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Approche Abolitionniste et Farm Sanctuary débattent de la « viande heureuse », de l’abolition et des réformes de bien-être

Introduction

J’ai accepté de discuter de la « viande heureuse », de l’abolition et des réformes de bien-être avec Bruce Friedrich, autrefois à PETA et désormais aux côtés de Farm Sanctuary. Ce débat a été originellement commandé par un magazine dont nous tairons le nom, qui a refusé de le publier au prétexte que je ne serais pas d’accord avec certains changements effectués qui altéraient ce que j’avais dit.

La discussion se déroule comme suit : je donne un discours d’ouverture auquel répond Bruce. L’allocution liminaire de Bruce est suivie de ma réponse. Les voici tels que nous les avons exactement soumis au magazine. Le seul changement est que Bruce a préféré utiliser les prénoms, et qu’en conséquence, j’ai changé « Friedrich » en « Bruce ».

Discours d’ouverture de Gary L. Francione

Le mouvement moderne de protection animale est divisé.

Il y a les réglementaristes, qui se concentrent essentiellement sur le traitement des animaux nonhumains et qui, plus généralement, promeuvent et soutiennent : (1) les réformes de bien-être dont ils prétendent qu’elles rendront le traitement des animaux plus « humain », telles que les cages « enrichies » pour les poules ; (2) les campagnes ciblées, comme les campagnes anti-fourrure et anti-foie gras ; et (3) la « consommation compassionnelle » via l’acceptation des produits d’origine animale « heureux », tels que ceux qui satisfont aux normes « Compassion pour les Animaux » de Whole Foods.

Certains réglementaristes affirment que ces mesures mèneront progressivement à l’abolition de l’utilisation des animaux à un moment donné du futur. D’autres ne recherchent pas cette abolition définitive ; ils ne considèrent pas l’utilisation des animaux comme mauvaise en soi, leur objectif se bornant seulement à assurer à ceux-ci un traitement « humain ».

Les réglementaristes s’opposent, parfois avec véhémence, à la promotion du véganisme comme base morale fondatrice. Dans la mesure où ils la font, ils présentent le véganisme comme un moyen de réduire la souffrance, avec les œufs de poules « hors cage », le porc « sans box » et d’autres produits « heureux » du même acabit. Peter Singer, le principal universitaire partisan du réglementarisme, caractérise même le fait d’être un végan cohérent de « fanatique », et dit que nous pouvons « manger éthique » si nous évitons les produits issus des élevages industriels au profit d’ « une quantité modérée de produits biologiques issus d’animaux élevés en pâturages ».

Et il y a les abolitionnistes qui considèrent que toute utilisation des animaux est mal, et ce indépendamment de la sorte de traitement que ces derniers subissent. Les abolitionnistes rejettent les réformes de bien-être, les campagnes ciblées et la « consommation compassionnelle ». Ils font la promotion du véganisme comme impératif moral et comme un choix de ne pas participer à l’exploitation animale. Ils cherchent à construire un mouvement populaire de végans éthiques.

Les grosses associations animalistes sont, en grande partie, réglementaristes.

Les abolitionnistes rejettent la position réglementariste parce qu’ils croient que si les animaux importent moralement, nous ne pouvons justifier aucune utilisation de ces derniers, quand bien même elle serait « humaine ». Mais les abolitionnistes rejettent également le réglementarisme pour trois raisons pratiques.

La première, c’est que les mesures de bien-être fournissent peu, sinon pas, de protection significative aux intérêts des animaux. Cela tient à ce que ceux-ci sont des propriétés et que cela coûte de l’argent de protéger leurs intérêts. En conséquence de quoi, les normes de bien-être resteront toujours basses. Nous avons des normes de bien-être depuis maintenant deux siècles et nous exploitons aujourd’hui plus d’animaux, et de manières plus horribles, qu’à aucun moment de l’histoire humaine.

Il n’est pas vrai que les réformes de bien-être entraînent, pour l’industrie, des coûts importants, lesquels reflèteraient une reconnaissance sociale de la valeur inhérente des animaux. Au contraire, un grand nombre de ces réformes augmentent en réalité le rendement de production. Par exemple, selon HSUS, qui, avec PETA, fait la promotion de l’abattage par atmosphère contrôlée (AAC) des volailles, l’AAC « a pour résultat d’économiser de l’argent et d’augmenter les revenus en diminuant les déclassements de carcasses, les contaminations et les coûts de réfrigération, en augmentant la production de viande, sa qualité et sa durée de vie, et en améliorant les conditions de travail des ouvriers ». On lit aussi qu’ « une usine traitant un million de poulets à rôtir par semaine avec une moyenne de carcasses préparées pesant 2 kg et un prix de gros de 0,6 € par livre augmenterait son revenu annuel de 1,39 million d’euros après adoption de l’AAC. »

La deuxième, c’est que les mesures de bien-être animal rendent les gens plus à l’aise par rapport à l’exploitation animale, et qu’elle les encourage en réalité à la poursuivre en leur faisant croire qu’ils peuvent se décharger de leurs obligations morales envers les animaux sans cesser de les utiliser dans leurs vies personnelles. Que pouvons-nous attendre d’autre quand des groupes comme PETA font l’éloge de McDonalds sous prétexte que McDonalds « montre le chemin » dans le traitement et l’abattage des animaux, ou décernent des prix à certains concepteurs d’abattoirs ? Les campagnes de bien-être et les projets de labels « heureux » créent en réalité des partenariats inquiétants entre l’industrie et le milieu de la défense animale.

La troisième, c’est que les abolitionnistes rejettent les campagnes ciblées en ce qu’elles laissent entendre que certaines formes d’exploitation sont pires que d’autres. Or, la fourrure, par exemple, n’est en rien pire que le cuir ou la laine, et il est faux de prétendre le contraire.

Les abolitionnistes voient la défense animale comme un jeu à somme nulle. Chaque seconde et chaque centime consacrés à rendre l’exploitation plus « humaine » ou à des campagnes ciblées, sont autant de temps et d’argent perdus pour l’éducation végane/abolitionniste.

Posons que vous ayez demain deux heures à consacrer à la défense animale. Vous avez un choix à faire. Vous pouvez distribuer de la documentation incitant les gens à consommer des œufs de poules « hors cage », ou de la documentation invitant ces mêmes personnes à ne pas manger d’œufs du tout puisque les œufs « hors cage » impliquent toujours l’exploitation, l’extrême souffrance et la mort des poules. Vous ne pouvez distribuer les deux types de documentation. Si vous le faisiez, les messages que vous enverriez seraient contradictoires et profondément déroutants.

Pour toutes ces raisons, les abolitionnistes estiment que nous devons cesser de promouvoir l’idée selon laquelle il existerait une « façon bonne » d’exploiter les animaux. Le fait est qu’il n’y en a pas. Nous devons sensibiliser les gens au véganisme, et construire un mouvement végan qui puisse préparer et produire des changements significatifs dans le futur.

Réponse de Bruce Friedrich :

Le véritable abolitionnisme est plus astucieux que cela

Gary donne une mauvaise interprétation des idées de Peter Singer et PETA, et il a tort quand il prétend que les abolitionnistes refusent les réformes de bien-être et les campagnes ciblées. Oui, les abolitionnistes font la promotion du véganisme comme base morale fondatrice, mais la plupart d’entre nous soutiennent également les campagnes ciblées et les réformes de bien-être.

Par exemple, tous les groupes abolitionnistes qui défendent le plus le véganisme (Mercy for Animals, Vegan Outreach, PETA, COK, the Humane League, Farm Sanctuary) soutiennent à la fois les campagnes ciblées et les lois sur le bien-être afin de mettre hors-la-loi les pratiques d’élevage cruelles. Nous les soutenons parce qu’ils réduisent la souffrance et la consommation de viande, et nous rapprochent de la libération animale.

Les réformes de bien-être réduisent la souffrance

Il est difficile d’imaginer quelque chose de pire que de passer sa vie entassé dans une stalle de gestation ; tandis que nous militons pour un véganisme total dans la société, c’est une chose pleine de sens pour les cochons bloqués en stalles que de les faire aller dans des élevages en groupe, où ils peuvent bouger et interagir avec les autres cochons. Si vous étiez une truie enceinte dans une stalle, vous désireriez cela.

De même, 9 milliards de poulets sont déversés des stalles, électrocutés et ont la gorge tranchée — tout cela en étant toujours conscients. Des millions d’entre eux sont ébouillantés vifs. S’il se trouvait des êtres humains innocents n’ayant aucun espoir d’éviter l’exécution, les défenseurs des droits de l’homme se battraient afin de rendre leur mort aussi indolore que possible — preuve en est que, précisément, cette bataille a été menée par le mouvement contre la peine de mort quant aux méthodes particulièrement cruelles d’exécution.

Les réformes de bien-être réduisent la consommation de viande et nous conduisent à la libération animale

Autre exemple : les pays de l’UE qui ont interdit les cages de batterie ont vu décliner la consommation d’œufs, contrairement à ceux qui ne l’ont pas fait. Et une étude parue dans le Journal of Agricultural Economics a exposé en détail le fait que la couverture médiatique qui a accompagné les campagnes de bien-être animal centrées sur les systèmes de confinement spécifiques a conduit à une réduction de la consommation de l’ensemble des produits d’origine animale. Ce n’est pas un contre-exemple de ce dont je suis conscient.

De quel côté êtes-vous ?

Gary insinue que les améliorations du bien-être des animaux accroissent les performances des industries, un argument entièrement réfuté par les millions de dollars dépensés par le milieu de l’agriculture animale pour combattre lesdites améliorations. J’en veux pour seul exemple les industries du porc et des œufs, qui ont dépensé 10 millions de dollars afin de tenter de faire échouer la Proposition 2 de Californie (qui criminalisait les cages de batterie, les stalles de gestation et les box pour l’élevage en batterie des veaux) – Proposition 2 que Gary (très malencontreusement à mon sens) a associée, dans son opposition, aux industries de la viande et des œufs.

Conclusion

Le fait que les réformes de bien-être réduisent la souffrance des animaux dont les seules alternatives sont plus ou moins de souffrance, doit suffire pour leur faire gagner le soutien des abolitionnistes intelligents. Ajoutez à cela la preuve empirique que ces réformes réduisent la consommation de viande et changent la société, et vous comprendrez pourquoi l’immense majorité des groupes et des personnes abolitionnistes soutiennent les efforts visant à mettre hors-la-loi les pires abus.

Pour plus de détails, veuillez vous reporter à l’exposé de Nick Cooney, « Welfare Reform and Vegan Advocacy: The Facts », ainsi qu’à l’article de Vegan Outreach, « Welfare and Liberation ». Ces deux documents sont facilement disponibles via votre moteur de recherche.

Discours d’ouverture de Bruce Friedrich

Progrès graduels : bons pour les animaux et la libération animale

A Farm Sanctuary, nous partageons notre existence avec des animaux d’élevage et nous les considérons comme des personnes. Nous ne mangerions pas plus un poulet ou un cochon que nous ne mangerions un chien ou un chat. Chacun d’eux est un individu avec le même éventail d’émotions et de besoins que n’importe quel chien ou chat. Comme l’a remarqué Jane Goodall, « ce sont des personnes à part entière ».

Par conséquent, bien sûr que nous travaillons à éliminer les pires maltraitances commises sur les animaux d’élevage. Ces réformes réduisent la souffrance, font baisser la consommation de viande et nous font progresser sur la voie de la libération animale.

La règle d’or : prendre en considération le point de vue des animaux

Il y a, pour les poules, une différence importante entre la vie en cage de batterie ou la vie sans cage, et, pour les truies, entre les stalles de gestation et les élevages en groupe. Bien qu’il soit exact que les animaux dans les élevages sans cage ou de groupe sont toujours horriblement maltraités, évoluer vers ces systèmes graduellement moins mauvais diminue de manière sensible la souffrance des animaux concernés.

Mettez-vous à leur place : les stalles de gestation mesurent 2 x 0,6 mètres. L’immobilité perpétuelle entraîne le dépérissement des muscles et des os des cochons, de sorte que marcher devient atroce, et que même se lever est douloureux. Parce que les animaux se frottent contre les barreaux, sont allongés dans leurs propres excréments jour et nuit, ils souffrent de douloureuses brûlures d’ammoniaque, et leurs poumons s’irritent à force de respirer de l’air putride. Ils sont constamment affamés puisqu’ils reçoivent environ la moitié de ce qu’ils devraient normalement consommer.

Quand des êtres humains n’ont nul espoir de s’échapper, les militants des droits de l’homme demandent que leurs conditions de détention soient améliorées, même s’ils ne peuvent les faire libérer. Lisez simplement les derniers rapports d’Amnesty International ou d’ACLU sur les personnes qui ne devraient pas être en prison, et les réformes de bien-être que ces groupes réclament. Si un prisonnier politique est soumis à des coups et à de la torture, même si Amnesty ne peut le faire libérer, ils se battront néanmoins pour que la torture cesse — même si les conditions de détention demeureront grotesquement inhumaines. Ils veulent sa libération, mais également moins de maltraitance.

Les défenseurs des droits civiques et des droits des femmes n’ont jamais dit qu’une égalité complète et immédiate était la seule chose pour laquelle se battre. Ils ont combiné une rhétorique puissante, qui a défini leur large vision du changement, avec des batailles politiques durement combattues en faveur d’améliorations graduelles : une fin de l’esclavage puis de la ségrégation, le droit de participer aux élections, une fin de l’asservissement direct, de la discrimination à l’embauche et au salaire, et ainsi de suite — le tout dans le contexte d’un système profondément injuste. Ils ont accueilli chaque réforme comme une étape vers le but final.

Des étapes sur le chemin de la libération

Une fois que la société reconnaît que les animaux de ferme ont des intérêts qui comptent, le principe de cohérence peut jouer, et nous pouvons faire remarquer que si les animaux de ferme ont des intérêts, la société doit reconsidérer le fait de les tuer et de les manger. Les efforts réformistes mènent ainsi à une diminution de la consommation de viande. Et naturellement, les pays dotés des meilleures lois de protection animale sont ceux qui comptent le plus de militants des droits des animaux et de végans. Inversement, les pays qui ne sont pas dotés de telles lois sont ceux qui comptent le moins de militants des droits des animaux et de végans.

Comme l’explique Matt Balls, co-fondateur de Vegan Outreach : « L’évidence montre que les réformes attirent l’attention des non-végétariens sur la question, et persuadent beaucoup d’entre eux à reconsidérer leur éthique et leurs actes. Les groupes animalistes utilisent alors leurs victoires pour gagner en visibilité et faire pression afin d’obtenir de nouvelles réformes. De cette façon, les mesures de bien-être animal tendent à glisser vers l’abolition. »

Conclusion

Vous ne verrez jamais Farm Sanctuary soutenir la consommation de produits d’origine animale. La grande majorité de nos efforts se concentre sur la promotion du véganisme, y compris notre Campagne Compassionate Communities, notre site web, l’ensemble de nos événements et chacune de nos lettres d’information. Farm Sanctuary est une organisation de droits, et nous ne compromettrons jamais cette position.

J’ai personnellement écrit des articles pour le Huffington Post qui exposent sans équivoque possible que la « viande humaine » est une contradiction dans les termes. J’ai débattu de cette question sur les campus des facultés à travers le pays et rédigé cinq pages sur le sujet pour le livre de Jonathan Safran Foer Eating Animals.

Parce que nous sommes une organisation de droits, nous soutenons également l’élimination des pires abus commis sur les animaux de ferme. C’est dans l’intérêt de ceux qui souffrent. C’est dans l’intérêt de notre but à court terme, qui est de réduire la consommation de viande. Et c’est dans l’intérêt de la libération animale.

Réponse de Gary L. Francione

Je ne doute pas de la sincérité de Bruce Friedrich, mais nous avons des manières fondamentalement différentes de penser l’éthique animale.

La promotion de l’exploitation « heureuse »

Bruce déclare que Farm Sanctuary ne défend pas les produits d’origine animale obtenus avec « humanité ». Je ne suis pas d’accord. Par exemple, Farm Sanctuary a signé avec d’autres une déclaration publique reconnaissant « apprécier et soutenir l’initiative pionnière prise par Whole Foods Market de respecter les Standards Farm Animal Compassionate. » (Voir http://bit.ly/eli95N). De telles déclarations présentent clairement l’exploitation « heureuse » comme désirable.

Les groupes de droits des animaux ne doivent jamais s’engager dans le business de la promotion ou de la louange des standards d’exploitation de l’industrie. Les défenseurs des droits des animaux doivent être clairs quant à leur opposition à toutes les formes d’exploitation. Ils doivent envoyer au public un message sans équivoque : que nous ne pouvons justifier moralement quelque utilisation des animaux que ce soit. Ils doivent se concentrer sur un but : la baisse de la demande. Ils ne doivent jamais faire la promotion de la consommation « compassionnelle » (c ›est-à-dire de produits obtenus de façon soi-disant « humaine ») qui ne fait que perpétuer la demande et rendre les gens plus à l’aise par rapport au fait de consommer des produits d’origine animale.

Bruce évoque le combat d’Amnesty International contre la torture. Il omet de dire qu’Amnesty International ne décerne pas de prix aux bourreaux ni n’approuve de labels garantissant moins de torture. Il n’en va pas de même des organisations de droits des animaux.

Le véganisme cohérent défini comme « engouement culturel »

Bruce considère le véganisme comme un moyen de réduire la souffrance, non comme un impératif moral. Il va jusqu’à prétendre que le véganisme cohérent implique une idée de « pureté personnelle », qu’il représente un « engouement culturel narcissique » (voir http://bit.ly/T6OD7h). Je ne suis pas d’accord.

Bruce cite Jane Goodall disant que les animaux « sont des personnes à part entière ». Je ne vois pas très bien ce qu’elle entend par là étant donné que, au moins jusqu’à une interview de 2009, Goodall reconnaissait elle-même qu’elle n’était pas végane.

L’inefficacité des réformes de bien-être

Les victoires des réformes de bien-être de la dernière décennie peuvent être résumées facilement : des millions ont été dépensés pour les campagnes de bien-être avec bien peu de bénéfices pour les animaux. Je note que Farm Sanctuary soutient actuellement une loi nationale afin d’introduire progressivement, pour les poules, les cages « enrichies ». Même la très conservatrice Compassion in World Farming reconnaît que les cages « enrichies » ne triomphent pas des « graves problèmes de bien-être » des cages conventionnelles. (Voir http://bit.ly/XTMRZM)

Bruce évoque la campagne contre les stalles de gestation. Les études citées par les défenseurs des animaux démontrent que certaines alternatives à ces stalles diminuent en ré alité le coût de production. L’industrie adoptera de toute façon ces mesures ; aussi ne doivent-elles pas être présentées comme des mesures pour les « droits des animaux ».

Il n’y a pas d’évidence crédible que « les efforts réformistes mènent à une diminution de la consommation de viande ». En revanche, nous lisons tous les jours que des gens recommencent à consommer des produits d’origine animale sous prétexte qu’ils sont produits avec « compassion » ou qu’ils portent un label « humain » soutenu par des organisations animalistes. Et il n’y pas d’évidence factuelle que les réformes de bien-être mènent à l’abolition.

Pour résumer, nous n’avons pas aboli l’esclavage humain en le rendant progressivement « humain ». Jamais nous n’abolirons l’esclavage animal tant que nous ferons la promotion d’une exploitation réglementée. Nous devons déplacer le paradigme en établissant le véganisme comme base morale sans équivoque.

**********
J’inviterai Bruce à faire un podcast sur le sujet au cours de la nouvelle année. J’espère sincèrement qu’il acceptera. Nos divergences sont profondes, mais nous nous efforçons d’en discuter de manière civile.

Gary L. Francione

Professeur, Rutgers University

Addendum (19 janvier 2013)

Le récent article de Bruce Friedrich sur les œufs de batterie conclut :

Jusqu’ici, la seule chaîne d’épicerie nationale à avoir interdit la vente d’œufs de poules élevées en cage est Whole Foods. La seule enseigne de restauration à promettre de les retirer de leurs chaînes d’approvisionnement est Burger King (avant 2007). Ces compagnies méritent d’être applaudies pour de tels progrès. Ce type de cages sera également illégal en Californie en 2015 et dans le Michigan en 2019, et la législation visant à les bannir sera bientôt présentée dans le Massachusetts (si vous vivez dans cet Etat, vérifiez les mises à jour sur FarmSanctuary.org).

A Farm Sanctuary, nous vivons avec des animaux d’élevage, et nous ne les mangerions, eux ou leurs œufs, en aucune circonstance. Nous luttons contre la maltraitance des poules quel que soit le système d’exploitation, y compris les élevages sans cage ou en cage à plusieurs. Mais nous travaillons également dans le but d’abolir les pires abus commis sur les animaux d’élevage, et il est difficile d’imaginer pire que ces cages de batterie minuscules, étroites et stériles où 250 millions de poules sont en ce moment forcées de passer leur vie.

Les cages de batterie doivent disparaître.

Quel message embrouillé.

Comme l’a commenté quelqu’un sur la page Facebook d’Approche Abolitionniste :

Bien, alors que dois-je faire en premier exactement ?… Ne plus soutenir le massacre des poules en devenant végan, ou bien écrire une lettre à Burger King et Whole Foods où je les félicite de continuer à soutenir ce massacre ?

Exactement. J’ajoute qu’un lecteur pourrait aussi conclure qu’il est moralement acceptable de continuer à manger des œufs tant qu’ils viennent de poules « heureuses ».

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University

Débat entre abolitionnistes et réglementaristes d’une autre époque : cela vous semble familier ?

A l’époque de l’esclavage raciste aux Etats-Unis, il y avait ceux qui disaient qu’une telle institution devait être abolie à terme (quoi que cela signifie) mais qui refusaient de la critiquer ouvertement et d’exiger sa fin, préférant militer pour un esclavage plus « humain ».

Et il y avait ceux qui croyaient en l’abolition et refusaient d’avaliser le système esclavagiste de quelque façon que ce soit. Les premiers critiquaient les seconds, clamant que leur refus de suivre le mouvement réglementariste ne ferait que renforcer l’esclavage.

Cela vous semble familier ?

Cette citation de William Lloyd Garrison, un abolitionniste du XIXe siècle, est instructive :

C’est une profonde absurdité que de dire que l’opposition morale sérieuse, persistante et sans compromis à un système d’une immoralité sans bornes renforce ce dernier, et que le moyen d’abolir un tel système est de n’en rien dire !
William Lloyd Garrison (23 avril 1858)

Garrison était clair : si vous vous opposez à l’esclavage, vous arrêtez de participer à cette institution. Point. Vous émancipez vos esclaves. Vous rejetez l’esclavage et vous n’avez pas honte de votre opposition. Vous n’essayez pas de la cacher. Vous exprimez, de façon ouverte et sincère, mais sans violence, votre « opposition morale persistante, sans compromis », à l’esclavage, qui est « un système d’une immoralité sans bornes ».

De même, si vous croyez que l’exploitation animale est une injustice, la solution n’est pas de soutenir l’exploitation « heureuse ». La solution est de devenir végan, d’être clair sur le fait que le véganisme représente, sans équivoque, le principe moral de base, et de s’engager dans une éducation végane créative et non-violente afin de convaincre les autres de ne plus participer à un système d’une « immoralité sans bornes ».

Il aurait été absurde, au XIXe siècle, de prétendre qu’il n’y avait pas de différence entre ceux qui s’opposaient à l’esclavage et ceux qui étaient en faveur de sa réglementation. Il est aujourd’hui absurde de prétendre qu’il n’y a pas de différence entre ceux qui présentent le véganisme comme base morale claire et sans équivoque, et ceux qui promeuvent la réglementation « humaine » de l’exploitation animale et la consommation « compassionnelle », et prétendent qu’être un « omnivore consciencieux » est une « position éthique défendable ».

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Mon interview sur Philosophy Bites

Philosophy Bites est un site qui diffuse des podcasts d’interviews de philosophes. Philosophy Bites est conçu en partenariat avec l’Institut de Philosophie rattaché à l’University of London’s School of Advanced Study.

Par une belle journée ensoleillée de juillet, j’ai eu le grand plaisir de m’asseoir en compagnie de David Edmonds et Nigel Warburton à l’Université de Londres et de réaliser une interview pour Philosophy Bites.

L’interview a été postée sur le site de Philosophy Bite, et vous pouvez accéder directement au fichier audio ici.

J’espère qu’elle vous plaira et qu’elle vous incitera à réfléchir aux questions relatives à l’éthique animale.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione

Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Une réponse à la position de PETA sur l’exploitation « heureuse » ou « humaine »

Ingrid Newkirk, de People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), a rédigé une Alerte concernant la position de PETA sur l’exploitation « heureuse ».

Voici ce que dit, en partie, cette Alerte :

PETA a fourni des efforts et continuera de travailler dur afin de réduire la totalité de la souffrance animale dans les industries de la viande, du lait et des œufs — car cela fait pour vous une énorme différence si vous êtes un cochon ou un poulet dans un élevage industriel. PETA a cessé de manifester devant les restaurants Burger King ou McDonald’s lorsque ces compagnies ont accepté les réformes, mais cela ne signifie pas que nous suggérions aux gens de manger de la viande provenant de Burger King ou de nulle part ailleurs — parce que nous savons que chaque bouchée est lestée de souffrance massive. Certes, il est mieux de payer plus pour un œuf provenant d’une poule ayant eu une vie un peu moins affreuse que celle qui a souffert davantage, mais nous devons faire mieux pour les animaux. En fait, il nous reste encore à trouver un élevage industriel « humain » où les animaux n’auront pas la queue coupée ni les oreilles douloureusement entaillées, où ils ne seront pas débecqués, écornés ou castrés sans anesthésie, où ils ne seront pas entassés les uns sur les autres sans air ni lumière, où leurs enfants bien-aimés ne leur seront pas retirés, où ils ne seront pas privés de la compagnie des autres, où ils ne seront pas envoyés en parc d’engraissement ou directement expédiés à l’abattoir avec le traumatisme de la capture, l’horreur du transport ou la terreur de voir les autres animaux se faire tuer avant de subir le même sort.

PETA met en avant le mode de vie végan depuis la création de l’organisation en 1980. Notre devise est la suivante : « Les animaux ne nous appartiennent pas pour l’alimentation, l’habillement, l’expérimentation, le divertissement ou tout autre abus que ce soit. » Grâce à de nombreux livres de cuisine végétalienne, des options de repas disponibles et des programmes tels que le Physicians Committee for Responsible Medicine’s 21-Day Vegan Kickstart et notre très populaire kit végan du débutant, nous pouvons tous aider les animaux — sans rien oublier. Vivre et laisser vivre, et inciter les autres à nous imiter en leur rappelant que, tout comme les êtres humains, les animaux ont des émotions et des besoins.

Il n’y a rien de tel que la viande humaine. Donner aux animaux quelques centimètres de plus d’espace de vie n’est tout simplement pas suffisant. Les animaux méritent mieux. L’élan est de notre côté, mais il revient à chacun d’entre nous de produire ce changement en étant des défenseurs actifs des droits des animaux. Je vous remercie !

Je reconnais avec gratitude qu’Ingrid Newkirk m’a fait découvrir le véganisme. Bien que je fusse devenu végétarien à la fin des années 1970, je consommais toujours des produits laitiers et des œufs, croyant qu’il était nécessaire d’en manger étant donné que je ne consommais pas de viande, de volaille ou de poisson. Je n’avais même jamais entendu le mot « végan » et j’ignorais qu’il était possible de mener une vie saine (moins encore une vie plus saine) sans consommer aucun produit d’origine animale. J’ai rencontré Ingrid tout à fait par hasard en octobre 1982 — cela fait 30 ans ce mois-ci —, et elle a littéralement jeté tous les produits laitiers de mon réfrigérateur ! Depuis cette date, je suis végan. J’apprécie ce qu’elle a fait, et je ne doute aucunement de son engagement pour le véganisme.

Mais PETA, depuis ses premiers jours, a changé de façon spectaculaire. En plus de son flot constant de campagnes sexistes renforçant la vision d’autrui comme marchandise — ce qui est une caractéristique à la fois du sexisme et du spécisme — ainsi que sa position sur le mouvement « no-kill », il n’y a aucun doute sur le fait que PETA soit désormais fortement impliquée dans l’ensemble du mouvement pour l’exploitation « heureuse » ou « humaine ».

PETA délivre des récompenses à divers fournisseurs de viande et produits d’origine animale « heureux » ;

PETA, avec d’autres groupes animalistes, a approuvé avec enthousiasme le programme/label « Animal Compassionate » de Whole Foods.

PETA, en 2004, a décerné un prix à Temple Grandin, la conceptrice des abattoirs « heureux » qu’elle-même dénomme l’« escalier pour le paradis » des systèmes d’abattage.

PETA annonce puis annule le boycottage des exploiteurs institutionnels d’animaux tels que Kentucky Fried Chicken ou Burger King, et loue ces entreprises au nom de leur préoccupation supposée du bien-être animal ;

PETA fait l’éloge de McDonald’s comme étant « vraiment ‘en tête’ dans la réforme des pratiques des fournisseurs de fast-food, dans le traitement et l’abattage des bœufs et des volailles. »

Dire que cela ne constitue pas un soutien à l’exploitation « heureuse » ou « humaine » est tout simplement incorrect.

Newkirk déclare :

PETA a cessé de manifester devant les restaurants Burger King et McDonald’s lorsque ces compagnies ont accepté les réformes, mais cela ne signifie pas que nous suggérions aux gens de manger de la viande provenant de Burger King ou de nulle part ailleurs — parce que nous savons que chaque bouchée est lestée de souffrance massive.

Mais si PETA annule boycottages et protestations, l’organisation n’a pas besoin de « suggérer de manger de la viande provenant de Burger King ou McDonald’s. » Lorsque PETA annonce la fin de l’opposition active, voici le message qu’elle envoie : ceux qui se soucient des animaux peuvent à nouveau fréquenter ces restaurants. Lorsque PETA vante McDonald’s, Burger King, le programme Whole Foods « Animal Compassionate » ou Kentucky Fried Chicken, le message envoyé est très clair. Il n’y a pas besoin de dire : « C’est bien de manger un hamburger. » Ce message est incontestablement implicite lorsque PETA fait l’éloge de la société ou de son programme de labels.

Newkirk semble reconnaître que les réformes de bien-être font très peu pour améliorer le bien-être des animaux. Des efforts de réforme, elle dit qu’ils procurent « une vie un peu moins affreuse » aux animaux et leur « donne[nt] […] quelques centimètres de plus d’espace de vie. » Je suis certainement d’accord avec elle là-dessus.

Mais alors, pourquoi PETA consacre-t-elle la majorité de ses ressources à ces campagnes de réforme du bien-être ? Celles-ci ne constituent pas une mince partie du programme de l’organisation : elles en sont, avec les campagnes ciblées, la pièce maîtresse. En effet, contrairement à sa défense du véganisme — Newkirk évoque le soutien de PETA au « 21-Days Vegan Kickstart et [son] très populaire kit végan du débutant » —, le soutien de l’organisation aux réformes de bien-être et aux campagnes ciblées est écrasant.

Il y a plusieurs années, le vice-président supérieur de PETA, Dan Mathews, a donné une interview dans un restaurant McDonald’s. Le journaliste lui a demandé s’il pouvait commander un cheeseburger. Mathews a répondu : « Commandez ce que vous voulez […]. La moitié de nos membres sont végétariens et l’autre moitié pense que c’est juste une bonne idée. »

Si la moitié seulement des membres de PETA sont végétariens et pas forcément végans, et que l’autre moitié en est encore à manger viande, produits laitiers et autres aliments d’origine animale, il est alors facile de comprendre pourquoi PETA consacre ses efforts à ces campagnes de réforme du bien-être : il est plus facile de s’adresser à des donateurs « compatissants » plutôt qu’à des végans. Par conséquent, PETA continuera de promouvoir les réformes de bien-être car c’est ce que désirent la majorité des membres ; ils veulent pouvoir consommer des produits d’origine animale tout en se considérant par ailleurs comme des défenseurs des « droits des animaux ».

Il y a de nombreuses années, le défunt défenseur des animaux Henry Spira a décrété qu’il allait se rapprocher des exploiteurs institutionnels pour tenter de changer les choses « de l’intérieur ». L’une de ses campagnes consistait à travailler avec l’industrie cosmétique afin de trouver des alternatives à l’utilisation d’animaux vivants pour les tests.

Une défenseuse des animaux, alors, a critiqué Spira :

Il fraie avec l’ennemi. Il y a six ou sept ans, nous avions beaucoup en commun. Tout ce qu’il faisait, nous nous en servions pour préparer le chemin, ce qui était crucial. Mais je pense qu’Henry a été trompé par la réponse de l’industrie. Henry a été incapable de s’affranchir du bourbier d’être devenu un médiateur de l’industrie. La recherche d’alternatives est un stratagème tout à fait transparent pour maintenir le statu quo.

Cette défenseuse des animaux, c ›était Ingrid Newkirk. Nous étions en 1989.

La critique qu’elle fit cette année-là de la démarche de Spira s’applique tout à fait à ces campagnes contemporaines qui cherchent à rendre l’agriculture animale plus « humaine » : elles exigent que les organisations animalistes deviennent des « médiateurs de l’industrie » au sein d’un « stratagème tout à fait transparent pour maintenir le statu quo. »

*****
Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

La fin et les moyens

Certains prétendent qu’il n’y a pas de réelle différence entre :

A. quelqu’un qui soutient que nous devrions abolir l’exploitation animale, et que le moyen d’y parvenir est la promotion du véganisme comme principe moral fondamental ainsi que le rejet de l’exploitation « heureuse »

et

B. quelqu’un qui dit espérer voir un jour la fin de l’ensemble (ou de la plus grande part) de l’exploitation animale, et que le moyen d’y parvenir est l’exploitation « heureuse » ainsi que les réglementations sur le bien-être animal.

Mais cela revient à dire qu’il n’y a pas de différence entre :

A. quelqu’un qui veut la paix dans le monde et promeut la non-violence dans nos rapports les uns avec les autres comme un moyen d’atteindre cette finalité

et

B. quelqu’un qui dit avoir la paix comme objectif, mais promeut l’usage de la guerre pour parvenir à cet état de paix.

Dire que ces différences relèvent uniquement d’un choix stratégique suppose que les moyens n’ont pas à être cohérents avec la finalité, et qu’ils peuvent même être incohérents. Il serait donc bien de promouvoir l ›exploitation animale « heureuse » pour parvenir à une (supposée) non-exploitation ; il serait bien de promouvoir la guerre pour parvenir à la paix.

Je suggère, en mettant de côté la question de savoir si l’exploitation « heureuse » permettrait d’arriver à la non-exploitation, ou si la guerre parviendrait réellement à établir la paix, que le fait de considérer ces différences comme de simples questions de stratégie revient à ignorer les différences fondamentales qui sont en jeu.

Les dirigeants du monde qui font la guerre prétendent toujours vouloir instaurer une paix durable. Je suis tout à fait certain que nombre de ces dirigeants, sinon tous, souhaitent réellement la paix dans la monde. Mais dire que nous ne pouvons distinguer Staline de Gandhi est, je pense, une erreur.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
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Notre choix

A ceux qui soutiennent le mouvement du bien-être animal :

Ce n’est pas, comme beaucoup d’entre vous le prétendent, faire le choix d’aider les animaux « ici et maintenant » au lieu de les laisser souffrir en attendant que les végans soient plus nombreux.

Il s’agit de savoir si nous allons :

A. Investir nos ressources dans des campagnes coûteuses qui dureront des années et qui, si elles n’échouent pas totalement :

* auront pour résultat des modifications qui entreront en vigueur des années plus tard, et qui, de toute façon, ne seront en général jamais appliquées ;
* même si elles sont mises en œuvre et respectées, auront pour résultat, au mieux, un changement  minimal s’apparentant au rembourrage de la planche à eau du supplicié ;
* ne feront rien pour changer la perception du statut moral des animaux, et renforceront au contraire leur statut de produits ou de choses n’existant que pour l’usage des êtres humains ;
* auront l’effet contreproductif de rendre les gens plus à l’aise par rapport au fait de consommer les animaux ;
* feront des défenseurs des animaux des partenaires des exploiteurs institutionnels, lesquels leur demandent de les soutenir.

ou

B. S’impliquer dans une défense créative et non-violente qui fait la promotion du véganisme comme principe moral fondamental, réduira la demande et opérera un déplacement du paradigme dans notre manière de penser les animaux.

Chaque seconde et chaque centime investis dans A sont autant de secondes et de centimes perdus pour B.

A et B sont deux manières différentes de penser l’éthique animale, et mutuellement exclusives.

Ni A ni B ne sont immédiats ; ni A ni B n’aident les animaux « maintenant », et les deux impliquent des efforts graduels. La question est de savoir ce que vous choisissez de faire.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
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L’idéologie de l’exploitation animale n’a rien d’ « invisible »

Certaines personnes prétendent que l’idéologie de l’exploitation animale est « invisible », autrement dit qu’elle serait quelque chose par quoi nous serions conditionnés, ou dans quoi nous serions forcés d’être impliqués en raison d’une idéologie cachée, « invisible », ou d’un processus psychologique nécessitant d’être dévoilé.

Des variantes de cette théorie circulent depuis maintenant des années. La plus récente porte un nom : le « carnisme ».

J’affirme que les tenants de cette théorie sont dans l’erreur, et sérieusement de surcroît.

L’idéologie qui soutient l’exploitation animale est celle du bien-être animal.

Et cette idéologie n’est ni invisible, ni cachée d’aucune façon : au contraire, la théorie du bien-être constitue une part explicite de notre culture. Nous la connaissons, nous y réfléchissons, nous en discutons. La plupart des gens — qu’ils fassent partie du grand public ou des « défenseurs des animaux » — l’acceptent.

En outre, la théorie de l’ « invisibilité » n’est, en réalité, rien d’autre qu’une tentative de rendre invisible le vrai problème. Autrement dit, prétendre que l’idéologie du bien-être animal est « invisible », c’est nous encourager à ne pas procéder à une remise en cause sévère de cette théorie, pour embrasser le fantasme voulant que nous exploitions les animaux par suite de quelque conditionnement « invisible ».

Cela peut seulement avoir pour effet de maintenir l’idéologie welfariste fermement en place. En effet, un but explicite de la théorie de l’ « invisibilité » est précisément d’étouffer la dissidence et le débat sur le welfarisme. En tant que telle, la théorie de l’ « invisibilité » n’est elle-même rien d’autre qu’une version de l’idéologie welfariste.

En outre, la théorie de l’ « invisibilité » prétend nous décharger de toute responsabilité morale quant à notre conduite, affirmant que si nous participons à l’exploitation animale, c’est parce que nous sommes les « victimes » de l’idéologie « invisible ». Ainsi, si vous consommez des produits d’origine animale, ce n’est pas parce que vous prenez de mauvaises décisions morales et rendez les animaux victimes ; c’est parce que vous êtes victime d’un conditionnement « invisible ».

Imaginez si, dans les années 1950, on avait suggéré qu’une idéologie « invisible » ou un quelconque processus psychologique était à l’œuvre derrière ces croix en feu que l’on posait dans les maisons ou les églises fréquentées par les gens de couleur. Une telle hypothèse aurait été clairement erronée. Le problème était en effet des plus identifiables : il avait (et a) pour nom racisme. Toute tentative d’affirmer que le Ku Klux Klan aurait été « victime » d’une idéologie « invisible », à part le fait d’être absurde et choquante, n’aurait été qu’une tentative destinée à nous éviter de procéder à un sévère examen du racisme.

Il y avait, bien sûr, beaucoup de gens dans les années 1950 qui n’avaient pas conscience de, ou ne voulaient pas reconnaître, leur propre racisme. Mais ce n’était pas parce qu’une quelconque force invisible les en empêchait. Ce qui les en empêchait, c’étaient l’ignorance, l’égoïsme, et la croyance consciente que les gens de couleur étaient inférieurs.

La même analyse vaut pour ceux qui prônent le thème de l’invisibilité afin d’expliquer pourquoi nous collaborons à l’exploitation animale. Nous agissons ainsi parce que nous acceptons une idéologie très visible : celle du bien-être animal. Or nous devons rejeter cette idéologie, ainsi que la stratégie politique du réformisme et l’exploitation « heureuse » qu’elle met en œuvre.

Depuis une dizaine d’années, j’utilise l’expression de « schizophrénie morale » pour décrire la manière confuse dont nous réfléchissons à l’éthique animale. Mais dire que notre raisonnement sur les animaux est confus, ce n’est pas dire que l’exploitation animale est conditionnée par une force « invisible ». Nous traitons certains animaux comme des membres de la famille et d’autres comme de la nourriture, mais c’est parce que nous acceptons consciemment l’idéologie selon laquelle les animaux sont des biens et que nous pouvons accorder à certains de ces biens davantage de valeur qu’à d’autres.

Afin de cerner le problème, nous devons revenir brièvement aux origines historiques de la position du bien-être animal qui caractérise le paradigme prédominant dans l’éthique animale.

Un (très) bref survol historique

Avant le XIXe siècle, la pensée occidentale plaçait les animaux complètement en dehors de la communauté morale. Parce qu’ils étaient soi-disant non rationnels, dénués de conscience de soi et incapables d’utiliser le langage, etc., ils étaient considérés comme n’ayant aucune valeur morale. Ils n’étaient que des choses.

La situation changea au XIXe siècle avec l’apparition et le développement du mouvement pour le bien-être animal. La position du bien-être animal maintient que les animaux ne comptent pas moralement, que nous pouvons donc les utiliser pour nos propres fins car, bien qu’ils aient un intérêt à ne pas souffrir, ils n’ont pas un intérêt à vivre. A en croire les welfaristes, les animaux n’ont pas de conscience de soi, ni d’intérêt dans la poursuite de leur existence. Tant que nous les traitons bien et que nous les tuons d’une manière relativement indolore, ils ne se soucieraient pas du fait que nous les utilisions, seulement de la manière dont nous le faisons. Par conséquent, nous pouvons les utiliser à nos propres fins, mais nous avons l’obligation morale de les traiter « humainement ».

Vous voyez ? Les leçons d’histoire sont indolores.

Le bien-être animal : complètement visible et partie intégrante de notre pensée consciente

La position du bien-être animal développée au XIXe siècle constitue le paradigme dominant — la sagesse conventionnelle — qui a cours aujourd’hui. Elle constitue la façon de voir de la plupart des gens. Ces derniers pensent qu’il est bien d’utiliser les animaux, que les tuer « sans douleur » ne leur cause pas de tort. Ils estiment que nous devons les traiter « humainement ».

Réfléchissez à cela : connaissez-vous quelqu’un (en dehors des autres végans abolitionnistes) qui soit en désaccord avec l’idée qu’il est moralement acceptable d’utiliser les animaux, mais que nous avons l’obligation morale de les traiter « humainement » ? Probablement pas. Tout le monde dit accepter la position du bien-être animal.

Et il n’y a guère de différence entre cette dernière et la position communément (et à tort) appelée « mouvement des droits des animaux ». Songez que Peter Singer, le soi-disant « père » dudit mouvement, affirme qu’à l’exception des animaux supérieurs tels que les grands singes nonhumains, les animaux vivent dans un « éternel présent » et n’ont pas intérêt à vivre. Tant que nous leur fournissons une existence raisonnablement agréable et une mort relativement indolore, nous pouvons nous décharger de nos obligations morales envers eux. Par exemple, Singer déclare :

Pour éviter d’infliger de la souffrance aux animaux — sans mentionner le coût environnemental de la production animale intensive —, nous devons réduire drastiquement notre consommation de produits animaux. Mais cela signifie-t-il forcément un monde végan ? Ce serait une solution, mais pas nécessairement la seule. Si c’est le fait d’infliger de la souffrance qui nous préoccupe, plutôt que le fait de tuer, alors je peux aussi imaginer un monde dans lequel les gens consommeraient en majorité des aliments végétaux, mais occasionnellement s’offriraient le luxe de manger des œufs de poules élevées en plein air, ou peut-être même de la viande provenant d’animaux ayant vécu dans de bonnes conditions adaptées à leur espèce, avant d’être tués humainement à la ferme. (The Vegan, automne 2006)

Singer affirme :

Si quelqu’un fait l’effort de ne consommer que des animaux qui ont eu une vie bonne, cela peut être une position éthique défendable. Ce n’est pas ma position, mais je ne critiquerais pas une telle personne.

La différence entre Singer et la position welfariste conventionnelle, c’est qu’il estime que nous devons aller plus loin afin de fournir un traitement « humain » aux animaux, et que nous devons éliminer la plupart des aspects de l’agriculture intensive. Mais il n’a pas d’opposition de principe au fait de tuer et manger les animaux ou les produits d’origine animale, et il soutient les campagnes réformistes de bien-être qui apportent en réalité peu, sinon pas, d’améliorations au bien-être des animaux.

La position de Singer est celle de la plupart des grands groupes de « protection animale » aux Etats-Unis et en Europe. Autrement dit, ces groupes se focalisent sur le traitement, et non sur l’utilisation des animaux proprement dite.

Dans la mesure où ils parlent du véganisme, ils le présentent seulement comme un « outil » pour réduire la souffrance, et non comme le principe moral de base. Ils parlent de la souffrance, mais pas de la mort des animaux. Ils parlent de leur traitement, mais pas de leur utilisation. A leurs yeux, la vie animale n’a pas de valeur morale en soi.

HSUS et les autres grandes organisations étasuniennes ou européennes sont très claires : l’exploitation « heureuse » est moralement désirable.

Le PDG de HSUS, Wayne Pacelle, explique clairement que la viande « heureuse » est moralement une bonne chose :

Je ne pense pas que l’on doive adopter un régime végétarien pour faire la différence. Je pense que les petits choix que nous faisons — comme opter pour des agriculteurs élevant les animaux convenablement et avec humanité, ou réduire notre consommation —, que toutes ces choses comptent. Vous n’avez pas besoin d’être parfait pour avoir un impact. Ce que je ne veux pas, c’est que les gens se sentent paralysés, qu’ils croient devoir adopter un certain régime orthodoxe afin d’être partie prenante du changement. Absolument pas. Les petites décisions que tous nous pouvons prendre peuvent avoir d’énormes conséquences.

Selon Pacelle, vous pouvez avoir un impact en mangeant de la viande et des produits d’origine animale « produits par un agriculteur élevant les animaux d’une manière convenable et humaine. »

Ainsi, Pacelle ne se contente pas de suggérer que les produits obtenus « de manière convenable et humaine » sont valables, mais que les consommer est, moralement, la bonne chose à faire. C’est pourquoi HSUS juge bon de célébrer la décision de trois compagnies productrices de viande de supprimer progressivement, sur des années, les stalles de gestation économiquement non rentables, et de demander aux défenseurs des animaux de faire l’éloge public de ces compagnies, et de promouvoir ainsi la consommation « compassionnelle » de viande et de produits d’origine animale.

HSUS et d’autres grandes organisations aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni parrainent ainsi divers programmes de labels « humains »  explicitement destinés à rendre les consommateurs plus à l’aise par rapport au fait de continuer de consommer des produits d’origine animale.

Aussi, qu’y a-t-il exactement d’ « invisible » dans tout cela ? Réponse : rienAbsolument rien. Au contraire, c’est évident.

Les personnes qui affirment que l’utilisation des animaux est injustifiable sont qualifiées d’ « extrémistes » et réprimandées ; on les prie de ne plus « semer la zizanie » et de taire toute critique à l’encontre du mouvement pour l’exploitation « heureuse ». Les partisans de ce dernier affirme qu’il n’y qu’un seul mouvement : le leur.

Mais la sagesse conventionnelle — depuis le XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui — repose sur l’hypothèse selon laquelle la seule façon d’être conscient de soi est de l’être de la manière dont les humains le sont. Or, puisque les animaux, ainsi qu’on le prétend, n’ont pas conscience d’eux-mêmes de cette façon, alors ils n’ont pas un intérêt à la poursuite de leur existence. Nous ne leur portons donc pas préjudice si nous les tuons, tant que nous le faisons d’une manière relativement indolore.

Cette position, comme je l’affirme, est moralement indéfendable pour de nombreuses raisons, la plus pertinente étant qu’elle est fondamentalement spéciste en ce qu’elle privilégie arbitrairement une catégorie particulière de conscience de soi. Un être (humain ou nonhumain) peut avoir un intérêt dans la poursuite de son existence sans avoir la conscience de soi réflexive que nous associons d’habitude aux humains « normaux ».

Je rejette la position conventionnelle également parce que la façon dont nous traitons les animaux que nous utilisons pour la nourriture ne sera, en pratique, jamais « humaine » au sens où un tel adjectif doit être entendu. Comme je l’ai expliqué dans mon essai de 1995,Animals, Property, and the Law, puisque les animaux sont, légalement, des biens meubles, les normes de leur bien-être seront toujours minimales, et nous protégerons généralement leurs intérêts seulement lorsque nous aurons un bénéfice économique à le faire. Le résultat est que les réformes de bien-être mises en œuvre sont celles qui augmentent le rendement de production. Le résultat n’est pas de ne plus faire des animaux des biens, mais de les enfermer encore davantage dans ce paradigme.

Dans tous les cas, rien de cela n’est invisible. L’idéologie du bien-être constitue notre sagesse conventionnelle quant à l’utilisation des animaux, et elle est soutenue par le mouvement moderne de « protection animale ». Le problème existe ; nous en sommes tous conscients ; nous en discutons publiquement. Pas un jour ne se passe sans qu’une nouvelle histoire de produits d’origine animale « heureux » ne paraisse dans un journal célèbre ou à la télévision.

L’ironie de la théorie de l’ « invisibilité »

En réalité, dire que nous devons traiter l’idéologie de l’exploitation animale d’ « invisible » revient à dire que nous devons ignorer le paradigme dominant du bien-être animal ; que nous devons ignorer l’idéologie spéciste qui nous maintient à l’aise quant au fait d’exploiter les animaux.

Ce n’est pas une surprise de constater que ceux qui promeuvent la théorie de l’ « invisibilité » sont les mêmes qui présentent les réformes de bien-être comme « efficaces », ou qui nous expliquent que nous ne devons pas nous inquiéter d’une quelconque différence entre les positions abolitionniste et welfariste. Selon eux, nous devons seulement « travailler ensemble ». Mais leurs appels creux à l’ « unité » et à la cohésion ne sont rien d’autre qu’une approbation des réformes de bien-être et un soutien à l’exploitation « heureuse ». Ils attaquent et souvent caricaturent l’éthique abolitionniste, et, lorsqu’on les défie de s’expliquer, ils se plaignent d’être,eux, les victimes.

Les partisans de l’ « invisibilité » répètent que nous ne devons pas rechercher le discours public sur l’utilisation des animaux, car un tel discours serait idéologique et que les gens ne seraient pas prêts à l’entendre. C’est l’argument welfariste standard selon lequel « le véganisme est trop extrême ». Or, ceci n’est rien d’autre qu’une tentative patente d’écarter du discours public la seule chose dont, précisément, nous devons parler si nous voulons un jour émerger du non-sens que constitue l’exploitation « heureuse » et avoir une discussion éthique sérieuse sur la moralité de l’exploitation animale. Les partisans de l’ « invisibilité » prétendent que nous devons, à défaut, sinon par une implication et un soutien actifs, céder la place aux welfaristes et nous concentrer sur les campagnes en faveur du traitement « heureux » des animaux.

Les partisans de l’ « invisibilité » continuent de promouvoir l’idée que nous ne pouvons dire que l’exploitation animale est moralement condamnable en quelque sens « objectif » que ce soit. D’après eux, cette question relève seulement de l’opinion individuelle. Mais s’il n’y a pas de réalisme moral et que toutes les questions morales sont juste des questions d’opinion, alors nous pouvons dire que rien — le racisme, le sexisme, les agressions sexuelles d’enfants, les génocides, etc. — n’est, objectivement, condamnable sur le plan moral. Par ailleurs, si nous disons que l’exploitation humaine est, objectivement, condamnable sur le plan moral, mais que l’exploitation animale est seulement une question d’opinion, alors nous sommes spécistes, tout simplement.

La théorie de l’ « invisibilité » est destinée à s’assurer que nul ne discutera — ni même reconnaîtra — aucun des problèmes posés par l’idéologie du bien-être animal. La théorie de l’ « invisibilité » est une tentative patente de nous garder d’un examen sévère de la prémisse welfariste fondamentale posant que c’est la question du traitement, et non celle de l’utilisation des animaux, qui est pertinente, et que l’utilisation « heureuse » n’est pas moralement inacceptable. Cela maintient le paradigme du bien-être fermement en place.

La théorie de l’ « invisibilité » cherche à nous décharger de nos responsabilités. Selon une telle théorie, ce n’est pas notre acceptation de l’idéologie spéciste du bien-être animal, ni nos choix spécistes de consommer des produits d’origine animale qui sont responsables : c’est  l’idéologie « invisible » qui fait de nous des « victimes » et nous entraîne à participer au mal fait aux animaux. Donc si vous n’êtes pas végan, ce n’est pas un problème. Vous n’êtes qu’une victime. Si vous promouvez l’exploitation « heureuse » et que l’on vous critique, vous êtes une victime.

Tout ceci est un désastre pour les animaux nonhumains.

Le problème, ce n’est pas l’ « invisibilité ».

Le problème, c’est la position du bien-être animal.

Le problème, c’est un « mouvement » qui présente l’exploitation « heureuse » comme la solution au problème de l’exploitation animale.

Le problème, c’est notre échec à nous focaliser sur la question de l’utilisation, car depuis 200 ans nous avons clairement et très délibérément embrassé l’idée spéciste que les animaux ne se soucient pas du fait que nous les utilisions, mais seulement de la manièredont nous le faisons.

Le problème, c’est que le « père du mouvement des droits des animaux » promeuve de manière éhontée l’idéologie welfariste et parle du « luxe » de consommer des produits d’origine animale « humains », d’accord avec un « mouvement » qui présente le véganisme comme un simple outil pour réduire la souffrance, outil qui ne différerait en rien des cages « améliorées », de la viande « compassionnelle » ou du lait « heureux ».

Les problèmes ne sont nullement invisibles. Au contraire, ils sont on ne peut plus visibles, à l’instar de la solution : un rejet explicite de l’utilisation des animaux, et la reconnaissance du véganisme comme principe moral de base clair et sans équivoque.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Les droits des animaux : marginalisés par le « mouvement animaliste »

Plusieurs auteurs ont affirmé que nous devions soutenir d’autres initiatives que l’approche abolitionniste en ce que celle-ci était politiquement marginalisée et infructueuse.

Par exemple, dans leur livre Zoopolis: A Political Theory of Animal Rights, les philosophes Sue Donaldson et Will Kymlicka font remarquer :

Une des tâches centrales du mouvement consiste à comprendre pourquoi l’ART [la théorie des droits des animaux] reste si politiquement marginale. Pourquoi le grand public est-il de plus en plus ouvert aux réformes welfaristes et écologiques, comme la Proposition 2 ou la législation sur les espèces en voie de disparition, tout en restant irréductiblement réfractaire aux droits des animaux ? Ayant admis que les animaux sont des êtres vivants dont la souffrance importe sur le plan moral, pourquoi est-il si difficile de franchir l’étape suivante et de reconnaître qu’ils ont le droit fondamental de ne pas être exploités à des fins humaines ?

Donaldson et Kymlicka affirment être très solidaires de la perspective abolitionniste. Mais ils posent la question : pourquoi est-elle restée si marginale ?

J’en dirai beaucoup plus sur ce livre dans une réponse que je suis en train de faire aux professeurs Kymlicka et Donaldson, comme à d’autres auteurs qui ont récemment écrit sur la théorie abolitionniste. Mais je trouve étrange qu’ils pensent qu’il y a ici un mystère.

Le « mouvement animaliste » est dominé par de grands groupes qui promeuvent les réformes de bien-être et sortent de leur rôle en marginalisant la perspective abolitionniste.

Il est peu probable que le public, celui qui est concerné par l’éthique animale, « franchisse l’étape suivante » quand Peter Singer, le soi-disant « père du mouvement pour les droits des animaux », décrète :

Si quelqu’un fait l’effort de ne consommer que des animaux qui ont eu une vie bonne, cela peut être une position éthique défendable. Ce n’est pas ma position, mais je ne critiquerais pas une telle personne.

Selon Singer, du moment que nous procurons aux animaux une vie raisonnablement plaisante et une mort relativement douce, nous pouvons nous décharger de nos obligations morales envers eux. Il déclare par exemple :

Pour éviter d’infliger de la souffrance aux animaux — sans mentionner le coût environnemental de la production animale intensive —, nous devons réduire drastiquement notre consommation de produits animaux. Mais cela signifie-t-il forcément un monde végan ? Ce serait une solution, mais pas nécessairement la seule. Si c’est le fait d’infliger de la souffrance qui nous préoccupe, plutôt que le fait de tuer, alors je peux aussi imaginer un monde dans lequel les gens consommeraient en majorité des aliments végétaux, mais occasionnellement s’offriraient le luxe de manger des œufs de poules élevées en plein air, ou peut-être même de la viande provenant d’animaux ayant vécu dans de bonnes conditions adaptées à leur espèce, avant d’être tués humainement à la ferme. » (The Vegan, automne 2006)

Singer est donc en train de dire au public que le seul bien-être des animaux est une réponse moralement défendable aux questions fondamentales d’éthique animale. Pourquoi devrait-on aller plus loin ? Pourquoi serait-on obligé d’aller plus loin ?

Pourquoi devrait-on devenir végan quand le PDG de la Humane Society of the United States, Wayne Pacelle (lui-même végan), explique très clairement que la viande « heureuse » est moralement une bonne chose ? Pacelle déclare en effet :

Je ne pense pas que l’on doive adopter un régime végétarien pour faire la différence. Je pense que les petits choix que nous faisons — comme opter pour des agriculteurs élevant les animaux convenablement et avec humanité, ou réduire notre consommation —, que toutes ces choses comptent. Vous n’avez pas besoin d’être parfait pour avoir un impact. Ce que je ne veux pas, c’est que les gens se sentent paralysés, qu’ils croient devoir adopter un certain régime orthodoxe afin d’être partie prenante du changement. Absolument pas. Les petites décisions que nous pouvons tous prendre peuvent avoir d’énormes conséquences.

D’après Pacelle, vous pouvez donc avoir un impact en mangeant de la viande et des produits d’origine animale provenant d’ « agriculteurs élevant les animaux convenablement et avec humanité ».

Ainsi, non seulement HSUS ne se contente-t-elle pas de dire que les produits d’origine animale obtenus « convenablement et avec humanité » sont acceptables, mais qu’en consommer est cohérent avec le fait de se soucier moralement des animaux et de les considérer comme des membres de la communauté morale.

HSUS promeut activement la consommation de viande et d’autres produits d’origine animale.

Donaldson et Kymlicka font remarquer que même PETA, considérée comme une organisation portant un message radical, promeut les réformes de bien-être.

Encore une fois, si les gens qui sont perçus par le public comme des défenseurs des animaux affirment que les réformes de bien-être sont tout ce qui est moralement requis, pourquoi le public penserait-il autrement ?

Comme je l’ai déclaré dans The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, le livre que j’ai coécrit avec le professeur Rober Garner :

Le mouvement animaliste moderne n’a jamais fait la promotion d’un message abolitionniste/végan clair et sans équivoque. Au contraire. Presque tous les grands groupes aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, plébiscitent l’approche welfariste, et dans la mesure même où ils parlent de l’approche abolitionniste/végane, ils la présentent comme une sorte d’objectif lointain et utopique. Ils qualifient souvent de façon péjorative le véganisme d’ « absolutiste », de « fondamentaliste » ou de « puriste », et, à la suite de Singer, affirment que le statut d’ « omnivore consciencieux » est moralement défendable.

Comprenez bien que je ne suis pas en train de dire que si tous les groupes animalistes changeaient d’optique et se lançaient dans une campagne abolitionniste/végane claire et sans équivoque, nous serions en mesure d’abolir l’exploitation animale du jour au lendemain, ou même dans un proche avenir. Mais nous aurions au moins amorcé le nécessaire changement de paradigme en axant la discussion sur les vrais problèmes. Le modèle welfariste a échoué et continuera d’échouer parce qu’il pose de mauvaises questions. Et je suis en profond désaccord avec ceux qui prétendent que le droit des animaux à ne pas souffrir, sans discussion préalable sur la moralité de leur utilisation en soi, mène à autre chose qu’à davantage de réglementations welfaristes du même acabit.

Ainsi, pour répondre à la question posée par les professeurs Donaldson et Kymlicka, le problème n’est pas que la perspective abolitionniste est marginale ; le problème est qu’elle a été activement marginalisée par un mouvement animaliste qui se réduit à d’énormes organismes de bienfaisance dominant le marché des idées et disant au public que les réformes de bien-être sont la seule chose nécessaire.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione

Une pièce à conviction de plus pour votre dossier « Les humains sont étranges »


(photo: Yahoo! News)

Voici Tracy Arnold et son histoire.

Mme. Arnold, dans la sauce qu ›elle préparait, a trouvé ce qu’elle dit être un ongle de pied humain. Elle n’a pas su si cet ongle provenait de la boîte de sauce tomate ou du boeuf émincé qu’elle a ajouté à la sauce. Elle a d ›abord pensé qu’il s’agissait d’un morceau de cartilage d’une vache morte.

Puis elle a vu qu’il s’agissait d’un ongle humain.

Ca l’a dégoutée.

Le fait qu’elle était en train de manger de la chair en décomposition ne l’a pas dégoûtée.

Le fait qu’elle ait pensé qu’il y avait un morceau de cartilage d’une vache morte dans sa sauce ne l’a pas dégoûtée.

Mais elle a été dégoûtée par un ongle humain, qui lui aussi est fait de cartilage.

Réfléchissez là-dessus.

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Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2012 Gary L. Francione