De la nécessité d’une Vegan Society

Chers Collègues,

La Vegan Society a effacé, sur son forum de discussion Facebook, l’intégralité de la discussion portant sur le fait de savoir s’il était normal que figure, dans son magazine The Vegan, de la publicité pour des restaurants/établissements non-végans.

Je voudrais bien savoir pourquoi ?

Le 21 février, j’ai reçu un courriel émanant du Chef de l’Information de la Vegan Society me remerciant de mes commentaires sur le sujet et reconnaissant que j’avais « soulevé une question pertinente » à propos de la politique qui consiste à accepter des réclames pour des établissements servant produits laitiers, œufs, etc.

La Vegan Society a déclaré aux membres que « les administrateurs ont pris acte des commentaires postés sur Facebook concernant les publicités et sont en train de discuter des questions soulevées. » Mais apparemment personne, y compris les membres et les autres personnes ayant pris part à la discussion, n’est autorisé à en débattre sur la page Facebook que les administrateurs ont lue pour leur information.

Et donc, sans aucun avis préalable, la Vegan Society a décidé que la discussion sur Facebook, dont les administrateurs avaient pris connaissance et dont la Société avait reconnu qu’elle soulevait une « question pertinente », violait les lois de son forum et en a effacé la totalité.

J’ai recopié la majeure partie du débat avant que la Vegan Society le fasse disparaître : vous pouvez en prendre connaissance ici. Vous déciderez par vous-même de ce que la Vegan Society considère comme discours illégitime et inacceptable.

Etant donné que la discussion s’est poursuivie cinq jours avant que la Vegan Society la supprime, tout se passe comme si, voyant que la grande partie de l’opinion tournait en sa défaveur, elle avait décidé que le débat devait prendre fin. Il est également passionnant de voir que dans le temps de la discussion entière, la Vegan Society n’a répondu sur le fil qu’une seule fois – pour dire (en partie) :

La présence de publicités (y compris d’encarts) dans le magazine The Vegan n’implique pas notre acceptation desdites publicités.

(Amanda Baker, 18 février 2011)

Il y a maintenant engagement avec le débat !

La seule chose qui soit claire en tout cas, c’est qu’il n’est certainement pas clair que la Vegan Society soit une société végane.

En vertu de ce sur quoi la Vegan Society, dans sa réponse aux membres, s’appuie pour justifier sa politique (à savoir le fait que Donald Watson acceptait des publicités pour des établissements non-végans en 1946), je suis revenu en arrière et j’ai relu l’interview de Watson que George D. Rodger, de la Vegan Society, réalisa en 2002.

Nous pouvons en tirer deux observations.

Premièrement, il est clair comme le cristal que, d’un point de vue moral, Watson considérait les produits laitiers, les œufs, etc., aussi répréhensibles que la viande. C’est pourquoi il avait fondé la Vegan Society en 1944.

Deuxièmement, il est tout aussi clair que, d’un point de vue psychologique/sociologique, il croyait que la majorité des gens peut aller, ou ira vers le véganisme, seulement via le végétarisme. C’est-à-dire qu’il pensait que, pour des raisons qui ressortent autant à la psychologie qu’à la sociologie, la plupart des gens abandonneront d’abord la viande avant d’abandonner les produits laitiers et les autres produits d’origine animale non-carnés.

Même si l’analyse psychologique/sociologique de Watson était correcte en 1946, lorsqu’il acceptait apparemment les réclames d’établissements végétariens non-végans, ce n’est certainement plus vrai en 2011. Si c’était vrai, alors The Vegan devrait regorger de publicités pour produits laitiers, œufs, etc., ainsi que de toutes sortes d’encouragements adressés aux gens afin qu’ils consomment davantage de produits laitiers et moins de viande. The Vegan ne devrait pas seulement accepter des réclames payées pour Lancrigg, Paskin’s etc. : il devrait offrir des espaces gratuits à tous les établissements végétariens non-végans et, même, à tousles établissements servant de la viande (et pas seulement aux restaurants végétariens ou vegan-friendly), puisque c’est soi-disant seulement à travers le végétarisme que la plupart des gens parviennent au véganisme.

Dans la mesure où une telle analyse psychologique/sociologique possède une quelconque validité, ce n’est pas à cause de l’attachement humain aux traditions, ni de quelque « nécessité » d’ordre social. C’est parce que ceux d’entre nous qui prétendent se revendiquer de l’éthique ont accompli, à ce propos, un travail de sensibilisation du public insuffisant. C’est parce que les « associations animalistes » elles-mêmes, en 2011, font la promotion de produits d’origine animale « heureux », sponsorisent des labels viande/produits laitiers « heureux », déclarent que devenir végan est « difficile » et « rebutant », soutiennent qu’être végan à temps partiel [nouvelle mode baptisée veganishism] est bien assez bon, appellent « fanatiques » et « puristes » ceux qui défendent le véganisme, et continuent d’entretenir le fantasme selon lequel il y aurait une distinction morale cohérente entre la viande et les autres produits d’origine animale non-carnés, etc., etc., etc.

Le fait d’accepter des réclames pour des endroits tels que Lancrigg, le fait de voir, dans les pages de The Vegan, un établissement servant des produits d’origine animale (et décrit comme « Un Havre de Paix & d’Inspiration »), envoie au public le message suivant : « Ne pas être végan, mais l’être seulement quand on en a envie [veganishism] est acceptable ». Cela envoie au public le message comme quoi viande et produits laitiers seraient moralement différenciables. Cela envoie au public le message comme quoi il n’y aurait rien de mal à « un peu » d’exploitation.

Cela envoie surtout le message que rien de cela n’est végan, tel que moi, je comprends le truc. Et il est ridicule de prétendre qu’un désaveu réglera les choses.

Nous sommes en 2011, pas en 1946. La Grande-Bretagne n’est plus à l’époque de l’après-guerre, au temps du rationnement alimentaire. Nous avons fait du chemin dans notre compréhension des questions morales touchant à l’éthique animale. Quelle qu’ait été l’analyse psychologique/sociologique de Watson en 1946 (ou en n’importe quelle autre année d’ailleurs), nous devons accepter que du moment que nous embrassons le principe moral établi par Watson en 1944, nous avons l’obligation d’être clairs et sans équivoque sur le fait que nous ne pouvons justifier la consommation de produits laitiers, d’œufs, etc., tout comme nous ne pouvons justifier la consommation de viande. Nous devons mettre un terme à l’idée qu’il existe une distinction moralement cohérente entre la viande et les autres produits d’origine animale non-carnés. Nous devons arrêter de nous cacher derrière des désaveux qui s’efforcent (sans y parvenir) de masquer le rejet de ce principe moral quand il est financièrement commode de le faire.

Je demande respectueusement à la Vegan Society de cesser d’accepter des publicités pour des établissements non-végans. Encore une fois, c’est une chose que de faire de la réclame pour un produit végan « disponible à Sainsbury’s ». C’en est une autre que d’en faire pour le département alimentaire entier de Sainsbury’s, quand bien même il possède plusieurs produits végans. La Vegan Society, si elle est réellement le phare du principe qui porte son nom, n’a pas le droit d’accepter de réclames de la deuxième espèce.

Je suis sincèrement désolé si j’ai froissé mes amis de la Vegan Society, mais j’estime ce sujet d’une importance cruciale. Sinon, je n’aurais pas passé tant de temps là-dessus à un moment où je suis extrêmement occupé avec l’Université et une foule d’obligations professionnelles, et où je dois veiller sur des colonies de chats errants, des animaux adoptés, etc.

Je note aussi que la Vegan Society m’a bloqué l’accès du forum de discussion Facebook. Je n’étais pas au courant de l’existence de ce forum avant la semaine dernière, lorsqu’un membre de la Vegan Society m’a demandé d’examiner une discussion particulière dont il pressentait qu’elle était problématique. Bien que je me fusse concentré essentiellement sur la question des réclames non-véganes, j’étais également ravi de participer à des débats stimulants sur d’autres sujets. Je suis désolé de ne plus être en mesure d’agir conjointement avec les gens merveilleux rencontrés sur le forum, au moins sur le site de la Vegan Society.

Je suis désolé qu’il n’y ait manifestement aucune association qui veuille défendre le principe moral suivant, à savoir que pas d’exploitation signifie pas d’exploitation. Il n’y a aucune association qui veuille promouvoir le véganisme comme principe moral de base. Mais cela vient simplement renforcer ma conviction selon laquelle le mouvement végan doit être un mouvement populaire.

J’ai par le passé été un fervent défenseur de la Vegan Society, et je continuerai de promouvoir les idéaux moraux de Donald Watson alors même que la Vegan Society ne le fait pas. Et je rendrai disponible en temps utile le fil de discussion effacé afin que les gens puissent constater par eux-mêmes ce que la Vegan Society considère apparemment comme un inacceptable discours.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais surtout, c’est moralement la bonne chose à faire. Vous ne ferez jamais riendans votre vie d’aussi facile et satisfaisant.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione

Addenda, 5 mars 2011 :

J’ai reçu aujourd’hui un courrier émanant de la Présidence du Conseil de Gestion de la Vegan Society. Celui-ci déclare en partie :

C’est en raison de votre référence offensante à Watson se retournant dans sa tombe (il a encore des parents en vie), que la décision de bloquer votre accès à notre page Facebook a été prise. Vos remarques quant à notre politique publicitaire n’ont joué aucun rôle dans cette décision.

Cette remarque figurait dans mon tout premier commentaire Facebook sur le sujet, daté du 18 février. Apparemment, cela a pris quatre jours à la Vegan Society pour décider, le 22 février, que je devais être banni. Et tout en me bannissant, plutôt que d’effacer simplement le commentaire prétendument offensant, la Société a trouvé le moyen d’effacer l’intégralité de la discussion, celle-là même dont elle affirme par ailleurs qu’ « elle n’a joué aucun rôle dans sa décision » de me bannir. C’est une bonne leçon soit sur l’inefficacité de la bureaucratie, soit sur les manières d’offrir, de manière apparemment transparente, un prétexte pour bannir quelqu’un. En tout cas, si quelqu’un à la Vegan Society m’avait signalé que ma remarque posait problème, j’aurais été heureux de l’effacer et de reposter mon commentaire, quand bien même je n’eusse pas été d’accord pour dire qu’elle était inopportune.

La politique de discussion de la Vegan Society interdisant les commentaires « faisant la promotion de produits, de services, de recettes, etc., non-végans », je pensais donc qu’en faisant remarquer que son magazine contenait des publicités pour un restaurant décrit par ailleurs comme « Un Havre de Paix & d’Inspiration », et servant œufs et produits laitiers – les produits d’animaux ayant été torturés –, je respectais précisément le point de vue de Donald Watson. Je n’ai certainement jamais voulu dénigrer Watson, et ce d’aucune manière. Bien au contraire. Je suis désolé si certains de mes commentaires ont causé quelque angoisse à la Vegan Society, mais je crois que le vrai problème ici, c’est l’angoisse causée aux animaux ayant été exploités par un restaurant pour lequel The Vegan a fait de la publicité.

Quant aux descendants de Donald Watson et aux inquiétudes de la Vegan Society les concernant, je pense que s’ils sont végans, ils doivent également trouver dérangeante la publicité faite dans The Vegan autour d’un restaurant non-végan décrit comme « Havre de Paix & d’Inspiration », ainsi que la réaction très hostile de la Vegan Society à mon égard pour avoir dénoncé une telle politique. S’ils ne sont pas végans, alors m’est avis qu’ils n’ont nullement prêté attention à l’incident.

Bref, je suis vraiment désolé d’avoir contrarié mes amis de la Vegan Society, mais j’estime que c’est une question de principe très importante qui est ici en jeu.

Gary L. Francione
©2011 Gary L. Francione