Archives annuelles : 2009

Quelques réflexions sur l’approche abolitionniste

Chers Collègues :

Voici quelques idées simples exprimant l’approche et la philosophie abolitionnistes. Elles peuvent être utiles à votre réflexion aussi bien qu’aux discussions que vous avez avec les autres :

1. Le spécisme est moralement inacceptable, puisqu’à l’instar du racisme, du sexisme et de l’hétérosexisme, il définit l’individualité selon des critères non pertinents.

Explication : nous ne nous opposons pas au spécisme par hasard. Nous le rejetons parce qu’il est semblable aux autres formes de discrimination. Ce que toutes les formes de discrimination ont en commun, c’est le recours à des critères non pertinents pour exclure des individus de l’appartenance pleine et entière à la communauté morale. Les racistes dévalorisent les gens de races différentes uniquement sur la base de la couleur de la peau ; les sexistes dévalorisent les femmes uniquement sur la base du sexe et du genre ; les hétérosexistes dénient l’appartenance pleine et entière à la communauté morale aux gays, aux lesbiennes, aux transgenres, etc., simplement sur la base de l’orientation sexuelle. Les spécistes dénient l’appartenance pleine et entière à la communauté morale uniquement sur la base de l’espèce.

Toutes ces formes de discrimination sont moralement injustifiables. Nous rejetons le spécisme parce qu’il n’est pas différent de ces autres formes de discrimination.

(On notera que bien que Peter Singer rejette apparemment le spécisme, il soutient néanmoins que les nonhumains n’ayant pas la même sorte d’intelligence que les humains, ils n’auraient pas d’intérêt à poursuivre leur vie, et que par conséquent nous ne leur faisons pas de mal si nous les utilisons et les tuons « avec humanité ». J’estime que ce raisonnement est une forme de spécisme. Cliquez ici.)

2. Ceux qui rejettent le spécisme rejettent le racisme, le sexisme, l’hétérosexisme ainsi que toutes les autres formes de discrimination.

Explication : certains défenseurs des animaux soutiennent que le « mouvement animaliste » n’a pas à prendre position quant aux autres formes de discrimination. Ceci n’est pas correct. Ceux d’entre nous qui veulent la justice pour les nonhumains sont nécessairement engagés dans la justice pour les humains, dans la fin des discriminations interhumaines et des discriminations contre les nonhumains.

Le mouvement animaliste ne devrait pas, par exemple, perpétuer le sexisme en l’utilisant comme moyen de promouvoir les droits des animaux. Le sexisme implique la réification des femmes. La réification est le problème, non la solution.

Et, oui, les femmes peuvent être sexistes exactement comme les gens de couleur peuvent être racistes. Mais ce sexisme et ce racisme sont nécessairement différents car, dans notre société raciste et patriarcale, ces formes de discrimination n’ont pas, et ne peuvent avoir le même effet. Je rejette toutes les discriminations, mais nous ne devons jamais penser qu’il n’y a pas, ici, de différences importantes.

Et, oui, les femmes peuvent choisir de s’auto-réifier exactement comme les gens de couleur peuvent participer aux stéréotypes racistes et les perpétuer. Mais cela ne veut pas dire que l’auto-réification permet de se donner du pouvoir. C’est exactement le contraire. L’idée que l’auto-réification serait un moyen d’acquérir du pouvoir est une idée réactionnaire qui perpétue le sexisme.

3. Le véganisme est Ahimsâ ou non-violence ; le véganisme reconnaît que la non-violence commence par ce que vous mettez dans et sur votre corps.

L’Ahimsâ est le principe selon lequel nous ne devons pas agir avec violence envers les autres, que ce soit dans nos pensées, nos paroles ou nos actes. Mais l’Ahimsâ ne doit pas être considérée comme un principe abstrait. Si elle n’influe pas sur notre vie quotidienne, elle n’est d’aucune utilité.

Le véganisme éthique reflète l’idée que la non-violence commence avec ce que nous mettons dans nos bouches et sur nos corps. Si nous allons à un rassemblement pour la paix après avoir mangé du bacon et des œufs, vêtus de pulls en laine et de chaussures en cuir, nous n’avons, je dirais, rien compris.

4. Le véganisme est l’application du principe de l’abolition dans votre vie personnelle ; il exprime votre reconnaissance du fait que les animaux ne sont pas des choses.

L’approche abolitionniste des droits des animaux, telle que je l’ai développée au cours des vingt dernières années, est que nous ne pouvons justifier aucun usage de l’animal – même si cet usage est « humain ». Nous devons abolir, et non réglementer, l’exploitation des animaux nonhumains. La réglementation échoue pour des raisons à la fois pratiques et théoriques.

Réglementer l’exploitation animale au moyen de réformes welfaristes est comme réglementer la torture en ajoutant un rembourrage à la planche à eau du condamné. Si une conduite est mauvaise, alors nous devons œuvrer pour qu’elle cesse, et non proposer de faire du mal d’une « meilleure » manière.

Les réformes welfaristes ne fonctionnent pas dans la pratique. Aux yeux de la loi, les animaux sont des biens meubles ; ils sont des produits économiques. Etant donné ce statut et la réalité des marchés, y compris des marchés globaux, la protection offerte par les lois de bien-être animal et les réglementations dépassent rarement, sinon jamais, le niveau de protection nécessaire à une exploitation des animaux économiquement performante. Pour dire les choses autrement : nous ne protégeons les intérêts des animaux que lorsque nous en retirons un bénéfice économique. Le welfarisme est à l’œuvre depuis maintenant plus de deux siècles, or nous n’avons jamais exploité autant d’animaux ni de manières plus horribles de toute notre histoire.

Si quelqu’un défendait le principe de l’abolition de l’esclavage humain tout en continuant de posséder des esclaves, nous trouverions que ses actes ne concordent ni avec sa pensée, ni avec son discours. De la même façon, si quelqu’un défend le principe de l’abolition mais consomme et utilise toujours des produits d’origine animale, il y a contradiction, il y a dissonance.

Être abolitionniste, c’est être un vegan éthique. C’est renoncer à consommer la chair, les produits laitiers, le miel, les dérivés animaux, etc. ; c’est renoncer à porter laine, cuir, fourrure et soie.

5. Nous devons recourir à des moyens créatifs et non-violents pour sensibiliser les autres à l’abolitionnisme.

La violence est le problème ; elle n’est en aucun cas la solution. Ceux qui défendent la violence contre les exploiteurs institutionnels des animaux échouent à reconnaître cette réalité toute simple : que ces exploiteurs répondent simplement à une demande générée par les autres. Les véritables exploiteurs sont ceux qui créent la demande. Par conséquent, la violence contre les exploiteurs institutionnels n’a aucun sens. Et aucune personne sensée ne défendrait la violence contre les 99.9999 % de la population qui considèrent qu’utiliser les animaux est aussi naturel que le fait de boire ou respirer.

Nous avons besoin de changer de paradigme ; nous avons besoin d’une révolution – celle du cœur. Nous ne changerons jamais la façon dont les humains perçoivent les animaux en recourant à la violence ou à l’intimidation. Nous n’y parviendrons qu’en convainquant les autres que l’exploitation animale ne peut se justifier moralement. Nous n’y parviendrons que lorsque nous pourrons partager avec les autres la paix qui descend sur nos vies lorsque nous rejetons la violence. Et cela n’a aucun sens de dire que nous pouvons partager cette paix en empruntant la voie de la violence !

Juger les autres est une forme de violence. Nous devrions toujours éviter d’émettre un jugement sur l’intégrité morale d’autrui. Nous devrions borner notre attention à nos actes. Je n’émets pas de jugement personnel sur les welfaristes. Je pense simplement qu’ils ont tort, et je donne les raisons de ma position. Nous devons toujours éduquer autrui de manière non-violente. Cela ne veut pas dire pour autant que nous tombons dans le relativisme moral, ou que nous évitons de prendre des positions de principe : bien au contraire. Mais nous devons consentir à rejoindre tous ceux qui veulent nous engager dans une foi positive, et nous devons toujours sensibiliser autrui dans la non-violence.

6. Le véganisme est la reconnaissance de l’individualité morale des animaux nonhumains.

Nous vivons dans un univers moral binaire. Il y a des personnes et il y a des choses. Les premières ont une valeur inhérente et sont membres de la communauté morale. Les secondes ont seulement une valeur extrinsèque ou externe et sont en dehors de la communauté morale. Bien que de nombreux humains considèrent certains animaux (leurs compagnons) comme des personnes nonhumaines ayant une valeur morale, les animaux sont légalement perçus comme des biens meubles, des choses qui n’ont que la valeur que nous leur donnons.

Le véganisme est un acte de défi non-violent. Il est notre déclaration selon laquelle nous rejetons l’idée que les animaux sont des choses. Il est notre déclaration selon laquelle nous considérons les nonhumains sentients comme des personnes morales dotées du droit moral fondamental de ne pas être traitées comme des biens, ni comme les ressources des humains.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est facile. C’est meilleur pour la santé. C’est meilleur pour la planète. Mais, par-dessus tout, c’est, moralement, la bonne chose à faire.

Vous pouvez devenir abolitionniste aujourd’hui. Maintenant. Dès cette seconde. Vous n’avez pas besoin, pour ce faire, d’une grande association, ni d’une campagne coûteuse. Vous n’avez pas besoin de vous asseoir nu dans une cage. Vous n’avez pas besoin de leaders pour vous dire ce qu’il faut faire. Vous avez simplement besoin de dire non à la violence : ce refus de collaborer avec l’oppression commence par ce que vous mettez dans et sur votre corps.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Documents originaux sur Donald Watson

Chers Collègues,

Donald Watson (1910-2005), co-fondateur en Grande-Bretagne de la Vegan Society et inventeur du terme « végan » en réaction à la consommation et à l’utilisation, par les « végétariens », des produits laitiers et des autres produits d’origine animale, était un homme remarquable, très en avance sur son temps.

En 2002, George D. Rodger, de la Vegan Society, a réalisé une interview de Watson d’une durée de quatre heures. Il en a gracieusement fourni la transcription intégrale (diverses formes abrégées ayant été publiées/postées), laquelle a été approuvée par Watson. Sentez-vous libre de la faire circuler autour de vous, mais seulement sous sa forme intégrale.

Est également disponible le premier numéro de The Vegan News, qui a inauguré la Vegan Society en 1944.

Pour ceux d’entre vous qui s’intéressent à l’histoire du véganisme, il s’agit là de documents inestimables.

Devenez végan. C’est facile. C’est meilleur pour la santé et la planète, et, par-dessus tout, c’est, moralement, la bonne chose à faire.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Commentaire n°9: l’utilisation du sexisme dans la promotion des droits des animaux

Chers collègues:

Martin Luther King aurait-il mené une campagne intitulée : « Je préfère être nu que m’asseoir à l’arrière d’un bus » ?

Bien sûr que non.

Il aurait admis qu’une telle campagne aurait ruiné la portée de l’important message en faveur des droits civiques.

Pourquoi les défenseurs des animaux n’admettent-ils pas que, de la même façon, les campagnes sexistes ruinent la question des droits des animaux et donnent aux gens une raison supplémentaire de l’ignorer ?

Tel est le thème de notre neuvième Commentaire.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Quelques réflexions sur le sens du mot « vegan »

Chers Collègues :

On discute beaucoup du sens du mot « végan ».

Le « véganisme » signifie au minimum ne pas consommer la chair, les produits laitiers et les autres produits d’origine animale. En ce sens, « végan » veut dire « régime alimentaire végan ». Donald Watson, qui a inventé le terme « végan », l’utilisait dans ce sens-là lorsqu’il déclarait par exemple : « Où que l’être humain habite, il peut avoir un régime végan. »

Des personnes différentes peuvent avoir différentes raisons (éthique/spiritualité, santé, environnement) d’adopter un régime alimentaire végan. Les gens qui suivent un tel régime peuvent également, pour des raisons diverses, éviter l’utilisation d’autres produits d’origine animale dans des contextes qui dépassent le simple régime alimentaire. Par exemple, une personne qui adopte un régime alimentaire végan peut également ne pas porter de produits d’origine animale sur sa peau pour des raisons de santé (les produits appliqués sur la peau allant en effet à l’intérieur du corps). Une personne qui adopte un régime alimentaire végan pour des raisons environnementales peut aussi ne pas porter un certain produit d’origine animale en raison de l’impact sur l’environnement engendré par la production dudit produit.

Ceux qui adoptent un régime végan pour des raisons éthiques/spirituelles se répartissent également en différents groupes. Certains considèrent leur régime végan comme un moyen de réduire la souffrance animale. C’est-à-dire qu’ils ne pensent pas qu’il soit mal en soi de tuer les animaux pour notre usage, mais qu’en revanche il est mal de leur infliger de la souffrance. Par conséquent, ils évitent de manger ou d’utiliser des produits d’origine animale. S’il existait des méthodes sans douleur d’élever et de massacrer les animaux pour l’usage des hommes, ces végans éthiques ne s’opposeraient pas à l’utilisation des animaux. Ces personnes ne sont pas nécessairement – et ne le sont généralement pas – engagées dans l’abolition de l’exploitation animale. Elles poursuivent des réformes régulatrices dont elles croient, à tort de mon point de vue, qu’elles réduiront la souffrance des animaux.

Le concept de « véganisme éthique », que j’utilise de manière interchangeable avec celui de « véganisme abolitionniste », va bien au-delà du simple régime alimentaire végan, et refuse catégoriquement la consommation des animaux ou leur utilisation quelle qu’elle soit. Un végan éthique suit un régime alimentaire végan et refuse de consommer des produits d’origine animale. Mais il ne porte pas non plus, ni n’utilise, de produits d’origine animale quels qu’ils soient. Un végan éthique condamne la réification et la marchandisation des nonhumains considérés (par la loi et la société) comme des biens. Un végan éthique est engagé dans l’abolition de l’exploitation animale. En outre, les végans éthiques reconnaissent qu’une agriculture basée sur l’exploitation des animaux cause du mal aux humains aussi bien qu’aux nonhumains, et établissent une connexion entre les droits des humains et les droits des animaux. Le véganisme éthique constitue la ligne de fond morale du mouvement des droits des animaux. Le véganisme éthique représente un engagement pour la non-violence dans sa vie de tous les jours.

D’après mon expérience, le véganisme éthique est le seul type d’approche qui débouche sur une conduite réellement cohérente. Les personnes qui sont véganes seulement pour leur santé « trichent » souvent, exactement comme toutes celles qui suivent un régime alimentaire dans cette optique. Les personnes qui sont véganes pour des raisons environnementales peuvent non seulement manquer à leur engagement, mais décider en outre qu’un produit d’origine animale a moins de conséquences néfastes sur la nature que les produits non-animaux. Une personne qui considère le véganisme seulement comme un moyen de réduire la souffrance peut manger ou utiliser un produit d’origine animale si elle estime que plus de souffrance sera causé si elle ne le fait pas. Par exemple, certains individus, à l’instar de Peter Singer et d’autres, maintiennent que nous devons manger des produits d’origine animale si nous ne voulons pas amener les autres à croire que le véganisme est trop dur à appliquer, et de ce fait les dissuader de réfléchir au véganisme. Ces végans deviennent alors des végans « flexibles », ce qui, de mon point de vue, signifie qu’ils ne sont pas vraiment végans. Un végan éthique voit le véganisme comme une approche générale de la vie – une philosophie de la vie –, et pas seulement comme un style de vie.

Un dernier commentaire (pour le moment) : la santé et le souci de l’environnement peuvent revêtir des aspects moraux. Par exemple, des personnes peuvent suivre un régime végan parce qu’elles estiment qu’infliger des dommages physiques à leurs corps en consommant des produits d’origine animale est une forme de violence (de mal fait à elles-mêmes), et que donc c’est immoral. Des personnes qui suivent un régime végan ou évitent d’utiliser des produits d’origine animale pour des raisons écologiques peuvent le faire non par souci utilitaire de préserver l’environnement, mais parce qu’elles jugent que les conséquences environnementales affectent directement humains et nonhumains, et qu’elles violent les droits de ces êtres sentients. Un végan éthique ou abolitionniste, qui considère toute forme de consommation ou d’utilisation de produits d’origine animale comme une violation des droits des animaux, peut également éviter les produits d’origine animale pour des raisons de santé et environnementales.

Pour résumer, les gens peuvent être végans pour différentes raisons. Selon moi, le véganisme éthique ou abolitionniste est la seule approche débouchant sur une conduite réellement cohérente. Nous devons, cependant, nous convaincre qu’aucune forme de véganisme n’est cohérente dès lors que des produits animaux sont consommés. C’est-à-dire que suivre un « régime vegan » est le sens minimal du mot « végan ». De mon point de vue, un « végan » est quelqu’un qui ne mange, n’utilise ou ne porte absolument aucun produit d’origine animale. Mais il est également exact de dire d’une personne qui ne mange aucun produit d’origine animale qu’elle suit un « régime végan ». L’absence de produits d’origine animale est ici explicitement limitée au régime alimentaire. Comme je l’ai dit plus haut, les végans « flexibles » ne sont pas pour moi des végans, et, par définition, ils ne suivent même pas un régime végan.

J’écrirai bientôt plus longuement à ce sujet.

Si vous n’êtes pas végan, devenez-le. C’est incroyablement facile. C’est meilleur pour la santé et la planète. Mais, par-dessus tout, c’est, moralement, la bonne chose à faire.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Commentaire n°8: Une discussion sur les Principes Abolitionnistes

Chers Collègues:

Certains défenseurs des animaux prétendent être abolitionnistes mais soutiennent les réformes de bien-être ou la violence.

Dans ce commentaire, j’explique pourquoi les réformes de bien-être et la violence ne peuvent pas faire partie de l’approche abolitionniste.Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Sexisme et misogynie dans le Mouvement

Chers collègues:

Depuis maintenant 20 ans, je soutiens qu’utiliser le sexisme et la misogynie soi-disant pour promouvoir les Droits des Animaux est une très mauvaise idée. Perpétuer la marchandisation des femmes est non seulement intrinsèquement immoral, mais ne fera rien pour changer les mentalités sociales relatives à la marchandisation des non-humains. Depuis des années PETA a fait différentes versions de la campagne « je préfère être nue plutôt qu’en fourrure ». Et quel résultat cela a t-il donné? L’industrie de la fourrure est plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été. Même ceux qui jadis allaient nus pour PETA se mettent à porter à nouveau de la fourrure.

Je viens de voir une petite vidéo produite par Wakker Dier, qui signifie «Animal Awake», une association néerlandaise décrite comme une « copie de PETA Europe ». Wakker Dier a embauché une Playmate néerlandais et modèle fétiche Ancilla Tilia à jouer le rôle d’une strip-teaseuse qui se fait matraquée et dépouillée comme un animal.

PETA a poussé ses campagnes sexistes plus loin avec des vidéos de nudité. Et maintenant nous voyons de la violence graphique pure et simple.

Si vous pensez que tout cela va faire quelque chose pour aider les gens à prendre conscience de l’exploitation animale, je suis respectueusement mais fermement en désaccord.

Ces pitreries sont conçus comme rien de plus qu’un divertissement pour le mouvement, ils ne font rien pour convaincre le public de l’importance de la question de l’exploitation animale. Depuis les nombreuses années où je travail sur le sujet des animaux, personne n’est venu vers moi pour dire qu’il allait considérer la question animale, parce qu’il a vu une femme nue dans une cage. En effet, c’est précisément le genre de chose qui fait que des personnes progressistes pensent que le mouvement des Droits des Animaux est une plaisanterie pathétique qu’il faut rejeter et ignorer.

La marchandisation des non-humains est très similaire à la marchandisation des femmes. Mais la société n’a aucun problème avec la marchandisation des femmes. Au lieu de s’opposer au sexisme et la misogynie, une grande partie du mouvement en fait activement la promotion. Tant que nous continuerons à voir les femmes comme de la viande, nous ne verrons jamais le problème d’utiliser les animaux comme la viande.

Je vous demande immédiatement de réfléchir à cette question et d’envisager une opposition active au sexisme et la misogynie dans le mouvement. C’est intrinsèquement mauvais et ca ne fait rien, absolument rien pour aider les animaux.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Commentaire n°7: une rencontre personnelle et intime avec la schizophrénie morale

Chers collègues:

Je fais référence à la manière délirante et confuse que nous avons de penser aux animaux en terme de question sociale/morale comme constituant une «schizophrénie morale».

J’ai récemment rencontré un cas de schizophrénie morale face à un chevreuil qui avait été touché par une voiture et des chasseurs qui se sont arrêtés pour l’aider.

Dans ce commentaire, je vais vous décrire et discuter de ce qui s’est passé.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Annonce Facebook

Chers collègues:

Je suppose que la plupart d’entre vous choisiront de ne pas passer du temps avec des gens qui se montrent sur la place publique proposant une guerre civile ou parlant de plan de santé digne des «nazis», ou avec des gens qui pensent que ce genre de comportements et discours sont acceptables, et qui l’appuient.

Je ne veux pas passer mon temps à parler avec des gens qui pensent qu’il est approprié d’encourager la violence ou qui considèrent comme approprié d’appeler les gens des « cons », « nazis », ou « collaborateurs de l’État » parce qu’ils rejettent la violence et les menaces de violence.

Quand j’ai commencé mon compte Facebook, j’ai demandé à ceux qui soutiennent la violence de ne pas participer à ma page. J’ai clairement fait savoir que le but de la page était de discuter des questions relatives aux animaux à partir d’une perspective non-violente. Malheureusement, il y a un certain nombre de personnes qui croient qu’ils ont le droit d’entrer dans n’importe quel forum et d’y promouvoir leur vision pro-violence. Cela est particulièrement curieux puisque ces mêmes personnes ne permettent aucune critique de leurs positions sur leurs propres sites, ou ils modifient ou altèrent parfois même des commentaires critiques qui ont été postés.

En tout état de cause, j’ai décidé de mettre en pause mon compte FB. Je continuerai à promouvoir la non-violence ici et je vais peut-être démarrer un groupe de discussion FB sur « Ahimsa » et « Animal Rights » qui se fera sur invitation seulement. Je ne suis pas sûr.

Sachez que j’ai pris un immense plaisir à rencontrer beaucoup de personnes qui ont rejoint le site. Il y a eu des discussions merveilleux et de nombreuses contributions réfléchies. Malheureusement, un nombre relativement restreint de personnes en ont fait leur projet pour essayer d’infecter tous les articles avec leur rhétorique pro-violence malgré mes demandes répétées par rapport au fait que la page FB met uniquement l’accent sur des discussions sur les droits des animaux dans une perspective de non-violence.

S’il vous plaît continuer à visiter ce site. Il y aura beaucoup plus d’articles et de podcasts à venir. Et j’ai un nouveau livre, « Le débat sur les Droits des Animaux: abolition ou réglementation? », Co-écrit avec le Dr Robert Garner et publiée par Columbia University Press, à venir cet automne. J’espère que ce livre aidera les défenseurs des animaux à avoir une réflexion critique sur des problématiques pertinentes.

Devenez végan. C’est facile; c’est meilleur pour vous et pour la planète et, le plus important, c’est d’un point de vue morale le juste choix à faire. L’éducation végane et non-violente est la plus importante forme d’activisme dans laquelle nous pouvons nous engager.

Selon moi, notre mouvement doit être celui de la paix et de la non-violence. C’est l’unique façon que nous avons d’atteindre, un jour, des changements significatifs et durables.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Hey, est-ce que c’est du lait sur ta cagoule?

Chers collègues,

Comme vous le savez, je suis opposé à toute violence. Voir, par exemple, un commentaire sur la violence (podcast), un commentaire sur la violence, ainsi que sur la violence et les droits des animaux et sur la vivisection et la violence. Cela a été un thème récurrent dans mon travail pendant de nombreuses années. Je suis opposé à toute violence, y compris la violence contre la propriété. Ceux qui prétendent qu’il est possible de détruire un bâtiment ou de s’engager dans un cambriolage sans causer de préjudices ou risquer de causer des préjudices sur des êtres sensibles (humains ou nonhumains) se font tout simplement des illusions.

Pour les raisons que j’ai déjà énoncé à plusieurs occasions, je considère la violence comme le problème et non comme une partie de la solution et j’encourage ceux qui sont préoccupés par l’exploitation des animaux à devenir végans et à s’engager dans une éducation créative et non violente au véganisme.

J’ai jeté un coup d’œil sur le site web du Front de Libération des Animaux, site que je n’avais pas regardé depuis un moment.

Ce site est remarquable.

Selon le « credo ALF »: le Front de Libération Animal (ALF) mène des actions directes contre la cruauté envers les animaux sous la forme de sauvetages d’animaux et en causant des pertes financières pour les exploiteurs d’animaux, généralement à travers les dommages et destructions de propriétés.

Le credo dit aussi: Tout groupe de personnes qui sont végétariens ou végans et qui mènent des actions selon les directives de l’ALF ont le droit de se considérer comme faisant partie de l’ALF.

Si vous êtes un végétarien – si vous consommez du lait, des crèmes glacées, du fromage, des œufs, etc. – vous avez la bénédiction de l’ALF pour détruire des propriétés en son nom.

Je ne pense pas qu’il faille se livrer à la violence même si vous êtes végan, mais il est plus que déconcertant pour moi que des personnes qui sont activement engagées eux-mêmes dans l’exploitation des animaux, en n’étant pas vegan, pensent qu’il pourrait être acceptable qu’ils puissent s’engager dans des actes de violence contre d’autres personnes impliquées elles-aussi dans l’exploitation animale.

Mais attendez. Ce n’est pas tout. Il y a un lien sur les « Saints vivants » qui liste de nombreuses célébrités et personnalités publiques non-veganes (ou non-végétariennes), y compris celles qui ont encouragé ou approuvé les produits animaux.

Et ils ont des liens vers à peu près toutes les organisations réformistes qui font la promotion de viande/produits animaux « heureux ».

Alors, les gens qui exploitent les animaux et qui soutiennent d’autres exploiteurs d’animaux prétendent être des militants avec le droit de recourir à la violence contre d’autres exploiteurs d’animaux. Le niveau de confusion ici est profond. Très profond.

J’ai souvent affirmé que ceux qui soutiennent la violence ne peuvent pas prétendre de manière cohérente que nous devons cibler les exploiteurs, parce que c’est nous, les consommateurs, qui créons la demande pour les produits animaux. La solution pour changer le paradigme moral est l’éducation. Il n’existe aucune autre solution réaliste. Le personnes pro-violence deviennent violemment en colère quand je présente cet argument et ils m’appellent de toutes sortes de noms et, malheureusement, certains d’entre eux menacent et harcèlent ceux qui se déclarent favorables à la non-violence.

Je vois maintenant pourquoi. Ils auraient tous à mettre leur cagoule et à commettre des actes violents les uns contre les autres s’ils acceptaient ma position.

Devenez végan. C’est facile, c’est meilleur pour vous, pour la planète et, plus important encore, c’est la chose la plus juste à faire d’un point de vue moral. Et, au moins en ce qui me concerne, les droits des animaux et le véganisme éthique représentent un engagement dans la non-violence.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Le néowelfarisme invalidé par ses propres conditions

Chers Collègues :

L’approche abolitionniste considère le véganisme éthique comme une ligne de fond morale ; elle marque la reconnaissance de l’individualité morale des animaux et le refus de considérer ceux-ci comme des produits destinés à l’usage humain. Le véganisme éthique est une composante essentielle de l’engagement pour la non-violence.

L’approche néowelfariste rejette le véganisme comme ligne de fond morale. Les néowelfaristes considèrent même celui-ci comme « fanatique », et le réduisent à une question de « pureté personnelle » afin de faire valoir l’idée qu’il n’est rien de plus qu’un moyen comme un autre de réduire la souffrance. En ce sens, le véganisme ne serait pas différent du fait de consommer de la viande et des produits d’origine animale « heureux », ou du fait d’être végétarien et de considérer la chair animale comme moralement différentiable des autres produits d’origine animale.

Dans mon dernier Commentaire et mes textes, qui comprennent les autres articles publiés sur ce site (voir, par exemple,ici), j’ai expliqué que les néowelfaristes, à l’instar des welfaristes classiques, estiment le critère de la souffrance animale moralement pertinent, mais considèrent que les animaux nonhumains n’ont pas d’intérêt(s) à poursuivre leurs existences. Par conséquent, ils ne jugent pas l’utilisation et le massacre des animaux inacceptables en soi sur le plan moral, aussi longtemps que les animaux ont une vie raisonnablement agréable et une mort relativement sans douleur.

L’approche abolitionniste pose que les défenseurs des animaux doivent être des végans éthiques et s’engager dans une éducation au véganisme créative et non-violente vis-à-vis du public. L’approche néowelfariste soutient quant à elle que les défenseurs doivent promouvoir des réformes de bien-être dont ils prétendent qu’elles réduiront la souffrance.

Mais fût-ce dans ses conditions, l’approche néowelfariste ne fonctionne pas.

Examinons cet extrait de The Animal Activist’s Handbook de Matt Ball (Vegan Outreach) et Bruce Friedrich (PETA) :

Chaque année, la moyenne des Américains consomme environ 1/10e de vache, 1/3 de cochon, 1 dinde, 35 poulets et environ 50 animaux marins (principalement des fruits de mer). Un Américain est également responsable de la production d’une poule pondeuse et d’1/30e de vache laitière. En se basant simplement sur ces chiffres bruts, le pas le plus conséquent qu’un mangeur de viande puisse réaliser pour les animaux est de cesser de manger les oiseaux. C’est d’ailleurs ainsi que nous nous adressons aux gens : nous nous focalisons en premier lieu sur la cruauté perpétrée envers les oiseaux. Une fois qu’ils ont compris qu’ils peuvent franchir ce pas, il leur est ensuite plus facile de progresser et d’arrêter de manger les cochons, les poissons (particulièrement les poissons d’élevage), les œufs, le bétail, et enfin les produits laitiers.

Peu de gens embrassent un régime végétarien du jour au lendemain. Si nous aidons davantage de personnes à changer par le biais d’une évolution graduelle – de préférence en cessant d’abord de manger les oiseaux et les poissons, puis les cochons, puis le bétail –, nous pouvons épargner des souffrances considérables à de nombreux animaux. Puisque, sinon, la plupart des gens s’y prennent d’une autre manière (en renonçant d’abord à manger les vaches et les cochons), nous rendons un réel service aux animaux en nous focalisant en premier lieu sur la cruauté perpétrée envers les oiseaux élevés industriellement.

Ball et Friedrich soutiennent que les campagnes en faveur du bien-être, lesquelles insistent sur la « cruauté infligée aux oiseaux dans les élevages industriels », « épargner[ont] des souffrances considérables à de nombreux animaux ».

Cette position est problématique pour au moins trois raisons.

Premièrement, raisonnons en termes de psychologie pratique. Bien qu’il soit certainement admirable de la part de Ball et Friedrich de vouloir que les volailles soient prises au sérieux, l’idée que ceux qui mangent les vaches et les cochons vont développer un souci moral à l’égard des volailles est simplement peu réaliste. La plupart des gens ont malheureusement une très basse opinion des volailles. Beaucoup en sont presque les ennemis. Si l’arrière-plan de l’interview abominable de Sarah Palin avait été celui d’une vache en train d’être abattue et non celui d’une dinde, la réaction du public aurait été très différente. Ainsi, même si vous estimez que les réformes de bien-être graduelles sont une bonne idée, il reste que cette approche manque complètement le coche.

Deuxièmement, supposons qu’une personne cesse complètement de manger les volailles. Elle peut alors consommer davantage de poissons, d’œufs ou d’autres produits d’origine animale : aucune compensation à la souffrance ne fera donc contrepoids. Or la position néowelfariste suppose que chaque produit d’origine animale non consommé par un individu sera obligatoirement remplacé par cet individu par des produits d’origine végétale. Il n’y a absolument aucune raison de supposer une telle chose.

Bien entendu, dans le monde réel, une approche welfariste graduelle amènera seulement les gens à manger moins de bœufs et de porcs, mais plus de volailles, d’œufs, de fromage, de produits laitiers, etc.. Et c’est précisément la raison pour laquelle l’approche welfariste graduelle conduit en fin de compte à une augmentation de la souffrance globale.

Troisièmement, les néowelfaristes supposent qu’une campagne focalisée sur la cruauté perpétrée envers les oiseaux d’élevages industriels aura pour résultat que les gens arrêteront de manger les volailles.

Mais, par le ciel, pourquoi les néowelfaristes supposent-ils une éventualité pareille ?

N’est-il pas plus probable de croire que ces campagnes de bien-être n’auront pour effet que d’orienter les consommateurs vers l’une des alternatives viande « heureuse » plébiscitées par PETA et Vegan Outreach ? Les deux groupes, aux côtés d’autres sociétés commerciales welfaristes menées par Peter Singer, soutiennent le label « Compatissant envers les Animaux » de Whole Foods. On nous a même dit qu’il n’y avait, entre PETA et KFC, « aucune différence d’opinion quant à la manière dont les animaux devaient être traités » aussi longtemps que les volailles seraient gazées et non étourdies à l’électricité. Et que dire de ces merveilleux produits d’origine animale flanqués du label « Certifié Elevé et Manipulé avec Humanité » – label soutenu par la Humane Society des USA, la ASPCA et d’autres organisations ?

Le but explicite de ces programmes de labelling n’est-il pas de rendre les consommateurs plus à l’aise vis-à-vis du fait de consommer des produits d’origine animale ? C’est là une question rhétorique. Bien sûr que c’est le but.

Ainsi, pourquoi les néowelfaristes pensent-ils que les campagnes en faveur des oiseaux d’élevages industriels dissuaderont les gens de manger des volailles, alors que les néowelfaristes sont justement là pour leur proposer un produit d’origine animale « heureux » ? N’est-il pas plus plausible de croire que les consommateurs s’orienteront vers le marché de la viande « heureuse », un marché que les néowelfaristes ont précisément créé ?

Et quiconque pense que la viande « heureuse » plébiscitée par les organisations néowelfaristes aura réellement pour effet de réduire la souffrance croit aussi probablement en Santa Claus et au Lapin de Pâques. La différence entre un œuf de poule élevée en batterie conventionnel et un œuf de poule élevée « en plein air » est – tout au plus – la différence qu’il y a entre le fait d’être torturé à l’électricité sur une chaise rembourrée et le fait de l’être sur une chaise sans rembourrage.

Pour résumer, les néowelfaristes rejettent le véganisme comme ligne de fond morale parce qu’ils se soucient essentiellement de la souffrance. Mais leurs propositions de réformes de bien-être graduelles ne parviendront pas à réduire cette souffrance.

Le néowelfarisme est invalidé par ses propres conditions.

Devenez végan. C’est facile ; c’est meilleur pour la santé et la planète ; et c’est, surtout, la bonne chose à faire sur le plan moral.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione