Le visage sympathique de la torture, de la mort et de l’exploitation animale

Chers Collègues :

Si vous doutez encore du fait que les réformes de bien-être animal entrent dans les intérêts de l’industrie, reportez-vous à l’article du 21 octobre 2010 paru dans le New York Times à propos de l’étourdissement par atmosphère contrôlée des volailles, lequel, comme j’en ai débattu ici-même en 2008, est plébiscité par PETA et la conceptrice d’abattoirs Temple Grandin, gagnante du prix PETA.

Voici ce qu’on peut lire dans le New York Times :

« Quand vous vous emparez d’un poulet, que vous le tournez la tête en bas et que vous l’accrochez à la chaîne, c’est du stress, du stress et encore du stress », a déclaré Scott Sechler, le patron de Bell & Evans. « Notre système est conçu pour que nous les amenions à l’endormissement et les tuions sans stress. »

La société Anglia Autoflow, qui construit les systèmes d’étourdissement pour les deux leaders, appelle ce procédé « étourdissement par atmosphère contrôlée », mais M. Pitman [patron de Mary’s Chickens] a déclaré que sa société songeait à employer l’expression « étourdissement par sédation » sur ses colis. Egalement sur la liste : « Abattus avec humanité », « Procédé humain » ou « Manipulé avec humanité ».

L’astuce, dit-il, est de faire connaître le but du nouveau système, qui est de s’assurer que les oiseaux « n’éprouvent pas de douleur ou de gêne supplémentaires dans les dernières minutes de leurs vies ».

M. Sechler a déclaré que le système a été conçu pour endormir les oiseaux en douceur, de la même manière qu’une personne subissant une anesthésie avant opération.

Afin de susciter cette image, il veut inscrire sur ses colis et publicités les mots « anesthésie par induction lente », qui indiquent déjà au consommateur que les oiseaux ont été élevés dans des conditions spacieuses avec lumière naturelle, nourriture sans antibiotiques ni sous-produits animaux. Les consommateurs qui veulent en savoir plus pourront aller sur le site de la société.

M. Sechler a déclaré que le système qu’il a choisi, après des années de recherches, était meilleur que les systèmes similaires d’étourdissement au gaz utilisés en Europe. Ces systèmes, dit-il, privent souvent trop vite les oiseaux d’oxygène, ce qui peut les faire souffrir. Ils sont également conçus pour les tuer plutôt que leur faire perdre simplement connaissance, ce avec quoi M. Sechler ne se sent pas à l’aise.

« Je ne veux pas que le public dise que nous gazons nos poulets », dit-il.

Et, bien sûr, un traitement meilleur signifie une meilleure viande :

M. Sechler ainsi que d’autres personnes plébiscitant le nouveau système ont dit s’attendre à ce que la viande soit de meilleure qualité, les animaux devant éprouver moins de stress, être moins meurtris et avoir les ailes moins cassées au moment de mourir.

PETA, qui plébiscite le gazage des poulets, soutient également que c’est dans l’intérêt économique des producteurs. Dans son Analyse de l’étourdissement par atmosphère contrôlée vs l’immobilisation électrique d’un point de vue économique, PETA plaide en faveur du gazage des volailles, affirmant que la méthode d’abattage par étourdissement à l’électricité « diminue le rendement et la qualité du produit », les oiseaux souffrant d’os cassés et le procédé ayant pour résultat d’affecter dangereusement la santé humaine. De plus, la méthode d’étourdissement à l’électricité « accroît les coûts de travail » de plusieurs manières. PETA soutient que le gazage en revanche « augmente la qualité du produit et le rendement », les os cassés, les bleus et les hémorragies étant soi-disant éliminés, la contamination réduite, la « durée de vie de la viande » augmentée tout comme la production « de blanc de poulet tendre ». PETA affirme également que le gazage « diminue les coûts de travail » en réduisant les accidents et la nécessité de certaines inspections, et en écourtant la rotation du personnel. Le gazage fournit « d’autres bénéfices économiques » à l’industrie volaillère en permettant aux producteurs d’épargner de l’argent sur les coûts d’énergie, par la diminution du gaspillage des sous-produits et de la consommation en eau.

Ce genre de campagne ne sert à rien sinon à rendre le public plus à l’aise par rapport au fait d’exploiter les animaux. Mieux, les grandes organisations de bien-être animal sont devenues des partenaires actifs de l’exploitation animale en aidant l’industrie à apposer un smiley sur la mort, la torture et l’exploitation et en l’aidant en même temps à rendre l’exploitation animale plus efficace et rentable économiquement. Si vous doutez encore de ce qu’est la viande « heureuse » et du rôle qu’elle est censée jouer, à savoir rendre le public plus à l’aise par rapport à l’exploitation animale, c’est que vraiment vous ne faites pas attention.

Le non-sens de l’exploitation « heureuse » constitue un énorme pas en arrière. Les gens ne deviendront jamais végans s’ils croient qu’ils peuvent exploiter éthiquement. Et c’est exactement le message que le mouvement pour l’exploitation « heureuse » cherche à transmettre : à savoir que nous pouvons continuer d’exploiter les animaux et de nous payer des produits d’origine animale tant que les animaux sont traités « humainement ». Comme Peter Singer l’a déclaré :

Pour éviter d’infliger des souffrances aux animaux – sans parler des coûts environnementaux de la production animale intensive –, nous devons réduire drastiquement notre consommation de produits d’origine animale. Mais cela signifie-t-il un monde végan ? C’est une solution, mais pas nécessairement la seule. Si c’est de l’infliction de souffrance dont nous nous soucions, plutôt que de l’infliction de la mort, alors il m’est également possible d’imaginer un monde dans lequel les gens mangeront principalement de la nourriture végétale, mais s’offriront occasionnellement le luxe d’œufs de poules élevées en plein air, ou même éventuellement de viande d’animaux ayant bien vécu dans les conditions naturelles à leur espèce, et tués humainement à la ferme. (The Vegan, automne 2006.)

Le mouvement pour l’exploitation « heureuse » représente la promesse d’une exploitation « compassionnelle », de sorte que nous puissions nous permettre le « luxe » d’exploiter les animaux.

C’est un « luxe » que les animaux ne peuvent pas s’offrir.

Il n’y a pas d’exploitation « humaine », et même s’il y en avait une, elle impliquerait encore et toujours le massacre injustifiable de nonhumains sentients. Singer et son mouvement pour l’exploitation « heureuse » ne sont pas gênés par la question du meurtre des animaux, parce qu’ils ne croient pas que ceux-ci aient un intérêt à la poursuite de leurs existences. J’ai débattu de ce problème dans d’autres articles, dont ceux-ci : 1, 2, ainsi que dans mon nouveau livre, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, où je discute du mouvement pour l’exploitation « heureuse » avec le Professeur Robert Garner.

Si vous êtes contre l’exploitation animale ; si vous considérez les animaux comme des membres de la communauté morale ; si vous rejetez l’idée que les nonhumains ne sont que des objets et des ressources pour les humains, vous n’avez qu’une seule option : devenir végan. C’est facile, c’est meilleur pour votre santé et la planète, et c’est surtout, moralement, la bonne et la juste chose à faire. C’est ce que nous devons aux autres animaux. Si vous n’êtes pas végan, alors vous participez directement à l’exploitation animale. Et vous ne vous en tirerez pas moralement en mangeant des poulets gazés.

Si vous êtes végan, alors sensibilisez les autres au véganisme de manière créative et non-violente.

Le monde est végane ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione

©2010 Gary L. Francione

Ajout du 26 octobre 2010 :

PETA a fait paraître un communiqué de presse faisant l’éloge de Bell & Evans qu’elle cite :

« Nous sommes heureux de montrer une fois encore la voie au reste de l’industrie du poulet », déclare Scott Sechler, le président de Bell & Evans. « Le bien-être animal est une composante-clé de notre business ; nous investissons dans ce qui nous importe, parce que c’est la bonne chose à faire. »

On notera au passage que M. Sechler ignore à propos que le gazage des volailles est économiquement bénéfique à ses affaires, comme le démontre l’analyse de PETA.

Et PETA de déclarer :

En promettant d’adopter un système d’abattage qui réduit grandement la souffrance des poulets, Bell & Evans prouvent que le bien-être animal et les bonnes affaires marchent main dans la main », assure Tracy Reiman, la vice-présidente exécutive de PETA.

C’est à couper le souffle. Mais alors, PETA et Bell & Evans sont partenaires dans l’exploitation, et pour l’un comme pour l’autre il s’agit seulement de business.

Le gazage des poulets n’est bon pour les affaires de M. Sechler que s’il vend plus de poulets morts ou s’il réduit ses coûts de production, ou les deux. Or il est clair que le gazage réduit les coûts de production, et grâce à la complaisance de PETA, M. Sechler peut espérer vendre davantage d’oiseaux morts. PETA peut alors crier « victoire » pour les animaux et récolter les dons que le public lui verse avec gratitude pour la récompenser de le faire se sentir beaucoup plus à l’aise par rapport au fait de manger les poulets.

Bell & Evans sont gagnants. PETA aussi. Seuls les animaux sont perdants.

Et que dire du principe exigeant que les droits des animaux signifient véganisme ? Eh bien, Ingrid Newkirk résume ainsi la situation : « Tordons le cou au principe. »

Devenez végan. Contrairement au fait de manger des poulets gazés, c’est la bonne chose à faire.

Gary L. Francione
©2010 Gary L. Francione