Archives mensuelles : décembre 2010

Nécessité de la théorie

Chers Collègues :

De nombreux défenseurs des animaux semblent croire que nous pouvons nous passer de théorie. D’après eux, nous devons simplement agir « pour les animaux » et pourrions nous occuper de théorie plus tard.

Cette manière de voir est erronée sur au moins deux plans.

Premièrement, sans théorie, comment allons-nous décider de ce que nous devons promouvoir ? Si je veux faire quelque chose maintenant pour aider les animaux et que je n’ai pas de théorie quant à leur statut moral, comment décider quoi faire ?

Si je décide de passer l’après-midi à discuter avec un groupe de personnes de l’exploitation animale et que je n’ai pas de théorie, comment vais-je décider de quoi parler ? Comment déciderai-je si je dois leur dire de ne consommer aucun produit d’origine animale ou de consommer des produits d’origine animale soi-disant « heureux » ?

La réponse est on ne peut plus claire : nous ne pouvons faire de choix intelligent ou informé si nous n’avons pas de théorie guidant notre choix. Avant de parler aux gens ; avant de décider quel forme d’activisme poursuivre, je dois être clair quant au fait de savoir si la position morale correcte est de consommer des œufs de « poules élevées en liberté » ou de ne pas manger d’œufs ; je dois être clair quant au fait de savoir si la position morale correcte est de manger des poulets qui ont été gazés au lieu d’être électrocutés, ou de ne pas manger les poulets.

Il est intéressant de noter que la plupart de ceux qui clament que nous n’avons pas besoin de théorie pour agir maintenant « pour les animaux » ont en fait une théorie : celle qui consiste à dire que le problème n’est pas le fait d’utiliser les animaux, mais la manière dont nous les utilisons ; celle qui consiste à dire qu’il est acceptable d’utiliser les animaux tant que nous les traitons « humainement ». Ces personnes affirment que nous ne devons pas nous embêter avec les abstractions de la théorie ; selon elles, nous devrions simplement aller dans la rue et promouvoir les œufs de « poules élevées en liberté », les poulets gazés ou que sais-je encore.

Mais leur position est motivée par une théorie.

Et cela m’amène au second point.

Parfois, certaines idées sont tellement ancrées dans notre culture que nous n’avons même pas conscience de l’importance avec laquelle elles façonnent et déterminent notre réalité. Une de ces idées est que les hommes sont, en tant que groupe, de plus grande valeur que les femmes, et que les femmes sont davantage estimées pour leur apparence et comme fournisseuses de services sexuels que pour leurs capacités. Cette idée fait tellement partie de notre culture que beaucoup d’entre nous n’en sommes même pas conscients ; nous considérons comme « normale » la manière dont les femmes sont culturellement représentées et ne voyons pas que cette représentation renforce le patriarcat.

Une autre idée du même genre (et que l’on peut faire remonter historiquement fort loin) veut que les animaux se moqueraient du fait que nous les utilisions, et qu’ils se soucieraient seulement de la manière dont nous les traitons. Cette idée représente le socle même de la position welfariste qui domine notre manière de penser les relations entre humains et nonhumains, exactement de la même façon que le patriarcat domine nos idées sur la valeur des femmes.

Au XIXe siècle, les réformateurs sociaux progressistes comme Jeremy Bentham affirmaient que nous devions inclure les animaux dans la communauté morale car, même s’ils différaient des humains sur plusieurs points, ils pouvaient, à l’instar des humains, souffrir, et que cela était suffisant pour fonder nos obligations morales envers eux. Selon Bentham, bien qu’un cheval ou un chien adultes soient plus rationnels et plus capables de communiquer qu’un enfant humain, « la question n’est pas : peuvent-ils penser ?, ni : peuvent-ils parler ?, mais : peuvent-ils souffrir ? » Mais cela ne signifiait pas que nous ne devions pas utiliser et tuer les animaux à des fins humaines tant que nous les traitions bien. Selon Bentham, les animaux vivent dans le présent et ne sont pas conscients de ce qu’ils perdent quand nous leur prenons la vie. Si nous les tuons et les mangeons, « nous en sommes mieux, et ils n’en sont pas plus mal, car ils n’ont point comme nous ces longues et cruelles anticipations de l’avenir. » Si, comme Bentham le soutenait apparemment, les animaux n’ont pas, factuellement, d’intérêt à la poursuite de leur existence, et que la mort ne leur est pas un mal, alors le fait de les tuer ne serait pas en soi un problème moral aussi longtemps que nous les traitons et tuons « humainement ».

Et c’est exactement ce que la plupart d’entre nous pensent à propos de l’utilisation des animaux. Le point de vue de Bentham est explicitement promu par Peter Singer, et même le théoricien des droits Tom Regan soutient que la mort représente un plus grand mal pour les humains que pour les nonhumains en ce que ces derniers auraient moins d’occasions de satisfaction que les premiers.

D’après moi, cette opinion – qui veut que notre utilisation des animaux, si elle est « humaine », est moralement acceptable – est, sous une forme ou une autre, acceptée par à peu près tout le monde. C’est-à-dire que même les gens qui n’ont jamais entendu parler de Jeremy Bentham ou Peter Singer adhèrent pleinement à cette opinion théorique si invasive que nul ne reconnaît même à quel point elle structure notre vision des relations entre humains et animaux.

Et, de même que le sexisme invasif de notre culture, elle est fausse.

Cette opinion purement théorique, selon laquelle les animaux ne prendraient pas intérêt à leurs existences et ne se soucieraient pas du fait que nous les utilisions et tuions tant que nous le faisons « humainement », est basée sur la notion qu’avoir un intérêt à continuer de vivre exige un sens de conscience de soi que nous associons aux humains normaux.

Ainsi que je l’affirme dans mon plus récent livre, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, dans Introduction to Animal Rights: Your Child or the Dog? et sur ce site, il s’agit là d’une posture spéciste en ce qu’elle privilégie arbitrairement la conscience de soi de type humain. Cette opinion théorique sur la moindre valeur de la vie animale est le Léviathan tapi dans l’ombre. Que nous aimions ou non la théorie, nous avons besoin d’en venir aux prises avec cette idée avantd’entreprendre une quelconque défense des animaux. Si nous sommes d’accord avec Bentham, Singer et la théorie dominante du welfarisme animal, alors nous plébisciterons les réformes de bien-être ; nous plébisciterons les œufs de « poules sans cage » ; nous plébisciterons la consommation des poulets gazés au lieu des poulets électrocutés ; nous soutiendrons les labels viande/produits laitiers « heureux » ; nous ferons la promotion du « flexitarisme » et considérerons le véganisme simplement comme un moyen de réduire la souffrance. Si, en revanche, nous ne soutenons pas une telle opinion théorique, si nous considérons à la place que tous les êtres sentients ont une valeur morale égale dont le destin n’est pas d’être utilisé comme ressource, alors nous plébisciterons le véganisme comme un principe moral de base non négociable.

Nous ne pouvons d’un côté prétendre accepter l’égalité, et de l’autre soutenir le réformisme welfariste sous prétexte que les gens vont continuer de toute façon à consommer les animaux. Indépendamment du fait que si nous croyons réellement en l’égalité, promouvoir des réformes de bien-être revient à promouvoir une pédophilie ou un esclavage « humains », les réformes de bien-être, dans les faits, ne fonctionnent pas. Les animaux sont considérés comme des produits et comme des biens. Protéger leurs intérêts coûte de l’argent, et les traitements les plus « humains » qu’on pourra jamais imaginer seront toujours de la torture, car c’est ainsi qu’on les nommerait si c’étaient des humains qui en étaient victimes.

Quoi que vous tentiez, vous ne pouvez éviter la théorie. Vous pouvez seulement choisir la théorie de l’égalité ou accepter la théorie dominante du bien-être, qui pose que la vie animale est de moindre valeur morale

Mais dans tous les cas, vous devrez faire un choix, et votre activisme sera nécessairement influencé par ce choix.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2010 Gary L. Francione

Une pensée simple pour Noël 2010

Nous ne connaîtrons jamais la paix sur la terre aussi longtemps que nous aurons à nos tables et sur nos corps la souffrance et la mort.

La paix commence avec ce que vous mangez, portez et utilisez.

Etre végan n’est pas suffisant pour mener une vie non-violente – mais c’est certainement nécessaire.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile ; c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2010 Gary L. Francione

Non, le Véganisme Ethique n’est pas extrême

Chers Collègues :

Le véganisme éthique n’a rien d’extrême.

Ce qui est extrême, c’est de manger de la chair décomposée et des sécrétions animales.

Ce qui est extrême, c’est de considérer certains animaux comme des membres de notre famille et de planter nos fourchettes dans les cadavres d’autres animaux.

Ce qui est extrême, c’est de penser qu’il est moralement acceptable d’infliger la souffrance et la mort à d’autre créatures sentientes simplement parce que nous aimons le goût des produits d’origine animale ou le look que nous confèrent les vêtements fabriqués à partir des animaux.

Ce qui est extrême, c’est de reconnaître que la souffrance et la mort « non nécessaires » ne peuvent être moralement justifiées, et de continuer pourtant à exploiter quotidiennement les animaux pour des motifs qui sont complètement non nécessaires.

Ce qui est extrême, c’est de prétendre être pour la paix tout en faisant de la violence, de la souffrance, de la torture et de la mort une part quotidienne de nos vies.

Ce qui est extrême, c’est de condamner des gens comme Michael Vick, Mary Bale et Sarah Palin et les traiter de scélérats tout en continuant de manger, d’utiliser et de consommer des produits d’origine animale.

Ce qui est extrême, c’est de prétendre nous soucier des animaux et penser qu’ils sont des membres de la communauté morale tout en patronnant, soutenant, encourageant et promouvant la viande « heureuse » et les plans de labelling de viande et de produits laitiers « heureux » (voir 123).

Ce qui est extrême, c’est de ne pas manger de viande tout en continuant à consommer des produits laitiers, alors qu’il n’y a absolument aucune distinction rationnelle entre la viande et les produits laitiers (ou les autres produits d’origine animale). La production des produits laitiers, des œufs, etc., entraîne autant de souffrances et de mort pour les animaux que la production de viande.

Ce qui est extrême, c’est d’adopter un régime alimentaire qui provoque des maladies et représente un désastre écologique.

Ce qui est extrême, c’est d’encourager nos enfants à aimer les animaux tout en leur apprenant que ceux qu’ils aiment sont aussi ceux à qui nous pouvons faire du mal. Nous apprenons à nos enfants que l’amour est compatible avec la réification. Ça, c’est vraiment extrême – et très triste.

Ce qui est extrême, c’est de croire au fantasme selon lequel nous pourrions trouver notre boussole morale et respecter les animaux tout en continuant à mettre ceux-ci dans nos assiettes et sur nos tables, sur notre dos et à nos pieds.

Non, le véganisme éthique n’est pas extrême. En revanche, il y a beaucoup de choses que nous faisons quotidiennement, auxquelles nous ne prêtons même pas attention, qui, elles, sont extrêmes.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile, c’est meilleur pour votre santé et la planète. Mais c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2010 Gary L. Francione

L’Approche Abolitionniste des Droits des Animaux en Chine !

Chers Collègues :

Plusieurs d’entre vous ont écrit pour s’enquérir de la façon dont faire connaître la théorie abolitionniste dans des pays tels que la République Populaire de Chine. Eh bien, voici une photo de mon livre, Introduction to Animal Rights: Your Child or the Dog?, traduit et publié en Chine par les Presses de l’Université Chinoise de Droit et de Sciences Politiques de Pékin. Cette Université possède l’une des facultés de droit les plus cotées du pays.

Le Pamphlet Approche Abolitionniste est également disponible en chinois.

Le Monde est végan ! Si vous le voulez.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile : c’est meilleur pour votre santé et pour la planète. Mais c’est surtout, moralement, la bonne chose à faire.

Gary L. Francione
©2010 Gary L. Francione

L’absurdité de la compétition entre les étiquettes « humanitaires »

Chers collègues :

Il arrive que l’on ne sache pas par quoi commencer.

C’est là une de ces fois.

La Humane Society of the United States (HSUS) a apparemment entrepris un recours collectif contre les fermes Perdue :

La Humane Society of the United States a annoncé l’enregistrement d’un recours collectif contre le troisième plus grand producteur national de poulets, Perdue Farms, parce que ce dernier aurait prétendu que des poulets élevés intensivement étaient élevés de façon « humaine ».

La poursuite – enregistrée par un membre de la HSUS au nom des consommateurs dupés par les fermes Perdue – allègue que Perdue a illégalement publicisé ses produits au poulet de marque « Harvestland » et « Perdue » comme des produits issus de poulets « élevés humainement », en violation de la New Jersey Consumer Fraud Act. Les demandeurs veulent un procès avec jury et ils visent à obtenir des dommages compensatoires pour les membres du groupe, ainsi que l’émission d’une injonction contre l’utilisation future de l’étiquette « élevés humainement » de Perdue.

« Les compagnies comme Perdue exploitent la demande explosive des consommateurs pour une amélioration du bien-être animal pour leur propre profit », affirme Jonathan Lovvorn, vice-président et avocat à la tête du département de litige pour la protection animale de la HSUS. « Plutôt que de mettre en œuvre des réformes quant au bien-être animal, Perdue a simplement collé des étiquettes affichant « élevés humainement » sur ses produits issus de l’élevage industriel, espérant que le consommateur ne fasse pas la différence. »

Les standards sur lesquels Perdue a basé ses étiquettes « élevés humainement » sont les soi-disant « lignes directrices du bien-être animal » du National Chicken Council – l’agence de commerce de l’industrie du poulet. La poursuite allègue que ces lignes directrices permettent des traitements qu’aucun consommateur raisonnable ne considérerait comme « humains ».

Dr. Temple Grandin, qui compte parmi les plus grands experts mondiaux de la manipulation et de l’abattage d’animaux de ferme, le dit franchement dans un journal de l’industrie commerciale : « L’audit du National Chicken Council Animal Welfare utilise un système de points qui est tellement laxiste qu’il permet aux usines ou aux fermes ayant de vraiment mauvaises pratiques de passer. » Dans son livre Animals in Translation, Grandin explique, « Les poulets d’aujourd’hui sont élevés de manière à grossir si rapidement que leurs pattes peuvent briser sous le poids de leur corps ballonné. C’est horrible. »

Je ne doute aucunement du fait que les poulets de Perdue ne sont pas traités « humainement ». Je n’ai pas de doute du tout.

Par contre, je ne doute pas non plus du fait que la viande, les produits laitiers et les œufs issus de l’élevage animal compatissant de Whole Foods que HSUS, PETA et d’autres appuient ne proviennent pas d’animaux que la plupart d’entre nous considéreraient comme « humainement » traités. En fait, j’ai explicitement demandé à l’organisme People for the Ethical Treatment une douzaine de fois sur Twitter si PETA considère les produits qualifiés de « Animal Compassionate » comme ayant été obtenus « humainement » et PETA a refusé de répondre.

Et je n’ai pas non plus de doute que la viande, les produits laitiers, les œufs et les autres produits vendus sous l’étiquette Certified Humane Raised and Handled, qui sont promus par l’organisme Humane Farm Animal Care (HFAC) ainsi que son « partenaire » HSUS, ne proviennent pas d’animaux que la plupart d’entre nous estimerait avoir été « humainement » traités.

Et je n’ai pas non plus de doute que la viande, les produits laitiers, les œufs et les autres produits vendus sous l’étiquette Humane Choice, promus par l’organisme Humane Society International, une branche de la HSUS, ne proviennent pas d’animaux que la plupart d’entre nous jugerait avoir été « humainement » traités.

Et je n’ai pas non plus de doute que les œufs de poules « sans cage » que la HSUS promeut dans ses compagnes en faveur de Proposition 2 et que la HSUS qualifie de « socialement responsables », ne proviennent pas d’animaux que la plupart d’entre nous considérerait comme « humainement » traités.

Alors voyons si j’ai raison. La HSUS poursuit Perdue parce que la HSUS pense que Perdue ne traite pas ses poulets « humainement », mais la HSUS parraine elle-même l’étiquetage de l’exploitation « heureuse » afin de promouvoir des produits faits à partir d’animaux qui sont torturés, mais moins – du moins, selon la HSUS. Selon la HSUS, l’utilisation que Perdue a faite du terme « humainement » est trompeuse parce que ses pratiques sont conformes à des lignes directrices qui ne requièrent pas un traitement « humain » et, même si l’exploitation « heureuse » promue par la HSUS n’est pas « humaine » non plus, son utilisation du terme « humainement » n’est pas trompeuse parce que la consultante de l’industrie de la viande Temple Grandin l’a dit.

Voilà qui reviendrait à poursuivre le gouvernement parce que son affirmation selon laquelle la torture par l’eau n’est pas de la « torture » est trompeuse et à exiger que les planches utilisées pour cette fin soient capitonnées afin que ce soit une « meilleure » torture.

La HSUS semble être particulièrement préoccupée par le fait que Perdue n’utilise pas la méthode d’abattage par contrôle atmosphérique (controlled-atmosphere-killing (CAK)) dont la HSUS et PETA font la promotion. Je m’attends à ce que Perdue adopte, tôt ou tard, la méthode du CAK parce que c’est économiquement efficace pour la compagnie de le faire. En effet, selon un rapport de la HSUS :

La méthode du CAK entraîne des économies de coûts et une augmentation des revenus en diminuant le nombre de carcasses abîmées, la contamination et les frais de réfrigération ; en augmentant le rendement sur la viande, sa qualité et sa durée de vie sur les rayons ; en améliorant les conditions de travail. En évitant de suspendre et d’étourdir par des chocs électriques, la méthode du CAK résulte en moins d’os brisés et moins d’ecchymoses et d’hémorragies. La réduction des défauts au niveau des carcasses augmente la qualité de la viande désossée. Il a été démontré que la méthode du CAK réduit les ecchymoses jusqu’à 94 pour cent et les fractures osseuses jusqu’à 80 pour cent.

En estimant de manière conservatrice que la méthode du CAK augmente le rendement de 1 pour cent seulement, une usine transformant 1 million de poulets de chair par semaine, si ces poulets sont d’un poids moyen de 4.5 livres et sont vendus à un pris de gros de 0.80$ la livre, pourrait voir ses revenus annuels augmenter de 2,87 millions de dollars après avoir adopté la méthode du CAK. (Citation omise)

Le problème est que, même si Perdue adoptait la méthode du CAK, cela ne signifierait pas que les poulets de Perdue seront traités « humainement », pas plus que les étiquettes de l’exploitation « heureuse » que la HSUS appuie signifient que les animaux ont été traités « humainement ».

Ce que cela fera, toutefois, c’est d’assurer au public qu’il est parfaitement correct de consommer les produits issus de l’exploitation « heureuse » dont la HSUS fait la promotion, même si ces produits proviennent en fait d’animaux qui ont été torturés.

Et c’est l’objectif de cette poursuite – rassurer le public en soutenant que ceux qui sont préoccupés par l’exploitation animale n’ont pas besoin de cesser de consommer des animaux. Ils peuvent, en effet, continuer à en consommer sans se sentir coupables et le faire d’une manière moralement acceptable, tant et aussi longtemps qu’ils consomment des animaux portant l’étiquette « heureuse » de la HSUS et non celle de Perdue.

Voilà une bataille entre les étiquettes concurrentes des viandes/produits laitiers/œufs « heureux ».

Et aucun des deux belligérants ne propose quoique ce soit d’autre que ce qu’il estime être rationnellement économique. Les standards du National Chicken Council Animal Welfare reflètent ce qu’une grande partie de l’industrie du poulet considère comme les standards qui permettront d’exploiter des poulets de la façon la plus efficace. La méthode du CAK dont la HSUS (et par d’autres organisations animales, incluant PETA) font la promotion est, selon l’analyse de ces défenseurs des animaux, une pratique plus efficace économiquement. En d’autres mots, pour utiliser l’analogie précédente, la HSUS promeut les tables de torture capitonnées parce qu’elles permettent d’obtenir de meilleures informations de la part des détenus en plus d’augmenter, de façon accessoire et très marginale, le confort des victimes, alors que Perdu pense que les tables non capitonnées conviennent très bien.

Je suis désolé, mais j’estime que c’est plus qu’absurde.

Soyons clairs : les animaux traités le plus « humainement » possible sont sujets à des traitements qui seraient décrits comme de la torture par quiconque si c’était des humains qui étaient impliqués. Il n’y a rien d’« humain » dans la viande, les produits laitiers ou les œufs les plus « heureux ».

Cette poursuite vise à substituer une étiquette trompeuse pour une autre. Rien de plus.

Selon le directeur général de la HSUS, Wayne Pacelle :

Le traitement humain des animaux veut dire quelque chose. Et nous serons là pour garder un œil aiguisé sur les compagnies qui présentent malhonnêtement leur conduite et tirent avantage des consommateurs qui ont foi en la loi et sur l’intégrité des compagnies qui doivent tenir leurs promesses.

Cette affirmation est à couper le souffle, et ce, à plusieurs égards. Je connais Wayne Pacelle depuis plusieurs années et je l’aime bien, et je suis certain qu’il croit ici agir de la bonne manière. Mais, sincèrement, je ne peux pas comprendre cela. Le question des droits des animaux ne peut être réduite à la recherche de la meilleure façon de convaincre les consommateurs que l’exploitation animale est moralement justifiable ; il s’agit plutôt de convaincre les gens, par une éducation pacifique, que l’exploitation animale, même lorsqu’elle est malhonnêtement décrite comme « humaine », n’est pas moralement justifiable.

Je remarque que Philip Lymbery, de l’organisme Compassion in World Farming (CIWF), a twitté ce qui suit :

« Les fermes Perdue sont poursuivies pour avoir posé des étiquettes « poulet élevé humaintement » – Bloomberg : http://dld.bz/8Ktz – annoncer faussement qu’il y a eu respect du bien-être animal est inacceptable.

Ainsi, CIWF condamne le fait d’« annoncer faussement qu’il y a eu respect du bien-être animal ». Ça va. Or, CIWF donne des « Prix pour bons œufs » (Good Egg Awards) aux compagnies comme McDonald et les félicite d’utiliser des œufs de poules élevées « sans cage ». CIWF a un programme explicite de partenariat avec le groupe d’exploiteurs institutionnalisés appelé Food Business Team, partenariat dans le cadre duquel CIWF « s’est engagé auprès des principales compagnies alimentaires en Europe et les encourage à progresser par le biais de prix prestigieux et en promouvant leurs produits ». CIWF, en effet, agit à titre de firme de relations publiques pour appuyer l’utilisation d’animaux par les corporations telles que McDonald et Unilever. Et ces corporations retournent la faveur et louangent CIWF. Dans des déclarations affichées sur le site web de CIWF, McDonald reconnaît la « relation réellement productive » que la compagnie entretient avec CIWF et Unilever affirme : « Le partenariat a été stimulant et constructif ; il a aidé à ce que soient atteints les buts des deux organisations dont, bien sûr, l’objectif de la marque – soit celui d’offrir des ingrédients de bonne (la meilleure) qualité ».

Il semble donc que CIWF s’oppose au fait d’« annoncer faussement qu’il y a eu respect du bien-être animal », mais seulement lorsque ce n’est pas CIWF qui fait cette annonce.

Une fois de plus, je suis certain que M. Lymbery, que je ne connais pas personnellement, pense que tout cela est sensé. Ça ne l’est pas à mes yeux.

Si vous n’est pas végans, devenez végans. C’est facile ; c’est mieux pour votre santé et pour la planète. Mais, surtout, c’est la bonne chose à faire moralement.

Le monde est végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
©2010 Gary L. Francione

Je n’aime pas l’admettre, mais Sarah Palin a raison – une réponse à Aaron Sorkin

9 décembre 2010

Aaron Sorkin
The Huffington Post

Cher M. Sorkin :

Dans un message blogue récemment affiché sur le site The Huffington Post, vous réprouvez Sarah Palin, après avoir cité sa réponse aux critiques qui lui avaient été adressées pour avoir chassé et tué un caribou dans le cadre de son émission de télé-réalité :

« À moins que vous n’ayez jamais porté de chaussures en cuir, que vous ne vous soyez jamais assis sur une chaise en cuir ou que vous n’ayez jamais mangé de la viande, gardez-vous de porter un jugement. »

Vous admettez manger des produits animaux et avoir des chaussures et des meubles en cuir, mais vous prétendez être différent de madame Palin. Vous lui répondez à votre tour :

Vous n’avez pas tué cet animal pour le manger, pour vous abriter ou même pour le porter, vous l’avez tué par pur plaisir. Vous aimez tuer les animaux. Je vois une différence entre nous deux, mais j’ai essayé autant que j’ai pu et, sur ma vie, je jure ne pas pouvoir faire de différence entre ce que vous êtes payée pour faire et ce pourquoi Michael Vick est allé en prison. Je peux faire cette distinction sans la moindre touche d’hypocrisie, bien que je sois content chaque fois qu’un de vous, imbéciles faussement machistes, accidentellement tire un autre d’entre vous au visage.

Désolé, M. Sorkin. Je ne peux me rappeler d’aucune chose que Sarah Palin ait dite avec laquelle je suis d’accord. Aucune. Vraiment. Aucune. Mais là, elle a tout à fait raison et vous avez tout à fait tort.

Vous critiquez son geste consistant à tuer un caribou parce que ce n’était pas nécessaire ; elle l’a fait parce que cela lui procurait du plaisir.

Et pourquoi alors est-ce que vous mangez des produits animaux ?

C’est une question rhétorique.  Il n’y a qu’une réponse possible: parce que cela vous procure du plaisir.

Cela n’implique aucune nécessité. Vous n’avez pas besoin de consommer des produits animaux pour vivre une vie où la santé est optimisée. En fait, la communauté médicale nous dit chaque jour que les produits animaux sont nuisibles pour notre santé, pour une raison ou une autre. Mais vous n’avez pas même besoin d’être d’accord avec eux pour admettre le fait évident et incontestable que nous n’avons pas besoin de manger des produits animaux pour vivre une vie saine. C’est une question de préférences gustatives et rien de plus.

Et l’agriculture animale est un désastre environnemental.

La meilleure – en fait, la seule – justification pour infliger de la souffrance et la mort à 56 milliards d’animaux annuellement (sans compter les poissons) est qu’ils ont bon goût. Et ce, que vous mangiez des produits animaux issus de l’élevage traditionnel ou de la viande « heureuse » et des produits animaux dont les différents groupes et défenseurs du bien-être animal font la promotion lorsqu’ils s’efforcent de rendre le public plus à l’aise de consommer des animaux : tous les animaux utilisés pour l’alimentation, incluant les plus « humainement » élevés et tués, sont traités et abattus de manières qui, si elles étaient appliquées à des êtres humains, serait très certainement considérées comme de la torture.

Le fait que vous payez quelqu’un d’autre pour exécuter le sale boulot n’est pas pertinent moralement. J’enseigne le droit criminel. Si vous payez quelqu’un pour tuer un autre être humain, essayez de convaincre le juge que le tueur a ressenti du plaisir en exécutant l’acte de tuer, alors que vous, vous n’avez que payé pour que ce soit fait. Le juge vous trouvera tous les deux coupables de meurtre. Vous êtes tous les deux également coupables.

Nul besoin de commenter le propos portant sur les chaussures et les meubles. Une fois de plus, ces choix ne reflètent rien de moralement plus significatifs que l’envie de suivre la mode et cela n’a pas de poids moral du tout.

Et à propos de Michael Vick, tel que je l’ai soutenu, il semble que Vick aimait bien regarder des combats de chiens ; le reste d’entre nous aimons bien nous retrouver autour d’un barbecue à griller la chair d’animaux qui, dans les meilleures circonstances, ont vécu une vie et un passage vers la mort pires que les chiens de Vick. Critiquer Vick pour ses actes moralement injustifiables alors que nous adoptons des comportements moralement similaires n’est rien d’autre qu’hypocrite.

Désolé, M. Sorkin, mais pour quelqu’un qui adhère à des politiques progressistes et qui critique Sarah Palin pour tant de raisons qu’il est difficile de les compter, elle a raison cette fois. Vous n’êtes pas dans une position morale vous permettant de critiquer ce qu’elle a fait.

Je vous demanderais d’envisager de devenir végan. C’est facile ; c’est mieux pour votre santé et pour la planète. Mais, surtout, c’est la bonne chose à faire moralement.

Sincèrement,
Gary L. Francione