Archives mensuelles : octobre 2011

Vous avez foi (dans le welfarisme) ?

Vous avez foi (dans le welfarisme ?)

Je rejette les réformes de bien-être animal et les campagnes ciblées en ce qu’elles sont non seulement incohérentes avec les revendications de justice qui doivent être les nôtres si nous pensons réellement que l’exploitation des animaux est un mal, mais également parce que de telles approches ne peuvent fonctionner dans les faits. Les animaux sont des propriétés et protéger leurs intérêts coûte de l’argent ; par conséquent, le niveau de protection accordé auxdits intérêts sera toujours bas et les animaux, dans le meilleur des cas, seront toujours traités de manières qui seraient considérées comme de la torture si elles étaient infligées à des humains.

En approuvant les réformes de bien-être qui rendent soi-disant l’exploitation plus « compassionnelle », ou les campagnes ciblées qui suggèrent à tort qu’il y a une distinction morale pertinente entre la viande et les produits laitiers, ou entre la fourrure et la laine, ou entre un steak et du foie gras, nous trahissons le principe de justice qui pose que tous les êtres sentients sont égaux et qu’ils ne doivent pas être utilisés exclusivement comme des ressources humaines. Et sur le plan pratique, nous ne faisons pas autre chose que de rendre les gens plus à l’aise par rapport au fait d’exploiter les animaux.

Je maintiens que ceux qui estiment que les animaux sont des membres de la communauté morale doivent, à la place, rendre clair le fait que le véganisme, défini comme le fait de ne pas manger, porter ou utiliser les animaux, constitue un principe moral de base non négociable et sans équivoque, et qu’ils doivent consacrer leurs efforts et leurs ressources à une éducation végane populaire qui peut revêtir une myriade de formes créatives mais ne doit jamais comporter de violence.

Ceux qui critiquent ma vision des choses affirment que mon insistance sur la nécessité d’une défense du véganisme créative et non-violente requiert une sorte de foi afin qu’une telle approche fonctionne.

Je trouve ce genre de critique ironique en ce qu’il semblerait que s’il est une position qui requiert la foi (définie comme croyance maintenue envers et contre toute évidence empirique existante), alors cette position est bien celle des réformes de bien-être et des campagnes ciblées qui ne mèneront nulle part sinon à davantage d’exploitation animale.

Le bien-être animal : pourquoi ?

Comment peut-on croire que les réformes de bien-être mèneront à l’abolition ? Si nous examinons l’histoire de ces réformes, nous constatons que la plupart d’entre elles sont mineures, qu’elles n’ont guère été respectées et qu’elles ont même accru le rendement de production et fourni des bénéfices économiques aux producteurs. Nous évoluons dans le paradigme du bien-être animal depuis maintenant 200 ans et nous exploitons davantage d’animaux aujourd’hui, et de manières plus horribles, qu’au cours de toute notre histoire.

Comment peut-on croire que promouvoir l’exploitation « heureuse » mènera à l’abolition de l’exploitation ? Faites preuve de bon sens. L’exploitation « heureuse » ne mènera nulle part sinon à rendre le public plus à l’aise devant certaines formes d’exploitation animale. Si tel n’était pas le cas, les industries de l’exploitation, qui marchent main dans la main avec les grandes corporations de bien-être animal, n’investiraient pas toutes les ressources qu’elles mettent dans les campagnes pour l’exploitation « heureuse » et autres campagnes de labelling.

Comment peut-on croire qu’en continuant de la sorte à renforcer et consolider le paradigme des animaux considérés comme des propriétés, nous abolirons un jour l’exploitation animale ?

Comment peut-on croire que les campagnes ciblées mèneront à l’abolition de l’exploitation ? Jetons seulement un œil sur les campagnes ciblées de longue date, comme la campagne contre la fourrure. Cette campagne est menée depuis des décennies, or l’industrie de la fourrure n’a jamais été aussi puissante. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a aucune base morale autorisant à distinguer la fourrure de la laine ou du cuir, ou le fait de porter les animaux et celui de les manger. Tant que les gens ne comprendront ni n’accepteront ce principe moral général, ils ne percevront pas le problème qu’il y a à ne dénoncer que les utilisations spécifiques. Et ce n’est pas une réponse que de dire, ainsi que le font de nombreux défenseurs, que la fourrure représente une utilisation gratuite des animaux. Parce que le fait de les manger l’est aussi. Nous mangeons les animaux parce qu’ils ont bon goût. Et les plaisirs du palais ne constituent pas une justification meilleure que la mode.

Comme je l’ai écrit ailleurs, les partisans des réformes de bien-être n’abordent jamais ces questions ; ils se contentent de dire que les critiques qu’on leur adresse « sèment la zizanie », ou que les alternatives à leur manière de voir sont « trop idéalistes ». En d’autres termes, nous n’avons rien à dire.

Le véganisme comme principe moral de base : pourquoi pas ?

L’appel à une défense du véganisme créative et non-violente défie les gens d’appliquer un principe moral que la plupart d’entre eux acceptent et prétendent considérer comme important : à savoir qu’il est moralement mal d’infliger souffrance et mort aux animaux sans nécessité, et que le plaisir, le divertissement ou le confort ne sauraient constituer des nécessités. Lorsque les gens sont confrontés à l’argument qui pose que critiquer Michael Vick pour les combats de chiens qu’il a organisé n’a aucun sens si parallèlement nous mangeons les animaux ou des produits d’origine animale, ou avec celui qui rappelle la similarité des animaux que nous aimons et de ceux que nous mangeons ou portons, ils peuvent ne pas devenir tous immédiatement végans, mais au moins aurons-nous fait en sorte qu’ils commencent à réfléchir en termes moraux au problème général de l’utilisation des animaux. Et dans la mesure où l’argument porte – et il portera pour beaucoup -, alors ils commenceront à envisager la question de l’éthique animale d’une autre manière.

Si, comme je le soutiens, nous ne pouvons justifier l’utilisation, fût-elle « humaine », des animaux, alors nous devons être clairs là-dessus. Nous devons dire clairement que nous ne pouvons justifier le fait de les manger, de les porter ou de les utiliser. Point barre. Si les personnes qui se soucient de ces questions ne désirent pas encore abandonner l’utilisation des animaux et devenir véganes, elles peuvent adopter la politique des petits pas qu’elles veulent. Mais une telle politique ne doit jamais être considérée comme normativement désirable si nous croyons réellement que l’utilisation des animaux est injuste. De la même façon que nous ne dirions jamais d’un sexisme et d’un racisme « humains » ou « heureux » qu’ils sont acceptables, nous ne devons jamais dire de la viande, des produits laitiers ou de n’importe quel produit d’origine animale « humains » ou « heureux » qu’ils sont moralement acceptables.

Enfin, promouvoir le véganisme comme principe moral de base n’est pas davantage une question de « pureté » morale que ce ne l’est lorsqu’on promeut la justice pour les humains. On aime à nous répéter que même si nous devenons végans, nous ne pouvons éviter de causer du mal aux non-humains. C’est vrai. Vivre dans le monde et s’engager dans n’importe quelle sorte d’action a nécessairement des conséquences défavorables pour autrui, qu’il soit humain ou nonhumain. Nous devons, bien sûr, nous efforcer de causer le moins de mal possible à l’ensemble des êtres sentients. Mais le fait que nous ne puissions éviter entièrement le mal ne veut pas dire que nous ne devons pas au moins mettre fin à tout le mal intentionnel que nous infligeons aux non-humains sentients, de la même façon que ce n’est pas parce que nous ne pouvons éliminer toute la violence du monde qu’il devient pour autant moralement acceptable de tuer les autres humains.

Si nous voulons jamais abandonner le paradigme de la propriété, alors nous devons amener les gens à reconnaître que l’utilisation des animaux, fût-elle « humaine », ne peut se justifier moralement. Je suis persuadé qu’une défense du véganisme créative et non-violente n’est pas seulement cohérente avec l’exigence de justice qu’implique, selon moi, la position des droits des animaux, mais qu’elle est le meilleur moyen de parvenir à ce but qui consiste à déplacer le paradigme de la propriété vers la notion que les animaux sont des personnes morales.

Les militants engagés dans une éducation végane créative et non-violente rapportent tous que les résultats sont stupéfiants ; que les gens réagissent, et réagissent positivement.

Et je suis certain que le fait de croire que les réformes de bien-être, les campagnes ciblées, l’exploitation « heureuse », etc. nous mèneront partout sauf à un plus grand niveau de confort dans l’exploitation des animaux exige une forme de foi particulièrement aveugle.

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Si vous n’êtes pas végan, pensez à le devenir. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète ; et c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Si vous êtes végan, sensibilisez toutes les personnes avec qui vous êtes en contact au véganisme d’une manière créative et non-violente. Si vraiment nous considérons les animaux comme des membres de la communauté morale ; si vraiment nous croyons que nous ne pouvons justifier la souffrance et la mort non nécessaires des animaux, alors nous ne pouvons justifier le fait que des milliards d’entre eux meurent pour le plaisir de nos palais.

Et rappelez-vous : le véganisme n’est pas seulement une affaire de réduction de la souffrance ; c’est une question de justice morale fondamentale. C’est ce que nous devons à ceux qui, comme nous, tiennent à leur existence et veulent continuer à vivre.

Le Monde est Végan! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Commentaire sur l’intelligence de type humain et la valeur morale

Nous tombons fréquemment dans la presse sur de nouveaux articles annonçant que les scientifiques ont déterminé que les animaux nonhumains possèdent certaines caractéristiques cognitives que nous associons à l’intelligence humaine. Ceci implique que si les animaux nonhumains ont une intelligence de type humain, alors ils ont une plus grande valeur morale : plus « intelligents » ils seront (en termes humains), plus ils auront de valeur.

Cette approche est problématique pour plusieurs raisons :

Premièrement, il n’y a absolument aucun rapport logique entre la possession d’une intelligence de type humain et la moralité d’utiliser les animaux comme des ressources. La possession d’une intelligence de type humain peut indiquer que certains animaux ont des intérêts que d’autres animaux peuvent ne pas avoir. Les grands singes nonhumains, qui de fait possèdent une intelligence de type humain sous de nombreux aspects, peuvent avoir des intérêts que les chiens ou les poissons n’ont pas. Mais les grands singes nonhumains, les chiens et les poissons ont tous intérêt à ne pas être traités comme des ressources, et ceci simplement en vertu du fait qu’ils sont des êtres sentients et qu’ils possèdent une conscience subjective. Tous les êtres sentients ont intérêt à ne pas souffrir et à poursuivre leur existence, et ces intérêts sont nécessairement niés dès lors que ces êtres sont traités comme des ressources humaines.

Nous proclamons que l’intelligence humaine est moralement précieuse en soi parce que nous sommes des humains. Si nous étions des oiseaux, nous dirions que la capacité à voler est moralement précieuse en soi. Si nous étions des poissons, nous dirions que la capacité à vivre sous l’eau est moralement précieuse en soi. Mais en dehors de telles proclamations évidemment auto-intéressées, il n’y a rien de moralement précieux en soi dans l’intelligence humaine.

Deuxièmement, dans la mesure où nous affirmons que l’intelligence de type humain est moralement pertinente, alors nous sommes nécessairement englués dans l’idée que les humains dotés d’une plus grande intelligence ont moralement plus de valeur que les humains dotés d’une intelligence moindre. Ceci se vérifie dans la réalité ; nous pouvons ne pas traiter tous les humains de la même façon. Nous payons un chirurgien du cerveau plus qu’un concierge, parce que nous estimons davantage les compétences du premier. Mais même en supposant que ces écarts salariaux soient légitimes, dirions-nous que le concierge vaut moins que le chirurgien, par exemple dans des cas où il nous faudrait décider lequel des deux devrait être utilisé comme donneur d’organes forcé ou comme participant malgré lui d’une expérience douloureuse ? Bien sûr que non. Dans les cas où il s’agirait d’être utilisé exclusivement comme une ressource pour autrui, le concierge et le chirurgien sont égaux.

Et, à moins que nous ne voulions être spécistes, nous devons conclure que tous les êtres sentients – humains et nonhumains – sont égaux dès lors qu’il s’agit de ne pas être traités comme des ressources.

Troisièmement, les tests d’ « intelligence » sont de ceux auxquels les animaux nonhumains peuvent ne jamais gagner. Nous savons depuis des décennies que les grands singes nonhumains possèdent une intelligence de type humain, en raison des similarités génétiques existant entre eux et les grands singes humains. Il est peu probable que d’autres animaux nonhumains montrent jamais de plus haut degré d’intelligence de type humain. Et pourtant nous continuons d’exploiter les grands singes nonhumains (et de nombreux autres primates nonhumains) de toutes sortes de façons.

Les jeux d’ « intelligence » ne sont que cela – des jeux. Il y a encore une autre raison de ne pas accorder aujourd’hui aux animaux une signification morale en vertu d’une plus ridicule (et douloureuse) recherche pour déterminer s’ils peuvent résoudre des casse-tête mathématiques humains ou exécuter d’autres tâches sans aucune pertinence morale.

Nous savons déjà tout ce que nous avons besoin de savoir pour parvenir à la conclusion que nous ne pouvons justifier de manger, de porter ou d’utiliser les animaux – parce que, comme nous, les animaux sont sentients. Ils possèdent une conscience subjective. Ils ont intérêt à ne pas souffrir et à poursuivre leur existence.

Rien d’autre n’est requis.

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Si vous n’êtes pas végan, pensez à le devenir. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète ; et c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Si vous êtes végan, sensibilisez toutes les personnes avec qui vous êtes en contact au véganisme d’une manière créative et non-violente.

Le Monde est Végan! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione