Archives mensuelles : avril 2009

La grippe porcine, les fermes Smithfield et l’ALENA

Chères collègues et chers collègues :

Selon cet article, l’origine de l’apparition de la grippe porcine se trouve aux Ranchs Carroll, un élevage porcins du Mexique où 800 000 porcs sont tués chaque années. Les Ranchs Carroll ont été mis sur pied par les fermes Smithfield en 1994, l’année où l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est entré en vigueur. L’article prétend que les Ranchs Carroll ne disposent d’aucun plan de traitement des eaux usées et que la pandémie imminente est le résultat de ce traité de « libre-échange » autorisant les corporations étasuniennes à contourner les lois environnementale en re-localisant leurs opérations dans des pays qui n’ont pas de règlements concernant l’environnement ou dans ceux où ces règlements ne sont pas renforcés.

Cet article conclut :

Le vrai nom de cette infirmité est « la grippe ALENA », la première de toute une série de nouvelles maladies qui pourraient bien émerger internationalement, en raison de ces accords de « libre-échange », qui permettent aux compagnies comme les fermes Smithfield de contourner les lois protégeant la santé, la sécurité et l’environnement.

Les commentateurs réactionnaires prétendent que la cause de la grippe porcine est l’immigration illégale. Mais si le rapport portant sur les Ranchs Carroll dit vrai, le problème n’est pas que les Mexicains (légalement ou non) infectent d’innocents Américains, mais que les corporations américaines se soient installées au Mexique et ont créé des conditions ayant facilité l’apparition du virus.

Le lobby du porc ne souhaite pas que le virus actuel soit appelé « grippe porcine » parce que cela suggère que le porc n’est pas sécuritaire.

Mais la très claire vérité est que, en plus d’être moralement injustifié, l’élevage animal est très dangereux.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Peter Singer, viande heureuse et végans fanatiques

Chères collègues et chers collègues :

Dans une interview récente, Peter Singer affirme un certain nombre de choses qui, selon moi, indiquent à quel point la différence entre l’approche néo-welfariste ou welfariste et l’approche abolitionniste est tranchée.

Premièrement, il affirme :

Je suis très heureux de constater qu’il y a eu de nombreux changements, spécialement en Europe, mais aussi aux États-Unis et dans d’autres pays. En Europe, toutes les plus abusives et les pires formes d’élevage industriel ont été modifiées.

Je ne suis pas d’accord avec l’affirmation de Singer à plusieurs égards. Premièrement, il n’est pas juste de dire qu’il y a eu « de nombreux changements » et que « toutes les plus abusives et les pires formes d’élevage industriel ont été modifiées ». Comme je l’ai expliqué dans au moins deux autres essais (1,2) sur ce site et dans mon livre Animals as Persons: Essays on the Abolition of Animal Exploitation, publié en 2008, les prétendues améliorations à l’égard bien-être animal en Europe à propos desquelles Peter est si excité sont pires qu’inutiles, en ce qu’elles n’aident que très peu, ou pas du tout, à protéger les intérêts des animaux et elles font en sorte que les humains se sentent plus confortables à propos de la consommation d’animaux, ce qui favorise sa perpétuation.

Deuxièmement, à propos du véganisme, il affirme :

La diète végane, spécialement celle qui est centrée sur l’achat de produits biologiques issus des plantes, résout plus de problèmes éthiques entourant l’alimentation que n’importe quelle autre. Mais j’admets que ce n’est pas pour tout le monde et que ce sera long avant qu’elle devienne largement répandue. Aussi, je ne veux pas donner l’impression qu’il s’agit de la seule chose qu’une personne puisse faire pour manger de manière moralement acceptable. Simplement éviter les produits issus de l’agriculture intensive est un grand pas dans la bonne direction, même si vous continuez à manger, en quantités modérées, des produits provenant d’animaux élevés de manière biologique.

Une fois de plus (voir, par ex., 1, 2), Singer répète qu’être un « omnivore consciencieux » est une « position éthique défendable ». Puisque le dit « père du mouvement en faveur des droits des animaux » (qu’appuient à peu près toutes les organisations néo-welfaristes) prétend qu’il est moralement recommandable de consommer des produits et de la viande d’animaux « heureux », il est probable que cette idée devienne la ligne morale directrice. Et c’est exactement ce qui se passe. Le véganisme est perçu comme une position « extrémiste » précisément en raison de commentaires comme celui-ci; la viande « heureuse » est considérée comme une choix « éthique ».

