Archives annuelles : 2009

Comportement moral et valeur morale

Chères collègues et chers collègues :

Les humains cherchent habituellement à justifier leur oppression et leur exploitation des nonhumains en soulignant de prétendues différences empiriques. Une des nombreuses différences auxquelles nous faisons appel est que les nonhumains, contrairement aux humains, sont incapables de penser ou d’agir moralement. Nous prétendons que seuls ceux qui peuvent reconnaître leurs obligations morales envers autrui et agir en fonction de celles-ci peuvent être membres de la communauté morale et, puisque les animaux sont prétendument incapables de le faire, nous sommes justifiés de les traiter comme de simples choses n’ayant aucune importance morale.

Cet argument est problématique pour au moins deux raisons.

Premièrement, il présente un problème purement logique. Supposons que deux humains – un qui est normal et un qui est handicapé mentalement et incapable de reconnaître ses obligations morales envers les autres. Ces deux humains sont-ils différents? Assurément. Est-ce que les différences entre eux impliquent que nous devions les traiter différemment? Oui, bien sûr. Si quelqu’un est handicapé mentalement et qu’il est incapable d’obligations, nous pouvons refuser de le laisser s’engager contractuellement. Mais est-ce que ces différences sont pertinentes lorsqu’il s’agit de déterminer si nous pouvons utiliser un être humain comme sujet à une expérience biomédicale sans son consentement, ou si nous pouvons prendre ses organes sans son accord, ou si nous pouvons le traiter comme le simple moyen, pour nous, d’atteindre nos propres fins? La plupart d’entre nous seraient horrifiés à l’idée que nous utilisions des personnes mentalement handicapées comme sujets d’expérimentation, pour leurs organes, ou encore comme esclaves. Nous admettons que le handicap n’est pas une caractéristique pertinente lorsqu’il s’agit d’évaluer la moralité de l’exploitation de ces humains comme des ressources à la disposition des humains dits « normaux ».

Deuxièmement, il présente un problème empirique. Est-il vrai que seuls les humains sont capables de réflexion et d’actions morales? Nombre d’exemples d’animaux de plusieurs espèces ayant risqué leur propre sécurité physique afin d’aider autrui – conduite qui nous paraît avoir une grande valeur morale – sont rapportés. Des chiens entrent dans des maisons en feu pour secourir des humains; des ratons laveurs risquent leur propre sécurité pour aider des ratons aveugles; des primates nonhumains emprisonnés dans des zoos agissent de manière à protéger des humains accidentellement tombés dans les cages.

Un de ces exemples a été porté à mon attention par les étudiants du cours sur les droits humains et animaux que Anna Charlton et moi enseignons à l’Université Rutgers. Un chien au Chili a risqué sa vie pour aider un autre chien ayant été frappé par une voiture. Je ne dis pas que le chien s’est assis et a évalué ses obligations morales avant d’agir comme nous aurions agi. Et alors? Le chien a agi de manière altruiste. Sa conduite ne peut être expliquée par les « instincts » ou être interprétée comme un comportement égoïste. Le chien a clairement et délibérément adopté un comportement qui présentait de sérieux risques pour sa vie.

Et les humains, qui sont prétendument « spéciaux » parce que, contrairement au chien, ils sont des êtres moraux, ne se sont pas même soucié d’arrêter la voiture ou de ralentir.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Le message erroné des néo-welfaristes

Chères collègues et chers collègues :

Parmi mes abonnements, se trouve le Farmed Animal Watch qui est publié périodiquement par le Farmed Animal Net, un groupe formé par des gens des organismes People for the Ethical Treatment of Animals, Farm Sanctuary, The Humane Society of the United States et autres.

Le plus souvent, Farmed Animal Watch rapporte des enquêtes dénonçant les « abus » dans l’industrie de la viande/produits animaux ainsi que les efforts faits par cette industrie et par les agences gouvernementales pour « améliorer » le traitement des animaux. Selon leur site web :

Farmed Animal Net s’efforce d’être une source objective et fiable d’informations de nature académique ou liée à l’industrie, adressées aux défenseurs des animaux, aux chercheurs, aux médias, au législateur et autres.

En tant qu’enseignant, je suis favorable aux sources d’informations « objectives et fiables ». Mais je suis préoccupé par le message normatif véhiculé par plusieurs histoires racontées dans le magasine Farmed Animal Watch.

