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Les animaux ont besoin de vous !

Texte original en version anglaise publié le 15 avril 2016

Changer le paradigme des animaux en tant que biens, vers celui de personnes non humaines possédant une valeur intrinsèque, nécessite un mouvement populaire composé de gens qui sont des éducateurs instruits — des personnes qui comprennent les arguments pour le véganisme et peuvent en discuter calmement, dans un langage simple, avec les autres personnes avec lesquelles elles interagissent dans leur vie de tous les jours. Nous avons besoin de personnes en mesure d’expliquer aux autres les raisons pour lesquelles l’exploitation « heureuse », le réductionnisme [N. D. T. Traduction de reducetarian, qui est une approche encourageant une simple réduction de la consommation de produits d’origine animale, en particulier la viande.]  et d’autres approches spécistes, ne sont pas la solution et font, en fait, partie du problème.

Il existe toutes sortes de façons de faire la promotion du véganisme de façon créative et non violente. Mais, en fin de compte, l’élément le plus important d’un mouvement populaire en faveur des animaux est l’individu — VOUS ! — qui communique avec d’autres individus.

Si, dans la prochaine année, chacun d’entre nous convainc une autre personne de devenir végane et que cela se répète pendant un certain nombre d’années, il faudrait environ 12 ans pour que les États-Unis deviennent véganes et environ 9 ans pour le Royaume-Uni.

Chacun d’entre nous peut être un agent efficace de changement. Cela ne coute* rien de s’instruire. En effet, l’un des principaux objectifs de ce site et de notre page Facebook est de vous fournir des ressources éducatives gratuites.

L’alternative est de soutenir les organismes de bienfaisance pour les animaux, débordant d’argent, qui ne font que trahir les intérêts des animaux en rendant les gens plus à l’aise avec l’exploitation animale en échange d’un don.

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Si vous n’êtes pas végane, devenez-le s’il vous plait. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients, mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Si les animaux ont une valeur morale, le véganisme n’est pas une option — c’est une nécessité. Tout ce qui prétend être un mouvement en faveur des droits des animaux se doit d’être clair sur le fait que le véganisme est un impératif moral.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Apprenez-en plus sur le véganisme ici : www.HowDoIGoVegan.com.

Gary L. Francione
Professeur distingué, membre du conseil d’administration des professeurs, Université de Rutgers

Anna Charlton
Professeur adjointe, Université de Rutgers

© 2016 Gary L. Francione et Anna Charlton

*Ce texte est traduit en appliquant les rectifications orthographiques.
Pour en savoir plus : www.orthographe-recommandee.info

Message adressé à la Vegan Society : c’est une question de justice

Essai original en version anglaise publié le 28 juin 2014

Suite à son rejet explicite du véganisme comme un principe moral de base, comme représenté dans sa campagne « vous n’avez pas à être végane », la Vegan Society a évidemment reçu une réaction critique significative.

Depuis un moment déjà, la Vegan Society va dans la mauvaise direction. En 2011, la Society m’a banni pour avoir promu le véganisme, après que j’aie lancé une discussion, que vous pouvez lire ici.

De toute façon, voici leur dernière tentative infructueuse pour justifier la nouvelle campagne : une déclaration datant de 1952 de Muriel E. Drake, à l’époque vice-présidente de la VS, dans laquelle elle qualifie le véganisme de « nouveau mode de vie » et la décision de devenir végane de « considérable », et déclare que nous devrions « porter les idées relatives au véganisme à l’attention des autres… mais nous n’avons aucun droit de chercher à prendre la décision pour eux ».

DrakeCliquer pour agrandir.

[Traduction de la déclaration de Muriel E. Drake]

« C’est une erreur d’essayer de persuader les autres de devenir végane avant qu’ils ne soient préparés à faire un pas aussi considérable. Ce que nous pouvons faire, qui est justifiable, c’est de porter les idées relatives au véganisme à l’attention des autres, de sorte qu’ils puissent voir de quoi il s’agit, mais nous n’avons aucun droit de chercher à décider pour eux — la décision d’adopter ce nouveau mode de vie doit venir d’eux, et s’ils ne sont pas prêts, ou qu’ils ne sont pas disposés à faire certains sacrifices, il est de loin préférable pour eux d’attendre que quelque chose change au plus profond de leurs êtres. »

- Muriel E. Drake, Vice-présidente, The Vegan Society
Vegetarian News (journal of the London Vegetarian Society), p.50, Summer 1952
—–

D’abord, cela fait 62 ans que Drake a fait ces commentaires. Le véganisme était alors une idée relativement nouvelle, particulièrement dans l’Ouest. Comme l’était l’égalité raciale. Comme l’était l’égalité des femmes. Et alors ? Nous sommes maintenant en 2014.

Ensuite, personne ne conteste que nous ne puissions pas décider pour les autres. Les gens doivent se forger leur propre opinion. Et voilà précisément la raison pour laquelle nous devons être clairs comme du cristal comme quoi le véganisme est la base morale, car c’est la seule réponse rationnelle à la reconnaissance de la valeur intrinsèque des autres animaux.

Nous devons être clairs comme du cristal comme quoi le véganisme est une question de justice fondamentale.

La Vegan Society pense que notre incapacité à décider pour les autres signifie que nous ne devrions pas promouvoir le véganisme comme un principe moral fondamental.

Cela est complètement faux et nous pouvons le constater en regardant la chose dans un contexte humain.

Nous ne pouvons décider pour les autres à propos de l’égalité des femmes. Est-ce que cela veut dire que nous devrions caractériser leur égalité comme une décision « considérable » à propos de laquelle nous ne pouvons prendre une position morale claire, solide et sans équivoque ? Est-ce que notre incapacité à décider pour les autres signifie que nous ne devrions pas être clairs comme du cristal comme quoi le patriarcat est fondamentalement répréhensible d’un point de vue moral ?

Bien sûr que non.

Nous ne pouvons décider pour les autres à propos du véganisme ni à propos d’aucune question morale. Mais cela ne signifie pas que les principes moraux fondamentaux cessent de l’être ou que nous ne sommes pas dans l’obligation d’être clairs comme du cristal au sujet de ces questions morales. Au contraire. Notre obligation d’être clairs est elle-même claire, et est encore plus nécessaire — non pas moins — dans la mesure où la discrimination est omniprésente. En 1944, dans la première lettre de la Vegan Society, Donald Watson, fondateur de la société en 1944, écrit :

Une critique commune est que le temps n’est pas encore mûr pour notre réforme. Le temps ne peut-il jamais être mûr pour quelque réforme que ce soit, sans avoir été muri* par la détermination humaine ? Est-ce que Wilberforce a attendu le « murissement » du temps avant de commencer sa lutte contre l’esclavage ? Est-ce que Edwin Chadwick, Lord Shaftesbury et Charles Kingsley ont attendu un tel moment inexistant, avant d’essayer de convaincre le grand poids mort de l’opinion publique que l’eau potable et les salles de bains constitueraient une amélioration ? S’ils avaient annoncé leur intention d’empoisonner tout le monde, l’opposition qu’ils ont rencontrée aurait difficilement pu être plus forte. En laissant à la postérité la réalisation de nos idéaux, il y a un danger évident, car la postérité pourrait ne pas avoir nos idéaux. L’évolution peut être rétrograde ainsi bien que progressive ; en effet, il semble toujours y avoir une forte gravitation dans la mauvaise direction, à moins que les normes existantes ne soient protégées et que les nouvelles visions ne soient honorées.

Lisez ces mots. Réfléchissez-y.

Soixante-dix ans plus tard, la Vegan Society déclare : « Vous n’avez pas à être végane pour aimer des choses véganes », et elle encourage le relativisme moral de façon transparente — tout est une question de choix facultatif — et soutient l’idée que nous ne devrions pas promouvoir le véganisme comme un principe moral fondamental.

Voilà un exemple très clair d’un déplacement vers l’arrière ; c’est exactement ce à quoi Watson faisait allusion lorsqu’il a déclaré que le changement peut être « rétrograde ».

Nous sommes en 2014. Devenir végane est facile. C’est préférable pour la santé humaine ainsi que pour la santé de la planète, de laquelle toute vie dépend.

Mais le plus important est que, d’un point de vue moral,  c’est la bonne chose à faire. C’est ce que nous devons aux autres animaux. Le véganisme est une question de justice.

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Si vous n’êtes pas végane, devenez-le s’il vous plait. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients, mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur distingué, membre du conseil d’administration des professeurs, Université de Rutgers

© 2014 Gary L. Francione

*Ce texte est traduit en appliquant les rectifications orthographiques.
Pour en savoir plus : www.orthographe-recommandee.info

ADDENDUM

À titre d’information, j’ajoute ce texte d’une publication sur Facebook que j’ai écrit le 16 mai 2014 :

UN MOMENT DE SILENCE À LA MÉMOIRE DE DONALD WATSON (1910-2005), FONDATEUR DE LA VEGAN SOCIETY EN 1944

La Vegan Society a récemment décidé de désavouer explicitement l’idée du véganisme comme un impératif moral.

Dans cet essai, le « PDG » Jasmijn de Boo explique pourquoi ici.

Selon le PDG de Boo : « la recherche montre que les jeunes ne veulent pas qu’on leur fasse la leçon ou qu’on les culpabilise au sujet de questions, ils veulent plutôt la liberté de choisir pour eux-mêmes, arriver à leurs propres conclusions et atteindre ce moment de réalisation ».

Mais le but de la promotion du véganisme non violente n’est pas de faire la leçon ou de « culpabiliser » qui que ce soit.

Au contraire.

Il s’agit d’aider les gens, de manière constructive et bienveillante, à mettre en pratique une idée en laquelle la plupart d’entre eux croient déjà : à savoir que les animaux ont une valeur morale et que nous avons des obligations morales directement envers eux que nous sommes tenus de suivre.

C’est une reconnaissance que notre souci moral concernant les animaux doive être mis en application tout au long de notre vie, non pas seulement dans les moments sporadiques où ça nous fait du bien, ou que cela est en accord avec quelque concept superficiel de « style de vie. »

Le PDG de Boo suppose faussement qu’on doit choisir entre « culpabiliser » les gens ou promouvoir une version plus souple de « véganisme flexible. » Ce ne sont pas les seuls choix, sauf si, bien sûr, nous voulons défendre le markéting d’une approche « flexitarienne », qui est manifestement ce qu’a choisi de faire la « nouvelle » Vegan Society.

Imaginez où en serait le mouvement des droits civils si nous avions décidé qu’une « étude » de marché avait montré que les gens n’aiment pas qu’on les « culpabilise » au sujet du racisme ; ainsi, nous aurons plutôt fait la promotion d’une campagne « traitez gentiment une personne de couleur, lorsque cela vous plait* ».

Le PDG de Boo adopte explicitement le langage du mouvement de « l’exploitation heureuse », en affirmant que beaucoup de gens ne deviendront pas véganes du « jour au lendemain ». Eh bien, ce n’est pas surprenant, surtout considérant qu’aucun des grands organismes animaliers de bienfaisance — et maintenant la Vegan Society — ne promeut le véganisme comme un impératif moral, qui nait d’un engagement moral cohérent avec la justice et la non-violence, qui, soit dit en passant, est explicitement ce que Donald Watson promouvait.

Mais la question n’est pas si quelqu’un fait quoi que ce soit « du jour au lendemain » ou non. La question est  si la Vegan Society doit promouvoir un message moral clair comme quoi le véganisme — qu’on devienne végane du « jour au lendemain » ou pas — est la seule réponse rationnelle à l’idée que la plupart des gens acceptent déjà : que les animaux comptent moralement. La Vegan Society dit qu’elle ne promouvra pas cette idée, optant plutôt pour une célébration du non-véganisme.

Le PDG de Boo écrit : « Tout le monde est maintenant libre d’embrasser le véganisme, non seulement ceux qui sont déjà véganes, mais ceux qui y songent et qui veulent commencer à intégrer plus de plats végétaliens dans leur alimentation, ou remplacer leurs chaussures en cuir par des versions véganes ». Voilà une version du « véganisme flexible », encore plus souple que quelque chose du genre « végane avant 18 h », qui bien qu’étant insensé, encourage à tout le moins à ne pas consommer les animaux pendant une partie de la journée.

La Vegan Society, sous la direction du PDG de Boo, a rejoint les autres organismes de bienfaisance, qui ont abandonné l’idée qu’il existe des principes moraux significatifs que nous sommes obligés de respecter. Mais ce que ces organismes de charité ne semblent pas comprendre est qu’on ne peut effectuer un changement de paradigmes moraux en rejetant l’idée que les principes moraux importent.

En 1944, Donald Watson a écrit :

« Nous pouvons voir très clairement que notre civilisation actuelle est construite sur l’exploitation des animaux, tout comme les civilisations passées ont été construites sur l’exploitation des esclaves, et nous croyons que le destin spirituel de l’homme est tel que le temps viendra où il verra avec horreur l’idée que les hommes se nourrissaient jadis de produits issus du corps des animaux. . . .  Une critique commune est que le temps n’est pas encore mûr pour notre réforme. Le temps ne peut-il jamais être mûr pour quelque réforme que ce soit, sans avoir été muri par la détermination humaine ? Est-ce que Wilberforce a attendu le “murissement” du temps avant de commencer sa lutte contre l’esclavage ? »

En 2014, le PDG de Boo écrit : « Notre rôle n’est pas de dire aux gens quoi faire ou comment vivre leur vie. Nous donnons aux gens le choix et la chance de se joindre à nous. Nous sommes là pour soutenir quiconque se dirige vers un mode de vie plus éthique et durable. Ce n’est pas tout ou rien. L’idée est de démarrer une conversation ou semer une graine. »

Soixante-dix ans séparent Watson et le PDG de Boo. Le mot « progrès » ne vient pas à l’esprit.

La Vegan Society vient de se greffer au mouvement de l’« exploitation heureuse »/« flexitarien ».

S’il vous plait : un moment de silence à la mémoire de Donald Watson.

Gary L. Francione

*Ce texte est traduit en appliquant les rectifications orthographiques.
Pour en savoir plus : www.orthographe-recommandee.info

Le bienêtre des animaux et l’économie : quelques commentaires en bref

Essai original en version anglaise publié le 27 juin 2014.

Certains welfaristes [N. D. T. De l’anglais welfarist, qui désigne une personne en faveur de la règlementation et/ou des réformes visant l’amélioration du bienêtre des animaux.] disent que la réforme du bienêtre* aidera les animaux, car elle provoquera une hausse des prix et une diminution de la demande.

Cette position démontre que les welfaristes ne comprennent pas comment fonctionne l’économie de l’agriculture animale et des mesures de réforme du bienêtre.

Étant donné que la plupart des campagnes de réforme visent des inefficacités dans le processus de production, beaucoup de ces réformes ont pour effet de réduire les couts de production en améliorant l’efficacité.

Si, pour une raison quelconque, il y a ultimement une hausse des prix, cette hausse n’aura en général pas d’incidence sur la demande, car la demande pour les produits d’origine animale est souvent inélastique — à l’intérieur d’une certaine échelle, la demande est peu sensible au changement de prix — et généralement la hausse des prix n’entraine pas de dépassement hors de cette échelle.

De plus, si le prix d’un produit d’origine animale augmente, cela ne signifie pas que les consommateurs vont devenir véganes pour autant. Loin de là. En général, lorsqu’une personne ne peut se permettre d’acheter du bœuf, elle achète plutôt de l’agneau, du porc ou encore du poulet. Si une personne n’a pas les moyens d’acheter du poulet, elle se tourne vers le pâté au poulet ou vers une quelconque viande transformée moins dispendieuse.

Au bout du compte, le mieux que les welfaristes peuvent accomplir est d’aider l’industrie dans la création de marchés de niche. C’est le cas avec la viande heureuse de Whole Foods et son « classement du bienêtre animal en 5 niveaux », qui permet aux gens bien nantis, moyennant un prix plus élevé, d’obtenir le sceau d’approbation de groupes animaliers, en gage et louange de leur « appréciation et soutien » envers Whole Foods. (Cliquer ici pour la traduction française de la lettre):

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Parce qu’au cours des dernières années la consommation de viande aux États-Unis a chuté, les welfaristes crient victoire. Ils affirment que cette diminution est le résultat des campagnes d’amélioration du bienêtre des animaux. Il n’y a aucune preuve de ce qu’ils avancent, et une explication beaucoup plus probable est que les prix de la viande sont demeurés stables, ou ont même augmenté, et la crise économique affecte la capacité des consommateurs à acheter les types de viande mesurés par ces sondages. De plus, il y a une préoccupation de plus en plus grande au sujet des préjudices sur la santé que causent les aliments d’origine animale.

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Si vous n’êtes pas végane, devenez-le s’il vous plait. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients, mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur distingué, membre du conseil d’administration des professeurs, Université de Rutgers

© 2014 Gary L. Francione

*Ce texte est traduit en appliquant les rectifications orthographiques.
Pour en savoir plus : www.orthographe-recommandee.info

Lundi : votre choix

Essai original publié le 30 juin 2014.

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Ou

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Nous entendons continuellement les welfaristes [N. D. T. De l’anglais welfarist, qui désigne une personne en faveur de la règlementation et/ou des réformes visant l’amélioration du bienêtre des animaux.] dirent que la plupart des personnes qui deviennent véganes ont d’abord été végétariennes, alors nous devons promouvoir le végétarisme.

C’est complètement insensé. Il n’y a aucune preuve empirique qui établisse un lien causal entre quelque situation non végane que ce soit et le véganisme.

Dans la mesure où, avant de devenir véganes, les gens deviennent végétariens ou encore mangent de la viande ou des œufs « heureux », ou qu’importe avant de devenir véganes, est-ce surprenant ?

Les groupes animalistes font tous la promotion du végétarisme et de l’exploitation « heureuse ». Pas un seul ne fait la promotion, sans équivoque, du véganisme comme base morale.

C’est notre responsabilité d’être clairs que, si les animaux comptent moralement, nous sommes dans l’obligation de devenir végane. Si quelqu’un se soucie des animaux, mais veut faire moins que d’être végane, cela devrait être son choix et jamais ce que nous promouvons.

Dire aux gens que le végétarisme, la viande « heureuse », les « lundis sans viande », être « végane avant 18 h » ou le « véganisme flexible », sont moralement acceptables, ne va que retarder le progrès et non pas nous y conduire.

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Si vous n’êtes pas végane, devenez-le s’il vous plait. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients, mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur distingué, membre du conseil d’administration des professeurs, Université de Rutgers

© 2014 Gary L. Francione

Remise en cause de la prétendue paternité de Peter Singer

Essai original en version anglaise publié le 18 février 2016.

Au départ, Peter Singer s’est fait connaitre* en popularisant les idées du philosophe utilitariste Jeremy Bentham, qui disait que, tout comme la race ne devrait pas être utilisée pour exclure les humains de la communauté morale afin de justifier leur esclavage, l’espèce ne devrait pas servir à justifier l’utilisation des animaux comme commodités. Singer a emprunté le terme « spécisme » au psychologue Richard Ryder, pour argüer que l’utilisation de l’espèce pour réduire et ignorer les intérêts des animaux non humains n’était en rien différente de l’utilisation de la race, du sexe ou l’orientation sexuelle pour justifier la discrimination envers certains groupes d’humains. Ainsi, la place de Singer en tant que « père du mouvement pour les droits des animaux » fut dès lors assurée. Gary Varner fait référence à Singer comme « [l]e véritable Moïse du mouvement pour les droits des animaux » (Varner, Personhood, Ethics, and Animal Cognition, 2012, p. 133).

Mais, mérite-t-il ce titre ? Et est-ce que Singer rejette vraiment le spécisme, ou ne fait-il qu’en promouvoir une version différente ?

À l’instar de Bentham, Singer est un utilitariste. Il maintient que ce sont les conséquences qui déterminent ce qui, moralement, est bien ou mal. Parce que les droits requièrent que certains intérêts soient protégés, et cela sans tenir compte des conséquences — un humain ne peut être utilisé comme sujet biomédical sans son consentement, même si cela avait des avantages importants — les utilitaristes, incluant Bentham et Singer, rejettent catégoriquement le concept de droits. Singer rejette catégoriquement l’idée des droits des animaux. Il soutient qu’il n’utilise la notion de « droits des animaux » que comme rhétorique ; Singer est très clair sur le fait qu’ultimement, il partage la vision de Bentham, selon laquelle les droits ne sont rien d’autre qu’un « ramassis de non-sens ». Mais, dire que le statut de Singer comme père des droits des animaux est simplement une affaire de « rhétorique » est plutôt étrange lorsque nous parlons d’un mouvement en faveur des droits. Après tout, comme de par sa nature la notion de droit est un concept légal et moral, on ne peut la réduire à une simple rhétorique.

Une réponse possible est que Singer rejette les droits des humains aussi bien que ceux des animaux, alors, il est à tout le moins conséquent. Oui et non. En effet, Singer rejette également les droits moraux des humains. Mais, il y a un hic. Même s’il rejette la notion de droits catégoriques, il insiste pour dire que, de façon générale, les humains sont moralement supérieurs aux non humains. Il considère que les humains, ou du moins ceux qui sont « normaux » ont une conscience de soi et de leur continuité et que, par conséquent, ils ont un intérêt à continuer d’exister. Ces caractéristiques vont à l’encontre de l’utilisation de ces humains comme des ressources remplaçables, servant exclusivement à satisfaire les besoins et désirs d’autrui.

Cette présomption est réfutable, bien sûr, dans le sens où elle peut être outrepassée si des considérations utilitaristes le justifient. Si, par exemple, utiliser un humain comme sujet non consentent d’une expérience biomédicale aurait pour résultat de sauver la vie de millions de gens, toute chose étant égale par ailleurs, Singer aurait de la difficulté à argumenter, en tant qu’utilitariste, contre l’utilisation de cet humain (c’est là précisément le genre d’utilisation que les militants en faveur des droits cherchent à prévenir). Mais autrement, la présomption de Singer fonctionne de façon semblable à un droit — elle protège les intérêts des humains à ne pas être utilisés exclusivement comme ressources, dans tous les cas où la balance des conséquences penche de façon claire et significative.

Voici maintenant où la prétention de Singer, selon laquelle il rejette le spécisme, devient problématique.

Singer croit que les animaux non humains n’ont pas le même intérêt que les humains « normaux » à poursuivre leur existence. Selon Singer, « les humains normaux ont un intérêt à continuer à vivre qui diffère des intérêts des animaux non humains » (New York Times, The Stone, 27 mai 2015). Cela est en raison du fait que les êtres ayant une conscience d’eux-mêmes à travers le temps, ainsi que la capacité de planifier le futur, ont un intérêt à vivre plus grand que les êtres qui ne possèdent pas cette conscience. Et Singer croit que même si les animaux, ou certains animaux ont une certaine conscience de soi, « ils ne sont pas conscients d’eux-mêmes au même niveau que les humains » (Singer, Practical Ethics, 3d ed. 2011, p. 122). Singer fait donc une distinction qualitative entre les humains et les non humains, qui l’amène à conclure qu’il y a une différence morale entre les humains et les non humains. En effet, Singer établit une hiérarchie morale dans laquelle les humains « normaux » occupent une catégorie supérieure à celle des animaux non humains.

Du point de vue de Singer, les non humains n’ont aucun intérêt à ne pas être utilisés comme ressources remplaçables. Singer croit que « un être ayant la capacité de penser à lui-même comme existant à travers le temps, et ainsi planifier sa vie et travailler en fonction d’accomplissements futurs, a un plus grand intérêt à continuer de vivre qu’un être qui ne possède pas cette capacité » (New York Times, The Stone, 27 mai 2015). Selon Singer, pour un humain, la perte de sa vie signifie la souffrance causée par la perte de toutes les opportunités de satisfaction futures qu’il est en mesure de contempler. En comparaison, la perte de sa vie, pour un non humain, se résume essentiellement à s’endormir et ne plus se réveiller — on ne peut dire d’un animal qu’il « perd » quoi que ce soit en mourant, car il n’a aucun accès conceptuel ou linguistique à son futur.

Pour Singer, cela se traduit par la vision que la vie des animaux non humains est de moindre importance, du point de vue moral, que la vie des animaux humains. Contrairement aux humains, les non humains peuvent être utilisés comme ressources, alors que les humains « normaux » possèdent un statut qui, bien que Singer le nie, est inséparable de la notion de dignité inhérente que les militants pour les droits attribuent aux êtres humains. Ce privilège qu’accorde Singer aux humains l’amène à faire des commentaires tels que : « Des millions de poulets sont tués chaque jour. Je ne puis voir cela comme une tragédie au même niveau que s’il s’agissait de millions d’humains tués. Quelle est la différence avec les humains ? Ceux-ci sont des êtres qui regardent vers l’avenir, et qui ont des désirs et espoirs face au futur. Cela semble une réponse plausible à la question : pourquoi est-ce si tragique lorsque ce sont des humains qui meurent? » (Indystar, 8 mars 2009)

Comment cela n’est-il donc pas du spécisme ?

La réponse de Singer est que le spécisme implique de traiter les intérêts des non humains différemment de la façon dont nous traiterions des intérêts similaires chez les humains. Selon Singer, les animaux n’ont pas d’intérêt à ce qu’on ne les utilise pas comme ressources remplaçables, car ils n’ont aucune conscience de soi. Et même s’ils étaient conscients d’eux-mêmes, leur conscience de soi est, selon Singer, qualitativement inférieure à la conscience de soi qu’ont les humains normaux. Le fait de les traiter comme ressources remplaçables ne pose alors pas un problème de spécisme, car il n’y a pas d’intérêts similaires en cause — les humains ont un intérêt à continuer leur existence, tandis que les non humains n’en ont pas. Il n’y a tout simplement ici aucun privilège arbitraire accordé aux êtres humains.

Selon Singer, les animaux ne sont pas indifférents à la façon dont nous les utilisons ou les tuons, mais ils ne se soucient pas qu’on les utilise et les tue. Parce que les animaux n’ont pas de conscience de soi, « ce n’est pas simple d’arriver à expliquer comment la perte pour l’animal tué n’est pas… rendue acceptable par la mise au monde d’un nouvel animal qui vivra une vie tout aussi plaisante » (Singer, Animal Liberation, rev. 1990, p. 229). Les animaux sont complètement indifférents à leur futur, car ils n’ont pas de notion conceptuelle de celui-ci ; les seules préoccupations d’un animal sont les circonstances immédiates. Par conséquent, si par exemple, un animal est pris dans une trappe et souffre, il voudra certainement s’en sortir et souhaitera que la douleur cesse, mais survivre et vivre un jour de plus est sans intérêt pour lui.

II

Pourquoi quiconque croirait qu’une vache, un cochon, une poule ou un poisson ne se soucie pas qu’on l’utilise et le tue, et que sa seule préoccupation est la façon dont on l’utilise ou le tue ? Lorsque l’un de nos chiens ou nos chats est malade, pensons-nous qu’en mourant, il ne perdra rien, car de toute façon, il n’a aucun intérêt à continuer de vivre ? Nous avançons l’hypothèse que la plupart d’entre nous estiment que l’idée selon laquelle les animaux n’ont aucun intérêt à continuer leur existence est absurde, et que la plupart d’entre nous considèrent indisputable que le fait de tuer les animaux — de quelque manière « humaine » que ce soi — leur cause du mal.

Alors, comment Singer justifie-t-il une conclusion contraire?

La réponse réside dans les travaux de Bentham. Au sujet de divers problèmes, Singer est l’adepte moderne de Bentham, et à propos de cette question, Singer et Bentham se trouvent côte à côte. Avant le 19e siècle, les animaux étaient exclus de la communauté morale. On les considérait comme inférieurs aux humains au point de vue cognitif, en se basant sur le fait qu’ils ne peuvent raisonner, utiliser des concepts abstraits ou communiquer de façon symbolique. Bentham argüait que nous ne pouvons pas utiliser les différences cognitives pour justifier l’exclusion des animaux de la communauté morale. La seule caractéristique qui était requise pour faire partie de la communauté morale était la capacité de souffrir. Si un animal peut souffrir, nous ne pouvons, sur la base de l’espèce seule, ignorer ou ne pas tenir compte de sa souffrance.

Mais cela signifiait-il que Bentham croyait que les caractéristiques cognitives n’avaient aucune importance? Non. Bentham pensait au contraire que, bien que la supposée infériorité cognitive des animaux ne signifie pas que nous puissions les utiliser à notre guise pour n’importe quel usage, et les traiter de quelques manières que nous voulons, cela signifie tout de même qu’ils n’ont aucune conscience d’eux-mêmes. Et cela voulait donc dire que nous pouvons continuer de les utiliser et les tuer — au moins pour la nourriture — du moment que nous accordions une considération appropriée à leur intérêt à ne pas souffrir.

Bentham s’opposait à l’esclavage humain, mais il n’avait aucune objection à l’institution des animaux comme propriété, car il ne voyait pas les humains et les non humains comme se situant au même niveau : les premiers sont conscients d’eux-mêmes alors que les derniers ne le sont pas. Singer est d’accord avec Bentham : les animaux n’ont aucune conscience de soi. Ainsi, toute chose étant égale par ailleurs, il est acceptable de les utiliser de certaines façons dont nous n’utiliserions pas les humains (du moins pas la plupart d’entre eux).

III

Nous trouvons plutôt étrange cette idée selon laquelle les animaux ne sont pas conscients d’eux-mêmes, et que, toute chose étant égale par ailleurs, nous ne leur faisons aucun mal lorsque nous les utilisons et les tuons. Non seulement cette idée n’est pas en accord avec notre propre expérience relativement aux animaux non humains, elle est problématique d’un point de vue théorique. En effet, nous pensons que ce n’est rien d’autre que du spécisme.

Nous sommes certainement d’accord que les non humains pensent différemment des humains, car la cognition des humains est liée aux capacités d’abstraction conceptuelle et de langage. Les humains sont les seuls animaux qui utilisent la communication symbolique. C’est donc probablement vrai que les humains sont les seuls à posséder une notion autobiographique. Et alors? La question à laquelle nous faisons face est la suivante : est-ce que la forme humaine de conscience de soi est la seule sorte de conscience qui se traduit par un intérêt à continuer à vivre, qui est jugé suffisant pour donner lieu, à tout le moins, à une présomption réfutable contre le fait de tuer?

Tenons pour acquis, comme le fait Singer, que les animaux non humains vivent pour la plupart dans une espèce d’éternel présent. Est-ce que cela veut dire pour autant qu’ils n’ont pas de conscience de soi? Considérons un humain affecté d’une amnésie totale faisant en sorte qu’il est incapable de se rappeler du passé ou de former de nouveaux souvenirs, et qui, par conséquent, vit dans un éternel présent. Nous estimons qu’il serait inexact de dire que cette personne n’est pas consciente d’elle-même. Elle a certainement une conscience d’elle-même dans le moment présent, le moment suivant et ainsi de suite. Continuer de vivre est certainement dans l’intérêt de cette personne — elle préfère, désire ou veut se rendre au prochain instant de conscience — peu importe la manière dont elle pense à elle-même et cela, même si elle n’a pas un sens autobiographique.

La notion selon laquelle les animaux ne sont pas conscients d’eux-mêmes n’est basée sur rien d’autre qu’une hypothèse sans argumentaire comme quoi la seule conscience de soi possible est celle dont les humains normaux sont dotés. Cela est certainement une des façons d’être conscient de soi-même, mais ce n’est pas la seule. Comme l’a fait remarquer l’un des plus importants spécialistes en éthologie cognitive au 20e siècle, Donald Griffin, dans son livre Animal Minds, si un animal est conscient de quoi que ce soit, « le propre corps de l’animal et les actions qu’il porte doivent entrer dans le champ de sa conscience perceptive ». À cet égard, la conscience d’un animal est comparable à celle d’un être humain avec une amnésie globale transitoire. C’est pour ces motifs que Griffin conclut que « [s]i les animaux sont capables de conscience perceptive, nier qu’ils ont un certain niveau de conscience de soi serait une restriction arbitraire et injustifiée » (Griffin, Animal Minds, 2001, p. 274). L’idée qu’il soit nécessaire d’être capable de penser, en termes abstraits et détachés, au « moi » qui vit ces expériences faisant partie d’une trajectoire de vie, n’est rien de plus qu’une manœuvre pour considérer les humains comme des êtres uniques et supérieurs à tous les autres animaux.

IV

De plus, il y a quelque chose qui cloche visiblement dans la vision de Singer selon laquelle nous pouvons malgré tout accorder une égale considération aux intérêts des animaux. Nous maintenons que nous ne pouvons pas le faire, sauf peut-être en tant que question abstraite. Et encore, nous ne sommes pas convaincus que ce soit possible.

Légalement, les animaux sont classés comme des biens, c’est-à-dire comme des choses qui n’ont aucune valeur inhérente ou intrinsèque. Ils sont la propriété des humains. Cela, ajouté à l’opinion généralement acceptée (mis de l’avant par Singer) comme quoi les animaux sont cognitivement inférieurs, rend d’emblée presque impossible la considération de leurs intérêts comme étant semblables aux nôtres. Et même si nous considérions leurs intérêts comme semblables aux nôtres, le statut de propriété des animaux fait en sorte que, dès qu’il y a le moindre conflit entre les intérêts des humains et celui des non humains, nous avons toujours une bonne raison de pencher en faveur des intérêts des humains. Lorsque nous, en tant que propriétaires d’animaux, devons choisir entre les intérêts des animaux et les nôtres, nous allons toujours privilégier nos propres intérêts et diminuer l’importance de ceux des animaux.

Fait intéressant, bien que Bentham était un utilitariste, il s’opposait à l’institution de l’esclavage humain. Pourquoi? L’explication typique est qu’il croyait que l’esclavage deviendrait inévitablement le « lot d’un grand nombre » et que les esclaves seraient invariablement mal traités, car on pourrait justifier de tels traitements par des raisons utilitaristes, argüant qu’ils contribuent au bonheur de la majorité.

Il y a en fait une autre explication. Bentham reconnaissait que le principe d’impartialité, ou d’égale considération, ne pouvait pas s’appliquer aux esclaves, car l’intérêt d’un esclave serait toujours jugé de moindre importance que l’intérêt de son propriétaire.

À l’égard des animaux, Bentham ne reconnaissait pas ce problème, pas plus que Singer. Bentham pensait qu’une société utilitariste éclairée pouvait se permettre de continuer de manger et utiliser des animaux, tout en accordant à leurs intérêts la considération qui s’impose : en effet, du point de vue de Bentham, le fait de tuer et manger les animaux n’implique pas qu’ils soient « dégradés et considérés comme des choses ». Mais le fait est que, tant et aussi longtemps que les animaux sont considérés légalement comme des choses que nous sommes en droit d’utiliser, il n’y a aucun moyen de respecter leurs intérêts vitaux. Cela est impossible. C’est une simple question économique. Les animaux sont des propriétés et protéger leurs intérêts coute de l’argent. Compte tenu de la nature des marchés, et particulièrement en considérant le « libre-échange » et les marchés internationaux, nous allons, la plupart du temps, dépenser de l’argent uniquement dans les situations où nous en retirons un avantage économique direct. C’est la raison pour laquelle les normes de protection des animaux prescrites par la loi sont, et ont toujours été, très limitées. Elles n’interdisent que la souffrance gratuite. De façon discutable, la plupart des cas où les propriétaires d’animaux sont tenus de changer leur comportement sont des cas où ils agissent de manière économiquement inefficace. À titre d’exemple, les grands animaux doivent être étourdis avant d’être enchainés, hissés et dépecés, non pas à cause d’une préoccupation réelle pour leur sort, mais parce qu’autrement les blessures des travailleurs et les dommages causés aux carcasses augmentent.

Les organismes de défense des animaux, dirigés par Singer, ont ces dernières années changé leur orientation, possiblement en reconnaissance des limites des normes de protection des animaux imposées par la loi. Plutôt que de viser une réforme des lois, ils travaillent conjointement avec l’industrie afin d’obtenir des changements, sur une base volontaire, dont le but est l’amélioration du bienêtre des animaux. En 2005, Singer a dirigé les efforts d’un groupe impliquant à peu près tous les grands organismes de défense des animaux, afin d’appuyer et de promouvoir les efforts de Whole Foods Market et formuler un programme d’améliorations « humaines ». Mais, tout comme Bentham, Singer n’a pas pris en considération l’intérêt premier qu’ont les êtres sensibles à ne pas être tué ni la réalité économique que représente le statut de propriété des animaux non humains. Dans le meilleur des cas, les efforts de réformes pour le bienêtre auront pour résultat la création de marchés de niche pour consommateurs aisés, dont la conscience peut être rassurée en déboursant un montant plus élevé pour obtenir des produits d’origine animale qui impliquent peut-être légèrement moins de cruauté que les produits conventionnels. Cela n’est en rien cohérent avec les « droits des animaux ».

V

L’idée que la vie animale est de moindre valeur que la vie humaine est imprégnée dans la position de la réforme du bienêtre, développée par les philosophes utilitaristes tels que Bentham et Singer. Mais cette position se retrouve également dans les travaux du théoricien des droits Tom Regan.

Regan rejette à la fois la théorie morale utilitariste et celle de la réforme du bienêtre animal. Il soutient, à tout le moins dans le cas des mammifères adultes, que nous n’avons aucune justification morale de les traiter exclusivement comme des ressources pour les humains. Ainsi, contrairement à Bentham et Singer, il ne se base pas sur la valeur morale inférieure des non humains pour justifier l’utilisation des animaux. Regan soutient cependant que, face à un conflit, par exemple dans une situation où nous sommes dans un canot de sauvetage et nous devons choisir entre le sauvetage d’un chien ou celui d’un être humain, nous devons opter pour le sauvetage de la vie de l’être humain plutôt que celle du chien, car la mort causerait plus de tort à l’humain qu’au chien. Selon Regan, « le préjudice, qu’est la mort, dépend des possibilités de satisfaction qu’il exclut », et la mort d’un animal, « bien que causant du tort, n’est pas comparable au préjudice que causerait la mort » pour l’humain. En effet, Regan argumenterait que nous devrions sacrifier n’importe quel nombre de chiens pour sauver un seul être humain (Regan, The Case for Animal Rights, 1983, p. 324).

La position de Regan est problématique parce que, si la mort cause qualitativement un plus grand préjudice aux humains qu’aux non humains, on trouvera un moyen qui n’est pas arbitraire de distinguer les humains des non humains. Bien que Regan est contre l’utilisation des animaux exclusivement comme des ressources, son argument à savoir que les patients moraux (tels que les animaux non humains) ont une valeur intrinsèque égale est basé sur sa vision selon laquelle il n’y a aucune façon non arbitraire de séparer les agents moraux des patients moraux. Sa position est cependant affaiblie par le fait qu’il considère que les humains ont un intérêt pour leur vie qui est qualitativement plus grand. À tout le moins, dans la mesure où Regan considère qu’en raison de l’espèce, nous devons toujours favoriser l’humain dans les situations de réel conflit, sa position ouvre la porte à causer du tort, en fonction de l’interprétation que l’on fait du mot « conflit ».

Nous ne sommes pas d’accord que la mort cause moins de tort à une personne amnésique qu’à une personne qui ne l’est pas, pas plus que sommes d’accord que la mort est un moindre mal pour les non humains. Il en va de même pour une personne moins intelligente, à qui la mort ne cause pas moins de tort qu’à une personne plus intelligente. Dans un contexte de réel conflit, nous pensons que de choisir un non humain plutôt qu’un être humain est tout à fait acceptable. Mais nous croyons aussi que si nous prenions au sérieux les droits des animaux, nous cesserions de créer des conflits entre humains et non humains, en mettant au monde des non humains dans le seul but de les utiliser comme ressources pour les humains.

VI

Nous concluons en notant que Singer dit que nous ne devrions pas utiliser les animaux dans des contextes où nous n’utiliserions pas des humains qui se trouveraient dans une situation similaire. Il est cependant clair que Singer approuve l’utilisation des non humains dans des situations où jamais nous n’envisagerions d’utiliser un être humain, qu’il s’agisse d’un être humain « normal » ou d’un handicapé mental. D’après ce que nous avons dit ici, il devrait être clair qu’il n’y a aucune raison légitime de privilégier de façon catégorique les êtres humains avant les animaux non humains. Tout comme nous ne privilégierions pas un être humain parce qu’il est plus intelligent qu’un autre. Ainsi, le chroniqueur du New York Times Nicholas Kristof a tout à fait raison de reconnaitre, comme il l’a fait à plusieurs reprises dans ses billets op-ed du New York Times, que c’est « hypocrite » de sa part de déplorer le traitement des animaux de boucherie, alors qu’il résiste à l’appel du véganisme.

Singer préconise précisément le type de spécisme qu’il prétend dénoncer. Jusqu’à ce que nous trouvions le courage et l’honnêteté de reconnaitre la violence injustifiable faite à l’endroit des animaux, sanctionnée par les idées de Singer, nous allons continuer de lire des articles dans les pages des grands journaux, avec des titres tels que « Sauver les vaches, affamer les enfants » (New York Times, 26 juin 2015), où les auteurs insistent, de façon tout à fait spécieuse, que les conflits entre animaux et les intérêts humains sont irréductibles et que la vie d’un animal non humain vient au prix d’une vie humaine.

Gary L. Francione, professeur distingué de droit et chercheur en droit et en philosophie Katzenbach, membre du conseil d’administration des professeurs, École de droit, Université de Rutgers

Gary Steiner, Professeur de philosophie, Université de Bucknell.
© 2016 par Gary L. Francione & Gary Steiner

*Ce texte est traduit en appliquant les rectifications orthographiques.
Pour en savoir plus : www.orthographe-recommandee.info

La Senior Officer of Advocacy and Policy (agente supérieure aux plaidoyers et politiques) de la Vegan Society rejette le véganisme comme obligation morale

Essai original en version anglaise publié le 28 janvier 2016

Dans mon essai sur les « véganes intersectionnalistes », j’ai documenté soigneusement le spécisme explicite et flagrant de la part de figures de tête du mouvement « intersectionnaliste ». Peu importe ce que quiconque dira, il est clair comme du cristal que, Breeze Harper, par exemple, qui est membre du Conseil de Black Vegans Rock (BVR), rejette le véganisme comme impératif moral. En effet, Harper considère l’idée que nous soyons tenus moralement d’être véganes comme du « véganisme fondamentaliste » — la même expression utilisée par tous les organismes de charité corporatifs, afin de rejeter le véganisme comme obligation morale. Mais, il est également clair comme du cristal que BVR, en tant qu’organisme, rejette l’idée que le véganisme soit un impératif moral.

Une réponse intéressante à mon essai est venue d’Amanda Baker, la Senior Officer of Advocacy and Policy de la Vegan Society.

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Amanda a publié des commentaires sur mon essai. Par exemple, elle dit :

En tant que personne de race blanche, de sexe féminin assigné à la naissance, je vois GF utiliser 9 000 mots pour dire « Je nie de façon véhémente, tout en revendiquant mes privilèges de façon agressive. Je continuerai de parler par-dessus, et de tenter de dominer, les personnes marginalisées et leur expérience vécue, pour dire tout ce que j’ai envie de dire. Je ne peux accepter qu’il y ait des choses que je ne peux comprendre. »

Voici une capture d’écran de son commentaire :

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Un autre commentaire d’Amanda Baker :

Pour l’exprimer en d’autres mots, GF semble dire, « Je ne peux accepter qu’en raison de l’inégalité historique des races et en tant que professeur et homme de race blanche, je vis quotidiennement avec d’énormes privilèges. Je ne peux accepter que je doive m’assoir et cesser d’être dominant, afin de laisser agir les personnes marginalisées. »

Voici une capture d’écran de son commentaire :

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Laissez-moi dire que je voue le plus grand respect à Donald Watson, le cofondateur de la Vegan Society, en 1944. En effet, j’ai écrit l’entrée sur Watson dans l’encyclopédie culturelle sur le végétarisme. Plus récemment, j’ai discuté de Watson dans un ouvrage de référence sur l’éthique animale, à paraitre* à l’université d’Oxford. Cependant, ma vision du véganisme est certainement — et malheureusement — très différente de celle de certaines personnes qui gèrent actuellement la Vegan Society.

Par exemple, en 2011, j’ai exprimé mon objection au fait que dans leur magazine, ils acceptent des placements de publicité payés de la part de restaurants non véganes. En particulier, je me suis opposé à ce que la Vegan Society fasse paraitre une annonce dans leur magazine, décrivant un restaurant non végane comme « Un havre de paix et d’inspiration ». Je ne pense pas que les animaux exploités pour les produits laitiers et les œufs, qu’on sert dans ce restaurant, seraient d’accord avec cette description. Davantage de discussion à ce sujet se trouve ici. Le résultat : J’ai été banni du forum de la Vegan Society et je ne peux plus y participer.

En 2014, je me suis opposé à la campagne « Vous n’avez pas à être végane », de la Vegan Society. J’ai postulé pour être membre de la Vegan Society, afin de pouvoir participer à la rencontre à propos de cette campagne. Ma requête a cependant été refusée, la raison étant que, selon le PDG Jasmijn de Boo, je « discrédite » la Vegan Society.

Également, en 2014, j’ai exprimé mon étonnement suite à la déclaration de Fiona Oakes,
« Ambassadrice » de la Vegan Society, qui affirme : le véganisme n’est pas pour « tout le monde, je veux dire, ce n’est probablement pas pour beaucoup de gens… ».

En 2014, j’ai écrit à propos de l’implication de la Vegan Society avec l’agriculture animale
« durable »
, de même qu’au sujet de son partenariat avec les vivisecteurs dans des campagnes.

En somme, je crois que la Vegan Society a perdu sa route et a peu de chose en commun avec la vision progressive qui avait inspiré Donald Watson. De mon point de vue, la Vegan Society ne voit pas le véganisme comme une question de justice pour les animaux non humains.

Mais les commentaires d’Amanda Baker sur mon essai, au sujet de ce qu’on appelle le
« véganisme intersectionnel » (qui n’est pour moi rien d’autre qu’une autre version du spécisme et de l’essentialisme), amènent mon désaccord avec la Vegan Society à un tout autre niveau qualitatif.

Amanda adopte la position que l’argument disant que le véganisme est une base morale implique le privilège d’être blanc et celui d’être de sexe masculin. Elle affirme qu’il est sexiste et raciste d’être en désaccord avec les personnes de couleur et les femmes qui rejettent le véganisme comme base morale.

C’est à couper le souffle.

De toute évidence, Amanda est d’accord avec Breeze Harper, qui rejette en bloc l’idée d’objectifs et principes moraux (du moins en ce qui concerne les non humains), et qui épouse une forme de relativisme moral, en maintenant que le véganisme est une question de « who you are space » (« qui nous sommes dans notre espace personnel »). En effet, Amanda déclare :

Je vis au Royaume-Uni, mais je ne peux suffisamment recommander le travail du Dr. A B Harper, incluant le projet Sistah Vegan.

Voici une capture d’écran de son commentaire :

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Comme indiqué dans mon essai, Harper caractérise, via Sistah Vegan, le véganisme comme obligation morale comme étant du « fondamentalisme végane ».

Amanda rejette unilatéralement l’idée du véganisme comme base morale. Puisqu’Amanda est la Senior Officer of Advocacy and Policy de la Vegan Society, ce n’est pas une surprise que cette dernière rejette le véganisme comme impératif moral, ce qui est clairement le cas.

Mais c’est plus choquant qu’Amanda aille jusqu’à dire que le véganisme comme base morale est une affaire de privilège pour les blancs. Je suis certain que plusieurs membres de la Vegan Society croient que le véganisme est bien un impératif moral. Je me demande comment ils se sentiront d’apprendre que, non seulement leur vision n’est pas pas partagée, mais qu’en plus, selon la Senior Officer of Advocacy and Policy de la Vegan Society, leur vision est sexiste et raciste.

Cette position est troublante pour de multiples raisons. Premièrement, Amanda le reconnait, elle est une femme de race blanche. Donc, il est pour le moins déconcertant qu’elle puisse faire une telle déclaration au nom des personnes de couleur. Deuxièment, il y a de nombreuses personnes de couleur et des femmes, dont les efforts d’éducation au véganisme sont basés sur l’approche abolitionniste, et qui maintiennent que le véganisme est une obligation morale. Par conséquent, saisir en quoi le véganisme comme base morale serait une affaire de privilège d’homme blanc est plutôt difficile.

Peut-être qu’Amanda est d’accord avec d’autres essentialistes qui, tel que nous l’avons vu plus haut, croient que les femmes et les personnes de couleur qui épousent l’approche abolitionniste et qui en font la base de leur plaidoyer pour le véganisme, peuvent être écartées, ignorées et considérées comme de simples « tokens » (quota ethnique). Si elle n’est pas d’accord avec eux, alors je suis choqué que la Senior Officer of Advocacy and Policy de la Vegan Society considère les femmes et les personnes de couleurs de cette façon.

Si elle n’est pas d’accord avec eux, alors je ne comprends pas tout à fait ce qu’elle veut dire lorsqu’elle affirme que ma position, qui tient le véganisme comme un impératif moral, est une affaire de privilège d’homme blanc. Il n’y a vraiment aucune bonne façon d’interpréter sa position.

Si elle dit que les femmes et les personnes de couleur qui sont d’accord avec ma position ne comptent pas, c’est évidemment problématique. Si elle dit que le véganisme comme impératif moral n’est pas une affaire de privilège pour les personnes de race blanche, du moment que ce n’est pas un homme blanc qui prend cette position, alors cela ne fait pas que rendre l’obligation morale incohérente, mais cela implique également une sorte d’identité politique insidieuse. Les principes moraux sont valides ou invalides, non pas en fonction de leur substance, mais en fonction de la personne qui épouse le principe. En plus, le qui en question est relié uniquement à la race, au sexe et au genre.

À moins qu’Amanda ne voie tout simplement pas le véganisme comme un impératif moral qui concerne la justice pour les animaux non humains. Selon cette déclaration de la Vegan Society, trouvée sur leur site Internet, Amanda semble focaliser sur l’environnement et les changements climatiques :

 

Pourquoi végane ? « Tout ce en quoi je crois s’aligne de plus en plus avec le véganisme comme solution ; mais ce sont l’environnement et les changements climatiques qui m’ont donné la raison d’adhérer entièrement au mode de vie végane » — Amanda

Mais, même si Amanda ne croit pas que le véganisme doit être une base morale, on s’attendrait à ce qu’au moins elle soit consciente que plusieurs personnes, dont probablement des membres de la Vegan Society, elles, considèrent le véganisme comme un impératif moral. Elle devrait réaliser que ce n’est pas une bonne idée de traiter ces personnes de racistes et de sexistes.

À moins qu’Amanda ne fasse que se plier aux exigences de certaines personnes et n’agisse sur la base d’aucun principe. Peut-être qu’Amanda a saisi la controverse comme une opportunité de faire une attaque ad hominem contre moi, en réaction aux critiques que j’ai faites à l’endroit de la Vegan Society.

Je ne suis pas certain de la raison pour laquelle Amanda prend cette position ni de la position que prend la Vegan Society en ce qui concerne cette déclaration troublante faite par son agente supérieure. J’ai écrit à la Vegan Society pour savoir ce qu’il en était. En dépit des multiples courriels envoyés au président de la Vegan Society, Jasmijn de Boo, je n’ai reçu aucune réponse. Bob Linden, de Go Vegan Radio, m’a informé qu’il avait invité Jasmijn et Amanda à venir à son émission pour discuter de la question. Pour autant que je sache, Bob n’a reçu aucune réponse.

Quoi qu’il en soit, un des membres du conseil de BVR, Christopher-Sebastian McJetters (lequel a indiqué, lorsque je lui ai parlé, qu’il préférait qu’on l’appelle « Sebastian »), a donné son opinion sur le commentaire d’Amanda. En réponse à la déclaration d’Amanda comme quoi mon essai n’est rien d’autre que 9 000 mots pour exprimer mes « privilèges », Sebastian a dit que la
« version raccourcie d’Amanda est beaucoup plus succincte ».

Voici une capture d’écran :

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La question préliminaire d’intérêt est : pourquoi la position d’Amanda ne devrait-elle pas être rejetée d’emblée par Sebastian comme un reflet de ses privilèges, puisqu’elle est une personne de race blanche, de classe moyenne et hautement éduquée? Mettons cela de côté pour l’instant.

J’avais l’impression que Sebastian était d’accord que le véganisme était une obligation morale. Mais, si c’était bien le cas, il n’aurait pas affirmé que ma position était simplement une expression de mes privilèges, puisqu’il partagerait cette position. Il aurait été d’accord que, BVR et certains de ses collègues siégeant au Conseil, ont en effet pris des positions empreintes de spécisme. Il en aurait été préoccupé.

Il semble pourtant que je faisais erreur et que Sebastian, tout comme Harper, Aph Ko, ainsi que d’autres personnes impliquées avec BVR, ne croit pas que le véganisme soit un impératif moral. Dans ce cas, comment ma position pourrait-elle être simplement une question de mes
« privilèges », puisque plusieurs personnes de couleur partagent cette position? Sebastian peut bien être en désaccord avec nous tous, mais il n’y a rien qui soit une question de privilège dans la position anti-spéciste plaçant le véganisme comme base morale. Et pourquoi donc une position disant que nous ne pouvons justifier moralement le fait d’exploiter les victimes les plus vulnérables serait-elle une question de mes privilèges d’homme de race blanche?

Nous sommes tous tenus de prendre conscience de nos privilèges, mais la question ultime est de savoir si nos privilèges nous entrainent à adopter une position injuste. Je dirais qu’une position basée sur des privilèges, dans ce contexte, en serait une qui déclarerait que les humains, en vertu de leurs privilèges d’être humain, peuvent exploiter les non humains, et peuvent rejeter le véganisme comme obligation morale. Il s’agirait-là, de mon point de vue, d’une position injuste.

Sebastian est l’un des facilitateurs de la conférence sur la justice intersectionnelle (Intersectional Justice Conference), qui est commanditée par la Humane Society of the United States. Pourquoi ma critique est-elle une question de mes privilèges? Tel que discuté dans mon essai, HSUS est un organisme qui renonce à vouloir que les gens deviennent véganes, qui supporte l’agriculture du bétail, commandite des évènements où sont servis des produits d’origine animale, et qui est parmi les plus importants — si ce n’est le plus important — partisan de « l’exploitation heureuse ». Je le répète, il semble que la position « privilégiée » est celle qui louange le support de la part de HSUS.

Je respecte le droit de quiconque ou de n’importe quel groupe de promouvoir la version du néo‑welfarisme qu’il désire promouvoir. Je respecte le fait qu’ils soient libres de rejeter le véganisme comme base morale, en faveur de la sorte de relativisme moral de Breeze Harper et son « who you are space » (« qui nous sommes dans notre espace personnel »), ou encore en faveur d’une quelconque autre position en deçà du véganisme comme base morale. Ce que je ne vais pas respecter est la menace ignoble que, quiconque critique ceux qui rejettent le véganisme comme base morale, qu’il s’agisse de moi ou d’autres—incluant des femmes et des personnes de couleur—sera traité de « raciste » ou « sexiste », ou recevra quelque autre insulte que, ceux qui optent pour la diffamation, choisissent de nous lancer à la figure, car ils sont incapables ou réticents à s’exprimer avec substance.

Cette stratégie ne fonctionnera pas.

Je reconnais que la Vegan Society s’est fortement écartée de la vision de Donald Watson, mais il est stupéfiant qu’Amanda Baker, Senior Officer of Advocacy and Policy de la Vegan Society, maintienne que la promotion du véganisme comme impératif moral est raciste et sexiste. C’est également très décevant que des membres du Conseil de Black Vegans Rock soient d’accord avec elle.

En somme : si les animaux comptent moralement, le véganisme est la seule position morale à prendre qui soit juste et rationnelle. Il n’existe vraiment pas de contreargument valable, ce qui explique le recours aux insultes. L’idée que le fait de maintenir que nous ne pouvons justifier la participation directe à l’exploitation des animaux non humains soit une affaire de privilège d’homme blanc est bizarre au plus haut point. Mais, au moins, nous savons tous où nous en sommes.

En ce qui concerne les animaux, nous jouissons tous des privilèges les plus absolus. Nous tenons leur sort entièrement entre nos mains. Nous avons besoin d’une voix claire, unifiée et consistante afin de démanteler — abolir — les mécanismes de l’exploitation animale. Cela viendra avec ce que nous disons et faisons—peu importe qui que nous sommes.

Voici un résumé pour Amanda Baker et Christopher-Sebastian McJetters, car Amanda se plaignait que l’essai original comportait 9 000 mots et Sebastian a exprimé sa préférence pour les expositions succinctes. Et cet essai comporte 2 500 mots.

Demeurez avec moi, Amanda et Sebastian, je vais résumer en deux points :

Premièrement, il est plus que honteux que la Vegan Society, fondée par Donald Watson en 1944, emploie comme Senior Officer of Advocacy and policy, une personne qui maintient que la promotion du véganisme comme impératif moral est « raciste » et « sexiste ». Pauvre Donald Watson, il doit tourner—pas se retourner, mais tourner—dans sa tombe.

Deuxièment, parce que les animaux ont une valeur morale, aucune façon de les utiliser comme ressource ne peut être justifiée moralement. Le statut moral des animaux en tant que personne exige que nous devenions véganes. Ou bien une personne est végane, ou alors elle participe directement à l’exploitation des non humains. Il n’y a pas de troisième choix. Quiconque n’est pas d’accord avec cela — peu importe sa race, son sexe, son genre, ses capacités, sa classe, ou quelque autre attribut — est moralement dans l’erreur.

Cela fait 117 mots. J’espère que ça va.

Voici une version encore plus courte : Les non humains ne se soucient pas de la race, du sexe, du genre, des capacités, de la classe ou autre, de ceux qui les exploitent.

Cela fait 16 mots.

**********

Si vous n’êtes pas végane, devenez-le s’il vous plait. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients, mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Si les animaux comptent moralement, le véganisme n’est pas une option — c’est une nécessité. N’importe quel mouvement qui prétend être pour le droit des animaux doit être clair que le véganisme est un impératif moral.

Les formes d’activismes les plus importantes que vous pouvez entreprendre sont d’épouser le véganisme comme obligation morale, de faire la promotion du véganisme comme obligation morale et de prendre soin de réfugiés non humains. Les groupes qui promeuvent
« l’exploitation heureuse » de n’importe quelle sorte font partie du problème, et non de la solution.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University
©2016 Gary L. Francione

*Ce texte est traduit en appliquant les rectifications orthographiques.
Pour en savoir plus : www.orthographe-recommandee.info

« Mais ça m’a pris 10 ans pour devenir végan. » Et alors ?

Je n’ai jamais cessé d’être étonné par les gens qui prétendent que nous ne devrions pas promouvoir le véganisme comme impératif moral sous prétexte qu’ils ont mis du temps à devenir végans.

Quelle pertinence a la durée qu’a mis quelqu’un pour se rendre compte que devenir végan était la bonne chose à faire ? Réponse : absolument aucune.

Franchement, je ne suis pas du tout surpris qu’il ait fallu beaucoup de temps à la plupart des gens pour devenir végan étant donné qu’aucune des grosses associations de protection animale ne présente le véganisme comme principe moral de base, et qu’elles font toutes la promotion, à un degré plus ou moins grand, des réformes de bien-être et de l’exploitation heureuse. Je rencontre régulièrement des personnes qui ont été végétariennes pendant 20 ans et sont devenues véganes seulement après être tombées sur l’approche abolitionniste. Bien qu’elles soient presque toujours bénévoles dans une ou plusieurs associations animalistes, personne ne leur a jamais demandé de devenir végan, et moins encore ne leur a dit clairement que le véganisme constituait un impératif moral — un principe moral de base sans équivoque. De fait, la plupart des associations continuent de présenter le végétarisme comme une alternative au véganisme, et ceci n’est pas compatible avec le fait de présenter ou de promouvoir le véganisme comme impératif moral.

Le fait est que la validité des principes moraux ne dépend pas du temps qu’a mis une personne en particulier pour reconnaître leur validité. Aucun de nous n’en doute lorsque des humains sont concernés. Par exemple, si quelqu’un a mis dix ans avant de reconnaître que le racisme est mal et cesser d’employer des épithètes racistes, doit-on en déduire que nous ne devrions pas rendre clair le fait que le racisme est mal ? Bien sûr que non. Est-ce que quiconque oserait suggérer un « Vendredi Sans Blague Raciste » pour fournir à ceux qui mettent du temps à cesser d’être racistes une approche « progressive » de la chose ? Bien sûr que non.

De la même façon, le fait que certaines personnes puissent mettre des années avant de reconnaître que le statut moral des animaux exige qu’elles deviennent véganes, ne signifie pas que nous devons promouvoir des « Lundis Sans Viande », des œufs de poules « en liberté », du porc sans batterie ni toutes les autres absurdités de ce genre pour arranger ceux qui mettent du temps à tourner le dos au spécisme.

Nous devons toujours être clairs quant au fait que l’utilisation des animaux est injustifiable et que le véganisme constitue un impératif moral ; un principe éthique de base. Si quelqu’un désire faire moins que ce strict minimum qui est de devenir végan, alors c’est le choix de cette personne et jamais parce que nous approuverions une forme quelconque d’exploitation animale.

Enfin, être clair quant à nos obligations morales ne veut pas dire juger les gens. Beaucoup de mes connaissances ne sont pas véganes. Je ne les juge pas, mais je leur fais clairement comprendre que nous ne pouvons justifier moralement d’utiliser les animaux, et que le véganisme constitue, pour nous tous, une obligation éthique de base.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

Quoi ? Le Humane Slaughter Act n’a pas été respecté ?

Farm Sanctuary a fait une demande de Freedom of Information Act, et découvert que le Département d’Agriculture des Etats-Unis (USDA) n’a pas fait respecter le Humane Slaughter Act. Elle a constaté en outre que la situation semblait être particulièrement terrible à Des Moines, Iowa.

QUOI ? Le USDA ne respecte pas le Humane Slaughter Act ?

Allons, Farm Sanctuary. Il est de notoriété publique que les abattages qui ne sont pas en conformité avec le Humane Slaughter Act ont cours partout dans le pays. Cela est connu depuis longtemps, depuis cet article de 2001 du Washington Post qui l’écrivait noir sur blanc : Warrick, They Die Piece by Piece (2001).

Cela l’était même bien avant 2001, et semblait une évidence à quiconque a visité un abattoir.

Le USDA ne pouvait, en aucune façon, respecter le Humane Slaughter Act (même quand cela était possible) étant donné les milliards d’animaux qui aboutissent chaque année dans les abattoirs — pas plus que le Animal Welfare Act ne peut garantir aux animaux exploités dans les laboratoires d’être traités « humainement ».

Et même si le Humane Slaughter Act était respecté à la lettre, le processus de mise à mort resterait indiciblement horrible pour les animaux qui finissent leur vie dans la terreur, le bruit, la douleur et la sordidité de l’abattoir.

Et de toute façon, le Humane Slaughter Act n’a jamais porté sur autre chose que le fait de protéger les ouvriers de blessures et les carcasses de dégâts éventuels.

Voici la vérité : TOUS les abattoirs sont des endroits horribles. Tous.

Il n’y a pas d’exploitation « humaine ».

Il y a seulement des campagnes de bien-être qui recyclent ad nauseam les mêmes faux préceptes et vendent littéralement aux gens l’idée que le problème, c’est la « maltraitance » subie ici ou là par les animaux.

Il y a seulement des campagnes de bien-être qui renforcent ad nauseam l’idée que le problème réside dans le traitement des animaux et non dans leur utilisation — et que la solution à ce problème est de donner de l’argent aux associations animalistes, de sorte qu’elles puissent faire des recherches et exhiber le résultat d’enquêtes qui révéleront ce que tout le monde sait par ailleurs de toute éternité — enquêtes qui prétendront « régler » le problème en obtenant la mise à l’amende de quelque abattoir, voire sa fermeture temporaire ou définitive — toutes choses que l’on vous présentera comme autant de victoires (et qui ne déplaceront la production que vers un autre abattoir).

Il y a seulement des campagnes de bien-être qui ressassent ad nauseam l’idée que le problème, c’est l’abattoir, l’élevage industriel, le marché aux bestiaux, l’ouvrier individuel ou quelque autre fournisseur en produits de la mort, quand le vrai problème n’est autre que nous-mêmes, qui les premiers réclamons ces produits.

Il n’y a qu’un seul problème : celui de l’utilisation des animaux, et qu’un seul remède : devenir végan et forger un mouvement populaire disant clairement aux gens que se soucier des animaux signifie devenir végan.

Commençons par éduquer le public avec le bon message — et pas en renforçant celui, mauvais, qui leur est seriné depuis des lustres par les associations.

Tout cela ressortit au même raisonnement qui amène les associations de protection animale comme Farm Sanctuary à faire part au public de leurs « appréciation et soutien » aux programmes « pionniers » d’exploitation heureuse :

Bien que je ne mette pas en question la sincérité des membres de Farm Sanctuary, je crois sincèrement que leur politique est nulle sur toute la ligne.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

EAT LIKE YOU CARE EN ESPAGNOL !

EAT LIKE YOU CARE: An Examination of the Morality of Eating Animals est maintenant disponible en espagnol.

COME CON CONCIENCIA: Un análisis sobre la moralidad del consumo de animales est maintenant disponible sur tous les sites Amazon :

USA ; Espagne ; Mexique ; Brésil ; Canada ; Grande-Bretagne ; Allemagne ; Italie ; Japon ; Inde ; Australie

Vous n’avez PAS besoin du système Kindle pour lire le livre. Celui-ci peut être lu sur n’importe quels téléphone, tablette, PC ou Mac avec une application Kindle gratuite.

Amazon vous autorise à envoyer une copie à qui vous voulez avec une simple adresse électronique !

Anna Charlton et moi exprimons notre gratitude à Joanna Porter et Marianna C. Gonzalez pour le gros travail effectué dans la traduction de ce livre.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

La Campagne anti-Kapparot : un bon exemple de ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées

Le 12 juin 2014, je suis intervenu en tant qu’expert au New York City Bar Association en tant que juré à propos du rite Kapparot, au cours duquel des poulets sont utilisés. Une défenseuse des animaux, Karen Davis de United Poultry Concerns, a fait un exposé au cours duquel elle a montré des photos des divers abus commis sur ces animaux à cette occasion. Le Kapparot consiste à tenir un objet au-dessus de sa tête en récitant des prières supposées transférer ses péchés sur ledit objet. Certains Juifs utilisent des poulets vivants comme « objets » de transfert. Karen et son association participent à une campagne visant à mettre fin à l’utilisation des poulets pour Kapparot.

Un enregistrement audio de l’événement est disponible ici.

Que ce soit clair : je m’oppose à l’utilisation des poulets pour Kapparot — ou pour tout autre propos. Et j’apprécie personnellement Karen Davis ; je lui sais gré d’avoir été, au milieu des années 1980, l’une des premières personnes à tenter de sensibiliser les gens à la sordide condition des poulets qui étaient souvent oubliés des défenseurs eux-mêmes alors qu’ils sont les animaux qui, avec les poissons, sont le plus exploités par les humains. J’apprécie qu’elle fasse la promotion du véganisme davantage que beaucoup d’autres associations, mais je suis en désaccord avec certaines des campagnes de bien-être qu’elle a soutenues, et je suis ennuyé par la campagne anti- Kapparot.

Pourquoi ?

Il n’est rien dans ce que Karen a dénoncé dans son exposé qui n’arrive également à tous les poulets destinés aux abattoirs classiques. Par exemple, elle a montré des photos de ce qui semblait être des hommes Hassidiques maniant les poulets de manière à leur causer de la souffrance. Mais la seule différence entre la manière dont les poulets sont souvent tenus et manipulés dans les abattoirs et la manière dont ils sont tenus et manipulés pendant Kapparot, est le fait que, dans ce dernier rituel, ils le sont par un Hassidique ou d’autres Juifs. Si ces pauvres oiseaux n’étaient pas utilisés pour Kapparot, ils seraient emmenés à l’abattoir et y connaîtraient exactement le même sort.

C’est un parfait exemple de ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées : elles entretiennent l’idée que ce que commettent certains groupes humains est pire que ce que le reste d’entre nous faisons. Une campagne ciblée sur la fourrure innocente les personnes qui portent de la laine ou du cuir et leur donne une excuse pour haïr ou attaquer ceux (des femmes la plupart du temps) qui portent de la fourrure. Une campagne ciblée sur les dauphins de Taiji permet aux gens, dont la majorité ne sont pas même végans, de produire des discours haineux ethnocentriques et xénophobes contre les Japonais. Une campagne ciblée sur un massacre d’écureuils à la carabine au sein d’une communauté rurale encourage à traiter ceux qui y prennent part de « ploucs » et d’ « arriérés » alors qu’ils n’agissent pas différemment de ce que n’importe quel non-végan fait ou soutient. De même, une campagne ciblée sur Kapparot donne aux gens une excuse pour traiter les Juifs de « mauvais ».

Je pense que la campagne anti-Kapparot permet et facilite l’antisémitisme. Je ne suis pas en train de dire ici que toutes les personnes impliquées dans cette campagne ou qui la soutiennent sont antisémites : je dis simplement que cette campagne discrimine effectivement les Juifs comme moralement différents des autres exploiteurs d’animaux. Une telle campagne est fondamentalement semblable aux campagnes anti-Kashrut ou aux campagnes islamophobes anti-Halal au Royaume-Uni.

En outre, j’ai bien étudié le site de Alliance to End Chickens as Koporos. Je n’y ai rien vu qui indique que la campagne ait été un moyen de promouvoir le véganisme, ce qui a pourtant été clamé en réponse à mes inquiétudes. Autrement dit, cette campagne ne dit pas que Kapparot est comparable à toutes les autres formes d’abattage de poulets, ni que tout cela devrait être stoppé parce que nous ne pouvons justifier le fait de consommer les animaux. Elle cherche très explicitement à la place à discriminer cette pratique comme insupportable sans reconnaître qu’elle n’est pas différente de ce à quoi la plupart des gens participent du moment qu’ils consomment des poulets ou tout autre produit d’origine animale.

Comme Vincent Guihan l’a noté :

Si une association quelconque menait une croisade contre les méthodes juives de circoncision — et seulement contre elles — et niait que cette campagne fût antisémite, je pense que la plupart des gens la désapprouveraient et verraient en elle ce qu’elle est en fait : une campagne honteuse, calculatrice et totalement inacceptable, dénigrant encore plus une communauté déjà marginalisée afin de se faire bien voir de la majorité. Presque toutes les campagnes ciblées encouragent activement la ségrégation. Et ce n’est une bonne chose ni pour les humains, ni pour les non-humains.

Les campagnes ciblées sont, à bien des niveaux, une très mauvaise idée. Elles servent un seul but essentiel : la collecte de fonds. Cela ne signifie pas que les organisations de protection animale embrassent intentionnellement ces campagnes, dont elles savent qu’elles sont contreproductives, afin de faire de l’argent ; cela explique cependant la motivation pratique qui aide à rendre compte de la raison pour laquelle de telles campagnes ciblées et réformistes sont choisies, ainsi que de l’incapacité à reconnaître à quel point elles sont contreproductives.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University

©2014 Gary L. Francione

ADDENDUM du 16 juin 2014 :

Je demande respectueusement, au cas où l’Alliance for Kaporos poursuivrait cette campagne, à ce qu’elle indique sur son site web, et inclue dans toutes les pétitions, correspondances et exposés futurs, une déclaration selon laquelle :

« L’Alliance reconnaît que l’utilisation des poulets durant Kapparot n’est pas différenciable du transport et de l’abattage des poulets dans des contextes non religieux, et qu’elle ne saurait affirmer que les personnes qui participent à Kapparot commettent des actes plus odieux sur le plan moral que celles qui abattent des poulets dans des contextes non religieux, ou qui les consomment (eux ou tout autre produit d’origine animale). Par conséquent, l’Alliance encourage le véganisme, et son opposition à certains aspects de Kapparot doit être envisagée dans ce contexte, et non comme dirigée spécifiquement contre la communauté engagée dans cette pratique. »

Cela ne signifie pas qu’alors je serais d’accord avec une telle campagne et la soutiendrais. Je ne le ferais pas : j’ai trop conscience de la discrimination qu’elle établit contre un groupe de gens, qu’elle « diabolise » pour commettre des actes que par ailleurs chacun perpétue de son côté. Je ne fais que suggérer une manière possible d’en atténuer le ton et de rendre clair le fait que l’exploitation animale n’est pas quelque chose que les autres font, mais qu’elle est, au contraire, quelque chose à quoi presque tout le monde participe.

Gary L. Francione

ADDENDUM des 18 et 19 juin

J’ai reçu nombre de messages peu amènes en réponse à mon inquiétude concernant cette campagne, y compris une accusation, par un membre de l’Alliance to End Chickens as Kaporos, de « bigoterie ».

Un autre défenseur des animaux a déclaré : « J’estime qu’il est préférable de se concentrer sur la reconnaissance et l’appréciation mutuelles, que sur la critique qui peut être blessante et décourageante. » En d’autres termes, il conviendrait de se rendre complice de campagnes qui facilitent la discrimination plutôt que parler contre elles ; nous devrions tolérer l’intolérance. C’est un appel à ignorer la responsabilité morale qui est la nôtre, et ce n’est pas acceptable.

Plusieurs défenseurs ont dit que parce que la campagne anti-Kapparot était conduite par des végans opposés à toute forme d’utilisation des animaux, elle concernait réellement le véganisme et n’était pas problématique. Mais c’est faux. Si une campagne, à l’instar de la campagne anti-Kapparot, dénonce un groupe de personnes bien défini et condamne sa conduite alors que cette conduite n’est en rien différente de celle (directe ou indirecte) de tout non-végan, alors cette campagne pose problème dans les termes que j’ai spécifiés. Le fait que les gens qui s’y impliquent puissent être végans est, en l’espèce, hors de propos.

Regardez cette vidéo figurant sur le site de l’Alliance to End Chickens as Kaporos, et demandez-vous si elle promeut le véganisme de quelque manière que ce soit.

Un autre défenseur a plaidé que puisque certains Juifs soutenaient la campagne anti-Kapparot, cela « ruinait l’idée qu’elle puisse véhiculer de l’antisémitisme. » Mais c’est, là encore, clairement faux. Cela revient à dire que sous prétexte que certaines personnes de couleur s’opposent aux efforts d’élargissement des droits civiques, il n’y aurait pas de discrimination.

Un autre défenseur a clamé que si quiconque pensait que la campagne anti-Kapparot véhiculait un message visant les Juifs de quelque manière que ce soit, l’Alliance to End Chickens as Kaporos ne saurait être tenue responsable d’une telle « dissonance cognitive ». (Je crois qu’il voulait dire « erreur », « dissonance cognitive » n’ayant, dans le contexte, pas le moindre sens.)

Une fois encore, c’est complètement faux. Revenons à l’excellent exemple de Vincent Guihan. Si un groupe de personnes opposées à toute forme de circoncision lançait une campagne appelée « Alliance contre la circoncision juive », parlerait-on d’erreur si le public percevait la circoncision comme une pratique propre aux Juifs ? Bien sûr que non. La simple existence d’une telle campagne laisserait supposer que la pratique juive est le problème.

Je suis sincèrement désolé que certains défenseurs des animaux estiment pouvoir mettre de côté leur sens critique concernant la campagne anti-Kapparot au profit de ce principe sacré selon lequel « vous ne devez jamais contester ce que fait un autre ‘animaliste’ même si cela est clairement problématique ». C’est une conduite quasi religieuse que de croire que c’est faire preuve d’hostilité envers un mouvement dynamique de justice sociale. A contrecœur, j’en viens à la conclusion que de nombreux défenseurs des animaux sont apparemment oublieux de l’antisémitisme, de l’islamophobie systématiques ainsi que d’autres formes de discrimination comme le racisme et le sexisme, et je déplore que les campagnes ciblées, telles la campagne anti-Kapparot, tirent parti des effets de ces formes de discrimination et les exacerbent.

Gary L. Francione