Pour repérer le spécisme dans cette position, pensez à certaines formes d’exploitation humaine. Si quelqu’un affirmait qu’une quantité « modérée » de viols « humanitaires » représentait « un grand pas dans la bonne direction », nous serions scandalisés. Mais Singer nous dit que manger une « quantité modérée » de viande et autres produits issus d’animaux « heureux » est une bonne chose au plan moral. C’est peut-être une bonne chose, comme il est une bonne chose que battiez vos esclaves 5 fois par semaine plutôt que 10 fois, mais voilà qui passe totalement à côté de la question morale fondamentale en jeu.

Lorsqu’on lui a demandé s’il est possible d’agir de manière éthique sans devenir « fanatique », il a répondu :

C’est absolument possible! La chose dont il faut se rappeler est que le monde est imparfait et que nous voulons le rendre meilleur, alors tout changement dans la bonne direction aide et plus nous en faisons, meilleur c’est. Mais ce n’est pas une religion, ce n’est pas une question de pureté personnelle. Nous n’avons donc pas à nous soucier à propos de notre propre perfection morale. Nous devons simplement faire de notre mieux pour minimiser l’impact dommageable que nous avons sur les animaux, sur notre environnement et sur les travailleurs. Et, alors, apprécier nos aliments!

Une fois de plus, Singer qualifie l’approche abolitionniste, qui se fonde sur le véganisme et l’éducation non violente au véganisme, de « puriste » ou de « fanatique », parce que les abolitionnistes soutiennent que nous ne pouvons justifier aucune forme d’utilisation d’animaux. Est-ce que Singer considère comme puriste une position absolutiste à l’égard des comportements tels que le viol ou la pédophilie? Est-ce que la position selon laquelle nous ne pouvons justifier aucun viol ou aucun acte de pédophilie, peu importe les circonstances, est puriste ou fanatique? Sinon - s’il considère comme permis ou même obligatoire d’endosser une position absolutiste à propos de ces sujets - alors son discours ne pose-t-il pas problème par rapport à la position abolitionniste vis-à-vis des nonhumains et ne repose-t-il pas sur la présomption voulant que l’exploitation animale soit moralement moins problématique que l’exploitation humaine?

Je suppose qu’il fait une telle supposition, ce qui n’est pas surprenant puisqu’il considère que les nonhumains ont moins de valeur morale que les humains.

De toute manière, il est très décevant que Singer dise aux gens d’apprécier leur viande « heureuse ». Mais alors, en dépit de l’idée selon laquelle les « personnes soucieuses des animaux » forment un groupe monolithique, il y a une différence très claire entre l’approche abolitionniste et l’approche néo-welfariste. L’interview de Singer n’illustre que quelques-unes d’entre elles.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Le lobby du porc et la grippe porcine

Chères collègues et chers collègues :

Selon le Wall Street Journal

Les groupes d’agriculteurs, craignant que l’apparition de la grippe porcine incite les gens à ne plus manger de porc, ont réussi à convaincre le gouvernement fédéral de référer au virus par son nom scientifique : H1N1.

Le département de l’agriculture, qui utilisait, aussi récemment que lundi, le terme de« grippe porcine », se cramponnait à l’expression anonyme « grippe H1N1 » dans sa déclaration de mardi, visant à assurer qu’il est sécuritaire de manger du porc des États-Unis.

À l’occasion du briefing de mardi, Richard Besser, le directeur intérimaire du Centre fédéral pour le contrôle et la prévention, à Atlanta, a reconnu que l’utilisation de l’étiquette grippe porcine nourrissait l’idée fausse selon laquelle les gens peuvent attraper des maladies respiratoires à partir des aliments. « Ça n’aide pas les producteurs de porc. Ça n’aide pas les gens qui mangent du porc », affirme Dr. Besser. « Nous nous demandons donc : y a-t-il une façon de décrire le phénomène qui n’inciterait pas les gens à agir de manière inappropriée? »

Cela, bien sûr, passe à côté de l’essentiel. La suite de cet article va comme suit :

Pourtant, plusieurs scientifiques disent que le CDC est en droit d’appeler la maladie grippe porcine même si elle semble s’être transformée en un virus exclusivement humain. Les virus de la grippe ont tendance à être nommés en fonction des premières espèces chez qui ils ont été découverts et le H1N1 a été découvert chez les porcs il y a de cela quelques décennies.

L’institution de l’élevage animal est responsable de plusieurs et peut-être même de la plupart des épidémies que nous avons eues. Les origines du virus H1N1 se trouvent chez les porcs domestiqués. C’est pourquoi ce virus est appelé « grippe porcine ».

En conclusion, une chose est claire : peu importe le point de vue duquel on se place, manger des produits animaux est dangereux pour les humains.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Un appel à l’humilité

Chères collègues et chers collègues :

Eh bien, une fois de plus, nous nous retrouvons avec une vague de grippe porcine qui risque de se transformer en pandémie.

Comme cet article l’établit clairement, les pandémies naissent souvent là où nous élevons des animaux nonhumains domestiqués.

Nous tuons approximativement 56 milliards d’animaux chaque année dans le monde (sans compter les animaux aquatiques). Cette quantité de souffrance et de mort est renversante; en effet, elle est simplement inimaginable. Manger des animaux non seulement n’est pas nécessaire pour optimiser la santé humaine, mais cela entraîne souvent directement la mort de nombreux humains. De plus, l’élevage d’animaux est, à de multiples niveaux (réchauffement de la planète, pollution de l’eau, déforestation, érosion des sols, etc.), un désastre écologique.

Continuer de consommer des produits d’origine animale est non seulement moralement injustifié - c’est aussi complètement irrationnel. Nous basons notre prétention à l’effet que les humains sont moralement supérieurs aux nonhumains sur notre prétendue rationalité.

Peut-être qu’un peu plus d’humilité serait appropriée.

Devenez végans. C’est facile, c’est mieux pour vous et pour la planète et, plus important encore, c’est la bonne chose à faire.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Et Hitler était végétarien

Chères collègues et chers collègues :

Dans ce qui semble être une tentative visant à répondre à la critique adressée au Président Obama lorsque le Département de la sécurité nationale a émis un communiqué de presse et un rapport sur l’extrémisme de la droite, le FBI vient d’annoncer que le terrorisme peut aussi bien provenir de l’aile « gauche » : le premier des noms paraissant sur la liste des « suspects les plus recherchés » du FBI est Daniel Andreas San Diego, décrit comme un « activiste pour les droits des animaux » et un « végan ».

Le premier problème avec cette annonce est qu’elle associe le mouvement en faveur des droits des animaux à la gauche politique. Et cela est problématique puisqu’une telle association est, au mieux, une exagération. En effet, plusieurs des plus importantes personnalités et organisations de défense des animaux, particulièrement aux États-Unis, ont - dans la mesure où l’on peut dire qu’elles sont même politisées - adhéré à des politiques réactionnaires. Y a-t-il quelque chose de plus réactionnaire que les incessantes manifestations de sexisme ou attributions de prix à des gens comme Pat Buchanan ou Arnold Schwarzenegger de PETA? Une des personnes du mouvement américain les plus encensées est Matthew Scully, qui écrivait les discours de George Bush, Dick Cheney et Sarah Palin et qui, dans ses écrits, adopte l’approche conservatrice chrétienne selon laquelle nous devons démontrer de la « pitié » à l’endroit des animaux, mais entérine l’idée que les animaux nonhumains sont moralement inférieurs parce que seuls les humains ont été créés à l’image de Dieu. La Humane Society of the United States, affirmant que « [l]e mouvement de protection des animaux ne devrait jamais se limiter à l’aile gauche ou à l’aile droite de la politique américaine », applaudit Rush Limbaugh. De toute façon, la généralisation consistant à associer le mouvement américain en faveur des animaux à la gauche est tout simplement erronée.

Le deuxième problème est que ce récit suggère injustement que le mouvement en faveur des droits des animaux est violent. Oui, il est vrai qu’il y a certaines personnes qui encouragent le recours à la violence, mais elles sont très peu nombreuses. La très vaste majorité des défenseurs des animaux que j’ai rencontrés au courant des trois décennies pendant lesquelles je me suis impliqué par rapport à cette question sont vivement opposés à la violence. Ils comprennent que la violence est le problème et non la solution; ils comprennent que la violence ne fera -  ne pourra - qu’engendrer plus de violence.

Selon le rapport, San Diego, affirmant faire partie de la « Revolutionary Cells-Liberation Brigade » a bombardé deux corporations qui pratiquaient l’expérimentation animale en Californie. « Revolutionary Cells-Liberation Brigade? » S’agit-il d’une blague? De toute façon, que San Diego soit coupable ou non des accusations qui sont portées contre lui est une question qu’il revient à la Cour de trancher. Mais ceux qui font la promotion de la violence ou qui ont recours à celle-ci ne font rien pour changer l’opinion publique à propos de cette question; tout ce qu’ils font est de s’assurer que personne ne prendra les importantes idées éthiques sérieusement. Ils donnent aux autres l’excuse qui leur permet d’écarter ces idées.

Dans mon travail et grâce à ce blog (1, 2), j’ai défendu une approche des droits des animaux qui, si elle est bien comprise, est incompatible avec la promotion de - ou le recours à - la violence.

Le troisième problème est que le récit prend la peine de mettre l’emphase sur le fait que San Diego est végan. Et alors? En quoi est-ce que c’est pertinent? Ça me rappelle toutes les fois où, au cours des ans, quelqu’un m’a opposé que les préoccupations à l’égard du statut moral des animaux devraient être écartées puisque Hitler était végétarien. Sans même considérer le fait que Hitler n’était pas végétarien, quelle pertinence logique est-ce que cela aurait, même si c’était bien le cas? Stalin mangeait de la viande. Est-ce que cela signifie que tous les mangeurs de viande sont moralement comparables à Stalin? Bien sûr que non.

San Diego peut être ou non coupable de gestes qu’on lui reproche. Mais même s’il est coupable ou même s’il est végan, est-ce que cela est pertinent lorsqu’il s’agit d’évaluer la moralité du véganisme ou est-ce que cela nous apprend quoique ce soit à propos des végans? Non, bien sûr que non. À ma connaissance, Osama Bin Laden mange de la viande.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Comportement moral et valeur morale

Chères collègues et chers collègues :

Les humains cherchent habituellement à justifier leur oppression et leur exploitation des nonhumains en soulignant de prétendues différences empiriques. Une des nombreuses différences auxquelles nous faisons appel est que les nonhumains, contrairement aux humains, sont incapables de penser ou d’agir moralement. Nous prétendons que seuls ceux qui peuvent reconnaître leurs obligations morales envers autrui et agir en fonction de celles-ci peuvent être membres de la communauté morale et, puisque les animaux sont prétendument incapables de le faire, nous sommes justifiés de les traiter comme de simples choses n’ayant aucune importance morale.

Cet argument est problématique pour au moins deux raisons.

Premièrement, il présente un problème purement logique. Supposons que deux humains – un qui est normal et un qui est handicapé mentalement et incapable de reconnaître ses obligations morales envers les autres. Ces deux humains sont-ils différents? Assurément. Est-ce que les différences entre eux impliquent que nous devions les traiter différemment? Oui, bien sûr. Si quelqu’un est handicapé mentalement et qu’il est incapable d’obligations, nous pouvons refuser de le laisser s’engager contractuellement. Mais est-ce que ces différences sont pertinentes lorsqu’il s’agit de déterminer si nous pouvons utiliser un être humain comme sujet à une expérience biomédicale sans son consentement, ou si nous pouvons prendre ses organes sans son accord, ou si nous pouvons le traiter comme le simple moyen, pour nous, d’atteindre nos propres fins? La plupart d’entre nous seraient horrifiés à l’idée que nous utilisions des personnes mentalement handicapées comme sujets d’expérimentation, pour leurs organes, ou encore comme esclaves. Nous admettons que le handicap n’est pas une caractéristique pertinente lorsqu’il s’agit d’évaluer la moralité de l’exploitation de ces humains comme des ressources à la disposition des humains dits « normaux ».

Deuxièmement, il présente un problème empirique. Est-il vrai que seuls les humains sont capables de réflexion et d’actions morales? Nombre d’exemples d’animaux de plusieurs espèces ayant risqué leur propre sécurité physique afin d’aider autrui - conduite qui nous paraît avoir une grande valeur morale - sont rapportés. Des chiens entrent dans des maisons en feu pour secourir des humains; des ratons laveurs risquent leur propre sécurité pour aider des ratons aveugles; des primates nonhumains emprisonnés dans des zoos agissent de manière à protéger des humains accidentellement tombés dans les cages.

Un de ces exemples a été porté à mon attention par les étudiants du cours sur les droits humains et animaux que Anna Charlton et moi enseignons à l’Université Rutgers. Un chien au Chili a risqué sa vie pour aider un autre chien ayant été frappé par une voiture. Je ne dis pas que le chien s’est assis et a évalué ses obligations morales avant d’agir comme nous aurions agi. Et alors? Le chien a agi de manière altruiste. Sa conduite ne peut être expliquée par les « instincts » ou être interprétée comme un comportement égoïste. Le chien a clairement et délibérément adopté un comportement qui présentait de sérieux risques pour sa vie.

Et les humains, qui sont prétendument « spéciaux » parce que, contrairement au chien, ils sont des êtres moraux, ne se sont pas même soucié d’arrêter la voiture ou de ralentir.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Le message erroné des néo-welfaristes

Chères collègues et chers collègues :

Parmi mes abonnements, se trouve le Farmed Animal Watch qui est publié périodiquement par le Farmed Animal Net, un groupe formé par des gens des organismes People for the Ethical Treatment of Animals, Farm Sanctuary, The Humane Society of the United States et autres.

Le plus souvent, Farmed Animal Watch rapporte des enquêtes dénonçant les « abus » dans l’industrie de la viande/produits animaux ainsi que les efforts faits par cette industrie et par les agences gouvernementales pour « améliorer » le traitement des animaux. Selon leur site web :

Farmed Animal Net s’efforce d’être une source objective et fiable d’informations de nature académique ou liée à l’industrie, adressées aux défenseurs des animaux, aux chercheurs, aux médias, au législateur et autres.

En tant qu’enseignant, je suis favorable aux sources d’informations « objectives et fiables ». Mais je suis préoccupé par le message normatif véhiculé par plusieurs histoires racontées dans le magasine Farmed Animal Watch.

Par exemple, dans le plus récent numéro (8 avril 2009), l’histoire suivante est racontée :

1. ALLÉGATIONS D’ABUS DANS LA PLUS GRANDE USINE DE PRODUCTION D’ŒUFS DE LA NOUVELLE ANGLETERRE

Le 1er avril, la police de l’État et des représentants du Département de l’agriculture du Maine ont procédé à un raid dans une usine de production d’œufs connue sous le nom de Maine Contract Farming and Quality Egg of New England, suite à la plainte déposée par le groupe Mercy for Animals (MFA), demandant que des accusations civiles et criminelles soient portées contre l’usine et ses travailleurs. Un enquêteur de la MFA a amassé des preuves d’abus envers des animaux commis dans cette usine de la mi-décembre à février. « Elles nous indiquent qu’il semble y avoir eu des violations très déplorables et flagrantes des règles concernant le bien-être animal à cet endroit », affirme le vétérinaire Don Hoenig pour l’État, à propos du dossier qui inclut : superviseurs et autres employés donnant des coups de pied à des poules vivantes pour les faire tomber dans des trous de fumier; trous dans le sol des cages suffisamment gros pour que les poules tombent dedans, poules dont certaines parties du corps sont prises dans la cage, incluant près de 150 d’entre elles qui n’ont pas accès à de la nourriture et à de l’eau, cages contenant des cadavres décomposés et des œufs pourris; poules tuées de manière cruelle et poules vivantes retrouvées dans les ordures (voir : http://tinyurl.com/cf2gaa).

Le problème général, avec ce type de description, est que, même si elle se veut être un récit des faits objectifs, elle véhicule un message normatif implicite : qu’il y a une différence entre l’usine du Main, qui implique des « abus », et d’autres usines de production intensive d’œufs. La réalité est qu’il y a peut-être de petites différences, mais que le traitement de toutes les poules exploitées dans le cadre de l’industrie des œufs se voient soumises à rien de moins que de la torture.

Selon l’histoire du Farmed Animal Watch, la Radlo Foods, un distributeur majeur d’œufs de la côte est, a annoncé qu’ « elle rompra ses liens avec Quality Egg et planifie de « devenir une compagnie qui n’utilise plus de cage dans les 10 prochaines années », ce qui, est-il rapporté, fera d’elle la première compagnie nationale de production d’œufs à le faire ». Cela laisse croire qu’il y a d’importantes différences entre la production d’œufs en batterie et la production d’œufs « sans cage ». Mais, comme le montre clairement l’excellent matériel éducatif produit par les défenseurs tels que Peaceful Prairie Sanctuary, une telle idée est insensée. La torture demeure de la torture. Les murs de la chambre de torture peuvent être peints d’une jolie couleur et être décorés de charmants tableaux, mais il s’agit toujours d’une chambre de torture et toute « amélioration » sert d’abord à faire en sorte que ceux qui infligent la torture se sentent mieux dans cet environnement et soient plus à l’aise par rapport à leur conduite envers les victimes.

En tant qu’abolitionniste, je suis d’avis (et j’ai soutenu cet argument à l’occasion de nombreux essais et autre matériel disponible sur ce site, ainsi que dans mes livres et articles) que nous ne pouvons justifier l’utilisation d’animaux nonhumains sensibles, peu importe que leur traitement soit « humain » ou non. Même si nous pouvions faire l’élevage d’animaux sans leur infliger de souffrance ou de détresse et les tuer sans douleur, il serait tout de même moralement condamnable de le faire parce que la vie de tous les êtres sensibles a une valeur morale qui nous empêche de traiter ces êtres exclusivement comme des ressources. Mais la réalité pratique est que nous ne pouvons pas faire l’élevage d’animaux sans leur infliger de souffrance et de détresse, ni les tuer sans douleur; la réalité pratique est que tous les produits d’origine animale que nous consommons - qu’ils proviennent d’un supermarché local ou d’un vendeur haut de gamme qui offre des produits provenant d’animaux dits « heureux » ou encore d’une petite ferme locale - sont obtenus par le recours à des pratiques qui seraient clairement et incontestablement considérées comme de la torture si elles étaient appliquées à des victimes humaines. Il est possible que certaines productions aient recours à moins de brutalité que d’autres, mais toutes sont terribles; toutes impliquent de la souffrance, de la détresse et de la privation; toutes impliquent la mort.

Le mouvement néo-welfariste, qui fait la promotion de l’idée que nous pouvons rendre ce système de violence et de mort meilleur ou plus « humain », promeut un message que je crois être faux. Je reconnais que les néo-welfaristes agissent de bonne foi lorsqu’ils font la promotion des œufs de « poules en liberté », de la mise à mort des poulets par asphyxie, ou des mesures telles que la Proposition 2 de la Californie. Je pense simplement que ces efforts sont sérieusement contre-productifs et je ne vois aucun indice permettant de croire que toutes ces campagnes font autres chose que de rendre les humains plus confortables à propos de la consommation de nonhumains.

Nous avons assurément la responsabilité d’informer clairement le public à propos de la nature du traitement des animaux que nous consommons. Mais nous devons également rendre clairement compte du fait que notre système ne peut être amélioré de manière à régler les problèmes moraux les plus fondamentaux qui l’entachent. Nous ne devrions pas faire la promotion de l’idée selon laquelle certaines productions impliquent des « abus » et d’autres pas. Elles en impliquent toutes. Elles sont toutes moralement injustifiables. Nous ne devrions jamais utiliser le mot « humanitaire » pour décrire quelque aspect que ce soit de cette machine de violence, de torture et de mort.

Récemment, Home Box Office a présenté un documentaire intitulé Death on a Factory Farm, qui porte sur les horreurs d’une ferme porcine de l’Ohio. Une réaction fréquente chez les gens qui l’ont vu était : « oui, il s’agissait d’une ferme horrible mais elles ne sont pas toutes aussi mauvaises, n’est-ce pas? ». La réponse courte est : oui, elles sont toutes mauvaises et, dans la mesure où certaines sont moins pires, elles sont tout de même horribles. Il y a une différence entre être torturé pendant 3 heures et être torturé pendant 3 heures et 5 minutes. Mais est-ce que la première séance de torture est moralement acceptable ou « humaine » parce qu’elle dure 5 minutes de moins?

Nous devons nous débarrasser de ce fantasme qu’il sera un jour possible de produire des produits animaux sans torture. C’est impossible. Point. Je répète que je continuerais à considérer le fait de tuer des nonhumains comme moralement mauvais même si ce n’était pas le cas, mais c’est le cas. Consommer des animaux implique nécessairement que l’on encourage la torture.

Il y a une réponse à la reconnaissance du fait que les nonhumains sensibles sont des membres à part entière de la communauté morale : nous devons devenir végans et utiliser des méthode créatives et non-violentes pour éduquer tout le monde à faire de même. Nous ne changerons jamais de paradigme moral si notre message est que le problème se situe au niveau des « abus » perpétrés dans une certaine usine de production d’œufs du Maine ou que les œufs de « poules en liberté » sont autre chose qu’un artifice permettant que nous nous sentions plus à l’aise de les exploiter.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Quelques commentaires à propos de l’éditorial de Kristof portant sur la « viande heureuse »

Chères collègues et chers collègues :

Dans l’édition d’aujourd’hui du New York Times parait un éditorial signé par Nicholas D. Kristof. L’éditorial est une ode à la protection des animaux et à la prétendue progression du développement éthique dont les réformes welfaristes témoignent.

Pardonnez-moi de ne pas partager l’enthousiasme de M. Kristof.

Plutôt que de répondre point par point, je me limiterai à trois commentaires généraux.

Premièrement, les exemples auxquels renvoie M. Kristof sont les principaux concurrents du concours des réformes welfaristes les plus futiles de l’histoire moderne. Ceci inclut la Proposition californienne 2, la Directive de la Commission européenne sur les oeufs produits en batterie, et l’alliance diabolique entre les groupes de défense des droits des animaux et Burger King. J’ai déjà écrit à propos de tout cela et j’ai soutenu que ces réformes ne feront rien pour aider les animaux.

Deuxièmement, renvoyant à ces différentes réformes de la « viande heureuse », Kristof déclare :

À peu près à aucun moment de notre histoire cela n’aurait pu être possible, même pour les gens dotés de la sensibilité la plus raffinée (considérant que, pendant plusieurs siècles, ces personnes vertueuses n’étaient pas troublées par l’esclavage).

Voilà une déclaration étonnante. M. Kristof ne semble pas être conscient que le Jaïnism, une des trois religions indigènes de l’Inde et, possiblement, une des plus vieilles traditions spirituelles du monde a, pendant plusieurs milliers d’années, soutenu que les animaux nonhumains ont une valeur inhérente. Les Jaïns pensent que le respect du principe de l’Ahimsa, c’est-à-dire de non-violence, exige qu’ils soient végétariens et qu’ils ne mangent pas de viande, ni poisson ou œuf. De plus, les Jaïns se dirigent de plus en plus vers l’adoption d’un régime strictement végétarien ou de la position végane. Ainsi, en dépit des applaudissements que Kristof adresse aux welfaristes occidentaux, ceux qui, il y a plusieurs siècles, avaient une « sensibilité éthique raffinée » sont allés beaucoup plus loin que les prétendus développements progressifs contemporains.

M. Kristof paraît également ignorer que le souci pour le bien-être animal dans les civilisations occidentales n’a rien de nouveau. Le paradigme du bien-être animal domine légalement et moralement depuis maintenant 200 ans et nous exploitons aujourd’hui plus d’animaux et ce, de manières plus horribles encore, qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire de l’humanité. C’est passablement simple : le mouvement pour le bien-être animal ne fonctionne pas. Les règlements welfaristes procurent une très faible protection aux intérêts des animaux. Et cela s’explique par le fait que les animaux sont notre propriété; ils sont des marchandises. Protéger les intérêts des animaux coûte de l’argent et, généralement, nous n’acceptons de faire de telles dépenses que nous si nous espérons en tirer un avantage économique. Ainsi, nous exigeons que les gros animaux soient assommés avant d’être découpés afin de réduire les dommages subis par les carcasses et de limiter les accidents de travail chez les employés. Mais lorsque nous n’obtenons aucun avantage économique, nous ne protégeons pas les intérêts des animaux. Cela est clair et il faut chercher loin et longtemps pour trouver un contre-exemple.

Le mouvement de défense du bien-être animal repose sur l’idée qu’il est acceptable d’utiliser des animaux pour les fins humaines parce qu’ils ont moins de valeur que les humains. Cette idée est reflétée par la théorie de Peter Singer, que Kristof approuve explicitement dans son éditorial. La première exigence du mouvement welfariste est que nous considérions l’intérêt des animaux à ne pas souffrir. Mais puisque la vie des animaux est jugée n’avoir peu ou pas d’importance morale, nous ne devrions pas être surpris d’apprendre que le degré de considération exigé est minime.

Troisièmement, M. Kristof, malgré ses évidentes bonnes intentions, passe à côté de l’élément essentiel dans tout ça, soit le fait que les réformes en faveur de la « viande heureuse » qu’il louange avec enthousiasme ne feront que rendre le public plus à l’aise par rapport à l’exploitation animale et l’inciteront à continuer à consommer des produits animaux. Par exemple, même si la Proposition 2 californienne prend effet en 2015, les animaux de la Californie continueront d’être torturés; la seule différence sera que cette torture portera alors le sceau d’approbation de la Humane Society of the United States, de Farm Sanctuary et des autres corporations pour le bien-être animal qui font la promotion de la Proposition 2.

M. Kristof démontre mon propos. Dans l’avant-dernière phrase de son éditorial, il affirme : « Pour ma part, je mange de la viande, mais je préfère que cette pratique n’inflige pas de souffrance gratuite ».

Voilà qui dit tout.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

La Grande « Victoire » du Néo-Welfarisme

Chères collègues et chers collègues :

Dans mes écrits, j’ai défendu l’idée que les défenseurs des animaux ne devraient pas investir leur temps et leur ressources dans des campagnes ciblées parce que, tant et aussi longtemps qu’aucun mouvement politique en faveur de l’abolition de l’exploitation animale n’est sur pied, il n’est pas réaliste d’espérer que soit adoptée une loi qui augmenterait de manière significative la protection des intérêts des animaux par l’interdiction de différentes formes d’exploitation animale. Les néo-welfaristes, qui favorisent les campagnes ciblées et qui ne croient pas que l’approche abolitionniste/végane est nécessaire, pointent souvent en direction de l’« interdiction » anglaise concernant la chasse à courre des renards, comme l’exemple par excellence de l’efficacité avec laquelle les règlements welfaristes peuvent protéger les intérêts des animaux.

Je pense que les défenseurs du néo-welfarisme font erreur.

L’« interdiction » portant sur la chasse aux renards est une exemple classique de la futilité des campagnes welfaristes ne ciblant qu’un seul problème.

L’« interdiction » empêche prétendument d’utiliser des chiens pour chasser les renards, sauf qu’elle permet aux chasseurs d’utiliser des chiens pour suivre des pistes et pour débusquer les renards. Il est légal, pour les chasseurs, d’utiliser des chiens pour débusquer un renard (ou un autre mammifère sauvage) et ensuite de tuer l’animal ou d’utiliser un faucon pour tuer l’animal. Les supporters de la chasse se moquent de la loi et encouragent l’exploitation de toutes ses lacunes, ce qui fait en sorte que plus de renards sont tués qu’avant l’« interdiction ».

La BBC rapporte que, quatre ans après la mise en oeuvre de l’« interdiction » :

Pas une seule pourvoirie a fait faillite, il y a deux fois plus de chiens de chasse enregistrés qu’il y en avait il y a trois ans et - selon l’Alliance - le nombre de personnes qui chassent a augmenté de 11%.

Avec les Conservateurs devant les Travaillistes dans les sondages - et qui promettent un vote libre sur le Hunting Act s’ils gagnent la prochaine élection - les supporters de la chasse sont convaincus que l’abrogation est maintenant une probabilité plutôt qu’une possibilité.

Il est clair que l’« interdiction » portant sur la chasse aux renards n’est rien d’autre qu’une « interdiction » et un exemple classique de la futilité des réformes de type welfariste, portant sur un problème ciblé.

La question de l’exploitation animale requiert un changement de paradigme moral. Ce changement doit commencer par l’éducation créative et non violente au véganisme.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Augmentation de l’expérimentation animale au Royaume-Uni

Chères collègues et chers collègues :

Les défenseurs du bien-être animal prétendent souvent que le mouvement de protection des animaux au Royaume-Uni a réussi à diminuer le nombre d’expériences menées sur des animaux vivants.

Les données montrent, en fait, qu’il y a eu une augmentation de 21% de l’expérimentation animale depuis 1997.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione