Commentaire n° 20 : Plaidoyer végan créatif et non-violent en milieu hostile

Chers Collègues :

Je discute longuement dans ce Commentaire avec Jeff Perz et Renata Peters, deux militants végans abolitionnistes. Jeff et Renata habitent en Australie, à Alice Springs, une petite ville écartée du centre du pays dominée par l’industrie de l’élevage, exactement le genre d’endroit dont vous vous dites qu’il est impossible d’y générer de l’enthousiasme à propos du véganisme.

Mais Renata et Jeff font la preuve que n’importe quel endroit peut devenir un foyer du mouvement végan – si vous le voulez !

Jeff est canadien, Renata australienne. Ensemble, ces deux végans, qui sont également partisans d’une communication non-violente, parlent avec moi de la manière dont ils sont devenus végans, des raisons pour lesquelles ils sont abolitionnistes et de ce qu’ils mettent en œuvre à Alice Springs pour sensibiliser leur communauté au véganisme.

Renata et Jeff vous démontreront que vous n’avez pas besoin d’une grosse organisation ni d’un gros budget pour défendre efficacement le véganisme. Tout ce dont vous avez besoin, c’est de bonne volonté, de travailler dur et de réfléchir de manière créative au meilleur moyen de sensibiliser votre communauté. Les gâteaux végans aident pas mal !

J’ai trouvé mon échange avec Jeff et Renata très inspirant, et je sais qu’il en ira de même pour vous.

Au début de ce Commentaire, j’évoque brièvement la nouvelle campagne menée par le groupe welfariste britannique Animal Aid qui consiste à :

appeler la chaîne CCTV afin qu’elle aille dans tous les abattoirs britanniques et que le film soit mis à la disposition des parties indépendantes à l’extérieur de l’abattoir. Nous réclamons également un meilleur entraînement indépendant, un réentraînement et une évaluation réguliers, l’application rigoureuse des lois et l’interdiction pour les personnes condamnées pour violence ou cruauté envers les animaux de travailler dans un abattoir.

Un abattoir dont le contrat avec une grande chaîne de supermarchés britannique avait été suspendu après allégations, par Animal Aid, de cruauté envers les animaux, a vu son contrat rétabli après « améliorations, dont l’introduction de CCTV », conformément à ce qu’Animal Aid avait réclamé.

Andrew Tyler d’Animal Aid fait observer :

« Le fait que la société déclare que ses propres normes ont été améliorées de façon spectaculaire démontre très clairement l’importance de notre investigation ».

« Cela souligne en termes absolument clairs que ce que nous faisons, et continuerons de faire, est un travail capital. Nous sommes heureux que CCTV ait été introduite dans la place. Il est absolument essentiel que le film ne soit pas simplement recueilli, mais qu’il soit régulièrement et minutieusement examiné par Sainsbury’s et les autorités réglementaires », a déclaré M. Tyler.

Comme vous pouvez le deviner, de nombreux défenseurs des animaux sont naturellement indignés par le fait qu’Animal Aid s’associe désormais avec les exploiteurs en place pour promouvoir et vendre la viande « heureuse ».

Une collègue de Grande-Bretagne m’a envoyé la réponse qu’elle a reçue de Tyler suite à son objection concernant la stupidité de cette campagne. Tyler a tenté de justifier celle-ci avec l’exemple suivant :

Prenez cet exemple : vous vous trouvez dans un marché aux « bestiaux » et vous voyez des moutons se faire taper sur la tête à plusieurs reprises et piétiner. Intervenez-vous pour mettre fin à cette maltraitance extrême ou considérez-vous cela comme un acte « welfariste » étant donné que, même si vous stoppez les coups et le piétinement, les moutons seront toujours abattus ?

Ingrid Newkirk de PETA a produit le même argument il y a presque 20 ans lorsque, dans le contexte de la promotion d’une réforme de bien-être animal dont elle soutenait qu’elle nous rapprocherait des droits des animaux, elle affirmait que ceux qui s’opposaient aux réformes de bien-être refuseraient de l’eau à une vache assoiffée en route pour l’abattoir.

J’ai débattu de la position de Newkirk dans mon livre de 1996, Rain Without Thunder: The Ideology of the Animal Rights Movement. J’y affirmais que si j’étais garde dans un camp de concentration, je donnerais certainement de l’eau à un prisonnier politique conduit sur le lieu de son exécution. Mais si j’en concluais que le camp de concentration pour prisonniers politiques constitue plus généralement une institution injuste et immorale, je démissionnerais et ferais campagne pour faire fermer le camp. Je ne ferais pas campagne pour donner de l’eau aux prisonniers sur le point d’être fusillés, ou pour d’autres mesures destinées à justifier l’immoralité de l’institution.

Ma réponse à Newkirk s’applique à l’exemple de Tyler. Bien sûr que j’empêcherais que les moutons soient frappés. J’imagine que la plupart des propriétaires de moutons et des opérateurs d’abattoirs feraient la même chose : après tout, donner des coups de pied aux moutons entraîne des dégâts sur les carcasses et diminue la valeur desdits moutons. Mais ferais-je campagne pour un traitement plus « humain » des moutons ? Absolument pas. Car une telle campagne ne fait rien d’autre que justifier une institution intrinsèquement immorale et rendre le public plus à l’aise par rapport au fait de manger de la viande.

Et c’est exactement ce qu’Animal Aid est en train de faire, en encourageant les gens à croire qu’il y a une bonne et une mauvaise façon d’exploiter les animaux.

Cela ne veut rien dire. Il n’y a qu’une seule façon d’exploiter les animaux, et elle est mauvaise.

Nul ne devrait agresser sexuellement les enfants. Mais si certains le font, il vaut mieux qu’ils ne les torturent pas en plus de les agresser sexuellement. Devons-nous pour autant faire campagne en faveur d’une agression sexuelle « humaine » des enfants ? Non, bien sûr que non. Il n’y a pas de bonne façon d’agresser sexuellement les enfants, de même qu’il n’y a pas de bonne façon de torturer et de tuer les animaux.

Il est inquiétant de voir combien les consommateurs de viande/produits laitiers font l’éloge de la campagne d’Animal Aid. Mais c’était à prévoir. Animal Aid leur vend une indulgence et, pour obtenir leurs dons, leur disent qu’ils peuvent continuer d’exploiter les animaux aussi longtemps qu’ils achèteront la viande dans un supermarché se fournissant auprès d’un abattoir fonctionnant avec CCTV.

C’est réellement effroyable, et je demande à tous les défenseurs abolitionnistes des droits des animaux du Royaume-Uni de ne pas soutenir cette peu judicieuse campagne (bien que je sois persuadé que les welfaristes étatsuniens suivront aussi le mouvement). Et pendant que vous y êtes, les défenseurs britanniques : merci d’écrire à VIVA! pour leur demander d’arrêter de vendre des livres de cuisine non-végane, de plébisciter des restaurants et des auberges non-végans et de présenter le fait de manger des produits laitiers comme moralement meilleur que le fait de manger de la viande.

J’ajoute qu’il y a 20 ans, Newkirk disait que nous devions soutenir le welfarisme pour nous rapprocher des droits des animaux. Eh bien, nous voici 20 ans plus tard, et si Newkirk pense que nous nous en sommes rapprochés – fût-ce d’un centimètre –, elle est en plein déni. Et nous avons maintenant Tyler débitant les mêmes arguments ridicules.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile, c’est meilleur pour la santé et la planète, et c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire. C’est ce que nous devons aux autres animaux. Si vous êtes végan, alors sensibilisez les autres au véganisme.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2010 Gary L. Francione