Par exemple, dans le plus récent numéro (8 avril 2009), l’histoire suivante est racontée :

1. ALLÉGATIONS D’ABUS DANS LA PLUS GRANDE USINE DE PRODUCTION D’ŒUFS DE LA NOUVELLE ANGLETERRE

Le 1er avril, la police de l’État et des représentants du Département de l’agriculture du Maine ont procédé à un raid dans une usine de production d’œufs connue sous le nom de Maine Contract Farming and Quality Egg of New England, suite à la plainte déposée par le groupe Mercy for Animals (MFA), demandant que des accusations civiles et criminelles soient portées contre l’usine et ses travailleurs. Un enquêteur de la MFA a amassé des preuves d’abus envers des animaux commis dans cette usine de la mi-décembre à février. « Elles nous indiquent qu’il semble y avoir eu des violations très déplorables et flagrantes des règles concernant le bien-être animal à cet endroit », affirme le vétérinaire Don Hoenig pour l’État, à propos du dossier qui inclut : superviseurs et autres employés donnant des coups de pied à des poules vivantes pour les faire tomber dans des trous de fumier; trous dans le sol des cages suffisamment gros pour que les poules tombent dedans, poules dont certaines parties du corps sont prises dans la cage, incluant près de 150 d’entre elles qui n’ont pas accès à de la nourriture et à de l’eau, cages contenant des cadavres décomposés et des œufs pourris; poules tuées de manière cruelle et poules vivantes retrouvées dans les ordures (voir : http://tinyurl.com/cf2gaa).

Le problème général, avec ce type de description, est que, même si elle se veut être un récit des faits objectifs, elle véhicule un message normatif implicite : qu’il y a une différence entre l’usine du Main, qui implique des « abus », et d’autres usines de production intensive d’œufs. La réalité est qu’il y a peut-être de petites différences, mais que le traitement de toutes les poules exploitées dans le cadre de l’industrie des œufs se voient soumises à rien de moins que de la torture.

Selon l’histoire du Farmed Animal Watch, la Radlo Foods, un distributeur majeur d’œufs de la côte est, a annoncé qu’ « elle rompra ses liens avec Quality Egg et planifie de « devenir une compagnie qui n’utilise plus de cage dans les 10 prochaines années », ce qui, est-il rapporté, fera d’elle la première compagnie nationale de production d’œufs à le faire ». Cela laisse croire qu’il y a d’importantes différences entre la production d’œufs en batterie et la production d’œufs « sans cage ». Mais, comme le montre clairement l’excellent matériel éducatif produit par les défenseurs tels que Peaceful Prairie Sanctuary, une telle idée est insensée. La torture demeure de la torture. Les murs de la chambre de torture peuvent être peints d’une jolie couleur et être décorés de charmants tableaux, mais il s’agit toujours d’une chambre de torture et toute « amélioration » sert d’abord à faire en sorte que ceux qui infligent la torture se sentent mieux dans cet environnement et soient plus à l’aise par rapport à leur conduite envers les victimes.

En tant qu’abolitionniste, je suis d’avis (et j’ai soutenu cet argument à l’occasion de nombreux essais et autre matériel disponible sur ce site, ainsi que dans mes livres et articles) que nous ne pouvons justifier l’utilisation d’animaux nonhumains sensibles, peu importe que leur traitement soit « humain » ou non. Même si nous pouvions faire l’élevage d’animaux sans leur infliger de souffrance ou de détresse et les tuer sans douleur, il serait tout de même moralement condamnable de le faire parce que la vie de tous les êtres sensibles a une valeur morale qui nous empêche de traiter ces êtres exclusivement comme des ressources. Mais la réalité pratique est que nous ne pouvons pas faire l’élevage d’animaux sans leur infliger de souffrance et de détresse, ni les tuer sans douleur; la réalité pratique est que tous les produits d’origine animale que nous consommons – qu’ils proviennent d’un supermarché local ou d’un vendeur haut de gamme qui offre des produits provenant d’animaux dits « heureux » ou encore d’une petite ferme locale – sont obtenus par le recours à des pratiques qui seraient clairement et incontestablement considérées comme de la torture si elles étaient appliquées à des victimes humaines. Il est possible que certaines productions aient recours à moins de brutalité que d’autres, mais toutes sont terribles; toutes impliquent de la souffrance, de la détresse et de la privation; toutes impliquent la mort.

Le mouvement néo-welfariste, qui fait la promotion de l’idée que nous pouvons rendre ce système de violence et de mort meilleur ou plus « humain », promeut un message que je crois être faux. Je reconnais que les néo-welfaristes agissent de bonne foi lorsqu’ils font la promotion des œufs de « poules en liberté », de la mise à mort des poulets par asphyxie, ou des mesures telles que la Proposition 2 de la Californie. Je pense simplement que ces efforts sont sérieusement contre-productifs et je ne vois aucun indice permettant de croire que toutes ces campagnes font autres chose que de rendre les humains plus confortables à propos de la consommation de nonhumains.

Nous avons assurément la responsabilité d’informer clairement le public à propos de la nature du traitement des animaux que nous consommons. Mais nous devons également rendre clairement compte du fait que notre système ne peut être amélioré de manière à régler les problèmes moraux les plus fondamentaux qui l’entachent. Nous ne devrions pas faire la promotion de l’idée selon laquelle certaines productions impliquent des « abus » et d’autres pas. Elles en impliquent toutes. Elles sont toutes moralement injustifiables. Nous ne devrions jamais utiliser le mot « humanitaire » pour décrire quelque aspect que ce soit de cette machine de violence, de torture et de mort.

Récemment, Home Box Office a présenté un documentaire intitulé Death on a Factory Farm, qui porte sur les horreurs d’une ferme porcine de l’Ohio. Une réaction fréquente chez les gens qui l’ont vu était : « oui, il s’agissait d’une ferme horrible mais elles ne sont pas toutes aussi mauvaises, n’est-ce pas? ». La réponse courte est : oui, elles sont toutes mauvaises et, dans la mesure où certaines sont moins pires, elles sont tout de même horribles. Il y a une différence entre être torturé pendant 3 heures et être torturé pendant 3 heures et 5 minutes. Mais est-ce que la première séance de torture est moralement acceptable ou « humaine » parce qu’elle dure 5 minutes de moins?

Nous devons nous débarrasser de ce fantasme qu’il sera un jour possible de produire des produits animaux sans torture. C’est impossible. Point. Je répète que je continuerais à considérer le fait de tuer des nonhumains comme moralement mauvais même si ce n’était pas le cas, mais c’est le cas. Consommer des animaux implique nécessairement que l’on encourage la torture.

Il y a une réponse à la reconnaissance du fait que les nonhumains sensibles sont des membres à part entière de la communauté morale : nous devons devenir végans et utiliser des méthode créatives et non-violentes pour éduquer tout le monde à faire de même. Nous ne changerons jamais de paradigme moral si notre message est que le problème se situe au niveau des « abus » perpétrés dans une certaine usine de production d’œufs du Maine ou que les œufs de « poules en liberté » sont autre chose qu’un artifice permettant que nous nous sentions plus à l’aise de les exploiter.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Quelques commentaires à propos de l’éditorial de Kristof portant sur la « viande heureuse »

Chères collègues et chers collègues :

Dans l’édition d’aujourd’hui du New York Times parait un éditorial signé par Nicholas D. Kristof. L’éditorial est une ode à la protection des animaux et à la prétendue progression du développement éthique dont les réformes welfaristes témoignent.

Pardonnez-moi de ne pas partager l’enthousiasme de M. Kristof.

Plutôt que de répondre point par point, je me limiterai à trois commentaires généraux.

Premièrement, les exemples auxquels renvoie M. Kristof sont les principaux concurrents du concours des réformes welfaristes les plus futiles de l’histoire moderne. Ceci inclut la Proposition californienne 2, la Directive de la Commission européenne sur les oeufs produits en batterie, et l’alliance diabolique entre les groupes de défense des droits des animaux et Burger King. J’ai déjà écrit à propos de tout cela et j’ai soutenu que ces réformes ne feront rien pour aider les animaux.

Deuxièmement, renvoyant à ces différentes réformes de la « viande heureuse », Kristof déclare :

À peu près à aucun moment de notre histoire cela n’aurait pu être possible, même pour les gens dotés de la sensibilité la plus raffinée (considérant que, pendant plusieurs siècles, ces personnes vertueuses n’étaient pas troublées par l’esclavage).

Voilà une déclaration étonnante. M. Kristof ne semble pas être conscient que le Jaïnism, une des trois religions indigènes de l’Inde et, possiblement, une des plus vieilles traditions spirituelles du monde a, pendant plusieurs milliers d’années, soutenu que les animaux nonhumains ont une valeur inhérente. Les Jaïns pensent que le respect du principe de l’Ahimsa, c’est-à-dire de non-violence, exige qu’ils soient végétariens et qu’ils ne mangent pas de viande, ni poisson ou œuf. De plus, les Jaïns se dirigent de plus en plus vers l’adoption d’un régime strictement végétarien ou de la position végane. Ainsi, en dépit des applaudissements que Kristof adresse aux welfaristes occidentaux, ceux qui, il y a plusieurs siècles, avaient une « sensibilité éthique raffinée » sont allés beaucoup plus loin que les prétendus développements progressifs contemporains.

M. Kristof paraît également ignorer que le souci pour le bien-être animal dans les civilisations occidentales n’a rien de nouveau. Le paradigme du bien-être animal domine légalement et moralement depuis maintenant 200 ans et nous exploitons aujourd’hui plus d’animaux et ce, de manières plus horribles encore, qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire de l’humanité. C’est passablement simple : le mouvement pour le bien-être animal ne fonctionne pas. Les règlements welfaristes procurent une très faible protection aux intérêts des animaux. Et cela s’explique par le fait que les animaux sont notre propriété; ils sont des marchandises. Protéger les intérêts des animaux coûte de l’argent et, généralement, nous n’acceptons de faire de telles dépenses que nous si nous espérons en tirer un avantage économique. Ainsi, nous exigeons que les gros animaux soient assommés avant d’être découpés afin de réduire les dommages subis par les carcasses et de limiter les accidents de travail chez les employés. Mais lorsque nous n’obtenons aucun avantage économique, nous ne protégeons pas les intérêts des animaux. Cela est clair et il faut chercher loin et longtemps pour trouver un contre-exemple.

Le mouvement de défense du bien-être animal repose sur l’idée qu’il est acceptable d’utiliser des animaux pour les fins humaines parce qu’ils ont moins de valeur que les humains. Cette idée est reflétée par la théorie de Peter Singer, que Kristof approuve explicitement dans son éditorial. La première exigence du mouvement welfariste est que nous considérions l’intérêt des animaux à ne pas souffrir. Mais puisque la vie des animaux est jugée n’avoir peu ou pas d’importance morale, nous ne devrions pas être surpris d’apprendre que le degré de considération exigé est minime.

Troisièmement, M. Kristof, malgré ses évidentes bonnes intentions, passe à côté de l’élément essentiel dans tout ça, soit le fait que les réformes en faveur de la « viande heureuse » qu’il louange avec enthousiasme ne feront que rendre le public plus à l’aise par rapport à l’exploitation animale et l’inciteront à continuer à consommer des produits animaux. Par exemple, même si la Proposition 2 californienne prend effet en 2015, les animaux de la Californie continueront d’être torturés; la seule différence sera que cette torture portera alors le sceau d’approbation de la Humane Society of the United States, de Farm Sanctuary et des autres corporations pour le bien-être animal qui font la promotion de la Proposition 2.

M. Kristof démontre mon propos. Dans l’avant-dernière phrase de son éditorial, il affirme : « Pour ma part, je mange de la viande, mais je préfère que cette pratique n’inflige pas de souffrance gratuite ».

Voilà qui dit tout.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

La Grande « Victoire » du Néo-Welfarisme

Chères collègues et chers collègues :

Dans mes écrits, j’ai défendu l’idée que les défenseurs des animaux ne devraient pas investir leur temps et leur ressources dans des campagnes ciblées parce que, tant et aussi longtemps qu’aucun mouvement politique en faveur de l’abolition de l’exploitation animale n’est sur pied, il n’est pas réaliste d’espérer que soit adoptée une loi qui augmenterait de manière significative la protection des intérêts des animaux par l’interdiction de différentes formes d’exploitation animale. Les néo-welfaristes, qui favorisent les campagnes ciblées et qui ne croient pas que l’approche abolitionniste/végane est nécessaire, pointent souvent en direction de l’« interdiction » anglaise concernant la chasse à courre des renards, comme l’exemple par excellence de l’efficacité avec laquelle les règlements welfaristes peuvent protéger les intérêts des animaux.

Je pense que les défenseurs du néo-welfarisme font erreur.

L’« interdiction » portant sur la chasse aux renards est une exemple classique de la futilité des campagnes welfaristes ne ciblant qu’un seul problème.

L’« interdiction » empêche prétendument d’utiliser des chiens pour chasser les renards, sauf qu’elle permet aux chasseurs d’utiliser des chiens pour suivre des pistes et pour débusquer les renards. Il est légal, pour les chasseurs, d’utiliser des chiens pour débusquer un renard (ou un autre mammifère sauvage) et ensuite de tuer l’animal ou d’utiliser un faucon pour tuer l’animal. Les supporters de la chasse se moquent de la loi et encouragent l’exploitation de toutes ses lacunes, ce qui fait en sorte que plus de renards sont tués qu’avant l’« interdiction ».

La BBC rapporte que, quatre ans après la mise en oeuvre de l’« interdiction » :

Pas une seule pourvoirie a fait faillite, il y a deux fois plus de chiens de chasse enregistrés qu’il y en avait il y a trois ans et – selon l’Alliance – le nombre de personnes qui chassent a augmenté de 11%.

Avec les Conservateurs devant les Travaillistes dans les sondages – et qui promettent un vote libre sur le Hunting Act s’ils gagnent la prochaine élection – les supporters de la chasse sont convaincus que l’abrogation est maintenant une probabilité plutôt qu’une possibilité.

Il est clair que l’« interdiction » portant sur la chasse aux renards n’est rien d’autre qu’une « interdiction » et un exemple classique de la futilité des réformes de type welfariste, portant sur un problème ciblé.

La question de l’exploitation animale requiert un changement de paradigme moral. Ce changement doit commencer par l’éducation créative et non violente au véganisme.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Augmentation de l’expérimentation animale au Royaume-Uni

Chères collègues et chers collègues :

Les défenseurs du bien-être animal prétendent souvent que le mouvement de protection des animaux au Royaume-Uni a réussi à diminuer le nombre d’expériences menées sur des animaux vivants.

Les données montrent, en fait, qu’il y a eu une augmentation de 21% de l’expérimentation animale depuis 1997.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Et vous vous demandez pourquoi nous souffrons de schizophrénie morale?

Chères collègues et chers collègues :

Voici un example–un parmi plusieurs, malheureusement–de la manière dont nous confondons nos enfants par rapport à l’exploitation animale. D’un côté, nous encourageons nos enfants à être attendris par les nonhumains en leur présentant d’attachants personnages nonhumains. De l’autre côté, nous utilisons ces mêmes personnages pour vendre des produits d’origine animale qui ont été obtenus par la torture d’animaux bien réels.

Doit-on ensuite s’étonner de développer une schizophrénie morale en ce qui concerne les animaux? Doit-on s’étonner du fait que la très vaste majorité d’entre nous reconnaît qu’il est mal d’infliger de la souffrance « non nécessaire » et la mort à des animaux, mais que la meilleure raison dont nous disposions pour justifier l’imposition de souffrance et la mort à 53 milliards d’animaux par année (excluant les poissons) est que nous apprécions le goût des produits animaux? Est-il réellement surprenant que nous considérions certains animaux comme des membres de notre famille alors que, simultanément, nous plantons nos fourchettes dans le corps d’autres animaux?

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

La « réalité courante de l’élevage d’animaux pour l’alimentation »

Chères collègues et chers collègues :

Home Box Office a récemment diffusé un documentaire intitulé Death on a Factory Farm (La mort dans les fermes industrielles). Ce documentaire portait sur une enquête secrète menée à la Wiles Hog Farm dans l’Ohio. L’enquêteur, qui travaillait pour la Humane Farming Association, a filmé clandestinement l’affreux traitement que les animaux y subissaient et a présenté les preuves amassées au procureur de la Couronne local, qui a enregistré dix chefs d’accusation contre Wiles, son fils et un employé.

Le résultat de la poursuite? Une seule des accusations a entraîné une condamnation. La sentence? Une amende de $250 et l’obligation de suivre une formation sur la manipulation et le transport des porcs. Les défendeurs et les autres fermiers qui les appuyaient ont argumenté que les pratiques rapportées dans le documentaire n’étaient pas criminelles et représentaient « la réalité courante de l’élevage d’animaux pour l’alimentation ».

Et ils avaient raison.

Ce qui est rapporté dans le documentaire n’est, en fait, rien d’autre que de la torture. Mais ce qui s’est passé à la Wiles Farm n’est aucunement différent de ce qui se passe dans toutes les grandes fermes industrielles. Ce qui est rapporté dans le documentaire est courant. Si vous avez mangé du porc hier soir, cet animal a été plus ou moins soumis au même type de traitement.

Voilà pourquoi les défenseurs des animaux ne devraient pas appuyer les efforts des organismes de protection des animaux qui visent à rendre l’exploitation plus « humaine ». L’exploitation animale, sur la balance de ce qui est nécessaire pour nourrir ne serait-ce qu’une petite partie de la population humaine ne peut pas être rendue considérablement plus « humaine ». Les considérations financières de la production et le statut de propriété des animaux rend cela impossible – pas seulement difficile -, impossible. Encore faudrait-il, bien sûr, répondre à la question de la justification morale de l’utilisation d’animaux, si « humaine » soit-elle. Mais, de toute façon, nous pouvons être certains qu’elle ne sera jamais « humaine » parce qu’elle impliquera toujours un certaine dose de torture.

Les réformes de type welfariste telles que la Proposition 2 en Californie ou la campagne visant à ce que les poulets soient tués par gaz reviennent à vouloir poser du joli papier peint sur les murs d’une chambre de torture. Tout comme le papier peint peut faire en sorte que ceux qui infligent la torture se sentent mieux dans leur environnement, ces réformes rendent ceux qui exploitent les animaux – et cela inclut tout celles et ceux qui encouragent la demande en consommant de la viande, des produits laitiers, des oeufs, etc. – plus à l’aise de consommer des animaux. Tout comme le papier peint, qui n’apporte aucune aide considérable aux victimes de la torture, les jolis rideaux des réformes welfaristes font très peu pour les animaux victimes de torture.

Il n’y a réellement qu’une seule réponse pratique et moralement acceptable à l’exploitation animale : devenir végans et allouer tout le temps et les ressources dont vous disposez à l’éducation créative et non violente au véganisme.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Plus sur la violence et les droits des animaux

Chères collègues et chers collègues :

Un certain nombre de personne m’ont écrit dans les dernières semaines pour me demander de me prononcer sur l’utilisation de la violence dans le cadre de la lutte pour les droits des animaux. J’ai déjà publié un essai
Un commentaire à propos de la violence– sur ce sujet et j’invite ceux qui sont intéressés à le lire. Mon prochain livre, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, que j’écris en collaboration avec l’expert en sciences politiques Dr. Robert Garner de l’Université de Leicester, abordera également ce sujet.

J’aimerais ajouter à mon essai précédent la réflexion suivante.

Il y a ceux qui affirment que l’éducation créative et non violente au véganisme, qui est la stratégie que je mets de l’avant pour changer le paradigme moral, est insuffisante parce que cette approche ne permettra pas de faire progresser les choses assez rapidement, considérant la sévérité du problème et la variété des conséquences sociales, politiques, économiques et écologiques de l’exploitation animale.

Je ne doute aucunement du fait que l’utilisation d’animaux constitue rien de moins qu’un désastre à tous les points de vue et qu’il s’agit de la principale cause de la situation périlleuse dans laquelle se trouve notre planète. Sauf que l’idée que la violence, même si elle était moralement justifiable – ce qui, à mon avis, n’est pas le cas -, pourrait constituer la manière la plus efficace de faire bouger les choses plus rapidement et de régler cette situation clairement alarmante dépasse l’entendement.

Comme je l’ai mentionné dans mon essai précédent, la plupart des humains considèrent l’utilisation d’animaux comme la situation par défaut, comme la manière « normale » de fonctionner. Les actes de violence « ne peuvent pas » être perçus autrement que comme des attaques contre une conduite jugée complètement correcte et moralement acceptable (tant qu’elle est « humaine » du moins) par la plupart des gens.

Avoir recours à la violence, ce qui serait nécessairement interprété par la plupart des personnes comme pathologique, ne poussera pas les gens à croire que l’utilisation d’animaux est condamnable; si la violence provoque une réaction, ce sera celle de servir les fins de ceux qui souhaitent laisser entendre que tous les efforts en vue de changer le paradigme actuel – incluant des efforts pacifiques et non violents – reposent sur un code moral pathologique et condamnable. La promotion de la violence est non seulement incohérente avec l’éthique de la paix; mais elle nuit à son acceptation.

L’éducation créative et non violente au véganisme est un travail difficile. Mais, contrairement à ses alternatives, elle est l’unique option qui permettra de changer le paradigme et d’aborder les questions morales sous-jacentes d’une manière fondamentalement différente. Contrairement aux alternatives, l’éducation créative et non violente au véganisme peut causer la révolution – celle du cœur.

Et en fin de compte, il s’agit là des seules révolutions qui fonctionnent.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Les arguments en faveur d’un changement graduel

Chères collègues et chers collègues :

C’est la semaine de relâche à l’université et j’utilise le temps libéré pour bloguer un peu!

Je voudrais commenter une série d’arguments du même type que l’on appelle communément les « gateway arguements », ce qui peut être traduit, en français, par les « arguments pour un changement graduel ». Les trois principaux arguments graduels sont : (1) nous devrions faire la promotion de certaines versions du végétarismes qui autorisent la consommation de produits laitiers, d’oeufs et même de poisson comme porte d’entrée vers le véganisme; (2) nous devrions promouvoir la viande et les autres produits d’animaux « heureux », tels que les poulets KFC qui ont été tués par gaz plutôt qu’électrocutés, ou les oeufs de « poules en liberté », comme porte d’entrée vers le végétarisme lacto-ovo-pesco et même vers le véganisme; et (3) nous devrions faire la promotion des réformes favorisant le bien-être animal comme une porte d’entrée vers l’abolition de l’exploitation animale.

Je rejette ces arguments graduels autant pour des raisons théoriques que pratiques.

Au plan théorique, même si le végétarisme était une porte d’entrée vers le véganisme, ou si la viande « heureuse » était une porte d’entrée vers le végétarisme, ou si les réformes welfaristes étaient une porte d’entrée vers l’acceptation sociale de l’abolition, devrions-nous, pour obtenir quelque chose de moralement souhaitable, promouvoir quelque chose qui est moralement condamnable? Il est, bien sûr, préférable qu’un violeur ne batte pas sa victime en plus de la violer. Mais est-ce que cela signifie que nous devrions faire des campagnes en faveur des viols « humains » comme porte d’entrée vers l’anéantissement du viol? Certaines formes de racisme sont moins pires que d’autres, mais est-ce que qui que ce soit suggèrerait sérieusement de faire la promotion des formes prétendument « moins pires » comme porte d’entrée vers l’abandon de tout racisme? Il est mieux de torturer une personne légèrement plutôt que sévèrement, mais est-ce que nous devrions faire des campagnes en faveur de la torture « humaine »?

Bien sûr que non. Lorsque ces questions concernent des humains, la plupart d’entre nous perçoivent le problème et peu, ou aucun, d’entre nous feraient la promotion du viol « humain », du racisme « humain » ou de la torture « humaine ».

Mais là où des nonhumains sont concernés, plusieurs d’entre nous semblent prêts à changer leur fusil d’épaule et à faire la promotion de choses que nous reconnaissons violer les droits fondamentaux des animaux. Il n’y a aucune différence moralement significative entre la viande et les produits laitiers ou entre la viande et le poisson. Il y a autant (sinon davantage) de souffrance dans un verre de lait que dans une livre de steak et la valeur de la vie d’un poisson pour lui-même est aussi grande que l’est celle d’une vache pour elle-même. La viande et les autres produits d’animaux « heureux » ne sont pas issus d’animaux dont les intérêts sont beaucoup mieux protégés et ces animaux sont tout de même tous traités de manières qui seraient considérées comme de la torture s’il s’agissait d’humains. Les réformes welfaristes équivalent à faire la promotion du viol « humain » ou du racisme « humain ».

Ainsi, ces arguments graduels présentent la caractéristique troublante de promouvoir des conduites et des pratiques qui violent explicitement les droits fondamentaux d’animaux, alors que nous ne le ferions jamais si des humains étaient impliqués. L’approche graduelle est manifestement spéciste.

Au plan pratique, les arguments graduels ont en commun une prémisse empirique ou factuelle : le lacto-ovo-pesco-végétarisme mènera au véganisme; la viande et les autres produits d’animaux « heureux » mèneront au végétarisme et au véganisme; les réformes welfaristes amélioreront le climat social et politique en le rendant plus favorable à l’abolition. Pour que les arguments graduels fonctionnent, il faut qu’il y ait une relation causale claire entre la composante « porte d’entrée » (végétarisme, viande et autres produits d’animaux « heureux », réformes welfaristes) et l’objectif visé (véganisme, végétarisme, abolition de l’exploitation).

Le problème est qu’il n’y a aucune preuve à l’appui de cette relation causale. Même s’il existe certainement des végétariens qui sont devenus végans, il y existe aussi plusieurs végétariens qui ne deviendront jamais végans. En ce qui a trait à la prétention selon laquelle la viande et les autres produits d’animaux « heureux » mèneront au végétarisme qui nous mènera à son tour au véganisme, cette prétention non seulement n’est pas démontrée, mais les preuves vont plutôt dans la direction opposée. En effet, le mouvement en faveur de la viande « heureuse » nous fait plutôt reculer en ce que de plus en plus de gens – incluant certaines personnes qui ont été végétariennes ou même véganes – se sentent maintenant de nouveau à l’aise de consommer des produits d’origine animale. Après tout, si People for the Ethical Treatment of Animals attribue à Whole Foods le titre de Détaillant le plus respectueux des animaux, affirmant que « Whole Foods a toujours fait plus pour le bien-être des animaux que n’importe quel autre détaillant dans l’industrie, exigeant de ses producteurs qu’ils adhèrent à des standards stricts », l’organisme envoie très clairement le message que, même si ce n’est pas moralement idéal, il est moralement acceptable de manger le cadavre et les autres produits d’animaux qui sont vendus chez Whole Foods.

Et quant à l’affirmation selon laquelle les réformes welfaristes représentent un pas vers l’acceptation sociale et la réalisation de l’abolition de l’exploitation, non seulement elle manque de justification empirique, mais elle est clairement fausse. L’approche en faveur du bien-être animal constitue le paradigme moral et légal dominant depuis maintenant 200 ans et nous utilisons plus d’animaux nonhumains, que nous traitons de manière plus horrible, que jamais nous l’avons fait auparavant. Il n’y a aucune preuve historique que les réformes welfaristes mèneront à quoi que ce soit d’autre que plus encore d’exploitation animale.

Nous ne pouvons pas justifier l’exploitation animale au plan moral. Les arguments graduels contredisent les droits fondamentaux des nonhumains à ne pas être traités comme des ressources pour les humains et reposent sur des prémisses factuelles qui ne sont fondées sur aucune donnée empirique et dont la fausseté peut être démontrée.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

« Droit animal »: Règlementer l’utilisation des crochets et des aiguillons

Chères collègues & chers collègues :

Je reçois souvent des demandes de la part de mes étudiants qui me confient souhaiter étudier le droit afin de pratiquer le “droit animal” et qui me demandent conseil à propos de la manière de devenir des « avocats des animaux ». Je réponds alors que ce que l’on entend généralement par « droit animal » – fautes professionnelles de vétérinaires, les cas de garde d’« animaux de compagnie », les cas de legs en faveur d’« animaux de compagnie » et les cas de cruauté – n’aide aucunement les animaux nonhumains à se débarrasser de leur statut de propriété des humains. En fait, cela ne fait que les empêtrer dans ce paradigme. Je dis à ces étudiants que s’ils veulent faire quelque chose d’utile, ils devraient : (1) devenir végans; (2) éduquer les autres à propos du véganisme; et (3) offrir leurs services d’avocat pro bono aux défenseurs des animaux qui font la promotion du véganisme et qui ont besoin d’aide légale, ce qui est souvent le cas. J’ai ainsi représenté plusieurs activistes au fil des ans.

Les problèmes avec le « droit animal » sont illustrés par une poursuite en cours, entreprise par des organismes welfaristes et un ex-entraîneur d’éléphants contre le cirque Ringling Bros. et Barnum & Bailey. La question en litige porte sur l’utilisation de crochets et d’aiguillons à bouts de métal pour contrôler les éléphants qui pourrait violer la loi sur la protection des espèces en danger.

Dans un article (”Animal rights, circus lawyers differ on elephants”), on peut lire ce qui suit à propos de la poursuite :

Sous interrogation du juge, Meyer [l’avocate des plaignants] a reconnu que ce ne sont pas toutes les utilisations de chaines et d’aiguillons qui pourraient violer la loi. Elle a dit qu’elle espérait que [le juge] exige que le cirque obtienne des permis du Service américain de la pêche et de la vie sauvage avant d’utiliser ces outils. Mais elle n’a pas pu dire précisément quels traitements devraient être autorisés ou combien de temps les éléphants devraient légalement pouvoir être gardés attachés.

Je connais Kathleen Meyer, l’avocate qui représente les plaignants. Elle est une bonne avocate. Il est triste, toutefois, que la position en faveur des « droits des animaux » soit réduite à demander que l’on adopte un règlement concernant l’utilisation de crochets et d’aiguillons et que l’on exige des cirques qu’ils obtiennent des permis. L’idée que la position pour les « droits des animaux » concerne combien de temps les éléphants pourront être gardés enchaînés est perturbante à plusieurs niveaux.

Combien de dollars donnés pour aider les animaux sont utilisés pour cette poursuite? Et, ce qui est plus important encore, pourquoi penser que cette sorte de poursuite pourrait nous aider à nous diriger vers l’abolition de l’exploitation animale ou même participer à augmenter le moindrement la protection des animaux? Peut-être que nous devrions envisager la possibilité que cet argent soit mieux dépensé s’il était destiné à expliquer aux gens pourquoi ils ne devraient pas visiter les cirques qui utilisent des animaux nonhumains. Mais cette question rejoint toujours celle du véganisme. Tant et aussi longtemps que nous tuons 56 milliards d’animaux par année pour l’alimentation (sans compter les animaux aquatiques) alors que notre meilleure justification est que nous apprécions le goût des produits animaux, il est peu probable que nous réussissions à développer le niveau de conscientisation qui pourrait nous mener plus loin qu’à une exploitation plus « humaine », qui ne procure que bien peu d’avantages aux animaux nonhumains, mais qui nous permet de nous sentir mieux lorsque nous les exploitons.

Je comprends que ces groupes de protection des animaux aient besoin d’une fréquence stable de campagnes et de « victoires » afin de pouvoir lever des fonds. Mais n’allons pas penser que réglementer l’utilisation des chaines et des crochets nous permettra de faire du progrès.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione