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Ethique animale : Abolition, réglementation ou citoyenneté ?

En dépit de 200 ans de lois réglementant le bien-être animal, qui exigent un traitement « humain » et interdisent d’imposer de la souffrance « inutile », l’exploitation animale se présente des façons les plus horribles que jamais dans l’histoire humaine.

Le vendredi 11 avril 2014, la Rutgers School of Law, à Newark, accueille une conférence ayant comme sujet « Ethique animale : Abolition, réglementation ou citoyenneté ? » durant laquelle les nouvelles approches reconnaissant la valeur morale des animaux seront explorées dans un cadre interdisciplinaire par quelques-uns des principaux chercheurs dans ce domaine.

Ces nouvelles approches comprennent 1) l’argumentation pour le statut des animaux en tant que titulaires de droits et la contestation de l’utilisation des animaux comme ressources pour les humains, et pas seulement du traitement des animaux qui suppose que l’utilisation est moralement permise (les droits, ou approche abolitionniste); 2) la conservation d’un cadre welfariste d’utilisation « humaine » mais en étant modifié d’une certaine façon (approche régulationniste); et 3) la promotion d’une théorie des droits des animaux qui permet une poursuite des relations entre humains et non-humains dans des contextes variés et explore les différentes obligations relationnelles impliquées (approche citoyenne)

Orateurs qui seront présents (dans l’ordre alphabétique) :

Anna E. Charlton, professeure adjointe de droit, Rutgers School of Law – Newark, et ancienne directrice de la clinique juridique des droits des animaux de Rutgers
Luis E. Chiesa, professeur de droit et directeur au Buffalo Criminal Law Center, Buffalo
Sherry F. Cold, professeure de droit et chercheuse Charles Evans Hugues, Cornell University
Sue Donaldson, chercheuse indépendante et auteure (co-auteure avec Will Kymlicka de Zoopolis: A Political Theory of Animal Rights)
Michael C. Dorf, professeur de droit Robert S. Stevens, Cornell University
Gary L. Francione, conseil d’administration des professeurs, professeur émérite de droit et chercheur en droit et en philosophie Nicholas Deb. Katzenbach, Rutgers School of Law – Newark
Will Kymlicka, professeur à la chaire de philosophie politique du Canada, Queen’s University (Canada)
David Nibert, professeur de sociologie, Wittenberg University
Gary Steiner, professeur de philosophie John Howard Harris, Bucknell University

La conférence démarrera à 10h et finira à 18h. L’entrée est gratuite et ouverte au public, mais la réservation est exigée. Vous pouvez réserver ici, le nombre de places sera limité.

Un déjeuner végan sera disponible à la caféteria de la Law School. Le coût du déjeuner est d’environ 6$ en dehors des boissons et autres consommations.

Débat du New York Times sur les attelages de chevaux

The New York Times Room for Debate étudie la question des attelages de chevaux dans New York City suite à l’engagement du maire Bill de Blasio à les bannir.

La perspective abolitionniste a été représentée.

Vous pouvez lire le débat dans son intégralité ici.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University

Les droits des animaux abolitionnistes / Le véganisme abolitionniste : en résumé

Le terme « abolitionnisme », utilisé dans le contexte de l’éthique animale, est dans les faits largement dénué de sens en ce qu’il y a trois sortes de gens qui se disent « abolitionnistes » : les gens qui veulent la fin de toutes les formes d’exploitation animale, les gens qui veulent la fin de certaines mais pas de toutes les formes d’exploitation animale, et les gens qui veulent simplement la fin de certains des « pires abus » de l’exploitation animale mais n’ont pas d’objection à l’exploitation animale proprement dite. Par conséquent, il n’y a de ce mot aucun sens convenu en ce que ceux qui se décrivent eux-mêmes comme « abolitionnistes » ne veulent pas abolir les mêmes choses, ni ne veulent y parvenir de la même façon. En ce sens, le mot « abolition » en lui-même ne décrit pas davantage une position particulière que ne le fait l’expression « droits des animaux », laquelle a si bien perdu son sens qu’elle est utilisée par les exploiteurs qui affirment croire en les « droits des animaux ».

Cet article décrit une théorie abolitionniste particulière : la théorie abolitionniste des droits des animaux, développée en réaction aux positions du philosophe australien Peter Singer. Ce dernier adopte une forme d’utilitarisme des préférences, qui encourage les actions maximisant la satisfaction des intérêts et des préférences des êtres impliqués ou affectés. Il donne la priorité aux êtres possédant une conscience de soi similaire à celle des humains et pouvant activement envisager l’avenir. Bien qu’il admette que les grands singes nonhumains, les dauphins et les éléphants sont conscients d’eux-mêmes à la manière humaine, il émet des doutes en ce qui concerne les autres animaux, et considère beaucoup de ceux que nous exploitons comme vivant dans une sorte d’éternel présent. Selon lui, ces animaux ont un intérêt à ne pas souffrir de douleur ni d’angoisse, mais n’ont pas d’intérêt à continuer à vivre, ou du moins n’ont pas un intérêt qui le conduit à leur accorder une présomption de défaut contre leur utilisation en tant que ressources remplaçables — présomption qu’il accorde aux humains « normaux » et aux non-humains ayant une conscience de soi de type humain.

Singer se focalise essentiellement sur la question du traitement plutôt que sur celle de l’exploitation, et prône les réformes de bien-être. Rejoint par les plus grandes organisations animalistes incluant The Humane Society of the United States, People for the Ethical Treatment of Animals, Farm Sanctuary, Mercy For Animals, Vegan Outreach et Compassion Over Killing, il est par exemple en 2005 l’initiateur d’une lettre faisant publiquement l’éloge de la chaîne de supermarchés américaine Whole Foods Market, pour l’adoption de ce qui n’est rien de moins qu’un programme d’étiquetage de l’ « exploitation heureuse ». Singer peut être défini comme la principale figure du mouvement de l’ « exploitation heureuse », lequel encourage la consommation « compassionnelle » de viande et des autres produits d’origine animale issus d’animaux ayant bénéficié d’un « bien-être supérieur » — type de consommation généralement assorti de réformes de bien-être, présenté comme souhaitable et relevant de la défense animale. Ce mouvement de l’ « exploitation heureuse » domine aujourd’hui le mouvement animaliste moderne en Amérique du Nord et du Sud, en Europe de l’Ouest, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

L’approche abolitionniste rejette l’approche de Singer et intègre un élément déontologique caractéristique des théories de droits telle que celle de Tom Regan, mais s’en distingue par plusieurs éléments et aspects :

I.

Premièrement, l’approche abolitionniste refuse toute forme d’exploitation animale. La base doctrinale de ce refus est que tous les humains, indépendamment de leurs caractéristiques particulières, ont un droit moral, fondamental et pré-légal à ne pas être traités exclusivement comme les ressources des autres. C’est ce droit qui exclut leur mise en esclavage. Le fait d’avoir une valeur morale entraîne l’impossibilité d’endosser le statut de bien meuble, lequel permet de réduire à zéro la vie et les intérêts fondamentaux d’un humain par un propriétaire d’esclaves. Nous ne pouvons justifier le fait de ne pas étendre ce droit aux animaux nonhumains — sauf si nous déclarons arbitrairement que ceux-ci n’ont aucune valeur morale, position que la plupart des gens rejettent. Par conséquent, si les animaux comptent moralement, nous ne pouvons les traiter exclusivement comme des ressources, et reconnaître leur droit à ne pas être une propriété exclurait, pour eux, toute exploitation institutionnalisée. Les abolitionnistes (tel que j’utilise ce terme) rejettent la domestication et affirment que les non-humains ne devraient pas être amenés à l’existence pour l’usage des humains, fût-il « humain » précisément.

Il est un biais que nous pouvons emprunter pour parvenir en grande partie à la même conclusion sans invoquer la notion de droits. Nous partageons l’intuition morale que nous ne devons pas infliger « inutilement » souffrance et mort aux êtres sentients ; le fait qu’un acte cause ou aboutisse directement à la souffrance d’un être sentient est quelque chose qui, sur le plan moral, compte contre cet acte. Il y a, bien sûr, de nombreux désaccords lorsqu’on en vient à démêler ce qui est « nécessaire » de ce qui ne l’est pas, mais nous sommes généralement d’accord sur le fait qu’il n’est pas possible de considérer le plaisir, le divertissement ou le confort comme relevant de la nécessité ou d’une quelconque raison convaincante. C’est pourquoi la plupart d’entre nous s’opposent, par exemple, aux combats de chiens, aux corridas ou aux « crush » videos qui érotisent l’écrasement de petits animaux par les pieds d’une femme.

La perspective abolitionniste reconnaît pour sa part que la presque totalité de l’exploitation animale se fait au nom du plaisir, du divertissement ou du confort. L’utilisation des animaux la plus importante, que ce soit sur le plan du nombre d’êtres impliqués aussi bien que sur le plan culturel, concerne l’alimentation. Chaque année, nous tuons à des fins alimentaires un nombre estimé à 58 milliards d’animaux terrestres, ainsi qu’un nombre inconnu et considérable d’animaux aquatiques. D’une manière générale, on a justifié, au moins en partie, la consommation d’aliments d’origine animale pour des raisons de santé et de nutrition saine. Toutefois ces raisons ont été largement discréditées, et il est maintenant établi qu’une alimentation végétalienne suffit à la santé. En outre, un nombre croissant de professionnels de la santé du courant dominant affirment que les aliments d’origine animale sont préjudiciables à la santé humaine. Par ailleurs, plus personne de sérieux ne doute que l’agriculture animale représente un désastre écologique. Aussi, la meilleure justification que nous avons pour infliger aux animaux cette quantité phénoménale de souffrance et de mort dans le cadre alimentaire, c’est qu’ils ont bon goût, que nous sommes habitués à manger des aliments d’origine animale et qu’ils sont pratiques. Et parce que notre utilisation des animaux est à 99 % d’une évidente frivolité, nous enfreignons un principe moral fondamental auquel nous affirmons adhérer par ailleurs : le principe qu’il est mal d’infliger « inutilement » souffrance et mort aux animaux.

Notre seule utilisation des animaux qui ne soit pas éminemment frivole et dont l’analyse nécessite le recours au vocabulaire du droit, a trait à la guérison des maladies humaines graves. En mettant de côté le fait qu’il y a de sérieux problèmes quant aux bénéfices pour la santé humaine censément obtenus grâce à la vivisection, nous ne pouvons justifier moralement l’utilisation des animaux dans des expériences où nous ne serions pas en mesure de justifier l’utilisation des humains. Nous considérons que les humains ont le droit fondamental de ne pas être utilisés exclusivement comme des ressources. Nous ne pouvons justifier le fait de ne pas étendre ce droit aux non-humains.

II.

Deuxièmement, un des corollaires du refus de l’exploitation animale est que les abolitionnistes ne soutiennent pas de campagnes visant à réglementer celle-ci. C’est-à-dire que les abolitionnistes ne soutiennent pas les campagnes pour les réformes de bien-être supposées améliorer le traitement des animaux exploités.

Au niveau théorique, si l’exploitation des animaux ne peut être justifiée moralement, alors nous ne devons pas promouvoir de campagnes (supposément) destinées à rendre cette exploitation plus « humaine ».

Au niveau pratique, les réformes de bien-être ne fonctionnent pas, en grande partie parce que les animaux ont le statut de biens. Cela coûte de l’argent de protéger les intérêts des animaux, et la plupart du temps nous les protégeons seulement lorsque nous en retirons un bénéfice, qui est presque toujours économique. Le statut de propriété des animaux a pour effet de limiter de manière structurelle les avantages qui pourraient leur être effectivement fournis, et la plupart des réformes ne font rien sinon modifier les pratiques de manière, par exemple, à augmenter les coûts d’élevage mais diminuer dans le même temps les coûts vétérinaires, si bien qu’elles ont pour effet global d’améliorer les rendements de production des exploiteurs. Même dans les situations où les coûts de production augmentent, cette augmentation dépasse rarement l’élasticité de la demande, de sorte que le marché des produits d’origine animale ne s’en trouve pas le moins du monde affecté. Les réformes de bien-être, donc, ne font rien pour éradiquer le statut de propriété des animaux. En outre, les mesures de bien-être rendent les gens plus à l’aise avec l’exploitation animale, ce qui les encourage à continuer d’exploiter les animaux.

L’approche abolitionniste des droits des animaux, en plus de rejeter les campagnes de réforme du bien-être, rejette les campagnes ciblées, qui cherchent à prohiber une utilisation particulière des animaux plutôt que de réformer les normes de leur traitement. Par exemple, les abolitionnistes ne soutiennent pas les campagnes contre la fourrure ou le foie gras. De telles campagnes véhiculent en effet l’idée que certaines formes d’exploitation seraient pires que d’autres, si bien qu’au sein d’une culture où l’utilisation des animaux est largement acceptée, la pratique qui n’est pas pointée du doigt est forcément perçue comme plus acceptable sur le plan moral. C’est ainsi que la fourrure est considérée comme quelque chose de mal, alors que le cuir et la laine sont, eux, vus comme des alternatives moralement acceptables. Idem pour le foie gras, quand on continue de percevoir les autres aliments d’origine animale comme acceptables et meilleurs sur le plan éthique. En outre, tant que les gens penseront que manger des aliments d’origine animale est moralement acceptable, ils ne parviendront pas à refuser des formes particulières d’utilisation. Depuis maintenant des dizaines d’années existent des campagnes ciblées contre la fourrure et des aliments variés (foie gras, veau, etc.), or la demande du public pour ces produits est toujours très forte.

III.

Troisièmement, l’approche abolitionniste considère le véganisme comme le principe éthique de base et maintient que nous ne saurions esquisser de distinction moralement cohérente entre la chair et les autres produits d’origine animale comme les produits laitiers ou les œufs, ou entre les aliments d’origine animale et l’utilisation des animaux pour l’habillement ou d’autres choses. Si les animaux comptent moralement, nous ne pouvons justifier le fait de les manger, de les porter ou de les utiliser. Si des individus se considèrent comme abolitionnistes, alors ils ne peuvent pas plus consommer de produits d’origine animale qu’un abolitionniste de l’esclavage humain ne peut posséder d’esclaves. L’approche abolitionniste voit le véganisme comme la seule réponse rationnelle à l’idée que les animaux ont une valeur morale. C’est-à-dire que si les animaux ont une valeur morale, s’ils ne sont pas des choses existant exclusivement en tant que ressources et moyens de satisfaire nos propres fins, alors nous ne pouvons justifier de les manger, de les porter ou de les utiliser.

L’approche abolitionniste considère le problème de l’exploitation animale essentiellement comme un problème de demande et non d’offre. C’est-à-dire que le problème ne réside pas dans le fait qu’il y ait des exploiteurs institutionnalisés qui procurent des produits d’origine animale au public, mais dans le fait que le public demande ces produits. Les welfaristes voient la solution essentiellement (sinon exclusivement pour certains d’entre eux) dans le fait de rendre l’offre plus « humaine » en améliorant la réglementation du traitement des animaux. Les abolitionnistes, eux, estiment que la solution réside essentiellement dans le fait de réduire la demande, en amenant les gens à accepter l’idée que l’exploitation animale est moralement injustifiable, et de ce fait à embrasser le véganisme.

En matière de militantisme, un abolitionniste doit s’engager dans une éducation au véganisme non-violente et créative qui peut prendre autant de formes variées que le permet l’imagination. Proposer de la nourriture végane lors d’un jour de marché local, distribuer des ressources informatives, enseigner dans les écoles primaires et secondaires, les universités ou en d’autres endroits, organiser des manifestations pacifiques, sensibiliser sa famille, ses amis et ses voisins au véganisme et au problème de l’exploitation animale sont toutes des choses qui aident à établir le véganisme comme la position par défaut de ceux qui se soucient moralement des animaux.

IV.

Quatrièmement, une caractéristique majeure de l’approche abolitionniste est qu’elle lie le statut moral des non-humains à la seule sentience et non à une quelconque autre caractéristique cognitive. La sentience, c’est la conscience subjective ; il y a quelqu’un qui perçoit et qui expérimente le monde. Un être sentient a des intérêts ; c’est-à-dire qu’il a des préférences, des besoins, des désirs. Le fait qu’un être soit sentient est nécessaire et suffisant pour qu’il ait le droit de ne pas être utilisé comme un moyen à des fins humaines, ce qui, corrélativement, impose aux humains l’obligation morale de ne pas l’utiliser en tant que ressource. Le problème ne réside pas dans la manière de traiter « humainement » un tel être : bien que moins de souffrance soit préférable à plus de souffrance, aucune utilisation que ce soit d’un animal sentient n’est moralement justifiable.

Bien que Singer considère la sentience comme une caractéristique nécessaire et suffisante pour bénéficier de la considération morale, il ne pense pas qu’elle soit à elle seule suffisante pour garantir l’être sentient du fait d’être utilisé comme ressource remplaçable — garantie dont bénéficient tous les humains « normaux ». C’est-à-dire que pour Singer, en vertu du fait que les humains sont conscients d’eux-mêmes et anticipent l’avenir, c’est une tragédie lorsqu’ils sont tués, ce qui fait de ces caractéristiques humaines, dans son esprit, l’équivalent d’un « droit à la vie ». Comme mentionné plus haut, bien que Singer estime que les grands singes nonhumains, les dauphins et les éléphants sont semblables aux humains dans la mesure où ils possèdent une conscience de soi de type humain, il y a un doute à cet égard concernant les autres animaux, et cela le conduit à rejeter l’idée que le véganisme doive constituer un quelconque principe moral de base. Singer se décrit lui-même comme « flexitarien ». Il juge le fait d’être un « omnivore consciencieux » comme une « position éthique défendable », tandis qu’à ses yeux, être un végan cohérent est « fanatique ».

L’approche abolitionniste rejette cette vision des choses. Elle soutient au contraire que tout être qui est sentient a conscience de soi, qu’il a donc un intérêt à poursuivre son existence et que les humains ont l’obligation de ne pas le traiter exclusivement comme ressource, indépendamment du degré « humain » du traitement qu’ils lui infligent. Aucune autre caractéristique cognitive située au-delà de la sentience n’est requise afin d’être garanti du fait d’être utilisé, et la position de Singer selon laquelle seuls les êtres disposant d’une conscience de soi de type humain ont un intérêt moralement significatif à continuer leur existence est intrinsèquement spéciste.

V.

Cinquièmement, l’approche abolitionniste des droits des animaux condamne le spécisme car, comme le racisme, le sexisme, l’hétérosexisme et le classisme, il a recours à des critères moralement non pertinents (celui de l’espèce en l’occurrence) pour ne pas tenir compte des intérêts des êtres sentients et les dévaluer. Mais l’opposition au spécisme ne fait sens que dans le cadre d’une opposition générale à toutes les formes de discrimination. C’est-à-dire que nous ne pouvons décemment nous opposer au spécisme si, en tant que défenseurs des animaux, nous ne prenons pas également position contre les autres formes de discrimination. Nous ne pouvons pas dire que nous considérons le critère de l’espèce comme moralement inacceptable pour ne pas tenir compte des intérêts des non-humains et les dévaluer, si parallèlement nous n’avons pas la même réflexion quant aux critères tout aussi moralement inacceptables de la race, du sexe ou de l’orientation et de la préférence sexuelles utilisés pour ne pas tenir compte des intérêts humains et les dévaluer. Notre opposition au spécisme exige que nous nous opposions à l’ensemble des discriminations.

VI.

Sixièmement, l’approche abolitionniste incorpore le principe de non-violence et rejette la violence comme moyen de parvenir à la justice pour les animaux. L’approche abolitionniste considérant le problème de l’exploitation animale comme une violence, elle ne saurait donc envisager la violence comme une solution au problème. En outre, l’approche abolitionniste pose que la défense de l’usage de la violence contre les exploiteurs institutionnels des animaux serait inévitablement arbitraire étant donné que ceux qui consomment des produits d’origine animale ne sont pas différenciables de manière pertinente des exploiteurs eux-mêmes.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University

Pour aller plus loin :

Gary L. Francione et Anna Charlton: Eat Like You Care: An Examination of the Morality of Eating Animals (Exempla Press, 2013)
Gary L. Francione et Robert Garner, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation? (Columbia University Press, 2010)

Gary L. Francione:

—–Animals as Persons: Essays on the Abolition of Animal Exploitation (Columbia University Press, 2008)
—–Introduction to Animal Rights: Your Child or the Dog? (Temple University Press, 2000)
—–Rain Without Thunder: The Ideology of the Animal Rights Movement (Temple University Press, 1996)
—–Animals, Property, and the Law (Temple University Press, 1995)

© 2013 Gary L. Francione

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2013 Gary L. Francione

Quelques réflexions sur la polémique autour de Melissa Bachman et du lion

Le 1er novembre, Melissa Bachman, l’animatrice d’une émission de chasse appelée Deadly Passion, a déclaré sur sa page Facebook avoir tué un lion en Afrique du Sud, photo à l’appui :

Il s’en est suivi une véritable levée de boucliers. Un article révèle que « Melissa Bachman a été lundi la cible de messages d’insulte emplis d’obscénités, certains allant jusqu’à souhaiter sa mort, lorsque les critiques sur Twitter, Youtube et d’autres réseaux sociaux ont fustigé l’habitante du Minnesota pour s’être vantée des frasques de ses expéditions de chasse. » Un autre article précise que « plus de 250 000 personnes ont signé une pétition en ligne réclamant au gouvernement sud-africain de lui refuser l’entrée dans le pays. La photo sur laquelle cette chasseuse de gros gibier pose, un grand sourire aux lèvres, à côté de la dépouille d’un lion a suscité l’indignation générale. »

Et c’est sans surprise que les grandes associations welfaristes ont immédiatement lancé une campagne de collecte de fonds ainsi qu’une pétition pour que le lion d’Afrique soit inscrit sur la liste des espèces menacées selon la Endangered Species Act (la loi américaine sur les espèces menacées).

J’avais publié un article à ce sujet sur ma page Facebook, mais j’ai dû supprimer les commentaires et le fil de discussion à cause de la misogynie et de la violence qu’ils véhiculaient.

Les gens sont en colère parce que Melissa Bachman a tué le lion sans aucune nécessité. Elle n’avait ni besoin ni aucune obligation de le faire.
Et la plupart d’entre nous trouvent cela horrible ; nous pensons qu’il est injuste de faire souffrir et de tuer un animal uniquement pour le plaisir qui en découlera.

Pourtant…

Nous tuons et mangeons environ 56 milliards d’animaux et cela sans compter les poissons. Sans nécessité ni obligation. Nous n’avons pas besoin de manger les animaux pour être en bonne santé ; et l’élevage représente un désastre écologique.

La meilleure excuse que nous avons pour justifier la souffrance et la mort de ces milliards d’animaux, qui auront pourtant vécu dans des conditions bien pires que celles du lion abattu par Bachman, consiste à dire qu’ils ont bon goût.

Alors en quoi ceux d’entre nous qui mangent les animaux sont-ils différents de cette femme ?

C’est une question rhétorique : en réalité, il n’y a aucune distinction morale fondée entre elle et la plupart d’entre nous. Le fait qu’elle tue des « espèces charismatiques » tandis que nous nous contentons de poulets, de cochons, de vaches et de poissons, est complètement hors de propos.

La schizophrénie morale observée autour du cas de Melissa Bachman n’est en rien différente des affaires Michael Vick, Mitt Romney, ou encore Kisha Curtis.

Il y a tout de même du positif : à chaque fois qu’un scandale de ce genre éclate, cela nous permet de réaffirmer notre adhésion à l’intuition morale largement répandue estimant qu’il est inacceptable de faire souffrir ou de tuer des animaux sans raison. Paradoxalement, nous avons déjà toutes les preuves nécessaires pour justifier le rejet de toute forme d’exploitation animale. Il s’agit juste de réaliser qu’il  n’y a objectivement aucune différence morale réelle entre le fait de tirer sur un lion pour s’amuser et celui de manger un steak par plaisir gustatif. Dans les deux cas, une vie a été prise sans raison valable.

Espérons que ces épisodes de schizophrénie morale provoqueront une prise de conscience chez certains d’entre nous qui choisiront d’accorder leurs estomacs et leurs convictions en devenant végans.

Gary L. Francione
Professeur à l’université Rutgers

©2013 Gary L. Francione

Mangez-vous comme vous aimez ?

Certaines personnes affirment qu’il est « extrémiste » d’être végan. Dans notre nouveau livre, Eat Like You Care, nous expliquons pourquoi c’est le fait de ne pas être végan qui est extrémiste.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2013 Gary L. Francione

Le partenariat de l’ « exploitation heureuse »

Voici le site Internet de Bell and Evans. Bell and Evans est un producteur de poulets. Bell and Evans annonce que HSUS, PETA et le partenariat Global Animal le soutiennent.

Alors, pitié, ne venez pas me dire que les principales organisations animalistes ne sont pas les partenaires des exploiteurs institutionnels des animaux.

Pitié.

Cliquez sur l’image afin de pouvoir lire les propos vantant l’ « exploitation heureuse ».

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2013 Gary L. Francione

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Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2013 Gary L. Francione

De la violence comme « divertissement »

Grand Theft Auto 5, jeu interactif consistant à participer à toutes sortes de violences cybernétiques contre les humains, y compris l’homicide, la torture et le viol (ou peut-être s’agit-il « juste » de cannibalisme), mais également contre les non-humains, est apparemment devenu le produit de divertissement qui s’est vendu le plus rapidement de tous les temps.

Quand j’ai émis un commentaire critique sur Facebook, toute une horde de joueurs est devenue furieuse à la simple suggestion que ce type de « jeux » nous encourageait à devenir insensibles à la violence. Ils insistaient sur le fait qu’on arrive à séparer le « jeu » de la réalité.

Les images violentes qui sont pour nous synonymes de « divertissement » pourraient ne pas pousser directement les gens à agir de façon différente, mais elles provoquent, sans aucun doute, un durcissement de la société ; elles déforment notre perception morale. Elles transforment ces images violentes en quelque chose qui ne nous repousse plus. Et cela est incontestablement significatif.

Vous voulez savoir pourquoi tant de « bonnes » personnes aux Etats-Unis ne se sont pas opposées à l’esclavage lié à la race ? Une des raisons en est qu’elles étaient entourées de nombreuses autres personnes qui soutenaient cette institution et considéraient « normal » le fait de posséder des Africains. Elles étaient insensibles à la violence de l’esclavage parce que cette violence les entourait. Elle ne les repoussait pas car elle faisait partie de la réalité morale qu’ils percevaient. Lorsque nous sommes cernés par une culture de violence et que nous nous y complaisons, nous devenons pareillement insensibles à la violence. Refuser de l’admettre est plus qu’absurde. Et c’est pour cela qu’au lieu de nous interposer et de venir en aide lorsque survient un incident violent dans la rue, nous restons là à ne rien faire, tout en filmant l’événement sur nos Smartphones.

Il y a des années, feu la féministe Andrea Dworkin affirmait que la pornographie violente engendrait des agressions sexuelles contre les femmes. Qu’elle ait raison ou non à propos d’un quelconque lien causal n’est pas le sujet. Même si le fait d’érotiser la violence contre les femmes ne peut être mis directement en relation avec l’agression sexuelle d’une femme précise, ce type de « divertissement » nous rend nécessairement, en tant que société, plus insensibles à la violence envers les femmes. Et c’est peut-être cela qui cause l’épidémie de violence contre les femmes qui existe de nos jours.

Alors, pouvons-nous séparer dans un sens le « divertissement » de la réalité ? Bien sûr. Mais pouvons-nous nier pour autant que le fait de considérer comme un « divertissement » l’imagerie violente impliquant des humains et des non-humains nous rend moralement insensibles ? Non, nous ne le pouvons pas. Et cela met la bonne foi à rude épreuve que de prétendre le contraire.

Je suis d’accord avec ceux qui disent que nos divertissements ont toujours été violents. Mais il est absurde d’affirmer qu’il n’y a pas de différence qualitative entre le Dracula de Bela Lugosi et des films comme Saw et Hostel, ou encore les jeux vidéo comprenant une violence extrême et « participative » contre des humains et des animaux.

Une des choses qui motivait l’opposition à la guerre du Viêt-Nam était les images d’enfants brûlés par le napalm. Après le Viêt-Nam, les reporters étaient « enfouis » pour éviter qu’ils continuent à diffuser ce genre d’images. Mais cela n’a plus d’importance de toute façon. Nous avons tellement l’habitude de voir des choses qui font que le napalm ressemble à une vraie partie de plaisir, que l’image d’un enfant en train d’en souffrir vraiment pourrait nous déranger, mais ne possède plus la force émotionnelle qu’elle avait à une époque et n’arrive plus à nous donner envie d’élever nos voix pour protester durablement.

Comprenez bien que je ne suis pas en train de soutenir la censure de films, de jeux vidéo ou de toute autre chose par le gouvernement. Les gouvernements ont de mauvais antécédents en la matière. Et je ne conteste pas que nous soyons en mesure, à un certain niveau, de séparer le « divertissement » de la réalité, en ce que ceux qui trouvent la violence divertissante ne s’engagent pas tous dans la violence.

En revanche, je suis pour le fait de nous demander pourquoi nous trouvons que les images d’extrême violence contre les humains et les non-humains ne sont pas repoussantes, et pourquoi nous les considérons, en effet, divertissantes.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Et ne vous faites jamais avoir par cette idée insensée que nous devrions soutenir l’« exploitation heureuse » afin que les gens deviennent végans. C’est le contraire : l’industrie tout entière de l’ « exploitation heureuse » n’a qu’un seul but : faire en sorte que le public soit encore plus à l’aise avec l’exploitation animale.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2013 Gary L. Francione