé, cet animal fût-il un animal «heureux» élevé dans une ferme «heureuse» et abattu dans un abattoir conçu par Temple Grandin.

Je discutais avec une autre personne qui a, pendant des années, été impliquée dans la campagne contre le massacre des phoques. Elle s’est retirée de cette campagne car elle a décidé qu’il n’y avait vraiment aucune différence entre la fourrure de phoque et la fourrure en général, la laine, ou la peau de n’importe quel autre animal et que, puisqu’elle n’était pas prête à abandonner ses vêtements à base d’animaux, la campagne en faveur des phoques était juste en fait basée sur le simple fait que les groupes de protection animale récoltent davantage d’argent parce que les phoques sont des animaux tellement mignons, et cela n’était vraiment pas une bonne base pour une position morale.

Et, bien entendu, elle avait raison. La fourrure de phoque n’est pas différente d’aucune autre sorte de fourrure ni même de la laine ou du cuir. Tout cela est terrible et nous ne devrions porter aucun vêtement à base d’animaux. Car ce n’est tout simplement pas nécessaire. Mais encore une fois, manger de la chair, des produits laitiers, des œufs, etc. ne l’est pas davantage. Et aussi longtemps que nous penserons que manger des animaux est acceptable, remettre en question d’autres utilisations non-nécessaires, ou définir une sorte d’utilisation pire qu’une autre paraîtra arbitraire parce que ça l’est.

En 2007, j’ai rédigé l’éditorial d’un journal, qui fut republié en 2009, argumentant que le combat de chiens de Michael Vick n’était, d’un point de vue moral, aucunement différent de la consommation de produits animaux. J’ai reçu littéralement des milliers de réponses par rapport à cet éditorial. Beaucoup de personnes étaient d’accord avec ma position ; beaucoup de personnes ont dit que cet éditorial les avait incitées à réfléchir sur le véganisme ; beaucoup ont dit qu’elles étaient devenues vegan après réflexion. Mais personne, personne, qui n’était pas d’accord avec ma position, n’a été capable d’expliquer pourquoi ce que Michael Vick a fait était pire que ce que le reste d’entre-nous faisons. C’est parce qu’il n’y a aucun moyen cohérent de distinguer ce que Vick a fait de ce que tout le monde fait.

En 2009, lorsque Vick sortit de prison et signa avec les Philadelphia Eagles, j’ai discuté avec un homme qui m’a dit que, quand bien-même il était un grand fan des Eagles et continuerait à assister à leurs matchs, il ne pourrait jamais plus prendre plaisir à voir jouer Vick à cause de l’incident du combat de chiens. Je lui ai demandé s’il mangeait des hot-dogs et des hamburgers lorsqu’il se rendait à des matchs de football américain. Il répondit «oui». Je lui ai fait remarquer que les animaux utilisés pour ces produits qu’il appréciait ont eu une vie et une mort sans doute bien pires que les chiens de Vick.

Il n’a pas eu de réponse. Parce qu’il n’y a pas de réponse.

Conclusion

La conclusion à en tirer est claire : à moins de, et tant que nous n’amènerons pas les gens à remettre en question et à rejeter leur consommation journalière et entièrement non-nécessaire d’animaux, nous échouerons à les amener à s’opposer, d’une quelconque manière sérieuse, à l’utilisation d’animaux qu’ils perçoivent comme nécessaire et non-triviale, comme la vivisection, ou à d’autres utilisations tout autant dispensables qu’ils voient, assez justement, comme arbitrairement choisies par les avocats de la défense animale et pas pires que les utilisations qu’ils cautionnent et dans lesquelles ils s’engagent dans leur vie de tous les jours.

Le véganisme doit être la base si nous voulons avoir un quelconque espoir de détourner le paradigme des animaux en tant que choses vers celui des animaux en tant que personnes non-humaines.

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Si vous n’êtes pas végan, pensez à le devenir. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète ; et c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Université Rutgers
©2011 Gary L. Francione

Conférence à venir aux Collèges Hobart & William Smith

Chers collègues :

Je suis honoré d’avoir été choisi en tant que Professeur Distingué de Philosophie Foster P. Boswell 2011 aux Collèges Hobart & William Smith à Geneva, New York.

En tant que Professeur Distingué Boswell, je présenterai « Animaux : Notre Schizophrénie Morale » jeudi 31 mars 2011 à 16:30. L’événement aura lieu dans l’auditorium Albright.

La conférence est ouverte au public et j’espère que ceux d’entre vous qui se trouvent dans cet endroit de la partie nord de New-York y assisteront.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Et qu’en est-il des quatre autres chiens ?

Chers collègues :

Jeudi 25 février, un agent de contrôle des animaux d’Oklahoma a administré des injections létales à cinq chiens errants. Samedi, l’agent a découvert que l’un des chiens, un chiot à qui il avait donné deux injections létales, était toujours en vie. Le chiot a été emmené chez un vétérinaire qui a parlé de la survie du chien sur un site d’adoptions d’animaux. Et maintenant, des centaines de personnes en provenance des États-Unis et du Canada sont en train d’essayer de l’adopter.

Pourquoi ?

Des millions d’animaux en bonne santé sont tués chaque année dans les refuges parce que personne n’en veut. Et maintenant, parce que ce chien a échappé à la mort d’une façon visiblement miraculeuse, des centaines de gens veulent l’adopter. Selon un commentaire, « les gens s’intéressent à ce chiot parce que son histoire est unique ».

Cette histoire ressemble à celles d’animaux de ferme qui échappent aux abattoirs et sont recueillis dans des foyers pour y finir leurs jours. Eux aussi sont « spéciaux ». Ils ont échappé à l’exploitation institutionnalisée que nous avons établi. Ils ont trompé la mort.

Beaucoup de gens pensent que lorsqu’un animal échappe à la mort de cette façon, c’est en quelque sorte un signe divin. Ce genre d’événements renforce ironiquement l’idée selon laquelle c’est parce qu’il n’y a aucune intervention divine pour tous les autres animaux tués dans les « refuges » ou dans les abattoirs que c’est ainsi que les choses doivent se dérouler pour ces autres animaux. Ils sont tués dans le cadre de l’ordre « naturel ».

Mon hypothèse est que si Dieu existe, il/elle est tout autant préoccupé(e) par les quatre autres chiens qui ont été tués vendredi par l’agent de l’Oklahoma, les millions d’autres qui sont tués dans les « refuges » et les milliards d’autres encore qui sont tués pour la simple raison que nous sommes égoïstes au point de penser que le plaisir de nos bouches justifie de priver un autre être sentient de sa vie.

Et quel que soit le point de vue de Dieu sur la situation, je suggère que nos réactions dans ce genre de situations nous amènent à réfléchir aux raisons qui nous poussent à participer à l’injustice de l’exploitation animale tout court plutôt que de penser que seuls les animaux « chanceux » qui échappent à l’injustice institutionnalisée ont une importance d’ordre morale.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Et si vous en êtes capable, adoptez ou accueillez un non-humain sans domicile. Nous les avons fourrés dans ce pétrin ; nous avons l’obligation collective de les aider à s’en sortir. Il y a beaucoup de chiens, chats et d’autres non-humains sans foyer dans votre région. Et ils sont tous spéciaux.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Addendum, 5 mars 2011 :

Dans un bulletin télévisé d’ABC « Miracle Mutt: Puppy Rises Again » du 4 mars, l’agent de contrôle des animaux qui a tenté de tuer le chien a déclaré : « Je dirais que le Seigneur avait prévu quelque chose pour ce chien ». Apparemment, le Seigneur n’avait rien prévu pour les autres chiens que l’agent a tué. Un autre commentateur au sujet du chien, désigné par « notre héros » dans l’histoire, déclare : « Il est là pour une raison ». Les autres chiens n’avaient pas de raison d’être. Ils étaient tout simplement des déchets.

Simplement au cours des deux derniers jours, 44 chiens ont été ajouté à la liste de chiens à euthanasier de la ville de New York, mais selon les nouvelles d’ABC, il y a des « milliers » de personnes partout dans le monde qui veulent adopter le « Miracle Mutt » (ndt: « Cabot Miraculeux »). Et comme la plupart des gens qui regardent les programmes d’ABC, ces personnes consomment des repas composés de chair et autres produits d’origine animale.

Nous sommes une espèce très étrange et notre schizophrénie morale au sujet des animaux non-humains ébranle certainement notre prétention à être supérieur sur la base de notre rationalité.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

La Science Intervient : les Réformes de bien-être animal n’ont aucune utilité

Chers collègues :

Ceux qui soutiennent les réformes de bien-être animal sont tous très exaltés. Ils se réfèrent à un article du Journal sur l’Économie de l’Agriculture intitulé Impacts des campagnes de communication sur le Bien-Être animal sur la Demande de viande et les réformistes clament que « La Science Intervient Enfin : Les Campagnes pour les Réformes de Bien-Être Animal amènent les Gens à Acheter Beaucoup Moins de Viande. »

Je suis actuellement en train de discuter avec des collègues formés en économie et en statistiques pour apporter une réponse complète à cette étude, qui souffre à mon avis de problèmes méthodologiques et a été mal conçue. Mais je dirais que même un bref examen de l’article suffit pour se rendre compte que les affirmations des réformistes sont pour le moins hyperboliques.

Avant toute chose, la consommation de viande augmente et ne diminue pas. Cette étude ne dit pas que les campagnes réformistes ont donné lieu à une réelle diminution de la consommation de viande. Au contraire, elle expose que la demande, mesurée sur une période d’environ dix ans, n’a pas augmenté autant que les auteurs l’auraient pensé si l’attention des médias sur les questions de bien-être animal n’avait pas augmenté. Les auteurs reconnaissent le fait que ce freinage de la hausse de la demande est « faible, mais statistiquement significatif ».

Il y a de nombreux, très nombreux problèmes avec cette étude. Par exemple, les auteurs n’ont pas été capable de trouver le même « faible » résultat dans le cas des vaches. Ils affirment en outre que « cette perte de la demande quitte le complexe de la viande plutôt que de se répercuter sur la demande des autres viandes ». Mais ils définissent le « complexe de la viande » comme celui des vaches, porcs et volailles. Le taux moindre d’augmentation de la demande, « faible » comme le reconnaissent les auteurs, pourraient s’être déplacé vers de nombreux autres produits d’origine animale qui ne font pas partie du « complexe de la viande » tel qu’il est défini. Les auteurs indiquent aussi clairement que faire le lien entre les résultats qu’ils ont trouvé et les préoccupations de l’ordre du bien-être animal pose problème.

En bref, la consommation d’animaux est en hausse mais elle n’a pas augmenté autant en ce qui concerne les porcs et les poulets, et cela pourrait s’expliquer par des préoccupations de bien-être animal mais cela pourrait aussi n’avoir rien à voir avec des préoccupations de bien-être animal et tout ralentissement de l’augmentation de la demande pourrait très bien se refléter par un changement sur le marché des poissons, des oeufs, des produits laitiers et des aliments préparés à base de viande.

Et c’est ce qui exaltent les réformistes ?

Au cours des dix dernières années, les organisations réformistes ont dépensé des milliards de dollars pour la promotion de leurs campagnes de bien-être. Mettons de côté les problèmes d’ordre méthodologique de cette étude ; si c’est le meilleur résultat que les réformistes sont en mesure de montrer, alors je serais d’accord pour dire que la science est, en effet, intervenue : les réformes de bien-être animal sont inutiles et absolument pas rentables.

Je publierai des informations complémentaires pour une réponse plus formelle au fur et à mesure que la chose se profile.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais, surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Interview à venir sur WRIR-Indymedia Live

Chers collègues :

Je serai interviewé mardi 1er mars sur la radio indépendante de Richmond, WRIR, 97.3 FM, par Rebecca Faris. L’émission est diffusée de 12:30 à 13:00 (EST). Elle sera archivée pour ceux qui ne peuvent pas l’écouter en direct.

L’interview portera principalement sur mon nouveau livre, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, un livre-débat que j’ai co-écrit avec le professeur Robert Garner. Dans le livre, je soutiens que le véganisme doit être le fondement moral du mouvement pour les droits des animaux et que le véganisme implique un souci fondamental de justice et n’est pas simplement une question de réduire la souffrance des animaux.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Débat: l’utilisation des animaux nonhumains dans la recherche biomédicale : une justification morale ?

Chers Collègues,

Mardi 8 mars, je débattrai avec Dario Ringach, Professeur de Neurobiologie et de Psychologie, Institut Oculaire Jules Stein, Programme d’Ingénierie Biomédicale, Ecole de Médecine David Geffen, Université de Californie, Los Angeles.

Le sujet :

L’utilisation des animaux nonhumains dans la recherche biomédicale : une justification morale ?

Le Professeur Ringach soutiendra qu’il est légitime que nous utilisions les animaux dans les expérimentations ; je soutiendrai que nous ne pouvons justifier l’utilisation des animaux, que ce soit dans ce contexte ou dans un autre.

Le débat se tiendra dans la salle du tribunal des procès Baker à l’Ecole de Droit de l’Université Rutgers, 123, Washington Street, Newark, New Jersey, de 18 à 20 heures. Une collation végane sera servie après le débat, qui sera enregistré sur vidéo et rendu disponible ici ainsi que sur le site du Professeur Ringach.

Le débat sera patronné par l’Association des Etudiants du Barreau, la Société Constitutionnelle Américaine et la Société Fédéraliste. Il sera arbitré par John J. Farmer Junior, Doyen et Professeur de Droit à l’Ecole de Droit de l’Université Rutgers – Newark. Le Doyen Farmer a fait fonction de procureur général de l’Etat du New Jersey et d’avocat général à la Commission Nationale sur les Attaques Terroristes Contre les Etats-Unis (généralement connue sous le nom de Commission 11/9).

Le débat aura le format suivant :

Le Professeur Ringach donnera un exposé d’ouverture de 20 minutes sur les bénéfices de la recherche animale et la justification morale de cette pratique. Je répondrai par un discours de 20 minutes qui remettra en question l’efficacité pratique de la vivisection en me concentrant essentiellement sur les arguments moraux.

Nous disposerons chacun d’une réfutation de 5 minutes.

Le Professeur Ringach et moi-même affronterons une séance questions/réponses, lui me posant une question, moi ayant 3 minutes pour répondre ; lui ayant 3 minutes pour rétorquer et moi une minute pour répondre encore. Il y aura 4 échanges de ce type, qui dureront approximativement 30 minutes au total.

Il y aura une séance questions/réponses de 40 minutes avec l’auditoire. La soirée durera approximativement 2 heures.

Tous les membres de la Communauté de l’Université Rutgers sont invités à assister au débat ainsi que le public, mais les places seront attribuées par ordre d’arrivée.

Le Professeur Ringach et moi sommes profondément en désaccord l’un avec l’autre, et je suis persuadé que nous aurons un débat rigoureux, provocant, mais courtois et poli sur un sujet qui intéresse de plus en plus de monde, aussi bien dans le public que dans les institutions pédagogiques.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

De la nécessité d’une Vegan Society

Chers Collègues,

La Vegan Society a effacé, sur son forum de discussion Facebook, l’intégralité de la discussion portant sur le fait de savoir s’il était normal que figure, dans son magazine The Vegan, de la publicité pour des restaurants/établissements non-végans.

Je voudrais bien savoir pourquoi ?

Le 21 février, j’ai reçu un courriel émanant du Chef de l’Information de la Vegan Society me remerciant de mes commentaires sur le sujet et reconnaissant que j’avais « soulevé une question pertinente » à propos de la politique qui consiste à accepter des réclames pour des établissements servant produits laitiers, œufs, etc.

La Vegan Society a déclaré aux membres que « les administrateurs ont pris acte des commentaires postés sur Facebook concernant les publicités et sont en train de discuter des questions soulevées. » Mais apparemment personne, y compris les membres et les autres personnes ayant pris part à la discussion, n’est autorisé à en débattre sur la page Facebook que les administrateurs ont lue pour leur information.

Et donc, sans aucun avis préalable, la Vegan Society a décidé que la discussion sur Facebook, dont les administrateurs avaient pris connaissance et dont la Société avait reconnu qu’elle soulevait une « question pertinente », violait les lois de son forum et en a effacé la totalité.

J’ai recopié la majeure partie du débat avant que la Vegan Society le fasse disparaître : vous pouvez en prendre connaissance ici. Vous déciderez par vous-même de ce que la Vegan Society considère comme discours illégitime et inacceptable.

Etant donné que la discussion s’est poursuivie cinq jours avant que la Vegan Society la supprime, tout se passe comme si, voyant que la grande partie de l’opinion tournait en sa défaveur, elle avait décidé que le débat devait prendre fin. Il est également passionnant de voir que dans le temps de la discussion entière, la Vegan Society n’a répondu sur le fil qu’une seule fois – pour dire (en partie) :

La présence de publicités (y compris d’encarts) dans le magazine The Vegan n’implique pas notre acceptation desdites publicités.

(Amanda Baker, 18 février 2011)

Il y a maintenant engagement avec le débat !

La seule chose qui soit claire en tout cas, c’est qu’il n’est certainement pas clair que la Vegan Society soit une société végane.

En vertu de ce sur quoi la Vegan Society, dans sa réponse aux membres, s’appuie pour justifier sa politique (à savoir le fait que Donald Watson acceptait des publicités pour des établissements non-végans en 1946), je suis revenu en arrière et j’ai relu l’interview de Watson que George D. Rodger, de la Vegan Society, réalisa en 2002.

Nous pouvons en tirer deux observations.

Premièrement, il est clair comme le cristal que, d’un point de vue moral, Watson considérait les produits laitiers, les œufs, etc., aussi répréhensibles que la viande. C’est pourquoi il avait fondé la Vegan Society en 1944.

Deuxièmement, il est tout aussi clair que, d’un point de vue psychologique/sociologique, il croyait que la majorité des gens peut aller, ou ira vers le véganisme, seulement via le végétarisme. C’est-à-dire qu’il pensait que, pour des raisons qui ressortent autant à la psychologie qu’à la sociologie, la plupart des gens abandonneront d’abord la viande avant d’abandonner les produits laitiers et les autres produits d’origine animale non-carnés.

Même si l’analyse psychologique/sociologique de Watson était correcte en 1946, lorsqu’il acceptait apparemment les réclames d’établissements végétariens non-végans, ce n’est certainement plus vrai en 2011. Si c’était vrai, alors The Vegan devrait regorger de publicités pour produits laitiers, œufs, etc., ainsi que de toutes sortes d’encouragements adressés aux gens afin qu’ils consomment davantage de produits laitiers et moins de viande. The Vegan ne devrait pas seulement accepter des réclames payées pour Lancrigg, Paskin’s etc. : il devrait offrir des espaces gratuits à tous les établissements végétariens non-végans et, même, à tousles établissements servant de la viande (et pas seulement aux restaurants végétariens ou vegan-friendly), puisque c’est soi-disant seulement à travers le végétarisme que la plupart des gens parviennent au véganisme.

Dans la mesure où une telle analyse psychologique/sociologique possède une quelconque validité, ce n’est pas à cause de l’attachement humain aux traditions, ni de quelque « nécessité » d’ordre social. C’est parce que ceux d’entre nous qui prétendent se revendiquer de l’éthique ont accompli, à ce propos, un travail de sensibilisation du public insuffisant. C’est parce que les « associations animalistes » elles-mêmes, en 2011, font la promotion de produits d’origine animale « heureux », sponsorisent des labels viande/produits laitiers « heureux », déclarent que devenir végan est « difficile » et « rebutant », soutiennent qu’être végan à temps partiel [nouvelle mode baptisée veganishism] est bien assez bon, appellent « fanatiques » et « puristes » ceux qui défendent le véganisme, et continuent d’entretenir le fantasme selon lequel il y aurait une distinction morale cohérente entre la viande et les autres produits d’origine animale non-carnés, etc., etc., etc.

Le fait d’accepter des réclames pour des endroits tels que Lancrigg, le fait de voir, dans les pages de The Vegan, un établissement servant des produits d’origine animale (et décrit comme « Un Havre de Paix & d’Inspiration »), envoie au public le message suivant : « Ne pas être végan, mais l’être seulement quand on en a envie [veganishism] est acceptable ». Cela envoie au public le message comme quoi viande et produits laitiers seraient moralement différenciables. Cela envoie au public le message comme quoi il n’y aurait rien de mal à « un peu » d’exploitation.

Cela envoie surtout le message que rien de cela n’est végan, tel que moi, je comprends le truc. Et il est ridicule de prétendre qu’un désaveu réglera les choses.

Nous sommes en 2011, pas en 1946. La Grande-Bretagne n’est plus à l’époque de l’après-guerre, au temps du rationnement alimentaire. Nous avons fait du chemin dans notre compréhension des questions morales touchant à l’éthique animale. Quelle qu’ait été l’analyse psychologique/sociologique de Watson en 1946 (ou en n’importe quelle autre année d’ailleurs), nous devons accepter que du moment que nous embrassons le principe moral établi par Watson en 1944, nous avons l’obligation d’être clairs et sans équivoque sur le fait que nous ne pouvons justifier la consommation de produits laitiers, d’œufs, etc., tout comme nous ne pouvons justifier la consommation de viande. Nous devons mettre un terme à l’idée qu’il existe une distinction moralement cohérente entre la viande et les autres produits d’origine animale non-carnés. Nous devons arrêter de nous cacher derrière des désaveux qui s’efforcent (sans y parvenir) de masquer le rejet de ce principe moral quand il est financièrement commode de le faire.

Je demande respectueusement à la Vegan Society de cesser d’accepter des publicités pour des établissements non-végans. Encore une fois, c’est une chose que de faire de la réclame pour un produit végan « disponible à Sainsbury’s ». C’en est une autre que d’en faire pour le département alimentaire entier de Sainsbury’s, quand bien même il possède plusieurs produits végans. La Vegan Society, si elle est réellement le phare du principe qui porte son nom, n’a pas le droit d’accepter de réclames de la deuxième espèce.

Je suis sincèrement désolé si j’ai froissé mes amis de la Vegan Society, mais j’estime ce sujet d’une importance cruciale. Sinon, je n’aurais pas passé tant de temps là-dessus à un moment où je suis extrêmement occupé avec l’Université et une foule d’obligations professionnelles, et où je dois veiller sur des colonies de chats errants, des animaux adoptés, etc.

Je note aussi que la Vegan Society m’a bloqué l’accès du forum de discussion Facebook. Je n’étais pas au courant de l’existence de ce forum avant la semaine dernière, lorsqu’un membre de la Vegan Society m’a demandé d’examiner une discussion particulière dont il pressentait qu’elle était problématique. Bien que je me fusse concentré essentiellement sur la question des réclames non-véganes, j’étais également ravi de participer à des débats stimulants sur d’autres sujets. Je suis désolé de ne plus être en mesure d’agir conjointement avec les gens merveilleux rencontrés sur le forum, au moins sur le site de la Vegan Society.

Je suis désolé qu’il n’y ait manifestement aucune association qui veuille défendre le principe moral suivant, à savoir que pas d’exploitation signifie pas d’exploitation. Il n’y a aucune association qui veuille promouvoir le véganisme comme principe moral de base. Mais cela vient simplement renforcer ma conviction selon laquelle le mouvement végan doit être un mouvement populaire.

J’ai par le passé été un fervent défenseur de la Vegan Society, et je continuerai de promouvoir les idéaux moraux de Donald Watson alors même que la Vegan Society ne le fait pas. Et je rendrai disponible en temps utile le fil de discussion effacé afin que les gens puissent constater par eux-mêmes ce que la Vegan Society considère apparemment comme un inacceptable discours.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais riendans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Addenda, 5 mars 2011 :

J’ai reçu aujourd’hui un courrier émanant de la Présidence du Conseil de Gestion de la Vegan Society. Celui-ci déclare en partie :

C’est en raison de votre référence offensante à Watson se retournant dans sa tombe (il a encore des parents en vie), que la décision de bloquer votre accès à notre page Facebook a été prise. Vos remarques quant à notre politique publicitaire n’ont joué aucun rôle dans cette décision.

Cette remarque figurait dans mon tout premier commentaire Facebook sur le sujet, daté du 18 février. Apparemment, cela a pris quatre jours à la Vegan Society pour décider, le 22 février, que je devais être banni. Et tout en me bannissant, plutôt que d’effacer simplement le commentaire prétendument offensant, la Société a trouvé le moyen d’effacer l’intégralité de la discussion, celle-là même dont elle affirme par ailleurs qu’ « elle n’a joué aucun rôle dans sa décision » de me bannir. C’est une bonne leçon soit sur l’inefficacité de la bureaucratie, soit sur les manières d’offrir, de manière apparemment transparente, un prétexte pour bannir quelqu’un. En tout cas, si quelqu’un à la Vegan Society m’avait signalé que ma remarque posait problème, j’aurais été heureux de l’effacer et de reposter mon commentaire, quand bien même je n’eusse pas été d’accord pour dire qu’elle était inopportune.

La politique de discussion de la Vegan Society interdisant les commentaires « faisant la promotion de produits, de services, de recettes, etc., non-végans », je pensais donc qu’en faisant remarquer que son magazine contenait des publicités pour un restaurant décrit par ailleurs comme « Un Havre de Paix & d’Inspiration », et servant œufs et produits laitiers – les produits d’animaux ayant été torturés -, je respectais précisément le point de vue de Donald Watson. Je n’ai certainement jamais voulu dénigrer Watson, et ce d’aucune manière. Bien au contraire. Je suis désolé si certains de mes commentaires ont causé quelque angoisse à la Vegan Society, mais je crois que le vrai problème ici, c’est l’angoisse causée aux animaux ayant été exploités par un restaurant pour lequel The Vegan a fait de la publicité.

Quant aux descendants de Donald Watson et aux inquiétudes de la Vegan Society les concernant, je pense que s’ils sont végans, ils doivent également trouver dérangeante la publicité faite dans The Vegan autour d’un restaurant non-végan décrit comme « Havre de Paix & d’Inspiration », ainsi que la réaction très hostile de la Vegan Society à mon égard pour avoir dénoncé une telle politique. S’ils ne sont pas végans, alors m’est avis qu’ils n’ont nullement prêté attention à l’incident.

Bref, je suis vraiment désolé d’avoir contrarié mes amis de la Vegan Society, mais j’estime que c’est une question de principe très importante qui est ici en jeu.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Nous ne sommes pas en 1946

Chers Collègues :

La Vegan Society m’a informé que le numéro 2 de la revue The Vegan de l’automne 1946, de même que d’autres numéros de cette même période, publiés par Donald Watson, contenaient des publicités d’établissements végétariens fournisseurs des végans.

Je pense que faire de la publicité en 1946 pour des établissements proposant des produits laitiers mais pas de viande, confortait nécessairement l’idée que viande et produits laitiers se distinguent sur le plan moral, ce que pourtant Watson a prétendu rejeter en 1944. Il est impossible de ne pas voir là une incohérence flagrante.

Il semble donc que Watson, ou bien ne percevait pas l’incohérence existant entre ses actions et sa position, ou bien ne pensait pas ce qu’il avait dit en 1944. Eprouvant malgré tout toujours du respect pour Watson en tant que visionnaire, j’assume donc le premier Watson. Compte tenu du caractère novateur du véganisme en 1944 et du fait que la Grande-Bretagne venait juste de traverser la Deuxième Guerre mondiale et connaissait encore le rationnement (qui a perduré jusque dans les années 1950), le contexte historique était tel qu’il peut être compréhensible que Watson ait pu tout simplement ne pas avoir conscience de cette incohérence.

Quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas en 1946. Du temps a coulé sous les ponts pour reconnaître qu’une façon d’agir qui a débuté apparemment en 1946 ne peut être conciliée avec l’idée selon laquelle viande et produits laitiers sont moralement indifférenciables. L’inconséquence est claire et flagrante.

J’ajouterais que lorsque j’ai posté mon observation initiale sur la page Facebook de la Vegan Society, son directeur des relations publiques a déclaré : « L’acceptation des publicités (y compris des encarts) dans le magazine The Vegan ne sous-entend pas notre approbation desdites publicités. » Mais tel que je le comprends, la politique de la Vegan Society est apparemment que ces publicités d’établissements végétariens fournisseurs des végans sont acceptables, et que cette manière d’agir est justifiée sur la base d’une pratique qui a commencé apparemment à la fin des années 1940. J’ai déjà posé deux fois la question (sans recevoir de réponse), de savoir si la Vegan Society accepterait des publicités, dans The Vegan, d’établissements servant de la viande. Si tel n’était pas le cas, alors cela signifierait qu’elle avalise effectivement le fantasme selon quoi les produits laitiers seraient moralement moins inacceptables que la viande.

La Vegan Society est aujourd’hui une grosse organisation aux ressources et au personnel nombreux. Elle fonctionne au sein d’un mouvement moderne général qui rejette le véganisme en tant que principe moral de base, promeut les produits d’origine animale « heureux », embrasse largement le « flexitarisme » et la croyance que viande et produits laitiers sont moralement différenciables. Le mouvement actuel plébiscite l’ovo-lacto-végétarisme sous prétexte que le véganisme serait trop difficile et rebutant. Je ne comprends toujours pas, indépendamment de ce qui s’est passé en 1946 ou à d’autres époques, pourquoi la Vegan Society ne se rend pas clairement compte aujourd’hui que si elle croit réellement que viande et produits laitiers sont moralement indifférenciables, alors elle ne doit pas faire de publicité pour des établissements servant l’une et les autres, car cette attitude renforce simplement une distinction morale dont la Vegan Society prétend par ailleurs qu’elle n’existe pas.

C’est une chose que d’offrir par commodité une liste de lieux offrant des options véganes pour les voyageurs. Mais accepter des publicités payées d’établissements servant ou vendant des produits d’origine animale est problématique.

J’espère qu’il sera demandé aux administrateurs de la Vegan Society de changer de politique. C’est mon plus sincère espoir que de les voir décider de ne plus faire de publicité pour des établissements servant ou vendant des produits d’origine animale. La Vegan Society de 2011 se doit d’être, sur ce point, claire comme le cristal, même si la Vegan Society de 1946 ne percevait pas l’inconséquence entre le fait de dire que viande et produits laitiers (ou les autres produits d’origine animale) sont moralement indifférenciables tout en faisant de la réclame pour des établissements servant des produis laitiers ou d’autres produits animaux non-carnés.

Et j’espère que les membres de la Vegan Society feront clairement comprendre aux administrateurs que la Vegan Society doit être végane et ne doit, en aucun cas, promouvoir la consommation de quelque produit d’origine animale que ce soit, ou renforcer de quelque façon que ce soit l’idée que la viande peut être distinguée moralement des produits d’origine animale non-carnés.

S’il est une organisation qui doit représenter, et représenter clairement, le fait que le véganisme constitue sans équivoque et de façon non négociable le principe moral de base, c’est bien la Vegan Society.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est, moralement, la bonne chose à faire.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

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Addenda : 22 février 2011

Un membre de la Vegan Society a partagé avec moi une réponse reçue de l’organisation à ce sujet. La Vegan Society déclare :

Un de nos buts est d’encourager les restaurateurs à fournir des options véganes sur leur menu standard, de sorte à offrir plus de choix aux végans mangeant à l’extérieur. Beaucoup de gens nous disent que la raison pour laquelle ils ne deviennent ou ne restent pas végans est due au fait qu’il est difficile de trouver de la nourriture végane à l’extérieur. Malheureusement, à l’heure actuelle, il serait difficile de manger dans des restaurants ou de séjourner dans des hôtels purement végans, mais comme la demande augmente, nous espérons qu’il y aura beaucoup plus d’établissements végans. Nous travaillons en coopération avec les commerces afin de les encourager dans le sens du véganisme.

En quoi ceci répond-il au problème de savoir si la Vegan Society doit prendre des publicités payantes de restaurants servant des produits d’origine animale ? Réponse : en rien.

La question n’est pas de savoir si les végans peuvent ou ne peuvent pas manger/résider dans des restaurants ou des hôtels non végans. La question est de savoir si la Vegan Society doit accepter des publicités payées pour des restaurants servant des œufs et des produits laitiers. La réclame pour Lancrigg décrit cet endroit comme « Un Havre de Paix & d’Inspiration ». Je doute fort que les animaux exploités pour leurs œufs ou leur lait soient d’accord avec cette description idyllique.

La question n’est pas de savoir si la Vegan Society doit « travailler en coopération avec les commerces afin de les encourager dans le sens du véganisme. » La Société peut le faire sans accepter de publicités payées pour des établissements servant les produits de la torture et de l’exploitation animales.

La réponse de la Vegan Society se poursuit :

Sur chaque couverture du magazine figure une déclaration stipulant : « Les points de vue exprimés dans The Vegan ne reflètent pas nécessairement ceux de la rédaction ou du Conseil de la Vegan Society.

Rien de ce qui est imprimé, à moins que ce ne soit déclaré, ne doit être interprété comme représentant la politique de la Vegan Society. La Société n’accepte aucune responsabilité en aucune matière de ce qui paraît dans le magazine. L’acceptation des publicités (y compris des encarts) ne sous-entend pas notre approbation desdites publicités.

J’espère que mes amis de la Vegan Society me pardonneront, mais je trouve tout ceci insultant. Donc si une Société pour femmes battues possède un magazine qui fait de la réclame pour un établissement vendant de la pornographie sadomasochiste (ou, plutôt, offre des occasions de se lancer dans des rapports sadomasochistes et misogynes avec des femmes), il suffira à ce magazine de dire qu’elle la désavoue et tout ira bien ? Allons allons, personne n’achèterait un tel magazine dans le contexte de la défense des femmes battues, et personne ne doit l’acheter non plus dans le contexte de la défense animale.

Si la Vegan Society veut fournir aux voyageurs une liste d’endroits végans ou permettre aux gens de savoir où prendre un repas végan, c’est une chose. Les publicités pour de tels endroits en sont une autre. Si la Vegan Society fait de la réclame pour un produit végan et que la publicité dit que ce produit est « disponible à Sainsbury’s », c’est une chose. Une publicité générale pour le rayon nourriture de Sainsbury’s, qui peut comporter des produits végans, en est une autre.

Enfin, étant donné que la société en général, et le mouvement animaliste, font toujours la distinction entre viande et produits d’origine animale non carnés et considèrent la première comme plus acceptable moralement que les seconds, cela nourrit la crédulité qui consiste à dire qu’une réclame pour un restaurant végétarien servant œufs et produits laitiers ne renforce pas une distinction qui n’a pas de fondement moral et que la Vegan Society prétend d’ailleurs rejeter.

La Vegan Society existe parce qu’elle est censée reconnaître qu’il y a une différence entre une approche « flexitarienne » de la vie et une autre qui affirme qu’il est possible d’être végan avec constance dans le monde réel. Alors pourquoi ne pas promouvoir cet idéal partout où le peut la Société ? Un nombre infini d’associations se vantent de considérer le véganisme comme une sorte d’idéal mais font la promotion du végétarisme comme si c’était une posture morale cohérente. Beaucoup de ces associations sont plus grandes que la Vegan Society et sont en mesure de promouvoir ce message plus efficacement.

La Vegan Society doit être claire sur le fait que végan veut dire végan, et scrupuleuse quant à ne pas faire de réclame pour les produits non-végans de quelque établissement que ce soit.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Je me demande ce que Donald Watson, père de la Vegan Society, en penserait

Chers Collègues :

Comme le savent ceux qui, parmi vous, visitent régulièrement ce site (voir mes billets : 1, 2) et connaissent globalement mon travail, j’estime que Donald Watson (1910-2005), le fondateur de la Vegan Society d’Angleterre, est une personne remarquable et l’un des esprits les plus lucides du XXe siècle. J’ai écrit un article à propos de Watson qui a été récemment publié dans la Cultural Encyclopedia of Vegetarianism. Sur ce site, on retrouve également un essai d’Eva Batt (1908-1989), qui a tenu un rôle important aux premiers jours et tout au long de l’histoire de la Vegan Society. Bien que je ne joigne les rangs d’aucune organisation et que, par conséquent, je ne sois pas membre de la Vegan Society et ne reçoive pas régulièrement son magazine The Vegan, j’ai été interviewé par, et écrit un article pour, The Vegan.

C’est donc avec surprise et déception que je relate ce qui suit.

Après avoir reçu plusieurs courriels de végans du Royaume-Uni préoccupés par certains articles parus dans The Vegan et signés par un auteur qui insiste sur l’importance de ne pas focaliser notre attention sur le véganisme et le spécisme sous prétexte que cela risque d’aliéner des gens, j’ai demandé à la Société qu’elle m’envoie, par courriel, une version PDF de ces articles, puisque le magazine n’est disponible qu’en version papier et n’est pas en ligne. La Société m’a gracieusement répondu et m’a envoyé tout cela.

J’ai remarqué que, en plus des articles à propos desquels des membres ont exprimé des réticences, la plus récente parution de The Vegan contenait une critique, écrite par Rob Jackson – la personne responsable de l’éducation à la Vegan Society -, de mon nouveau livre, écrit en collaboration avec le professeur Garner, The Animal Right Debate : Abolition or Regulation?. Un des points centraux du livre est mon argument voulant que l’éducation et l’activisme créatifs et pacifiques, à propos du véganisme, soient les plus importantes sources de changements graduels, et que le mouvement voulant abolir l’exploitation animale doive consacrer ses efforts exclusivement à la promotion du véganisme. Garner reconnaît que l’éducation au végétalisme est importante, mais il soutient les campagnes visant à améliorer le bien-être animal, que je rejette pour différentes raisons, autant théoriques que pratiques. Je suis aussi très critique envers ces phénomènes que sont le « flexitarisme » et la « viande heureuse », tandis que Garner croit qu’ils sont un progrès.

Soyons très clairs : M. Jackson n’a rien dit de négatif à propos du livre et je ne serais pas gêné s’il l’avait fait. Mais, dans cette critique du livre, le véganisme n’est pas une seule fois mentionné. Je ne plaisante pas. Pas une seule.

Honnêtement, dire que M. Jackson est passé à côté de l’essentiel du livre serait un euphémisme. Bien que certains « critiques littéraires » ne lisent que les premières pages des livres qu’ils « critiquent », si Jackson n’avait lu ne serait-ce que l’introduction du livre, sans lire le livre lui-même, il aurait constaté que le thème central du débat consiste à se demander si le mouvement qui vise à octroyer des droits aux animaux doit être un mouvement végan ou un mouvement visant à améliorer le bien-être des animaux. Dans le livre, je suis sévère à l’endroit des grandes organisations de défense animale parce qu’elles ne se positionnent pas de façon claire en faveur du véganisme, entendu comme principe moral de base.

Mais il n’y a pas un seul mot, dans la critique parue dans The Vegan, le magazine de la Vegan Society, qui laisse penser que le livre débat de la question de la nécessité, pour une théorie des droits des animaux qui se veut cohérente, d’exiger le véganisme et la promotion de celui-ci. Je suis désolé, mais cela est tout simplement bizarre.

Et alors que je poursuivais ma lecture du magazine, j’ai découvert quelque chose que j’estime être encore plus troublant et déconcertant.

À la page 3 de The Vegan, paraît une publicité pour le Lancrigg Vegetarian & Organic House Hotel et le Green Valley Cafe & Restaurant. Lancrigg est décrit comme « un paradis de paix et d’inspiration ». Est visible également une jolie photo de la bâtisse, qui se trouve dans le Lake District en Angleterre. Je me suis rendu sur la page internet du restaurant Lancrigg et j’ai pu voir que les clients du restaurant pouvaient obtenir des déjeuners incluant des œufs pochés et des viennoiseries faites maison, à partir de fromage local biologique. J’ai téléchargé une partie du menu et j’ai vu que les choix pour le dîner incluaient différents fromages, de la mayonnaise, des glaces, du gâteau au fromage, etc.

J’ai continué ma lecture et pu constater que des publicités annonçant au moins deux autres endroits non-végans paraissaient dans la section des annonces classées.

J’étais perplexe. Il y a longtemps déjà, je critiquais Viva! parce qu’il faisait la promotion de Lancrigg (et d’autres restaurants/hôtels non-végans et parce qu’il vendait des livres de cuisine non-végans). Bien que Viva! affirme être une organisation végane, il fait explicitement la promotion du végétarisme et prétend que le véganisme est difficile et décourageant, en plus de promouvoir des campagnes welfaristes. Mais la Vegan Society ?

Donald Watson est l’homme qui a inventé le mot « vegan » et qui a fondé la Vegan Society, en 1944, précisément parce qu’il voulait mettre l’accent sur le fait que ne pas consommer de viande était insuffisant. Il voulait effacer la ligne artificiellement tracée entre la viande d’un côté et les autres produits animaux de l’autre. Dans les mots de Watson :

L’excuse voulant qu’il ne soit pas nécessaire de tuer pour obtenir des produits laitiers est insoutenable pour ceux qui connaissent les méthodes d’élevage et la compétition à laquelle même les fermiers les plus humains font face, s’ils veulent être en mesure de poursuivre leurs activités.

Pendant des années, plusieurs d’entre nous admettaient, en tant que lacto-végétariens, que l’industrie de la viande et celle des produits laitiers étaient liées et que, dans un sens, elles se soutenaient mutuellement. Nous reconnaissions, par conséquent, que les raisons éthiques pour lesquelles il fallait renoncer à ces aliments étaient exceptionnellement convaincantes et nous espérions que, tôt ou tard, une crise des consciences nous sauverait.

Cette libération nous est maintenant accessible. Pour avoir respecté une diète dépourvue de tout aliment d’origine animale pendant une période variant entre quelques semaines, dans certains cas, et plusieurs années, dans d’autres, nous estimons que nos idées et nos expériences sont suffisamment matures pour être exposées. La cruauté indiscutable associée à la production de produits laitiers fait en sorte que le lacto-végétarisme n’est qu’une demi-mesure entre la consommation de viande et une diète véritablement humaine et civilisée, et nous croyons, par conséquent, que, pendant notre vie sur terre, nous devrions nous efforcer d’évoluer suffisamment pour aller ‘jusqu’au bout’.

Alors, comment la Vegan Society peut-elle faire de la publicité pour des restaurants qui servent précisément les aliments que Watson estimait ne pas être différents de la viande ?

Je me suis rendu sur la page Facebook de la Vegan Society et j’ai lancé un fil de discussion à ce propos.

Peu de temps après, Amanda Baker, la personne responsable des relations publiques de la Vegan Society pour les médias et internet, a répondu, notamment, ce qui suit :

L’acceptation de publicités (incluant les encarts) dans le magazine The Vegan n’implique pas notre approbation.

Nous avons deux types différents de publications. Le premier est constitué des déclarations/articles/communiqués de presse, annoncés par The Vegan Society. L’autre type est exemplifié par nos pages Facebook et par le magazine The Vegan.

Dans le magazine, nous incluons deux dégagements de responsabilité :

« Les opinions exprimées dans The Vegan ne reflètent pas nécessairement celles de l’éditeur ou du Conseil de la Vegan Society. Rien d’imprimé ne devrait être interprété comme une politique de la Vegan Society à moins que cela ne soit explicitement affirmé.

Cette réponse était encore plus à couper le souffle que la découverte de l’annonce elle-même. En fait, je la trouve insultante et semblable aux absurdités que nous entendons tous trop fréquemment de la part de nos politiciens, des deux côtés de l’Atlantique.

Je peux comprendre que l’on dise que la publication d’un essai signé par un auteur invité n’implique pas nécessairement l’approbation des vues exprimées par cet auteur. Jusque-là, ça me va. Mais il est tout simplement plus que naïf de dire que « [l]’acceptation de publicités (incluant les encarts) dans le magazine The Vegan n’implique pas notre approbation ». Bien sûr que ça l’implique. Si la Vegan Society ne pense pas qu’une publicité comme celle-là renforce l’idée même que Watson rejetait explicitement et avec raison – l’idée selon laquelle nous ne pouvons faire une distinction moralement cohérente entre la viande et les autres produits d’origine animale – alors, une fois de plus, la Vegan Society n’est tout simplement pas réaliste.

De plus, il serait insensé de supposer que la Vegan Society ne fait que dire qu’il est acceptable d’encourager Lancrigg à manger des aliments végans. Selon ce raisonnement, la Vegan Society pourrait, ainsi que certains groupes prétendument pro-végans le font, vendre des livres de recettes contenant des ingrédients d’origine animale, tant et aussi longtemps qu’ils contiennent aussi des recettes véganes.

Mais peu importe ce que les lecteurs pourraient penser ou non de ce qui est insinué par cette publicité. Pourquoi la Vegan Society – la société formée en 1944 précisément pour rejeter la prétendue distinction entre la viande, d’une part, et les produits laitiers et les autres produits animaux, d’autre part, et qui milite pour la renonciation à tous les produits animaux – ferait-elle de la publicité pour un restaurant qui sert des produits animaux ?

J’ai également publié un billet à ce propos sur la page Facebook Approche Abolitionniste. Dans un de mes commentaires, je déclare supposer que la Vegan Society n’accepterait pas de publier la publicité d’un restaurant servant de la viande et, par conséquent, qu’il est insensé d’accepter une publicité d’un restaurant servant des produits laitiers. Une personne affirmant être un ex-employé de la Vegan Society a répondu que la politique de la Vegan Society est telle qu’elle pourrait, au contraire, accepter de publier la publicité d’un restaurant servant de la viande, du moment que celui-ci offre un choix végan. Je ne connais pas la politique de la Vegan Society, j’ai donc demandé à ce qu’on m’en informe. J’afficherai en ligne une postface à ce billet s’il y a lieu, lorsque j’aurai obtenu une réponse. Pour l’instant, il suffit de dire que, de toute manière, si la Vegan Society était d’accord pour publier la publicité d’un steakhouse offrant un choix végan, cela signifierait que, bien qu’elle ne distingue pas entre la viande et les produits laitiers, ses choix soulèvent un problème général tout aussi grave puisqu’il faudrait en conclure qu’une organisation végane acceptant les dons fait la promotion d’entreprises qui servent ou vendent de la viande et des produits laitiers.

Pour l’instant, je ne réagis qu’à une seule chose : le fait que The Vegan contienne la publicité d’un restaurant servant des produits laitiers. J’estime que cela entre clairement et explicitement en conflit avec le fondement même de la Vegan Society et la raison pour laquelle elle a été créée, en 1944.

Je suis profondément attristé de constater qu’une société ayant été fondée par un des esprits visionnaires du XXe siècle prenne cette direction. Donald Watson était toujours limpide à propos de la signification du véganisme. Bien qu’il insistât sur la diète végane, il ne portait pas de cuir, ni de laine. Il évitait également de tuer les vers de terre lorsqu’il jardinait. Il fut pacifiste et objecteur de conscience durant la Deuxième Guerre mondiale. C’était une personne sérieuse dont la philosophie sérieuse ne s’arrêtait pas aux animaux nonhumains, mais s’étendait à la vie de manière générale.

Bien que Watson n’ait pas explicitement discuté du concept de droits des animaux ou ne se soit pas positionné par rapport aux réformes welfaristes, ni n’ait critiqué le statut de propriété des animaux et la façon dont ce statut s’oppose aux standards de bien-être, et bien qu’il n’ait pas distingué les problèmes de l’utilisation et du traitement des animaux ou n’ait pas milité pour l’abandon de toute domestication, je considère Watson comme un abolitionniste pour la simple et bonne raison qu’il reconnaissait qu’il n’y a pas de distinction entre la viande et les autres produits d’origine animale, et qu’il savait qu’on ne peut justifier l’utilisation ou la consommation de produits animaux. Voilà pourquoi je dis que le véganisme est au cœur de l’abolition.

En discutant de cela avec un ami, j’ai fait le commentaire suivant : « Pauvre Watson. Il s’en faudrait de peu pour qu’une femme dénudée se retrouve dans The Vegan ». La réponse de cet ami a été : « Visite leur site web. Il y en a déjà une. ». J’ai visité le site web une fois de plus et j’ai remarqué une femme qui semble nue et qui porte un panier de fruits et de légumes devant sa poitrine.

Quelle est la pertinence de cela ? La Vegan Society pense-t-elle vraiment que quelqu’un deviendra un jour végan grâce à la photo d’une femme nue collée à un panier de produits végétaux ? Ou n’est-ce pas qu’une façon lâche de crier « moi aussi » et de démontrer un appui au sexisme qui semble caractériser chacune des campagnes de PETA?

Donald Watson méritait mieux que cela et mon vœu le plus cher est que la Vegan Society en revienne à ses racines et ne se laisse pas aller à devenir simplement un autre « groupe pour les animaux » plébiscitant des auteurs qui pensent que parler du véganisme aliénerait les gens, critiquant des livres portant sur le véganisme sans mentionner qu’ils en parlent, promouvant le sexisme ou adoptant la position selon laquelle une publicité pour un restaurant ou une entreprise qui sert des produits animaux n’implique pas son approbation, ou encore utilisant de l’argent pour annoncer ou promouvoir de telles entreprises, peu importe ce que cela pourrait vouloir sous-entendre.

J’admets volontiers qu’il y a des cas difficiles et que même si Lancrigg Inn était exclusivement végan, il pourrait appartenir à des individus ou à une corporation qui exploitent des animaux. Je pense qu’il y a des cas compliqués et qu’il y a très peu de produits végans qui n’ont aucun parent non-végan ou filiale non-végane cachés quelque part. C’est la conséquence tragique d’un monde dominé par les corporations et qui, selon moi, devrait inciter les organismes à ne pas trop dépendre des revenus publicitaires. Mais ici, le cas n’est pas compliqué. Le restaurant en question sert des produits non-végans et la Vegan Society fait de la publicité pour ce restaurant. Cela est problématique pour les raisons que j’ai ici exposées.

Je peux imaginer la Vegan Society publiant une « liste pratique » d’endroits offrant des choix végans pour les voyageurs, bien que je pense que, même là, la Société devrait exprimer clairement qu’une telle liste ne sert qu’à aider les lecteurs et que la Société ne veut d’aucune manière, par là, encourager les gens à visiter les restaurants ou les entreprises servant des produits animaux. Mais afficher carrément une publicité pour un restaurant ou une entreprise qui sert des produits animaux est, à mon avis, profondément troublant.

De toute manière, si la Vegan Society a besoin de revenus provenant des entreprises qui vendent des produits animaux pour publier The Vegan, alors je pense qu’elle devrait songer à ne produire qu’une version électronique du magazine, ce qui diminuerait ses coûts.

J’espère que mes amis de la Vegan Society comprendront que mes critiques sont ici offertes dans le plus grand respect des valeurs qui, je crois, sont incarnées par Donald Watson, et dans l’espoir de voir la Société refléter scrupuleusement ces valeurs.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

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Addenda : ajouté le 21 février 2011 :

Janet Whittington, propriétaire de Lancrigg Vegetarian & Organic House Hotel et de Green Vallez Cafe & Restaurant a répondu sur la page Facebook de la Vegan Society au fil de discussion que j’avais lancé. Prière de noter que Mme Whittington affirme que son commentaire a été « retiré » de ce site. Cela est faux. La section « commentaires » de www.abolitionistapproach.com n’a jamais été activée, ce qui fait que son commentaire ne peut avoir été retiré puisqu’il n’a jamais pu être affiché. Son commentaire est accessible dans les « réponses » ci-dessus surlignées.

Quoi qu’il en soit, Mme Whittington rapporte une Q&R de Donald Watson :

Q : Avez-vous un message pour les végétariens ?

R : Reconnaissez que le végétarisme n’est qu’un premier pas entre la consommation de viande et le véganisme. Il se trouve des végans qui ont tout changé d’un coup, mais je suis certain que pour la plupart des gens, le végétarisme est une position provisoire. Je suis toujours membre de la Vegetarian Society afin de garder un lien avec le mouvement. J’étais heureux d’apprendre qu’à la Conférence Végétarienne Mondiale à Edimbourg, la diète était une diète végane et les délégués n’avaient pas le choix. Cette petite graine que j’ai plantée il y a 60 ans fait sentir sa présence. »

Oui ? Et puis ? Qu’est-ce que cela nous apprend sur le fait que la VEGAN Society doive ou non accepter d’être payée pour afficher des publicités de restaurants servant des produits laitiers ? Réponse : Absolument rien. Selon le raisonnement de Mme Whittington, The Vegan devrait être rempli, page après page, d’annonces de lait, de glace, de fromage, etc., autant que d’annonces de restaurants non-végans comme Lancrigg.

Watson énonçait quelque chose de simple : la plupart des gens considèrent le végétarisme comme un pas vers le véganisme. C’est peut-être bien vrai et il peut y avoir toutes sortes de raisons à cela, parmi lesquelles le fait que les organisations de défense des animaux font traditionnellement la distinction entre viande et produits laitiers, et qu’elles traitent les produits laitiers comme s’ils étaient moralement moins problématiques que la viande n’est pas la moindre. Mais cette distinction est précisément ce que Watson rejetait en 1944 lorsqu’il a fondé la Vegan Society et inventé le mot « végan ». Les organisations de défense des animaux continuent de nos jours à qualifier le véganisme de difficile et rebutant. Cela contribue également au problème.

Mais rien de cela ne signifie que la Vegan Society doive faire la promotion du végétarisme. Une fois de plus, si c’était le cas, alors The Vegan devrait être rempli d’annonces de produits laitiers afin d’encourager les gens qui mangent de la viande à faire le premier pas et à devenir des ovo-lacto-végétariens.

Notez, s’il vous plaît, que Watson a exprimé une grande satisfaction quant au fait que les délégués de la Conférence Végétarienne Mondiale « n’avaient pas le choix » et ne pouvaient consommer autre chose que de la nourriture végétale. Il n’a pas dit, « c’était une tragédie pour ceux qui voient toujours le végétarisme comme un point de transition », ni « on aurait dû satisfaire ceux qui voulaient des produits laitiers ». Non. Il était heureux que les délégués ne puissent obtenir de produits animaux – alors qu’ils le peuvent chez Lancrigg.

Mme Whittington continue :

Notre menu, qui est plutôt végan, avec quelques items végétariens, se trouve complètement à l’opposé d’un menu composé de viande et poisson, avec quelques items végétariens ou, encore plus rarement, végans , comme ceux que l’on retrouve dans 99% des restaurants, et nous apprécierions obtenir de l’appui puisque c’est une route difficile à parcourir.

Les questions morales fondamentales ne sont pas une affaire de pourcentage. Une boutique qui vend plus de pornographie infantile est, dans un sens, pire qu’une boutique qui en vend moins. Mais à l’égard de la pornographie infantile, ce devrait être tolérance zéro, et il serait absurde de dire que la boutique qui ne vend qu’un « tout petit peu » de pornographie infantile est bien correcte et devrait être appuyée par les défenseurs des droits des enfants à titre de « premier pas ».

Le même raisonnement s’applique aux produits d’origine animale. Si nous croyons vraiment que les animaux sont des membres égaux de la communauté morale et ne sont pas des choses, alors nous ne pouvons pas moralement justifier le fait de les traiter, de quelque manière que ce soit, comme des ressources.

Est-ce la position de la Vegan Society ou pas ?

Mme Whittington déclare :

J’apprécie le besoin de puristes et je pense aussi que chaque geste vers l’idéal est une bonne chose.

« [P]uristes » ? Voilà qui dit tout, n’est-ce pas ?

Non, Mme Whittington, « végans ». Non pas « puristes ». Simplement « végans ».

Comme je l’ai mentionné précédemment, plusieurs organisations de défense des animaux renforcent l’idée voulant que le véganisme soit difficile et décourageant. Lancrigg a l’opportunité de montrer aux gens que ce n’est pas le cas et qu’il n’y a rien à sacrifier pour être végan. Rien du tout. Mais à la place, Lancrigg a choisi de perpétuer l’impression que l’excellente cuisine repose sur la souffrance, la mort et l’exploitation.

Je suis désolé que Lancrigg ait choisi de faire ça. Mais une fois de plus, je ne pense pas que cela justifie la Vegan Society de publier de la publicité pour des restaurants servant des produits laitiers. En effet, je pense que les commentaires de Mme Whittington appuient mon propos plutôt qu’ils ne le réfutent.

J’espère évidemment que la Vegan Society se perçoit elle-même comme une représentante de ce que Mme Whittington qualifie de « puriste ». Sinon, alors devrait-elle peut-être s’affilier à la Vegetarian Society puisqu’elle ne s’en distinguerait plus.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Interview sur mon dernier livre

Cher collègues:

Mercredi 16 Février, j’ai fait une interview sur mon nouveau livre, mon livre le plus récent, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, co-écrit avec le Professeur Robert Garner de l’Université de Leicester. L’interview a eu lieu sur Progressive Radio Network avec Caryn Hartglass.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et la planète. Mais c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien d’autre dans votre vie qui soit aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione