Archives mensuelles : janvier 2007

Clarification du concept de « droit »

Il y a beaucoup de confusion entourant le concept de droit. Nous sommes souvent bien peu clairs quant à ce que nous entendons lorsque nous parlons des droits humains. Cette confusion et ce manque de clarté sont encore plus prononcés lorsque nous parlons de « droits des animaux » parce que certains d’entre nous utilisent le terme pour décrire des règlements welfaristes, alors que d’autres, comme moi, l’utilisent comme synonyme de l’abolition de l’exploitation animale.

Il n’y a pas de meilleure preuve de la confusion chez les défenseurs des animaux que le fait que Peter Singer, le « père du mouvement en faveur des droits des animaux », ne croit pas aux droits, ni pour les humains ni pour les nonhumains!

Le concept de droit a certainement généré beaucoup de débats et de discussions philosophiques.

Mais nous pouvons prendre un raccourci et clarifier la notion de droit de manière à comprendre certains des aspects de base du concept.

Qu’est-ce qu’un droit?

Un droit est simplement une façon de protéger un intérêt.

Un intérêt est quelque chose que nous voulons, désirons ou préférons. Nous avons certains intérêts en commun. Par exemple, nous avons tous intérêt à avoir accès à de la nourriture et à des soins médicaux. Certains intérêts sont plus spécifiques à certains individus. Je n’ai absolument aucun intérêt à jouer au golf; plusieurs personnes sont passionnées par le golf.

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L ›état du mouvement

Le spécisme est moralement condamnable parce que, comme le racisme, le sexisme et l’homophobie, il exclut des êtres sensibles de la communauté morale sur la base de caractéristiques non pertinentes. La race, le sexe, l’orientation sexuelle et l’espèce sont toutes des caractéristiques sans rapport avec la capacité de subir un dommage.

Mais le rejet du spécisme pour cette raison implique le rejet de la discrimination basée sur la race, le sexe ou l’orientation sexuelle. Il est inacceptable de perpétuer la chosification et la soumission d’un groupe à un autre. La chosification implique de traiter l’autre − qu’il soit une femme, une personne de couleur, un gai ou une lesbienne, ou un nonhumain − comme un objet, comme quelque chose plutôt que comme quelqu’un.

Pendant plusieurs années, People for the Ethical Treatment of Animals a mené des campagnes de promotion sexistes. Cela a commencé avec sa campagne « J’aimerais mieux me promener nu plutôt que de porter de la fourrure » au début des années 1990 et a « progressé » via une série de promotions de plus en plus faciles et puériles, pour culminer par sa plus récente campagne PETA’s State of the Union Undress, qui atteint un niveau de bassesse inégalé, même par PETA lui-même.

Et voilà qui veut dire beaucoup pour une organisation qui a tout fait pour réduire la sérieuse question de l’exploitation animale à des blagues vulgaires.

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Abolition et réformes progressives

En réponse à mon essai à propos du véganisme, de nombreux défenseurs des animaux m’ont écrit et m’ont demandé d’expliquer quelles sortes de réformes progressives – autres que devenir végans – sont compatibles avec la position abolitionniste.

Cet essai se veut une première réponse à ces demandes et je compte poursuivre en offrant, de temps en temps, d’autres essais sur des stratégies de réformes progressives.

Permettez-moi de mentionner une chose, à titre préliminaire: notre décision personnelle d’embrasser le véganisme représente le plus important des changements progressifs qui puissent être faits. Le véganisme est la plus importante forme d’activisme. Et il s’agit de la chose qui tombe sous le pouvoir de chacun d’entre nous.

Pendant trop longtemps, le mouvement de défense des animaux a lui-même traité le véganisme d’« extrême » et a fait la promotion du mythe selon lequel les aliments provenant des animaux peuvent être produits « humainement », et selon lequel nous pouvons être des « omnivores consciencieux ». Pendant trop longtemps, le mouvement a qualifié le véganisme consciencieux de « fanatique ».

Si le mouvement de défense des animaux veut être autre chose qu’un groupe de soutien aux élitistes bien nantis qui achètent leur viande provenant d’« animaux heureux », leurs œufs de poules en liberté, leur produits laitiers organiques vendus dans des entreprises comme Whole Foods, ou un mouvement qui fait la promotion de mesures conçues pour maintenir « la sécurité, l’efficacité et la rentabilité » de l’industrie de la viande en les qualifiant de « visionnaires », le véganisme doit être placé au cœur du mouvement, à titre de principe de base.

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Les droits des animaux et la domestication des nonhumains

Un des aspects de ma théorie des droits des animaux, telle qu’articulée dans Introduction to Animal Rights: Your Child or the Dog? et à d ›autres endroits, qui trouble le plus certains défenseurs des animaux est l’obligation, si l’on accepte la position en faveur des droits des animaux, de cesser de donner naissance à des animaux domestiques. J’applique cela non seulement aux animaux que nous utilisons pour l’alimentation, l’expérimentation, les vêtements, etc., mais aussi à nos animaux de compagnie.

Je peux certes comprendre que, si vous adhérez à l ›approche welfariste, qui consiste à essayer de mieux réglementer l’utilisation des animaux et selon laquelle l’utilisation des nonhumains est moralement acceptable du moment qu’ils sont traités « humainement », vous rejetiez mon argument.

La logique est simple. Nous traitons les animaux comme nos propriétés, comme des ressources que nous pouvons utiliser pour nos fins. Nous faisons naître des milliards d’animaux dans le seul objectif de les utiliser et de les tuer. Nous avons contrôlé la reproduction de ces animaux de manière à les rendre dépendants de nous pour leur survie.

Le point central de ma théorie des droits est que nous ne sommes aucunement justifiés de traiter les animaux comme notre propriété, comme nous ne sommes aucunement justifiés de traiter d’autres êtres humains comme des esclaves. Nous avons aboli l’esclave humain dans la plupart des pays du monde; de manière similaire, nous devons abolir l’esclavage animal.

Mais qu’est-ce que cela signifie lorsqu’il s’agit de nonhumains? Devrions-nous « libérer » les animaux et les laisser se balader librement dans les rues? Non, bien sûr que non. Cela serait aussi irresponsable que d’autoriser un jeune enfant à aller où il veut, sans surveillance. Nous devons certainement nous soucier de ces nonhumains à qui nous avons déjà imposé la vie, mais nous devons cesser de faire en sorte que d’autres viennent au monde. Nous n’avons aucune justification nous permettant d’utiliser les nonhumains – et ce, même si nous les traitons « humainement ».

Deux objections ont été portées à ma connaissance relativement à ce sujet.

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Une résolution pour la nouvelle année

Bonne année.

Prenons la résolution de faire de 2007 une année où le mouvement en faveur des droits des animaux continue à se transformer en un mouvement social et politique sérieux, en dépit du fait qu’il nous faille surmonter les obstacles que placent sur notre chemin les soi-disant « dirigeants » de ce même mouvement. Ces « dirigeants » ont banalisé le problème de l’exploitation animale et n’ont fait rien d’autre que de gêner ceux qui, parmi nous, essaient d’obtenir un débat social sérieux à propos de nos obligations morales et légales à l’endroit des autres animaux.

Voyons quelques-uns des milliers d’exemples disponibles :

Étonnamment, ils ont à peu près systématiquement évité de condamner clairement et de manière non équivoque l’approche de ceux qui défendent le recours à la violence contre d’autres êtres humains.

Etc, etc, etc…

Qui sait? 2007 sera peut-être l’année pendant laquelle nous entendrons les « dirigeants » du soi-disant mouvement nous annoncer qu’il est acceptable d’avoir des rapports sexuels « mutuellement satisfaisants » avec des enfants mentalement handicapés avant de les tuer, du moment que nous leur offrons d’abord un hamburger produit « humainement ». Nous assisterons alors à un défilé de flagorneurs s’empressant de défendre cette déclaration en qualifiant toute personne qui s’y oppose de « diviseur », et en l’accusant de menacer l’ « unité » du mouvement ou de « causer du tort aux animaux ». Après tout, ils ont défendu tout le reste jusqu’à maintenant.

À moins que 2007 soit plutôt l’année pendant laquelle nous pourrons voir les prochains développements d’un mouvement populaire émergeant dont les fondements fermes et sans équivoque sont le véganisme et l’engagement à éduquer le public à propos de l’abolition de l’exploitation animale, d’une manière intelligente, cohérente, non sexiste et non violente.

Si nous choisissons la dernière option, il est possible que les gens commencent à prendre l’idée des droits des animaux au sérieux et cessent de l’associer à un mouvement en faveur de la viande obtenue de « humainement », faisant perpétuellement sa propre promotion et offrant des spectacles médiatiques de mauvais goût, ou encore défendant l’idée, aussi défendue par les Nazis, selon laquelle certaines vies ne méritent pas d’être vécues.

Voilà qui serait tellement rafraîchissant!

Gary L. Francione
©2007 Gary L. Francione