Archives mensuelles : septembre 2012

Une pièce à conviction de plus pour votre dossier « Les humains sont étranges »


(photo: Yahoo! News)

Voici Tracy Arnold et son histoire.

Mme. Arnold, dans la sauce qu’elle préparait, a trouvé ce qu’elle dit être un ongle de pied humain. Elle n’a pas su si cet ongle provenait de la boîte de sauce tomate ou du boeuf émincé qu’elle a ajouté à la sauce. Elle a d’abord pensé qu’il s’agissait d’un morceau de cartilage d’une vache morte.

Puis elle a vu qu’il s’agissait d’un ongle humain.

Ca l’a dégoutée.

Le fait qu’elle était en train de manger de la chair en décomposition ne l’a pas dégoûtée.

Le fait qu’elle ait pensé qu’il y avait un morceau de cartilage d’une vache morte dans sa sauce ne l’a pas dégoûtée.

Mais elle a été dégoûtée par un ongle humain, qui lui aussi est fait de cartilage.

Réfléchissez là-dessus.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Mangez une saucisse. Faites-le pour les animaux.

Fantasme n° 1 : la Humane Society of the United States (HSUS) ne fait pas la promotion de la consommation « compassionnelle » de viande.

Voici ce qu’écrit HSUS en légende à ce post Facebook : « Encore plus de bonnes nouvelles pour les cochons ! Cliquez sur « J’aime » pour apporter votre soutien à ces compagnies qui font ce qui est juste. :) »

Autrement dit, soutenez les compagnies qui vendent de la viande et des produits d’origine animale, et font « ce qui est juste ». Réfléchissez à ce message.
Wayne Pacelle, le PDG de HSUS, nous dit d’ailleurs très clairement que la viande « heureuse » est moralement une bonne chose.

Je ne pense pas que l’on doive adopter un régime végétarien pour faire la différence. Je pense que les petits choix que nous faisons — comme opter pour les agriculteurs élevant les animaux convenablement et avec humanité, ou réduire notre consommation —, que toutes ces choses comptent. Vous n’avez pas besoin d’être parfait pour avoir un impact. Ce que je ne veux pas, c’est que les gens se sentent paralysés, qu’ils croient devoir adopter un certain régime orthodoxe afin d’être partie prenante du changement. Absolument pas. Les petites décisions que nous pouvons tous prendre peuvent avoir d’énormes conséquences.

D’après Pacelle, vous pouvez donc avoir un impact en mangeant de la viande et des produits d’origine animale provenant d’ « agriculteurs élevant les animaux convenablement et avec humanité ».

Ainsi, non seulement ne se contente-t-il pas de dire que les produits d’origine animale obtenus « convenablement et avec humanité » sont acceptables, mais qu’en consommer est cohérent avec le fait de se soucier moralement des animaux et de les considérer comme des membres de la communauté morale.

Fantasme n° 2 : ce type de campagnes n’embrouillent pas les gens.

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Formidable nouvelle ! Je ne mange pas de viande, mais même si j’en mangeais, je n’achèterais pas de porc venant de producteurs utilisant des stalles de gestation. Ball Park Franks, Hillshire Farm et Jimmy Dean ont encore du chemin à faire. Il est temps qu’ils arrêtent de torturer les animaux jusqu’à la mort. »

(A en croire cette personne, les cochons ne sont pas torturés dès lors qu’ils ne sont pas en stalle de gestation. Les stalles de gestation, ce serait la mauvaise partie d’une vie de cochon. Tout le reste serait formidable. A propos, la photo suggère que les cochons évoluent désormais en liberté. La nouvelle concerne pourtant l’utilisation des stalles de gestation, pas l’élimination du confinement.)

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « MERCI DOUX JESUS !!! »

(J’ai tendance à penser que Jésus se sentirait ici insulté.)

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Ouiiiiiiiiiii ! Victoire !!! Merci, merci pour les animaux ! »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Partagé dans le Maryland, et merci à vous les compagnies pour faire ce qui est juste. Bravo à Ball Park, Hillshire Farms et Jimmy Dean, et obligeons-les tous à se joindre à vous. Le monde sera un endroit meilleur pour nous tous et pour les cochons. Nous sommes si heureux de voir ça. Bravo à Jane Velez Mitchell pour son combat et pour nous faire prendre conscience de tout ça. Nous vous aimons Jane. »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « J’Aime ces sociétés… SVP, rejoignez la bande !!!! »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « On dirait qu’ils [les cochons sur la photo] se paient du bon temps. »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Après avoir vu un cochon sauver une chèvre prise au piège d’un trou boueux, j’éprouve un nouveau respect pour ces animaux. Tous les animaux qui pensent doivent être respectés, surtout si vous vous apprêtez à les manger ! »

(Alors comme ça vous devez « respecter les cochons, surtout si vous vous apprêtez à les manger ». Réfléchissez à cela une seconde.)

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Formidable, il était temps qu’ils abandonnent cette merde. Merci aux gens comme nous de leur avoir fait savoir que nous boycotterons les compagnies cruelles avec les animaux. Que nous mangions de la viande ou pas, nous ne serons pas partie prenante de ça ! »

(Relax tout le monde. Ces trois compagnies, désormais, ne font plus preuve de cruauté. Formidable , hein ? Annulons le boycott. Prenons une saucisse à la place.)

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Je suis ravi d’entendre ces nouvelles. Les cochons doivent pouvoir mener une vie naturelle tout comme l’ensemble des animaux, au lieu d’être confinés dans ces stalles de gestation qui leur sont une torture. »

(Oui, n’est-ce pas, les animaux domestiqués qui seront mutilés, maltraités de diverses façons et qui finiront dans la puanteur et l’horreur d’un abattoir, vivent une vie « naturelle ». Quelle victoire !).

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Aimez les cochons ! Plus de souffrance ! »

(Mais oui. Ces cochons ont une vie formidable. Ils ne souffrent plus du tout !)

Commentaire sur la page Facebook de HSUS (en réponse à des critiques) : « Il y a toujours des gens pour ne voir que le mauvais côté des choses. Au moins maintenant les cochons peuvent apprécier un peu leur vie. »

(C’est ça, arrêtons de « semer la zizanie ». Suivons le mouvement HSUS. Le désaccord n’est pas permis.)

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « C’est tellement important de respecter les animaux que nous mangeons, et non les maltraiter… »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Ball Park, Hillshire Farm et Jimmy Dean, que Dieu vous bénisse, vous et vos affaires, pour ne plus servir de porc en provenance d’élevages industriels qui traitent le bétail avec tant d’inhumanité !! Merci d’avoir la force intérieure de vous lever pour ce qui est juste et moral. Soyez tous bénis… »

(En mettant de côté les éloges stupides adressés à ces compagnies, cette personne croit manifestement qu’elles ont mis fin au processus intensif dans son intégralité, ce qui n’est pas le cas. Elles vont simplement mettre fin à cette pratique économiquement non rentable que sont les stalles de gestation, à un moment donné du futur.)

Fantasme n° 3 : ce type de campagne n’encourage pas les gens à continuer de consommer les animaux.

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Je ne raffole pas du porc, mais si c’était le cas, j’achèterais ces marques. »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « MERCI Ball Park, Hillshire Farms et Jimmy Dean pour votre compassion qui vous a permis d’éliminer les stalles de gestation ! Je vais redevenir client ! »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Je ne mange pas de viande, mais je dirai à ma famille et à mes amis quelles sociétés font ce qui est « juste ». Merci à toutes les compagnies qui évoluent vers plus de compassion. »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Merci Hillshire Farms ! Maintenant je peux recommencer à acheter chez vous ! »

Commentaire sur la page Facebook de HSUS : « Maintenant je sais quelles marques acheter !! »

Fantasme n° 4 : les réformes de bien-être animal sont géniales parce qu’elles réduisent la souffrance animale ICI ET MAINTENANT.

De HSUS : « La Hillshire Brands Company a annoncé aujourd’hui être activement engagée dans des alternatives au logement traditionnel en caisses de gestation, et compte mettre ces solutions en place vers la fin de 2022, » a déclaré Hillshire dans son rapport. La compagnie a poursuivi en précisant que son « intention est de choisir tout son porc chez des fournisseurs qui utiliseront le type de logement fournissant aux animaux mouvement et confort convenables. »

Etc., etc., etc.

J’ai trouvé ces commentaires en moins de deux minutes. A l’époque où j’ai écrit ceci, il y avait pratiquement 3100 « j’aime », 400 « partages » et plus de 150 commentaires, dont beaucoup sont favorables.

Si on voit là-dedans autre chose qu’une immense trahison des intérêts des animaux, permettez-moi d’être en désaccord.

On m’a accusé de « semer la zizanie » plus de fois que j’ai mangé du broccoli (et j’aime le broccoli) pour avoir critiqué ce genre de mascarade. Si c’est « semer la zizanie » que de tracer une frontière entre ça et ce que je pense, alors je suis heureux de tracer cette frontière, de me tenir loin de ce type de campagnes et de ceux qui promeuvent cette obscénité.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Post-scriptum ajouté le 22 septembre :

Voici un article écrit par un cadre de HSUS et un agriculteur « heureux » louant tous deux la viande « heureuse ».

Extraits :

Cet été, H. J. Heinz Co. a annoncé qu’il travaillait avec ses fournisseurs pour faire en sorte que les mères ne soient plus maintenues à l’étroit dans des stalles pendant qu’elles accouchent portée après portée de porcelets. C’est un nouveau chapitre bienvenu dans une histoire depuis longtemps dévoilée.

Lorsque nous parlons à nos enfants des animaux d’élevage, nous recourons souvent à des images antiques et familières : des poules picorant dans les champs à la recherche d’insectes ou de graines, ou encore des cochons sommeillant sur des litières de paille. Ces scènes constituent une partie de notre héritage agricole, et il fut un temps où elles constituaient effectivement une description fidèle de la manière dont vivaient les animaux. Malheureusement, ces images et la réalité de leur existence au sein des élevages industriels sont radicalement différentes.
….

Tandis qu’un puissant lobby d’agrobusiness se bat pour maintenir le statu quo industrialisé, un nombre croissant de consommateurs, de fermiers, de détaillants et de législateurs prennent position contre la maltraitance routinière des animaux d’élevage et les pratiques agricoles qui leur refusent jusqu’à la plus fondamentale capacité de mouvement. Nos images d’Epinal sur les fermes sont à des lieues de la situation réelle du bétail américain, mais nous commençons à évoluer dans la bonne direction. »

Ainsi, la « bonne direction», selon HSUS, c’est l’élevage « heureux ».

Les auteurs de cet article :

Josh Balk, directeur de la politique du groupe pour la protection des animaux d’élevage à la Humane Society of the United States, et les époux Philip et Dee Horst-Landis, qui gèrent la Sweet Stem Farm à Lititz en Pennsylvanie, dans le comté de Lancaster, où ils élèvent des cochons, des bœufs et des moutons.

Notez que ce sur quoi nos auteurs tombent d’accord est que nous devons évoluer vers les « images d’Epinal sur les fermes. »

Si vous pensez qu’il subsiste le moindre doute sur le fait qu’HSUS promeut l’exploitation « heureuse » comme moralement souhaitable, ou si vous estimez que l’article des Balk/Horst-Landis est, de quelque façon, cohérent avec la promotion d’un message végan clair, vous êtes en plein déni.

Ma discussion avec le philosophe libertarien Tibor Machan

Le 12 janvier 2012, j’ai débattu avec l’éminent philosophe libertarien Tibor Machan. Machan détient la Chaire R. C. Hoiles d’Ethique du Travail et de Libre Entreprise à l’Argyros School of Business & Economics de l’Université Chapman à Orange, en Californie. Il est chercheur au sein de la Hoover Institution à l’Université Stanford, et professeur adjoint au Cato Institute.

Machan est un éminent opposant aux droits des animaux.

Le sujet : « Les animaux ont-ils des droits ? »

La discussion a été enregistrée en vidéo et de nombreuses personnes ont demandé à la voir. La vidéo était originellement disponible sur le site de la Rutgers Library, mais nous l’avons déplacée et vous pouvez maintenant la regarder ici :

Le Professeur Francione débat avec le Professeur Tibor Machan : « Les animaux ont-ils des droits ? »
12 janvier 2012

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Une réponse à James McWilliams — et elle n’est pas discutable

La Columbia University Press a posté sur Slate.com un article au sujet de l’appel lancé par le Professeur James McWilliams à tous les défenseurs des animaux afin qu’ils soutiennent les efforts réformistes en matière de bien-être animal de la Humane Society of the United States (HSUS).

Le lendemain, la Press publiait ma réponse au Professeur McWilliams.

Après que j’ai lu l’article du Professeur McWilliams, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de débattre avec lui de ces questions dans un podcast, comme je l’avais fait précédemment avec le Professeur Robert Garner. Garner enseigne les sciences politiques à l’Université de Leicester et a également coécrit avec moi The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?. A l’instar de McWilliams, Garner défend l’approche welfariste. Les partisans des deux camps (abolitionniste et welfariste) ont dit combien il leur paraissait utile qu’un tel débat ait lieu.

Bien que le Professeur Williams ait accepté mon invitation en octobre, il a fait marche arrière après que la Columbia University Press a publié ma réponse.

Comme je le comprends, la Columbia University Press a également invité McWilliams à organiser un débat écrit avec moi sur ces questions, semblable à celui que j’avais réalisé avec le Professeur Marder sur l’éthique végétale. Il m’a été répondu qu’il avait également décliné cette invitation.

Je suis désolé de voir que le Professeur McWilliams, ayant mis lui-même ces questions sur la table via son article paru dans Slate, est apparemment peu disposé à s’engager dans une confrontation directe, qu’elle soit orale ou écrite.

Le Professeur McWilliams considère qu’un débat sur ces sujets revient à un « combat de boxe verbal ». Cela banalise la réalité, qui est que des questions fondamentales sont ici en jeu, parmi lesquelles l’idée, profondément ancrée dans l’idéologie welfariste, que les animaux n’ont pas un intérêt dans la poursuite de leur existence, ou tout au moins que leur vie a moins de valeur morale que la nôtre dès lors qu’il s’agit de justifier leur traitement comme produits économiques.

En outre, il y a la question de savoir si les réformes welfaristes apportent réellement des améliorations importantes au bien-être des animaux, ou si elles ne font qu’encourager la consommation de produits d’origine animale « heureux » — consommation considérée, pour reprendre les termes de Peter Singer, comme « position éthique défendable ». Voyons, personne ne pourrait nier pourtant que le fait que les grosses organisations animalistes sponsorisent des labels viande/produits d’origine animale « heureux » est explicitement destiné à faire que les consommateurs aient l’impression d’agir d’une manière « socialement responsable » (pour parler comme HSUS) quand ils mangent lesdits produits « heureux ».

Il y a également la question de savoir si de telles réformes sont acceptées ou promulguées, ou si elles ne font en fait qu’augmenter le rendement de production, échouant ainsi à nous rapprocher de l’abolition de l’exploitation des animaux, empêtrant au contraire ceux-ci encore un peu plus dans le paradigme de la propriété.

J’espère que le Professeur McWilliams finira par se rendre compte que débattre de ces importantes questions — oralement ou par écrit — est une bonne idée.

Mon invitation reste ouverte.

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
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« Animaux d’élevage » versus « animaux de ferme »

On me demande souvent pourquoi j’emploie l’expression « animaux d’élevage » plutôt que celle d’ « animaux de ferme ».

Il me semble que la première est préférable en ce qu’elle fait ressortir que ce sont des non-humains qui sont exploités pour être élevés, sans refléter l’idée qu’ils représenteraient un type particulier d’animaux. Il n’y a pas d’ « animaux de ferme ». Il y a seulement des animaux que nous exploitons en les élevant.

C’est la même chose lorsqu’on dit qu’on ne doit pas utiliser d’« animaux de laboratoire », parce qu’il n’existe pas de tels animaux. Il y a seulement des animaux que nous exploitons dans les laboratoires.

J’ai conscience du problème. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème monumental, et je ne pense pas non plus qu’il cause une quelconque différence d’ordre pratique. Mais j’en ai conscience.

Quoi qu’il en soit, ce que je trouve confondant, c’est qu’un grand nombre (pas tous !) de défenseurs utilisant cette expression — ceux qui l’ont popularisée notamment — dissertent sur la viande et les produits d’origine animale « heureux ». Ils discutent de la manière dont nous devons lutter contre les « pires abus » (un concept dénué de sens puisque le processus dans son ensemble est un abus) de l’élevage industriel, et nous orienter à la place vers l’idyllique élevage « familial » — lequel, en passant, fait l’économie de l’éthique et n’est rien d’autre qu’un fantasme.

J’ai entendu l’un de ces « défenseurs » dire que nous ne devions plus avoir d’« animaux d’élevage » dans des élevages industriels, mais des « animaux de ferme » dans des élevages « familiaux ».

Dans la mesure où l’expression « d’élevage » fait référence aux animaux engagés dans le processus agricole industriel et qu’on nous dit que si ces animaux étaient exploités (soi-disant) de manière plus « humaine » dans des élevages « familiaux », ils deviendraient des « animaux de ferme », eh bien cela pose problème précisément parce que cela suggère que dans un contexte « humain », ils constitueraient un type d’animaux.

Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que les appeler animaux « d’élevage » ou « de ferme » change grand-chose.

Promouvoir le véganisme comme base morale explicite et cesser de plébisciter l’exploitation « heureuse » ferait, en revanche, une énorme différence.

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
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Nicholas Kristof : grimacez, s’il vous plaît. Grimacez.

Une fois de plus, le chroniqueur du New York Times Nicholas D. Kristof nous donne un aperçu de la manière dont l’esprit libéral postmoderne s’accommode de la violence et de l’immoralité de l’agriculture animalière.

Kristof sait manifestement qu’il y a là-dedans quelque chose de mal. Sinon, il n’écrirait pas les lignes qu’il écrit sur nos obligations morales envers les animaux.

Il semble même que le New York Times soit obsédé par le sujet. Entre des chroniqueurs comme Kristof et Mark Bittman, qui ne cessent de tenter de nous convaincre que l’exploitation animale « heureuse » est la réponse à la question fondamentale : comment pouvons-nous justifier moralement l’utilisation des animaux ?, et les multiples travaux de ceux qui nous disent que les plantes possédant une « intentionnalité inconsciente », il n’y a pas de différence morale entre un steak et une salade, le New York Times veut vraiment – vraiment – nous rassurer sur le fait qu’il est parfaitement correct de continuer à faire quelque chose que nous savons tous être mal.

La dernière contribution de Kristof à la vaste littérature du style « Soyez tranquilles, mangez heureux », est un article intitulé : Where Cows Are Happy and Food Is Healthy.

Dans cet article, Kristof nous parle de Bob Bansen, un « copain de lycée ». Bob est un producteur de lait « qui a baptisé chacune de ses 230 vaches, chacun de ses 200 veaux et génisses, et qui les aime comme des enfants. » Kristof nous explique :

D’aussi loin que je le connaisse, Bob a donné un nom à chacune de ses « filles », comme il les appelle. Parcourez les champs avec lui, et il vous les présentera.

Bob « a compris comment faire tourner efficacement un élevage et le doter en même temps d’une âme. » Vous pouvez avoir un cœur et tirer profit de l’exploitation de vos « enfants ». Les vaches « heureuses » sont même plus productives :

Beaucoup de vaches en Amérique passent leur vie enfermées dans de vastes hangars, mangeant du grain et du foin pendant que leur lait est pompé. Mais il est de plus en plus évident que les vaches n’ont pas un bon rendement quand elles sont enfermées. Aussi de nombreux producteurs de lait reviennent à présent à une approche traditionnelle de l’élevage en les faisant paître dans les champs.

« Les champs font merveille sur la santé des vaches », s’exclame Bob. « C’est une telle évidence qu’elles sont plus heureuses ici. Elles vivent tellement plus longtemps quand elles sont loin du béton que la tendance est aux pâturages. »

S’agit-il d’un sentimentalisme déplacé de la part des agriculteurs que de vouloir leurs vaches heureuses ? Un homme d’affaires ne doit-il pas s’inquiéter seulement de la performance ?

Bob fronce les sourcils. « Pour la productivité, il est important d’avoir des vaches heureuses », dit-il. « Si une vache est au mieux de sa forme et de sa satisfaction, elle est rentable. Je ne gère pas mon élevage tant d’un point de vue budgétaire que du point de vue des vaches, parce que je sais que, si je prends soin d’elles, la performance suivra. »

Mais, Nicholas, les vaches meurent-elles de vieillesse ?

Non, apparemment pas :

Lorsque les vaches vieillissent et que leur production de lait diminue, les agriculteurs les abattent. Bob a toujours trouvé ce moment de l’élevage particulièrement dur, donc, de plus en plus, il utilise les vaches plus vieilles pour allaiter les bouvillons. De cette façon, les vaches du troisième âge rapportent assez pour couvrir les dépenses qu’elles occasionnent, et leur jour d’expiation peut être différé — indéfiniment, dans le cas de ses vaches favorites.

J’ai taquiné Bob en lui proposant d’ouvrir une maison de retraite pour bovins, et il a souri sans complexe.

« Je me sens bien par rapport à ça », a-t-il simplement répondu. « Mes vaches me soutiennent autant que je les soutiens, et il est donc facile de s’attacher à elles. Je veux travailler dur pour elles parce qu’elles ont pris grand soin de moi. »

Kristof conclut :

Nous n’avons pas besoin de faire la grimace quand nous réfléchissons à la provenance de notre nourriture.

La prochaine fois que vous boirez du lait Organic Valley, il est possible qu’il vienne de l’une des vaches de Bob. Si c’est le cas, vous pouvez pariez que c’est une vache heureuse. Et que ça a un nom.

Relax tout le monde ! S’il vous plaît. Ne faites pas la grimace. Restez assurés que vous pouvez exploiter avec « compassion ». Oui, ces doux animaux rencontreront leur « jour d’expiation » lorsqu’ils seront abattus ! Mais ils étaient « heureux ». Buvez ce lait. C’est bon pour vous et pour les « enfants » de Bob.

Je me demande si Kristof a la moindre idée de la manière dont les heureuses « filles » de Bob se sentent lorsque leur « jour d’expiation » arrive.

Mais la profonde schizophrénie morale de Kristof est résumée dans une phrase : « Et que ça a un nom. » « Ça » a un nom. « Ça ». Malgré l’inquiétude confuse de Kristof, le résultat des courses, c’est que les animaux sont des choses.

Et c’est, en un mot, tout le problème. Pour Kristof et les autres welfaristes (et ceci inclut exactement chacune des grandes organisations de « protection animale » de ce pays), les animaux sont des choses. Ils ne sont pas des personnes nonhumaines. Ils ne sont pas des membres de la communauté morale. Il est convenable de les exploiter aussi longtemps que nous les torturerons moins qu’ils ne le seraient dans une situation alternative ; aussi longtemps que nous les enverrons à l’abattoir avec un nom.

Et avant que je reçoive les habituels courriels de welfaristes contenant les sempiternelles questions du genre : « Mais l’élevage de Bob n’est-il pas préférable aux élevages laitiers conventionnels ? », laissez-moi être clair : il est pire d’imposer 10 unités de souffrance que 5 unités. Mais qu’il s’agisse de l’un ou l’autre cas, nous devons justifier les deux. Or nous ne pouvons en justifier aucun puisque la seule raison que nous avançons pour ce faire est le plaisir que nous éprouvons à consommer du lait.

Si le principe énonçant que la souffrance non nécessaire est mal — principe que tout le monde, y compris les Kristof de ce monde, prétend admettre — signifie quelque chose, c’est bien que le plaisir ne peut constituer une justification suffisante pour infliger douleur et souffrance aux animaux. Une justification suffisante serait de l’ordre du besoin ; de la nécessité. Rien de tel ici. Seulement la tragédie de ceux qui choisissent de faire quelque chose qu’ils savent injustifiable sur le plan moral et se lancent dans des dissertations éminemment frivoles qu’ils font passer pour de la pensée progressiste. Rien de plus.

J’entends souvent les défenseurs des animaux se plaindre des gens qui déclarent : « Ne me dites pas d’où provient ce que je mange. » Bien que je comprenne la frustration que l’on éprouve à l’écoute de semblables propos, j’amène ces gens n’importe quand chez les Kristof, Safran-Foer, Bittman et l’ensemble de la communauté de la « protection animale », qui mettent en avant le non-sens de la « consommation compassionnelle » et nous disent que nous pouvons savoir d’où provient notre nourriture, et qu’en dépit de ce que cela implique, c’est une pratique acceptable et que nous ne devons pas « faire la grimace ».

Et si vous doutez du fait que l’approche militante par l’exploitation « heureuse » est contreproductive précisément parce qu’elle renforce explicitement l’idée que nous n’avons pas à « faire la grimace » quand nous mangeons tel morceau de viande ou buvons tel verre de lait, alors je déclare que vous ne raisonnez pas clairement. L’article de Kristof est une parfaite illustration du problème.

Grimacez. S’il vous plaît, au nom de tout ce qu’il y a de bon sur la terre ; au nom de la non-violence ; au nom de la justice élémentaire ; au nom des « filles » de Bob qu’on expédiera vers leur « jour d’expiation », s’il vous plaît, s’il vous plaît, grimacez.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Une invitation au Professeur McWilliams

James McWilliams, professeur d’histoire associé à l’Université d’Etat du Texas et auteur de Just Food: Where Locavores Get It Wrong and How We Can Truly Eat Responsibly, a publié un article provocateur sur Slate.com intitulé Vegan Feud. Le sous-titre : « Les militants des droits des animaux accompliraient bien davantage s’ils cessaient d’attaquer la Humane Society. »

McWilliams déclare :

Aucun auteur n’a plaidé la cause abolitionniste avec plus d’éloquence que le philosophe de Rutgers Gary Francione. Dans ses livres Animals as Persons et Rain Without Thunder, Francione, qui est également avocat, démontre avec force que la seule position éthiquement cohérente des humains vis-à-vis des animaux est l’élimination pure et simple de la propriété animale. Cette posture l’amène à attaquer HSUS à tout bout de champ. Quand, l’année dernière, HSUS a accepté de collaborer avec les United Egg Producers afin de légiférer sur l’agrandissement des cages des poulets, Francione a réagi en ces termes :

C’est parfaitement ridicule. Les cages « enrichies » impliquent la torture des poules. Point final. Cette torture peut être un tout petit peu moins terrible, de la même façon que les planches matelassées peuvent rendre le supplice de la baignoire un tout petit peu moins terrible. Mais soyons clairs : les poules seront toujours torturées. Et elles finiront toujours à l’abattoir.

La logique de Francione est imparable, mais il est peu probable que son message extrême résonne largement au sein d’une population comptant seulement 1,4 % de végans. Selon la psychologue sociale et végane de longue date Melanie Joy, l’approche abolitionniste attirerait beaucoup plus de partisans si elle reconnaissait, à l’instar d’HSUS, que le passage au véganisme demande un profond mouvement de conscience qui se produit seulement lorsque les gens sont personnellement prêts à le faire.

Comme l’indique le sous-titre de l’article, McWilliams estime que les abolitionnistes ne devraient pas critiquer HSUS.

Ce n’est pas la première fois que je suis en désaccord avec McWilliams (sauf lorsqu’il déclare que ma logique est « imparable » !).

J’ai donc posté, sur Slate.com, le commentaire suivant :

Cher James,
Comme vous pouvez vous y attendre, je ne suis pas d’accord avec votre article, que ce soit au niveau théorique ou pratique. J’ai quelques observations à formuler et une invitation à vous faire.

En guise de préambule, laissez-moi être clair quant au fait que je n’ai aucune implication que ce soit dans l’événement qui a eu lieu lors de l’Animal Rights National Conference et que vous rapportez dans votre article — aucune implication autre que certaines de mes propres idées générées au cours des vingt dernières années et que certains « abolitionnistes » ont généreusement empruntées et régurgitées, souvent de manière incorrecte. Je dis cela non seulement parce que votre article peut être mal interprété, mais encore parce que vous devez faire attention à ne pas assimiler la position abolitionniste au comportement adopté par certaines personnes lors de l’événement susmentionné.

Mes remarques : le courant animaliste de type welfariste admet explicitement que la vie animale n’a aucune valeur morale en soi, et que nous ne causons pas de tort aux animaux si nous les tuons sans douleur. C’était le raisonnement de Bentham ; c’est aussi celui de Singer ; c’est enfin celui de la plupart des grosses organisations animalistes. C’est même précisément ce raisonnement qui permet à PETA de tuer des animaux en bonne santé qu’elle détient dans ses aménagements à Norfolk et de défendre cette idée qu’il est acceptable, de la part des autres refuges, de faire de même. Une telle position, selon moi, pose problème pour plusieurs raisons morales.

En outre, vous admettez sans l’ombre d’une critique que les réformes welfaristes apportent des améliorations importantes au bien-être des animaux. Je ne suis pas d’accord. Au mieux, ces réformes sont analogues au fait de rembourrer les planches à eau de Guantanamo Bay. Notez bien que j’ai dit « au mieux ». La plupart du temps, elles font encore moins que cela.

D’un point de vue économique, la plupart des réformes de bien-être ne font en fait qu’augmenter les rendements de production. Vous citez par exemple la campagne d’HSUS contre les stalles de gestation. Jetez donc un œil sur la documentation d’HSUS. Après avoir passé en revue l’état de la recherche agricole, il est dit : « La productivité des truies est meilleure dans les élevages en groupe que dans les stalles individuelles, par suite de la réduction des taux de blessures et de maladies, du premier œstrus qui survient plus tôt, du retour à l’œstrus plus rapide après accouchement, de la diminution du nombre de porcelets mort-nés, et des temps de mise-bas plus courts. Les systèmes de groupes employant des distributeurs électroniques d’aliments (« ESF ») sont particulièrement rentables. » En outre, « le passage des stalles de gestation aux élevages en groupe avec ESF réduit très légèrement les coûts de production et augmente la productivité. »

Par conséquent, pourquoi les industriels se battent-ils ? La vérité, c’est que ce n’est là qu’une scène du grand théâtre des relations symbiotiques existant entre eux et les grandes organisations animalistes. Ces dernières identifient des pratiques économiquement vulnérables ; les industriels résistent ; toute une farce s’ensuit, à l’issue de laquelle les industriels finissent par consentir à opérer des changements dépourvus de sens pour les animaux mais leur rapportant des bénéfices financiers ; les organisations animalistes, à partir de là, crient victoire et lancent des collectes de fonds ; les industriels, loués par les organisations, se mettent à rassurer le public en lui disant qu’ils se « soucient » réellement des animaux. Le public, convaincu, peut alors se sentir « plein de compassion » et continuer de consommer les animaux, en toute tranquillité d’esprit cette fois.
Vous évoquez le point de vue de Joy selon lequel devenir végan « demande un profond mouvement de conscience qui se produit seulement lorsque les gens sont personnellement prêts à le faire. » Quelqu’un a-t-il un jour prétendu le contraire ? Le problème n’est pas de savoir s’il s’agit d’une question de choix moral. Bien sûr que ça l’est. Le problème est de savoir si nous allons argumenter de façon à ce que les gens fassent ce choix moral, ou si nous allons les rassurer en leur disant qu’ils peuvent se décharger de leurs obligations morales envers les animaux en mangeant des produits d’origine animale « heureux » et en consommant de manière « compassionnelle », avec tout ce que cela implique, à la fois sur un plan théorique et pratique.

D’une manière générale, j’ai trouvé déroutant que vous pensiez que nous soyons en mesure de rendre les gens plus réceptifs au message végan en décidant, avec Joy, Cooney et d’autres, que le public n’est simplement pas prêt à entendre des arguments sérieux à propos d’éthique animale. Je ne suis pas d’accord. Je pense que la plupart des gens peuvent très bien comprendre ce genre d’arguments. Le problème est que les groupes animalistes welfaristes ne veulent simplement pas qu’une telle discussion ait lieu. Depuis des années à présent, elles ont fait tout ce qui était possible pour l’étouffer. Vous semblez même croire que ce problème est récent. Il ne l’est pas. Le fait est qu’il fait l’objet d’un débat passionné depuis le début des années 1990. Je reconnais que certains défenseurs ont intérêt à faire croire qu’il s’agit de quelque chose de nouveau. Mais ce n’est pas le cas.

Mon invitation : puisque nous sommes tous les deux universitaires et que nous nous intéressons aux grandes questions, j’estime que nous devons débattre de ces sujets. J’ai créé, en relation avec le site www. abolitionistapproach.com, un podcast, et je vous invite en toute amabilité à me rejoindre pour en discuter.

Cordialement,

Gary

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University

J’espère que le Professeur McWilliams sera heureux de participer à ce débat. De plus amples informations suivront.
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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.
Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione