Archives mensuelles : mars 2011

La logique d’un régime végan

Chers Collègues,

Tant que nous mangerons les animaux et des produits d’origine animale, ce qui n’est en rien nécessaire et ne sert que le plaisir de nos palais, nous continuerons à utiliser les animaux à d’autres fins tout aussi frivoles. En d’autres termes, si vous pensez qu’il est normal d’imposer souffrance et mort aux animaux simplement parce que vous aimez le goût qu’ils ont et qu’ont les produits qu’on leur soutire, il est peu probable que vous pensiez que les cirques, les zoos, la chasse et les vêtements d’origine animale soit moralement inacceptables.

Amener les gens à voir que ce qu’ils font trois fois par jour et chaque jour de leur vie est inacceptable sur le plan moral est la clé pour leur faire ouvrir les yeux sur l’immoralité de l’ensemble de l’utilisation des animaux.

Cela relève de la simple logique et du sens commun.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est, moralement, la bonne chose à faire.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

L’utilisation « compassionnelle » des animaux est un non-sens

Chers Collègues,

Les droits des animaux obéissent à une logique binaire : soit vous exploitez les animaux, soit vous devenez végan.

Il n’y a pas de troisième choix.

Vous ne pouvez pas exploiter « avec compassion ». Vous exploitez, un point c’est tout. Votre « compassion » n’est rien d’autre que vous faire vous sentir plus à l’aise par rapport au fait de continuer à exploiter les animaux. L’exploitation « compassionnelle » des animaux nonhumains n’a rien à faire avec l’obligation de justice que nous leur devons.

La justice exige que nous cessions complètement d’utiliser les animaux. L’exploitation des animaux faite « avec humanité » n’est rien d’autre qu’un fantasme. Toute forme d’utilisation des animaux implique leur torture. Et même si tel n’était pas le cas, même si nous étions capables de traiter les animaux que nous exploitons « avec humanité », nous ne pouvons justifier de les utiliser et de les tuer pour le plaisir de nos palais, au nom de la mode, du divertissement, ou de quelque autre motif que ce soit.

Ne vous y trompez plus : l’exploitation des animaux « compassionnelle » est un non-sens, de la même façon que l’esclavage ou le génocide « compassionnels » en sont un.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est, moralement, la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Deux nouvelles interviews : Citizen Radio et NZ Vegan Podcast

Chers Collègues,

Le 29 mars, j’étais interviewé au sujet des droits des animaux et du véganisme par Jamie Kilstein et Allison Kilkenny de Citizen Radio. Vous pouvez écouter cette interview ici.

Le 24 mars, Elizabeth Collins de NZ Vegan Podcast a discuté avec moi de mon nouveau livre, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, des campagnes ciblées et de la sentience des plantes. Le podcast est en deux parties. Vous pouvez en prendre connaissance ici et ici.

J’espère que vous prendrez plaisir à écouter ces interviews, et qu’elles stimuleront vos pensées à propos de nos obligations de justice envers les animaux nonhumains.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est, moralement, la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Rien à Voir avec de la Science

Chers Collègues :

Une fois de plus, on nous soutient qu’il n’y a aucune différence d’ordre significatif ou qualitatif entre les animaux et les plantes. Dans l’article No Face but Plants Like Life Too, bien qu’elle ait abandonné la consommation de viande, Carol Kaesuk Yoon écrit la chose suivante :

Mon entrée dans ce qui semblait être une position d’ordre moral était étonnamment déplaisante. J’étais assaillie non seulement par un désir étrangement intense de poulet mais aussi par des cauchemars où je mangeais un steak rare et somptueux — je pouvais sentir distinctement le goût de la graisse de cuisson — et desquels je me réveillais paniquée, jusqu’à ce que je comprenne que je n’avais été carnivore que dans mon imagination.

Les tentations et les mises à l’épreuve étaient partout. Ce qui fut le plus surprenant, c’est de découvrir que je ne pouvais en fait pas m’expliquer ni expliquer à qui que ce soit d’autre pourquoi tuer un animal était pire que tuer les nombreux végétaux que je mangeais désormais.

Elle découvre que :

formuler une justification véritablement rationnelle pour ne pas manger d’animaux, tout du moins lorsque l’on consommait toutes sortes d’autres organismes, était difficile, voire peut-être impossible.

Et elle déclare :

Les plantes n’ont pas l’air de se soucier d’être tuées, pour autant que l’on puisse observer. Mais c’est peut-être justement là que se trouve la difficulté.

À l’inverse d’une vache qui meugle, qui court, les réactions d’attaque d’une plante sont beaucoup plus difficiles à détecter pour nous. Mais tout comme un poulet qui court sans sa tête, le corps d’un plant de maïs arraché du sol ou coupé en morceaux lutte pour sa survie, aussi vigoureusement et avec autant de vains efforts, si ce n’est de façon moins évidente pour la vue et l’ouïe humaine.

Ce qui est troublant à propos de cet essai, c’est qu’il se trouve dans la rubrique Science du New York Times. Mais il n’y a pas la moindre trace de science ici.

Tout d’abord, personne ne doute du fait que les plantes soient vivantes, ni qu’elles réalisent toutes sortes de processus compliqués. Mais il y a une différence essentielle entre les plantes et les animaux.

La différence entre l’animal et le végétal implique la sentience. C’est à dire que les non-humains — ou du moins, ceux que nous exploitons régulièrement — sont clairement conscients de leurs perceptions. Les êtres sentients ont des pensées ; ils ont des préférences, des désirs, ou des volontés. Cela ne veut pas dire que les pensées animales sont comme les pensées humaines. Il se peut, par exemple, que les pensées des êtres humains, qui utilisent un langage symbolique pour évoluer dans leur monde, soient très différentes de celles des chauves-souris, qui utilisent l’écholocalisation pour parcourir le leur. Mais cela n’est pas pertinent ; l’être humain et la chauve-souris sont tous les deux des êtres sentients. Ils font tous les deux partie des catégories d’êtres qui ont des intérêts ; ils ont tous les deux des préférences, des désirs, ou des volontés. L’être humain et la chauve-souris peuvent avoir une conception différente de ces intérêts, mais il ne peut y avoir aucun doute raisonnable sur le fait qu’ils possèdent tous les deux des intérêts, y compris un intérêt à éviter la douleur et la souffrance ainsi qu’un intérêt à continuer à vivre.

La différence entre les plantes et les êtres humains et êtres sentients non-humains est qualitative dans le sens où les plantes sont très certainement vivantes mais ne sont pas sentientes. Les plantes n’ont pas d’intérêts. Il n’y a rien qu’une plante désire, veuille ou préfère car il n’y a aucune pensée pour opérer ces activités cognitives. Quand nous disons qu’une plante a « besoin » ou « veut » de l’eau, nous n’affirmons rien de plus au sujet de la situation mentale de la plante que lorsque nous disons qu’un moteur de voiture a « besoin » ou « veut » de l’huile. Il peut être dans mon intérêt de mettre de l’huile dans ma voiture. Mais ce n’est pas l’intérêt de ma voiture ; ma voiture n’a pas d’intérêts.

Une plante peut répondre à la lumière du soleil et à d’autres stimuli mais cela ne veut pas dire que la plante est sentiente. Si je fais passer du courant électrique au travers d’un fil attaché à une cloche, la cloche sonne. Mais cela ne veut pas dire que la cloche est sentiente. Les plantes n’ont pas de systèmes nerveux, de récepteurs de benzodiazépine, ni aucune des caractéristiques que nous attribuons à la sentience. Et tout cela est du bon sens scientifique. Pourquoi est-ce que les plantes auraient-elles évolué vers la sentience alors qu’elles ne sont pas en mesure de répondre à une attaque qui leur cause des dégâts ? Si vous placez une plante au contact d’une flamme, la plante ne peut pas s’enfuir ; elle reste là où elle se trouve et brûle. Si vous mettez un chien au contact d’une flamme, le chien fait exactement ce que vous feriez — il hurle de douleur et essaye de s’enfuir loin du feu. La sentience est une caractéristique qui est apparue chez certains êtres pour leur permettre de survivre en échappant à un stimulus nocif. La sentience ne serait d’aucune utilité à la plante ; les plantes ne peuvent pas « s’échapper. »

Même les Jaïns, qui considèrent que les plantes possèdent un sens (le toucher), reconnaissent que les plantes et les animaux (y compris les insectes) sont qualitativement différents et interdisent la consommation d’animaux mais pas celle de végétaux.

Ensuite, si C. Yoon se préoccupait réellement de l’exploitation des végétaux, alors elle reconnaîtrait qu’en mangeant des produits animaux, elle consomme en réalité plus de végétaux que si elle consommait ces végétaux directement. Il faut plusieurs kilos de plantes pour produire un kilo de viande. Alors lorsque C. Yoon s’assoit pour manger ce « steak rare et somptueux », elle consomme environ 12 kilos de plantes.

Si les plantes représentaient un problème d’ordre moral et si C. Yoon se souciait de moralité, alors, à moins qu’elle ne décide de jeûner jusqu’à la mort, elle demeure moralement obligée de manger des végétaux car elle en consommera moins si elle les consomme directement et elle évitera souffrance et mort aux mammifères, oiseaux ou poissons — lesquels sont tous clairement sentients au même titre que les êtres humains sont sentients (malgré toutes les différences cognitives entre les humains et les autres animaux).

C. Yoon soutient que nous pouvons douter du manque de sensibilité de certains animaux, tels que les éponges. Bien qu’il soit vrai qu’il existe toujours des zones d’ombre, je suis certain que C. Yoon ne mange pas beaucoup d’éponges. Les animaux que nous consommons régulièrement — vaches, poulets, porcs, poissons — sont tous indubitablement sentients.

Alors quel est le sens de tout cet essai ?

La réponse se trouve dans le dernier paragraphe, qui commence par :

Mes efforts pour renoncer à la viande n’ont pas duré plus que quelques années.

C. Yoon ne voulait pas être végétarienne plus longtemps. Elle avait très envie de ce « steak rare et somptueux ». Il lui a fallu se convaincre qu’il n’y avait aucune différence entre les plantes et les animaux, que c’était vraiment du pareil au même, de telle sorte qu’elle soit en mesure de manger ce steak dont elle rêvait. Mais cela n’a rien à voir avec de la science.

Rien n’est plus à même d’évoquer chez quelqu’un une inquiétude si fervente pour les végétaux qu’une invitation à ne plus consommer de produits d’origine animale ou le désir de recommencer à en manger. Rien.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est, moralement, la bonne chose à faire.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Pourquoi le Véganisme doit être la Base

Chers collègues :

Imaginez que vous soyez en train de discuter avec un groupe de personnes qui sont des amateurs de voitures de collection et qui conduisent juste pour le plaisir de conduire, non pour un quelconque but particulier. En fait, ces personnes pensent que conduire des voitures de collection pour le plaisir est une tradition importante, un élément crucial de leur culture et, quotidiennement, ils prennent leurs voitures et conduisent juste parce qu’ils aiment ça et qu’ils considèrent cela comme partie intégrante de leur personne.

Si vous deviez expliquer à un tel groupe de personnes qu’il est moralement inacceptable d’utiliser leurs voitures pour se rendre au cabinet d’un médecin pour passer un examen médical, ou pour conduire un membre de leur famille aux urgences, ces personnes penseraient certainement que cela n’a aucun sens. Après tout, elles pensent qu’il est acceptable de conduire simplement pour le plaisir. En effet, la conduite pour le plaisir est un aspect important de leur vie. Pourquoi accepteraient-elles de croire que conduire pour une bonne raison est une mauvaise chose alors qu’elles pensent que conduire pour leur simple plaisir en est une bonne ?

Imaginez un second scénario. Au lieu d’essayer de persuader ce groupe de personnes que conduire pour une raison médicale sérieuse est mauvais, vous soutenez que prendre la voiture pour le plaisir et pour une destination déterminée -qui n’est pas différente de n’importe quelle autre destination- est mauvais. Une fois de plus, ces conducteurs pour le plaisir trouveraient votre position étrange car purement arbitraire. Pourquoi est-ce que conduire pour le plaisir jusqu’à un point donné serait différent de conduire jusqu’à un autre endroit ? Et s’ils étaient susceptibles d’accepter que conduire jusqu’à une destination choisie arbitrairement était mauvais, cela ne répondrait pas à la question de savoir si conduire pour le plaisir en général est mauvais. Leur activité préférée serait menacée.
Cette hypothèse simple nous aide à comprendre les raisons morales, logiques et psychologiques pour lesquelles le véganisme doit être le fondement du mouvement pour les droits des animaux et pourquoi les campagnes ciblées n’ont aucun sens.

Manger des animaux : Souffrance et Mort pour le plaisir de la bouche

La plupart des gens mangent de la chair animale et des produits animaux. Personne ne soutient que nous avons besoin de manger ces produits pour une meilleure santé ; au contraire, les professionnels de la santé publique affirment de plus en plus que les produits d’origine animale sont mauvais pour la santé humaine. Mais que la nourriture animale soit néfaste ou pas, elle n’est certainement pas indispensable. Même la très conservatrice American Dietetic Association reconnaît ceci :

La position de l’American Dietetic Association est que les régimes alimentaires végétariens correctement menés, y compris les régimes végétariens stricts ou vegan, sont bons pour la santé, nutritivement appropriés et peuvent apporter des bénéfices sur le plan de la santé dans la prévention et dans le traitement de certaines maladies. Les régimes alimentaires végétariens correctement planifiés sont appropriés pour les individus quel que soit leur stade de développement dans le cycle de vie, y compris la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence et même pour les athlètes.

Et nous savons que l’élevage du bétail est une catastrophe écologique.
La seule justification que nous avons pour imposer cette souffrance terrible (dans les conditions les plus «humaines») et la mort de 56 milliards d’animaux terrestres ainsi qu’un nombre inconnu mais probablement d’égale envergure de poissons et autres animaux aquatiques, est que leur chair a bon goût.
Nous prenons part à cet impressionnant massacre d’animaux pour notre plaisir, notre amusement ou pour des raisons de commodités. Consommer des animaux sans raison valable est une part importante de la vie quotidienne de la plupart des gens. En réalité, de nombreuses personnes considèrent qu’infliger ces atroces souffrances est totalement inutile et ces mises à mort représentent une importante tradition, quelque chose faisant partie intégrante de notre « exceptionnalisme humain ».

La vivisection

Maintenant, imaginez-vous défendre l’idée selon laquelle l’utilisation des animaux pour les expérimentations biomédicales est inacceptable. Comme je l’ai affirmé, il y a un doute raisonnable au sujet de la nécessité de la vivisection en tant que science empirique et il n’y a aucune justification morale pour la vivisection. Cependant, une écrasante majorité des gens pensent que la vivisection est importante pour la santé humaine.

Pourquoi est-ce que des gens qui pensent qu’il est acceptable d’infliger souffrance et mort aux animaux pour leur plaisir considèreraient-ils qu’il y a quelque chose de moralement inacceptable dans le fait d’utiliser les animaux pour un motif qu’ils pensent (à tort à mon avis) en fait être nécessaire et bénéfique? Pourquoi est-ce que des gens qui sont prêts à boucher leurs artères avec du gras animal parce qu’ils aiment le goût des produits d’origine animale ne voudraient-ils pas soutenir le massacre de plus d’animaux pensant (là encore, à tort selon moi) que de la mort de ceux-ci résultera un traitement pour leurs problèmes de santé ?

La réponse est simple : ils ne le veulent pas. Ils ne le peuvent pas.

Opposer l’argument que la vivisection est moralement inacceptable à des gens qui consomment des produits d’origine animale serait comme dire à des amateurs de voitures de collection que les conduire pour une raison valable est moralement inacceptable. Ces amateurs pensent que conduire pour une raison aussi futile que le plaisir est tout à fait acceptable. Pourquoi penseraient-ils qu’il y a quelque chose d’intolérable dans le fait de prendre leur voiture pour se rendre chez le médecin ou pour aller aux urgences ? Et s’ils devaient accepter que conduire pour une raison importante était mauvais, leur activité préférée serait sérieusement remise en cause de manière générale.

C’est pourquoi, malgré 200 ans de campagnes contre la vivisection, non seulement cette pratique continue mais le nombre d’animaux utilisés lors d’expériences biomédicales est en fait en constante augmentation.

Les autres campagnes ciblées

Considérons maintenant les campagnes ciblées qui ne se basent pas sur la vivisection, telles que les campagnes contre un certain type de chasse, ou les campagnes contre l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques, ou les campagnes contre la fourrure. Ces campagnes reviennent à choisir arbitrairement une destination et dire à nos amateurs de voiture de collection que rouler jusqu’à cette destination est mauvais voire pire que de rouler jusqu’à une autre destination. Ils pensent que c’est acceptable de rouler pour le plaisir alors pourquoi penseraient- ils que rouler jusqu’à une destination sélectionnée arbitrairement serait mauvais ?

Encore une fois, ils ne le voudraient pas. Ils ne le pourraient pas.

De la même manière, ceux qui consomment des produits animaux et qui pensent qu’il est moralement acceptable d’imposer souffrance et mort à des animaux pour notre plaisir gustatif, participent à cette utilisation animale tous les jours, plusieurs fois par jour même. Pourquoi penseraient-ils que la chasse est mauvaise alors qu’ils vont au supermarché et achètent des produits faits à partir d’animaux qui ont souffert tout autant, si ce n’est plus, que les animaux que l’on chasse ? Pourquoi penseraient-ils qu’utiliser des animaux pour d’autres raisons futiles est moralement inacceptable ? Ils mangent des animaux par goût et ils vont au zoo ou aux courses hippiques : pourquoi penseraient-ils que les animaux sauvages dans les cirques présentent un problème particulier ? Ils portent de la laine et du cuir, les deux sont issus d’une inimaginable dose de souffrance animale. Pourquoi auraient-ils un problème particulier avec la fourrure ?

Voilà pourquoi, malgré des dizaines d’années de campagnes ciblées contre la chasse, ce «sport» persiste toujours ; voilà pourquoi la plus longue campagne ciblée de l’histoire du plaidoyer animal, à savoir la campagne contre la fourrure, demeure un échec retentissant. Bien que ce genre de campagnes puissent susciter un certain intérêt, la réalité est qu’elles sont vouées à l’échec dans une culture qui considère la consommation d’animaux pour la nourriture comme acceptable.

Aussi longtemps que nous vivrons dans une culture qui ne remet pas en question l’utilisation des animaux pour la nourriture, encore une fois pas seulement le traitement des animaux mais l’utilisation des animaux, les gens n’adopteront généralement jamais les campagnes ciblées de quelque manière que ce soit. La plupart des gens verront ces campagnes comme arbitraires. La plupart des gens reconnaîtront que les utilisations d’animaux sur lesquelles se concentrent les campagnes ciblées ne sont pas pires que les utilisations qu’ils considèrent comme acceptables. Et ils sont prêts à s’engager dans l’exploitation animale non-nécessaire chaque jour de leur vie ; pourquoi auraient-ils un quelconque problème avec une autre utilisation des animaux qui est tout aussi dispensable ?

J’ai récemment discuté avec quelqu’un qui était impliqué dans une campagne contre la chasse dans un parc particulier. Il s’est retiré de la campagne et m’a expliqué qu’il a décidé que ce que faisaient les chasseurs n’était en fait pas différent de ce qu’il faisait en achetant et mangeant de la viande de son supermarché local et puisqu’il n’était sûrement pas prêt à abandonner ça, il ne pouvait considérer la logique de s’opposer à la chasse.

Et, bien entendu, il avait raison. La chasse est une activité morbide et c’est très dérangeant de savoir qu’une personne s’amuse à tuer un cerf ou un lapin. Mais quelle est la différence entre manger des animaux que l’on a chassés et des animaux dont on achète les cadavres dans un supermarché ? Réponse : il n’y a aucune différence. En effet, l’animal dont on achète le cadavre dans un magasin pourrait très bien avoir eu une vie et une mort pire que l’animal que l’on a chassé, cet animal fût-il un animal «heureux» élevé dans une ferme «heureuse» et abattu dans un abattoir conçu par Temple Grandin.

Je discutais avec une autre personne qui a, pendant des années, été impliquée dans la campagne contre le massacre des phoques. Elle s’est retirée de cette campagne car elle a décidé qu’il n’y avait vraiment aucune différence entre la fourrure de phoque et la fourrure en général, la laine, ou la peau de n’importe quel autre animal et que, puisqu’elle n’était pas prête à abandonner ses vêtements à base d’animaux, la campagne en faveur des phoques était juste en fait basée sur le simple fait que les groupes de protection animale récoltent davantage d’argent parce que les phoques sont des animaux tellement mignons, et cela n’était vraiment pas une bonne base pour une position morale.

Et, bien entendu, elle avait raison. La fourrure de phoque n’est pas différente d’aucune autre sorte de fourrure ni même de la laine ou du cuir. Tout cela est terrible et nous ne devrions porter aucun vêtement à base d’animaux. Car ce n’est tout simplement pas nécessaire. Mais encore une fois, manger de la chair, des produits laitiers, des œufs, etc. ne l’est pas davantage. Et aussi longtemps que nous penserons que manger des animaux est acceptable, remettre en question d’autres utilisations non-nécessaires, ou définir une sorte d’utilisation pire qu’une autre paraîtra arbitraire parce que ça l’est.

En 2007, j’ai rédigé l’éditorial d’un journal, qui fut republié en 2009, argumentant que le combat de chiens de Michael Vick n’était, d’un point de vue moral, aucunement différent de la consommation de produits animaux. J’ai reçu littéralement des milliers de réponses par rapport à cet éditorial. Beaucoup de personnes étaient d’accord avec ma position ; beaucoup de personnes ont dit que cet éditorial les avait incitées à réfléchir sur le véganisme ; beaucoup ont dit qu’elles étaient devenues vegan après réflexion. Mais personne, personne, qui n’était pas d’accord avec ma position, n’a été capable d’expliquer pourquoi ce que Michael Vick a fait était pire que ce que le reste d’entre-nous faisons. C’est parce qu’il n’y a aucun moyen cohérent de distinguer ce que Vick a fait de ce que tout le monde fait.

En 2009, lorsque Vick sortit de prison et signa avec les Philadelphia Eagles, j’ai discuté avec un homme qui m’a dit que, quand bien-même il était un grand fan des Eagles et continuerait à assister à leurs matchs, il ne pourrait jamais plus prendre plaisir à voir jouer Vick à cause de l’incident du combat de chiens. Je lui ai demandé s’il mangeait des hot-dogs et des hamburgers lorsqu’il se rendait à des matchs de football américain. Il répondit «oui». Je lui ai fait remarquer que les animaux utilisés pour ces produits qu’il appréciait ont eu une vie et une mort sans doute bien pires que les chiens de Vick.

Il n’a pas eu de réponse. Parce qu’il n’y a pas de réponse.

Conclusion

La conclusion à en tirer est claire : à moins de, et tant que nous n’amènerons pas les gens à remettre en question et à rejeter leur consommation journalière et entièrement non-nécessaire d’animaux, nous échouerons à les amener à s’opposer, d’une quelconque manière sérieuse, à l’utilisation d’animaux qu’ils perçoivent comme nécessaire et non-triviale, comme la vivisection, ou à d’autres utilisations tout autant dispensables qu’ils voient, assez justement, comme arbitrairement choisies par les avocats de la défense animale et pas pires que les utilisations qu’ils cautionnent et dans lesquelles ils s’engagent dans leur vie de tous les jours.

Le véganisme doit être la base si nous voulons avoir un quelconque espoir de détourner le paradigme des animaux en tant que choses vers celui des animaux en tant que personnes non-humaines.

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Si vous n’êtes pas végan, pensez à le devenir. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète ; et c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Université Rutgers
©2011 Gary L. Francione

Conférence à venir aux Collèges Hobart & William Smith

Chers collègues :

Je suis honoré d’avoir été choisi en tant que Professeur Distingué de Philosophie Foster P. Boswell 2011 aux Collèges Hobart & William Smith à Geneva, New York.

En tant que Professeur Distingué Boswell, je présenterai « Animaux : Notre Schizophrénie Morale » jeudi 31 mars 2011 à 16:30. L’événement aura lieu dans l’auditorium Albright.

La conférence est ouverte au public et j’espère que ceux d’entre vous qui se trouvent dans cet endroit de la partie nord de New-York y assisteront.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione

©2011 Gary L. Francione

Et qu’en est-il des quatre autres chiens ?

Chers collègues :

Jeudi 25 février, un agent de contrôle des animaux d’Oklahoma a administré des injections létales à cinq chiens errants. Samedi, l’agent a découvert que l’un des chiens, un chiot à qui il avait donné deux injections létales, était toujours en vie. Le chiot a été emmené chez un vétérinaire qui a parlé de la survie du chien sur un site d’adoptions d’animaux. Et maintenant, des centaines de personnes en provenance des États-Unis et du Canada sont en train d’essayer de l’adopter.

Pourquoi ?

Des millions d’animaux en bonne santé sont tués chaque année dans les refuges parce que personne n’en veut. Et maintenant, parce que ce chien a échappé à la mort d’une façon visiblement miraculeuse, des centaines de gens veulent l’adopter. Selon un commentaire, « les gens s’intéressent à ce chiot parce que son histoire est unique ».

Cette histoire ressemble à celles d’animaux de ferme qui échappent aux abattoirs et sont recueillis dans des foyers pour y finir leurs jours. Eux aussi sont « spéciaux ». Ils ont échappé à l’exploitation institutionnalisée que nous avons établi. Ils ont trompé la mort.

Beaucoup de gens pensent que lorsqu’un animal échappe à la mort de cette façon, c’est en quelque sorte un signe divin. Ce genre d’événements renforce ironiquement l’idée selon laquelle c’est parce qu’il n’y a aucune intervention divine pour tous les autres animaux tués dans les « refuges » ou dans les abattoirs que c’est ainsi que les choses doivent se dérouler pour ces autres animaux. Ils sont tués dans le cadre de l’ordre « naturel ».

Mon hypothèse est que si Dieu existe, il/elle est tout autant préoccupé(e) par les quatre autres chiens qui ont été tués vendredi par l’agent de l’Oklahoma, les millions d’autres qui sont tués dans les « refuges » et les milliards d’autres encore qui sont tués pour la simple raison que nous sommes égoïstes au point de penser que le plaisir de nos bouches justifie de priver un autre être sentient de sa vie.

Et quel que soit le point de vue de Dieu sur la situation, je suggère que nos réactions dans ce genre de situations nous amènent à réfléchir aux raisons qui nous poussent à participer à l’injustice de l’exploitation animale tout court plutôt que de penser que seuls les animaux « chanceux » qui échappent à l’injustice institutionnalisée ont une importance d’ordre morale.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Et si vous en êtes capable, adoptez ou accueillez un non-humain sans domicile. Nous les avons fourrés dans ce pétrin ; nous avons l’obligation collective de les aider à s’en sortir. Il y a beaucoup de chiens, chats et d’autres non-humains sans foyer dans votre région. Et ils sont tous spéciaux.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Addendum, 5 mars 2011 :

Dans un bulletin télévisé d’ABC « Miracle Mutt: Puppy Rises Again » du 4 mars, l’agent de contrôle des animaux qui a tenté de tuer le chien a déclaré : « Je dirais que le Seigneur avait prévu quelque chose pour ce chien ». Apparemment, le Seigneur n’avait rien prévu pour les autres chiens que l’agent a tué. Un autre commentateur au sujet du chien, désigné par « notre héros » dans l’histoire, déclare : « Il est là pour une raison ». Les autres chiens n’avaient pas de raison d’être. Ils étaient tout simplement des déchets.

Simplement au cours des deux derniers jours, 44 chiens ont été ajouté à la liste de chiens à euthanasier de la ville de New York, mais selon les nouvelles d’ABC, il y a des « milliers » de personnes partout dans le monde qui veulent adopter le « Miracle Mutt » (ndt: « Cabot Miraculeux »). Et comme la plupart des gens qui regardent les programmes d’ABC, ces personnes consomment des repas composés de chair et autres produits d’origine animale.

Nous sommes une espèce très étrange et notre schizophrénie morale au sujet des animaux non-humains ébranle certainement notre prétention à être supérieur sur la base de notre rationalité.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

La Science Intervient : les Réformes de bien-être animal n’ont aucune utilité

Chers collègues :

Ceux qui soutiennent les réformes de bien-être animal sont tous très exaltés. Ils se réfèrent à un article du Journal sur l’Économie de l’Agriculture intitulé Impacts des campagnes de communication sur le Bien-Être animal sur la Demande de viande et les réformistes clament que « La Science Intervient Enfin : Les Campagnes pour les Réformes de Bien-Être Animal amènent les Gens à Acheter Beaucoup Moins de Viande. »

Je suis actuellement en train de discuter avec des collègues formés en économie et en statistiques pour apporter une réponse complète à cette étude, qui souffre à mon avis de problèmes méthodologiques et a été mal conçue. Mais je dirais que même un bref examen de l’article suffit pour se rendre compte que les affirmations des réformistes sont pour le moins hyperboliques.

Avant toute chose, la consommation de viande augmente et ne diminue pas. Cette étude ne dit pas que les campagnes réformistes ont donné lieu à une réelle diminution de la consommation de viande. Au contraire, elle expose que la demande, mesurée sur une période d’environ dix ans, n’a pas augmenté autant que les auteurs l’auraient pensé si l’attention des médias sur les questions de bien-être animal n’avait pas augmenté. Les auteurs reconnaissent le fait que ce freinage de la hausse de la demande est « faible, mais statistiquement significatif ».

Il y a de nombreux, très nombreux problèmes avec cette étude. Par exemple, les auteurs n’ont pas été capable de trouver le même « faible » résultat dans le cas des vaches. Ils affirment en outre que « cette perte de la demande quitte le complexe de la viande plutôt que de se répercuter sur la demande des autres viandes ». Mais ils définissent le « complexe de la viande » comme celui des vaches, porcs et volailles. Le taux moindre d’augmentation de la demande, « faible » comme le reconnaissent les auteurs, pourraient s’être déplacé vers de nombreux autres produits d’origine animale qui ne font pas partie du « complexe de la viande » tel qu’il est défini. Les auteurs indiquent aussi clairement que faire le lien entre les résultats qu’ils ont trouvé et les préoccupations de l’ordre du bien-être animal pose problème.

En bref, la consommation d’animaux est en hausse mais elle n’a pas augmenté autant en ce qui concerne les porcs et les poulets, et cela pourrait s’expliquer par des préoccupations de bien-être animal mais cela pourrait aussi n’avoir rien à voir avec des préoccupations de bien-être animal et tout ralentissement de l’augmentation de la demande pourrait très bien se refléter par un changement sur le marché des poissons, des oeufs, des produits laitiers et des aliments préparés à base de viande.

Et c’est ce qui exaltent les réformistes ?

Au cours des dix dernières années, les organisations réformistes ont dépensé des milliards de dollars pour la promotion de leurs campagnes de bien-être. Mettons de côté les problèmes d’ordre méthodologique de cette étude ; si c’est le meilleur résultat que les réformistes sont en mesure de montrer, alors je serais d’accord pour dire que la science est, en effet, intervenue : les réformes de bien-être animal sont inutiles et absolument pas rentables.

Je publierai des informations complémentaires pour une réponse plus formelle au fur et à mesure que la chose se profile.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais, surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais rien dans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione