Archives mensuelles : août 2009

Le néowelfarisme invalidé par ses propres conditions

Chers Collègues :

L’approche abolitionniste considère le véganisme éthique comme une ligne de fond morale ; elle marque la reconnaissance de l’individualité morale des animaux et le refus de considérer ceux-ci comme des produits destinés à l’usage humain. Le véganisme éthique est une composante essentielle de l’engagement pour la non-violence.

L’approche néowelfariste rejette le véganisme comme ligne de fond morale. Les néowelfaristes considèrent même celui-ci comme « fanatique », et le réduisent à une question de « pureté personnelle » afin de faire valoir l’idée qu’il n’est rien de plus qu’un moyen comme un autre de réduire la souffrance. En ce sens, le véganisme ne serait pas différent du fait de consommer de la viande et des produits d’origine animale « heureux », ou du fait d’être végétarien et de considérer la chair animale comme moralement différentiable des autres produits d’origine animale.

Dans mon dernier Commentaire et mes textes, qui comprennent les autres articles publiés sur ce site (voir, par exemple,ici), j’ai expliqué que les néowelfaristes, à l’instar des welfaristes classiques, estiment le critère de la souffrance animale moralement pertinent, mais considèrent que les animaux nonhumains n’ont pas d’intérêt(s) à poursuivre leurs existences. Par conséquent, ils ne jugent pas l’utilisation et le massacre des animaux inacceptables en soi sur le plan moral, aussi longtemps que les animaux ont une vie raisonnablement agréable et une mort relativement sans douleur.

L’approche abolitionniste pose que les défenseurs des animaux doivent être des végans éthiques et s’engager dans une éducation au véganisme créative et non-violente vis-à-vis du public. L’approche néowelfariste soutient quant à elle que les défenseurs doivent promouvoir des réformes de bien-être dont ils prétendent qu’elles réduiront la souffrance.

Mais fût-ce dans ses conditions, l’approche néowelfariste ne fonctionne pas.

Examinons cet extrait de The Animal Activist’s Handbook de Matt Ball (Vegan Outreach) et Bruce Friedrich (PETA) :

Chaque année, la moyenne des Américains consomme environ 1/10e de vache, 1/3 de cochon, 1 dinde, 35 poulets et environ 50 animaux marins (principalement des fruits de mer). Un Américain est également responsable de la production d’une poule pondeuse et d’1/30e de vache laitière. En se basant simplement sur ces chiffres bruts, le pas le plus conséquent qu’un mangeur de viande puisse réaliser pour les animaux est de cesser de manger les oiseaux. C’est d’ailleurs ainsi que nous nous adressons aux gens : nous nous focalisons en premier lieu sur la cruauté perpétrée envers les oiseaux. Une fois qu’ils ont compris qu’ils peuvent franchir ce pas, il leur est ensuite plus facile de progresser et d’arrêter de manger les cochons, les poissons (particulièrement les poissons d’élevage), les œufs, le bétail, et enfin les produits laitiers.

Peu de gens embrassent un régime végétarien du jour au lendemain. Si nous aidons davantage de personnes à changer par le biais d’une évolution graduelle – de préférence en cessant d’abord de manger les oiseaux et les poissons, puis les cochons, puis le bétail -, nous pouvons épargner des souffrances considérables à de nombreux animaux. Puisque, sinon, la plupart des gens s’y prennent d’une autre manière (en renonçant d’abord à manger les vaches et les cochons), nous rendons un réel service aux animaux en nous focalisant en premier lieu sur la cruauté perpétrée envers les oiseaux élevés industriellement.

Ball et Friedrich soutiennent que les campagnes en faveur du bien-être, lesquelles insistent sur la « cruauté infligée aux oiseaux dans les élevages industriels », « épargner[ont] des souffrances considérables à de nombreux animaux ».

Cette position est problématique pour au moins trois raisons.

Premièrement, raisonnons en termes de psychologie pratique. Bien qu’il soit certainement admirable de la part de Ball et Friedrich de vouloir que les volailles soient prises au sérieux, l’idée que ceux qui mangent les vaches et les cochons vont développer un souci moral à l’égard des volailles est simplement peu réaliste. La plupart des gens ont malheureusement une très basse opinion des volailles. Beaucoup en sont presque les ennemis. Si l’arrière-plan de l’interview abominable de Sarah Palin avait été celui d’une vache en train d’être abattue et non celui d’une dinde, la réaction du public aurait été très différente. Ainsi, même si vous estimez que les réformes de bien-être graduelles sont une bonne idée, il reste que cette approche manque complètement le coche.

Deuxièmement, supposons qu’une personne cesse complètement de manger les volailles. Elle peut alors consommer davantage de poissons, d’œufs ou d’autres produits d’origine animale : aucune compensation à la souffrance ne fera donc contrepoids. Or la position néowelfariste suppose que chaque produit d’origine animale non consommé par un individu sera obligatoirement remplacé par cet individu par des produits d’origine végétale. Il n’y a absolument aucune raison de supposer une telle chose.

Bien entendu, dans le monde réel, une approche welfariste graduelle amènera seulement les gens à manger moins de bœufs et de porcs, mais plus de volailles, d’œufs, de fromage, de produits laitiers, etc.. Et c’est précisément la raison pour laquelle l’approche welfariste graduelle conduit en fin de compte à une augmentation de la souffrance globale.

Troisièmement, les néowelfaristes supposent qu’une campagne focalisée sur la cruauté perpétrée envers les oiseaux d’élevages industriels aura pour résultat que les gens arrêteront de manger les volailles.

Mais, par le ciel, pourquoi les néowelfaristes supposent-ils une éventualité pareille ?

N’est-il pas plus probable de croire que ces campagnes de bien-être n’auront pour effet que d’orienter les consommateurs vers l’une des alternatives viande « heureuse » plébiscitées par PETA et Vegan Outreach ? Les deux groupes, aux côtés d’autres sociétés commerciales welfaristes menées par Peter Singer, soutiennent le label « Compatissant envers les Animaux » de Whole Foods. On nous a même dit qu’il n’y avait, entre PETA et KFC, « aucune différence d’opinion quant à la manière dont les animaux devaient être traités » aussi longtemps que les volailles seraient gazées et non étourdies à l’électricité. Et que dire de ces merveilleux produits d’origine animale flanqués du label « Certifié Elevé et Manipulé avec Humanité » – label soutenu par la Humane Society des USA, la ASPCA et d’autres organisations ?

Le but explicite de ces programmes de labelling n’est-il pas de rendre les consommateurs plus à l’aise vis-à-vis du fait de consommer des produits d’origine animale ? C’est là une question rhétorique. Bien sûr que c’est le but.

Ainsi, pourquoi les néowelfaristes pensent-ils que les campagnes en faveur des oiseaux d’élevages industriels dissuaderont les gens de manger des volailles, alors que les néowelfaristes sont justement là pour leur proposer un produit d’origine animale « heureux » ? N’est-il pas plus plausible de croire que les consommateurs s’orienteront vers le marché de la viande « heureuse », un marché que les néowelfaristes ont précisément créé ?

Et quiconque pense que la viande « heureuse » plébiscitée par les organisations néowelfaristes aura réellement pour effet de réduire la souffrance croit aussi probablement en Santa Claus et au Lapin de Pâques. La différence entre un œuf de poule élevée en batterie conventionnel et un œuf de poule élevée « en plein air » est – tout au plus – la différence qu’il y a entre le fait d’être torturé à l’électricité sur une chaise rembourrée et le fait de l’être sur une chaise sans rembourrage.

Pour résumer, les néowelfaristes rejettent le véganisme comme ligne de fond morale parce qu’ils se soucient essentiellement de la souffrance. Mais leurs propositions de réformes de bien-être graduelles ne parviendront pas à réduire cette souffrance.

Le néowelfarisme est invalidé par ses propres conditions.

Devenez végan. C’est facile ; c’est meilleur pour la santé et la planète ; et c’est, surtout, la bonne chose à faire sur le plan moral.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Commentaire n°6: aspects du débat végétarisme/véganisme

Chers Collègues :

Notre premier Commentaire sur le végétarisme considéré comme « passerelle » vers le véganisme ayant entraîné une controverse sans fin, je débattrai dans celui-ci de trois questions :

1. Ma position selon laquelle nous ne saurions faire de distinction morale entre la chair et les autres produits d’origine animale signifie-t-elle que nous devons entrer en confrontation avec et nous ériger en juges des non-végans ?

Réponse courte : non, bien sûr que non.

2. Que faire lorsque des personnes disent se préoccuper du problème de l’exploitation des animaux mais ne pouvoir tout simplement pas renoncer aux produits d’origine animale ?

Réponse courte : c’est en général une réaction qui invite réellement à une discussion plus approfondie.

3. Pourquoi les néowelfaristes rejettent-ils avec autant de véhémence le véganisme comme ligne de fond morale ?

Réponse courte : un principe-clé de la théorie du bien-être animal est qu’il est acceptable d’utiliser et de tuer les animaux aussi longtemps que nous ne les faisons pas souffrir. Dans une telle optique, le véganisme se réduit simplement à un moyen – parmi beaucoup d’autres, y compris la viande et les produits d’origine animale « heureux » – de réduire la souffrance. Il n’a, ici, pas de signification plus grande que celle de moyen de réduire la souffrance.

J’espère que ce Commentaire clarifiera certaines des excellentes questions que j’ai reçues.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

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Commentaire n°5 sur la violence.

Chers collègues:

Je suis opposé à la violence. Je considère la violence comme intrinsèquement
immorale. J’ai souvent écrit et débattu à ce sujet, y compris dans les
essais (1,2) sur ce site.

Je reconnais que beaucoup d’entre vous êtes en désaccord avec mon opposition
à la violence.

Mais ce n’est pas pertinent. Même si vous croyez que la violence peut être
justifiée, il y a encore des raisons d’affirmer que la violence n’a
absolument aucun sens dans le cadre de la lutte pour les droits des animaux.

Je maintiens que la seule chose qui a un sens pratique est l’éducation
créative,
non-violente au véganisme. Cette stratégie est loin d’être passive, il
s’agit de notre travail actif et constant à changer un paradigme fondamental
- la notion que les animaux sont des choses, des ressources, des biens,
qu’ils sont uniquement des moyens destinés à des fins humaines.

Tant que nous ne construirons pas une masse importante de personnes qui
refuse ce paradigme, rien ne changera.

Dans ce commentaire, je débats au sujet de la violence.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

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Commentaire n°4: Suite de « animaux de compagnie » les chats non-végétaliens.

Chers collègues,

Un certain nombre de personnes m’ont écrit en réponse au commentaire sur les
« animaux de compagnie » au sujet des chats non-végétaliens.

A ma connaissance, de nombreux chats peuvent vivre sainement avec une
alimentation végétalienne, mais s’il y a des chats qui ont absolument besoin
de consommer des produits animaux?

Dans ce commentaire, je vous propose quelques idées qui, je l’espère, vont
stimuler votre réflexion sur cette question.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

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Commentaire n°3 sur Michael Vick

Chers Collègues :

Comme vous le savez, je me demande depuis 2007 pourquoi l’on juge Michael Vick pire que ceux qui consomment ou utilisent des produits d’origine animale (cf. 1, 2, 3).

Quoi qu’il en soit, Vick a été libéré de prison en mai 2009, et le commissaire du NFL (National Football League) Roger Goodell le réintégrait sous conditions le 27 juillet. Les Philadelphia Eagles lui ont fait un contrat d’un an, renouvelable pour une deuxième année consécutive.

A en juger par les rapports des medias et les commentaires parus sur les blogs, de nombreux défenseurs des animaux sont indignés et certains réclament le boycottage du NFL.

Dans ce Commentaire, j’explique la raison pour laquelle j’estime que l’affaire Michael Vick concerne moins Michael Vick ou les combats de chiens que les principes moraux fondamentaux qu’en tant que société, nous prétendons accepter.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

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Quelques commentaires sur le végétarisme en tant que « passerelle » vers le véganisme.

Chers collègues :

Suite à mes commentaires (ici, sur Facebook, et sur le commentaire du podcast), j’ai été inondé de messages privés qui avaient tous les mêmes thèmes: (1) « mais beaucoup de vegans ont commencé par être végétariens »; et (2) « promouvoir le véganisme est élitiste. »

Quant à savoir si beaucoup de végans ont commencé par être végétariens, laissez-moi vous dire clairement:
là n’est pas la question.

Premièrement, la question pertinente est de savoir si le végétarisme est une position morale significative. Donc, pouvons-nous faire une distinction morale significative entre la chair et des autres produits animaux? Si, comme je le maintiens, nous ne pouvons pas, alors  le végétarisme n’a pas plus  à être promu que la viande de veau rouge au détriment de la viande de veau blanche, que les oeufs de poules élevés en plein air au détriment des oeufs de poules de batterie. Si tous ces produits sont immoraux, nous devons être clairs et honnêtes et le dire.

Les produits animaux autres que la chair impliquent souvent plus de souffrances et de morts que la chair elle-même. Par exemple, les animaux utilisés pour le lait sont gardés en vie plus longtemps, traités de façon pire (incluant, sans s’y limiter, le retrait des bébés et leur mort pour en faire de la viande de veau), et ces animaux finissent dans les mêmes abattoirs que les animaux utilisés pour la viande. Les végétariens qui continuent de consommer des produits laitiers sont toujours complices de la souffrance et de la mort des animaux. Quelle justification morale y a-t-il à promouvoir une complicité continue de la souffrance et de la mort? En effet, si la personne végétarienne augmente sa consommation de produits laitiers, comme beaucoup de végétariens font, elle pourra être responsable de plus de souffrances et de morts qu’avant de devenir végétarienne.

Deuxièmement, le fait que beaucoup de végans ont commencé par être végétariens, si cela est vrai, nous amènent à nous demander pourquoi cela a été le cas. Beaucoup de gens déclarent qu’ils n’ont pas été végans plus tôt précisément à cause de l’accent mis sur l’opportunité morale du végétarisme promu par de grandes associations animalistes. Promouvoir le végétarisme est finalement une entrave au véganisme.

Cela est clair: si vous expliquez qu’il n’y a pas de distinction entre la chair et les autres produits animaux et pourquoi nous devrions être végans, et que la personne avec qui vous parlez s’intéresse au problème, (1) soit elle deviendra végane immédiatement,(2) soit elle deviendra végane progressivement; (3) soit elle ne deviendra pas végane mais adoptera une version du végétarisme (ou une consommation de viande/produits animaux « heureux »). Mais au moins elle comprendra que le véganisme est l’aspiration vers laquelle il faut aller. Elle comprendra que la ligne entre chair et autres produits animaux est arbitraire. Si vous maintenez que devenir végétarien est moralement significatif et qu’il y a une distinction entre la chair et les autres produits animaux, alors vous augmentez les chances de ralentir ses progrès vers le véganisme.

En d’autres mots, vous n’avez pas besoin de promouvoir le végétarisme. Cela est complètement inutile, moralement dénué de sens, et, en pratique, cela entrave la transition vers le véganisme.

Concernant le supposé « élitisme » du véganisme, je continue de trouver ce commentaire déconcertant.

Y a-t-il quelque chose de plus élitiste que de croire que les gens sont trop stupides pour comprendre l’argument contre l’exploitation animale et l’absence de toute distinction significative entre la chair et le lait?

Y a-t-il quelque chose de plus élitiste que de promouvoir l’idée qu’il est moralement plus acceptable de manger des laitages, des oeufs ou tout autre produit animal et de continuer d’exploiter les plus vulnérables?

Nous ne qualifierions jamais d’ »élitiste » un plaidoyer contre une interdiction totale du viol (même si le viol est, a été, et continuera d’être un événement fréquent dans un monde patriarcal). Mais quand cela concerne les animaux, un plaidoyer pour une interdiction totale de la consommation et de l’utilisation est considéré comme élitiste.

Qu’est-ce qui distingue les deux situations?

C’est une question de rhétorique. La réponse est claire: les espèces.

Je suis désolé mais je ne peux pas répondre à tous les emails et messages sur Facebook. Mais je l’ai dit aussi clairement que je peux. Je n’ai pas d’habileté artistique et je ne sais pas dessiner.

Devenez végan. C’est facile; c’est meilleur pour votre santé, c’est meilleur pour la planète; et le plus important, c’est moralement la bonne chose à faire.

Et, s’il vous plaît, rappelez-vous: la violence est le problème; ce n’est pas une partie de la solution. Abolition, véganisme, et non-violence sont différents aspects du même concept.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Commentaire n°2: Les « animaux de compagnie »

Chers collègues:

La question des « animaux de compagnie » est un sujet sensible avec beaucoup de défenseurs.

Voici ce que j’ai écrit dans l’appendice de mon livre: Introduction aux Droits des Animaux: Votre Enfant ou le Chien?:

Question 3: Est-ce que l’institution de la possession d’animaux de compagnie viole le droit basique des animaux à ne pas être considérés comme des objets?

Réponse: Oui. Les animaux de compagnie sont notre propriété. Les chiens, chats, hamsters, lapins, et autres animaux sont produits en masse comme des boulons dans une usine ou, dans le cas des oiseaux ou animaux exotiques, capturés dans la nature, transportés sur de longues distances, pendant lesquelles beaucoup d’entre eux meurent. Les animaux de compagnie sont commercialisés exactement de la même façon que d’autres commodités. Bien que certains d’entre nous traitent bien leurs compagnons, la plupart d’entre nous les traite mal. En Amérique, la majorité des chiens passe moins de deux ans dans un foyer avant d’être jetés dans une fourrière ou sinon transférés à un nouveau propriétaire; plus de 70% des gens qui adoptent des animaux les donnent, les emmènent dans des refuges ou les abandonnent. Nous sommes tous conscients d’histoires horribles de chiens du voisinage vivant à l’attache et passant la majorité de leur vie seuls. Nos villes sont pleines de chiens et chats errant qui vivent misérablement, qui sont affamés ou souffrent du froid, qui succombent de maladies, ou  qui sont torturés par des humains. Des gens qui disent aimer leurs compagnons animaux les mutilent absurdement en leur faisant  couper les oreilles, la queue, ou arracher les griffes de façon à ce qu’ils ne grattent pas les meubles.

Vous pouvez traiter votre compagnon comme un membre de votre famille et effectivement lui accorder une valeur intrinsèque ou le droit basique de ne pas être traité comme votre ressource.

Mais le traitement de votre animal signifie vraiment que vous considérez votre propriété animale comme ayant une valeur supérieure à celle du marché; si vous changiez d’avis et que  vous administriez quotidiennement des sévices corporels graves à votre chien à des fins disciplinaires ou que vous arrêtiez de nourrir votre chat pour le motiver davantage à attraper les souris dans le sous-sol de votre magasin,  ou que vous tuiez votre animal pour ne plus l’assumer financièrement, votre décision serait protégée par la loi. Vous êtes libre de donner la valeur que bon vous semble à votre propriété. Vous pouvez décider de lustrer souvent votre voiture ou de laisser l’érosion se faire.

Le choix vous appartient. Tant que vous apportez le minimum d’entretien à votre voiture pour qu’elle passe le contrôle technique, toutes autres décisions prises avec respect envers le véhicule, y compris le donner au ferrailleur sont vos affaires. Tant que vous apportez un minimum de nourriture, d’eau et d’abris à votre animal, toutes autres décisions, à part de le torturer sans raison, sont vos affaires, y compris votre décision de l’abandonner dans le refuge le plus proche (où beaucoup d’animaux sont soit tués soit vendus pour la recherche), ou de le faire tuer par un vétérinaire complaisant.

Il y a de nombreuses années, j’ai adopté un hamster par l’intermédiaire d’un camarade de fac de droit. Une nuit le hamster a été malade, et j’ai appelé les urgences vétérinaires. Le vétérinaire a dit que la somme minimale pour une urgence était de 50$ et m’a demandé si je voulais dépenser cette somme alors que je pouvais avoir un « nouveau » hamster dans n’importe quelle animalerie pour 3$. J’ai de toute façon emmené le hamster chez le vétérinaire, mais cet événement a été l’un des premiers à réveiller ma conscience au sujet du statut de commodités économiques que sont les animaux.

En tant que personne vivant avec sept compagnons canins sauvés que j’aime tendrement, je ne prends pas ce sujet à la légère. Bien que je considère mes compagnons comme des membres de la famille, ils restent ma propriété et je pourrais décider demain de les tuer. J’ai beau aimer vivre avec des chiens, s’il n’en restait plus que deux dans le monde, je ne serais pas d’avis de les élever pour qu’il y ait plus « d’animaux de compagnie » et donc de perpétuer leur statut de propriété. En effet, quiconque se soucie réellement des chiens devrait visiter une « usine à chiots » – un endroit où les chiens sont élevés par centaines ou par milliers et ne sont traités que comme des commodités. Les chiennes reproduisent jusqu’à épuisement et sont soit tuées soit vendues pour la recherche. Nous devrions bien sûr arrêter de donner la vie à des animaux pour pouvoir les posséder comme animaux de compagnie.

Dans ce second Commentaire de l’Approche Abolitionniste, nous étudierons tous les aspects de la question des « animaux de compagnie ».

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

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Une note sur la Schizophrénie Morale

Chers collègues:

Dans mon livre, « Introduction aux Droits des Animaux: Votre Enfant ou le Chien? », publié par Temple University Press en 2000, j’introduisais la notion de « Schizophrénie Morale ». J’ai reçu de nombreux commentaires par rapport à mon utilisation de ce terme, et ces commentaires se répartissent en deux groupes.

Certaines personnes m’accusent de confondre la schizophrénie morale avec le dédoublement de personnalité.

Lorsque je parle de schizophrénie morale, je cherche à décrire la manière délirante et confuse que nous avons de penser aux animaux d’un point de vue social / moral. Cette confusion peut, bien entendu, inclure des façons contradictoires ou incompatibles de percevoir les animaux (certains sont des membres de la famille, d’autres des repas), mais cela ne signifie pas que je décris un classique dédoublement de personnalité. Notre schizophrénie morale, qui implique que nous nous faisons des illusions à propos de la sensibilité des animaux et des similitudes entre les humains et les autres animaux, ainsi qu’une quantité énorme de confusions sur le statut moral des non-humains, est un phénomène qui est assez complexe et qui comporte de nombreux aspects différents.

Certaines personnes pensent qu’en utilisant le terme, je stigmatise ceux qui souffrent de schizophrénie clinique car cela implique que ces personnes soient des personnes immorales. Je suis sincèrement désolé si quelqu’un a interprété le terme de cette manière, ce n’est certainement pas ce que je voulais dire. La schizophrénie est une maladie reconnue qui se caractérise pas des pensées confuses et délirantes. Dire que nous sommes délirants et confus lorsqu’il s’agit de questions morales, ce n’est pas dire que ceux qui souffrent de schizophrénie clinique sont immoraux. Il s’agit seulement de dire que beaucoup d’entre nous réfléchissent aux questions morales importantes de manière complètement confuse, délirante et incohérente. Je ne dis certainement pas que ceux qui souffrent de schizophrénie clinique sont immoraux.

Dire que la schizophrénie morale stigmatise les schizophrènes cliniques, c’est comme dire que parler du fait que « les drogues se propagent comme un cancer » stigmatise les victimes de cancer.

J’espère que cela clarifie ce que je veux dire lorsque je parle de notre schizophrénie morale quand il s’agit de l’éthique animale. J’espère également qu’il est clair que je n’utilise pas ce terme d’une manière qui fait ou est destinée à véhiculer l’idée que les schizophrènes cliniques sont immoraux.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Commentaire n°1: Le végétarisme, un « chemin » vers le véganisme?

Chers Collègues :

Bienvenue sur le Commentaire Approche Abolitionniste.

Le Commentaire consistera en une série de podcasts qui discuteront et exploreront les divers aspects de l’idée que nous devons abolir, et non simplement réglementer, l’exploitation animale. Le Commentaire reflètera les idées contenues sur ce site et dans mes livres.

Les animaux sont des personnes nonhumaines, et nous ne pouvons justifier moralement le fait de les traiter comme des ressources humaines. En outre, parce qu’ils sont considérés comme des biens meubles et des produits économiques, réglementer leur traitement coûte de l’argent, et les lois portant sur leur bien-être ne débouchent pratiquement jamais sur une protection significative de leurs intérêts. D’un point de vue général, les règles portant sur le bien-être rendent en fait l’utilisation des animaux plus rentable, parce que les règles qui sont finalement mises en œuvre sont celles qui engendrent, pour les producteurs et les consommateurs, un bénéfice économique. Le Commentaire Approche Abolitionniste débattra de la raison pour laquelle les réformes portant sur le bien-être animal ne fonctionnent pas, ne peuvent fonctionner, ni ne peuvent fournir de protection aux animaux nonhumains.

Le Commentaire Approche Abolitionniste fera la promotion du véganisme éthique et d’une éducation végane créative et non-violente en tant que formes essentielles et fondamentales de l’activisme, et ce afin de parvenir à l’abolition de l’utilisation des animaux. Le véganisme éthique va bien au-delà du simple fait de ne pas manger de produits d’origine animale ; il refuse l’utilisation des animaux pour l’habillement ainsi que l’usage de tout produit contenant des ingrédients d’origine animale ou ayant été testé sur les animaux. Il n’y a aucune distinction morale entre la chair et les autres produits d’origine animale. Tous les produits d’origine animale impliquent la souffrance et la mort des animaux.

Le Commentaire Approche Abolitionniste explorera la notion de « droits des animaux ». Bien qu’il y ait beaucoup de controverses à propos de ce que doivent être les droits des humains, il reste que nous nous opposons tous à l’esclavage ou au fait de traiter les humains comme des biens meubles. L’Approche Abolitionniste affirme que nous ne pouvons justifier moralement le fait de dénier ce droit à tous les nonhumains sentients. Le leur reconnaître signifie que nous devons cesser de faire advenir des animaux domestiqués à la vie. Nous devons prendre soin de ceux qui existent ici et maintenant, mais nous ne devons pas en faire naître d’autres. Quant aux animaux non domestiqués, nous devons les laisser en paix, cesser d’empiéter sur leur habitat et de détruire celui-ci.

Le Commentaire Approche Abolitionniste tentera de définir la « schizophrénie morale » qui est la nôtre dans nos rapports avec les animaux nonhumains, ou encore la manière aberrante et confuse dont nous appréhendons l’éthique animale. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il est mal d’infliger la mort et des souffrances « non nécessaires » aux animaux nonhumains. Si « nécessité » doit jamais posséder un sens cohérent, cela doit au moins signifier qu’il est mal de les leur infliger à des fins de plaisir, de divertissement ou de confort. Or il se trouve précisément que nous ne pouvons « justifier » une part écrasante de notre exploitation des animaux par autre chose que notre plaisir, notre divertissement ou notre confort. Beaucoup d’entre nous vivons avec des animaux nonhumains que nous considérons comme des membres de la famille. Mais nous plantons nos fourchettes dans d’autres animaux qui ne diffèrent pas, moralement et dans les faits, des nonhumains que nous aimons.

Le Commentaire Approche Abolitionniste débattra également du problème de la violence et tentera d’expliquer pourquoi le mouvement pour l’abolition de l’exploitation animale doit être partie prenante d’un mouvement plus vaste pour l’Ahimsâ, ou non-violence. Tous les humains exploitent les animaux d’une manière ou d’une autre. Par conséquent, la violence dirigée contre les exploiteurs institutionnels n’a aucun sens. Les exploiteurs institutionnels des animaux, pas plus que les producteurs de produits d’origine animale, ne sont le problème ; le problème, c’est le public, qui demande des produits d’origine animale. Si nous voulons qu’un jour cesse l’exploitation animale, alors nous devons sensibiliser les gens de façon non-violente et déplacer le paradigme moral qui nous fait traiter les animaux comme des biens.

Enfin, le Commentaire Approche Abolitionniste parlera des rapports importants qui existent entre droits des animaux et droits des humains, et examinera les raisons pour lesquelles nous ne devons pas recourir au sexisme, au racisme ni aux autres formes de discrimination pour promouvoir les droits des animaux.

Dans ce premier Commentaire, je pose la question de savoir si nous devons plébisciter le végétarisme en tant que « chemin » vers le véganisme. Ma conclusion est que la réponse est « non ».

Résultat des courses : si vous êtes végétarien, vous êtes toujours complice de la souffrance animale ; vous êtes toujours complice du massacre des animaux.

Si vous considérez les animaux comme des personnes morales nonhumaines, pourquoi seriez-vous les complices de leurs souffrances et de leur mort ?

J’espère que vous trouverez ce Commentaire, ainsi que nos efforts futurs, utiles à votre réflexion sur l’éthique animale.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

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Test à choix multiples

Chers Collègues :

Je viens juste de recevoir un avis du Septième Congrès Mondial Annuel sur les Alternatives et l’Utilisation des Animaux dans les Sciences de la Vie (Seventh Annual World Congress on Alternatives and Animal Use in the Life Sciences), qui se tiendra à Rome, en Italie, du 30 août au 3 septembre 2009.

Jetez-y un œil. Puis répondez aux questions suivantes :

Cette conférence :

(A) constitue un grand événement parce qu’elle aidera les animaux

(B) constitue une grosse excuse pour les directeurs commerciaux des grandes organisations de bien-être animal d’utiliser l’argent des donateurs pour se payer du bon temps à Rome à une période particulièrement agréable de l’année

(C) fournit la preuve irréfutable des rapports symbiotiques qui se sont développés entre les exploiteurs institutionnels des animaux et les sociétés commerciales de bien-être animal.

(D) fournit d’énormes bénéfices sur le plan des relations publiques aux exploiteurs institutionnels des animaux, qui peuvent ensuite se prévaloir du fait de travailler aux côtés de la HSUS, la RSPCA, l’ASPCA, etc..

(E) (B), (C), (D) sont toutes des réponses correctes.

Pour la réponse correcte, faites appel à votre bon sens.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione