Archives pour 29 avril 2009

Chères collègues et chers collègues :

Dans une interview récente, Peter Singer affirme un certain nombre de choses qui, selon moi, indiquent à quel point la différence entre l’approche néo-welfariste ou welfariste et l’approche abolitionniste est tranchée.

Premièrement, il affirme :

Je suis très heureux de constater qu’il y a eu de nombreux changements, spécialement en Europe, mais aussi aux États-Unis et dans d’autres pays. En Europe, toutes les plus abusives et les pires formes d’élevage industriel ont été modifiées.

Je ne suis pas d’accord avec l’affirmation de Singer à plusieurs égards. Premièrement, il n’est pas juste de dire qu’il y a eu « de nombreux changements » et que « toutes les plus abusives et les pires formes d’élevage industriel ont été modifiées ». Comme je l’ai expliqué dans au moins deux autres essais (1,2) sur ce site et dans mon livre Animals as Persons: Essays on the Abolition of Animal Exploitation, publié en 2008, les prétendues améliorations à l’égard bien-être animal en Europe à propos desquelles Peter est si excité sont pires qu’inutiles, en ce qu’elles n’aident que très peu, ou pas du tout, à protéger les intérêts des animaux et elles font en sorte que les humains se sentent plus confortables à propos de la consommation d’animaux, ce qui favorise sa perpétuation.

Deuxièmement, à propos du véganisme, il affirme :

La diète végane, spécialement celle qui est centrée sur l’achat de produits biologiques issus des plantes, résout plus de problèmes éthiques entourant l’alimentation que n’importe quelle autre. Mais j’admets que ce n’est pas pour tout le monde et que ce sera long avant qu’elle devienne largement répandue. Aussi, je ne veux pas donner l’impression qu’il s’agit de la seule chose qu’une personne puisse faire pour manger de manière moralement acceptable. Simplement éviter les produits issus de l’agriculture intensive est un grand pas dans la bonne direction, même si vous continuez à manger, en quantités modérées, des produits provenant d’animaux élevés de manière biologique.

Une fois de plus (voir, par ex., 1, 2), Singer répète qu’être un « omnivore consciencieux » est une « position éthique défendable ». Puisque le dit « père du mouvement en faveur des droits des animaux » (qu’appuient à peu près toutes les organisations néo-welfaristes) prétend qu’il est moralement recommandable de consommer des produits et de la viande d’animaux « heureux », il est probable que cette idée devienne la ligne morale directrice. Et c’est exactement ce qui se passe. Le véganisme est perçu comme une position « extrémiste » précisément en raison de commentaires comme celui-ci; la viande « heureuse » est considérée comme une choix « éthique ».

Pour repérer le spécisme dans cette position, pensez à certaines formes d’exploitation humaine. Si quelqu’un affirmait qu’une quantité « modérée » de viols « humanitaires » représentait « un grand pas dans la bonne direction », nous serions scandalisés. Mais Singer nous dit que manger une « quantité modérée » de viande et autres produits issus d’animaux « heureux » est une bonne chose au plan moral. C’est peut-être une bonne chose, comme il est une bonne chose que battiez vos esclaves 5 fois par semaine plutôt que 10 fois, mais voilà qui passe totalement à côté de la question morale fondamentale en jeu.

Lorsqu’on lui a demandé s’il est possible d’agir de manière éthique sans devenir « fanatique », il a répondu :

C’est absolument possible! La chose dont il faut se rappeler est que le monde est imparfait et que nous voulons le rendre meilleur, alors tout changement dans la bonne direction aide et plus nous en faisons, meilleur c’est. Mais ce n’est pas une religion, ce n’est pas une question de pureté personnelle. Nous n’avons donc pas à nous soucier à propos de notre propre perfection morale. Nous devons simplement faire de notre mieux pour minimiser l’impact dommageable que nous avons sur les animaux, sur notre environnement et sur les travailleurs. Et, alors, apprécier nos aliments!

Une fois de plus, Singer qualifie l’approche abolitionniste, qui se fonde sur le véganisme et l’éducation non violente au véganisme, de « puriste » ou de « fanatique », parce que les abolitionnistes soutiennent que nous ne pouvons justifier aucune forme d’utilisation d’animaux. Est-ce que Singer considère comme puriste une position absolutiste à l’égard des comportements tels que le viol ou la pédophilie? Est-ce que la position selon laquelle nous ne pouvons justifier aucun viol ou aucun acte de pédophilie, peu importe les circonstances, est puriste ou fanatique? Sinon - s’il considère comme permis ou même obligatoire d’endosser une position absolutiste à propos de ces sujets - alors son discours ne pose-t-il pas problème par rapport à la position abolitionniste vis-à-vis des nonhumains et ne repose-t-il pas sur la présomption voulant que l’exploitation animale soit moralement moins problématique que l’exploitation humaine?

Je suppose qu’il fait une telle supposition, ce qui n’est pas surprenant puisqu’il considère que les nonhumains ont moins de valeur morale que les humains.

De toute manière, il est très décevant que Singer dise aux gens d’apprécier leur viande « heureuse ». Mais alors, en dépit de l’idée selon laquelle les « personnes soucieuses des animaux » forment un groupe monolithique, il y a une différence très claire entre l’approche abolitionniste et l’approche néo-welfariste. L’interview de Singer n’illustre que quelques-unes d’entre elles.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

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Chères collègues et chers collègues :

Selon le Wall Street Journal

Les groupes d’agriculteurs, craignant que l’apparition de la grippe porcine incite les gens à ne plus manger de porc, ont réussi à convaincre le gouvernement fédéral de référer au virus par son nom scientifique : H1N1.

Le département de l’agriculture, qui utilisait, aussi récemment que lundi, le terme de« grippe porcine », se cramponnait à l’expression anonyme « grippe H1N1 » dans sa déclaration de mardi, visant à assurer qu’il est sécuritaire de manger du porc des États-Unis.

À l’occasion du briefing de mardi, Richard Besser, le directeur intérimaire du Centre fédéral pour le contrôle et la prévention, à Atlanta, a reconnu que l’utilisation de l’étiquette grippe porcine nourrissait l’idée fausse selon laquelle les gens peuvent attraper des maladies respiratoires à partir des aliments. « Ça n’aide pas les producteurs de porc. Ça n’aide pas les gens qui mangent du porc », affirme Dr. Besser. « Nous nous demandons donc : y a-t-il une façon de décrire le phénomène qui n’inciterait pas les gens à agir de manière inappropriée? »

Cela, bien sûr, passe à côté de l’essentiel. La suite de cet article va comme suit :

Pourtant, plusieurs scientifiques disent que le CDC est en droit d’appeler la maladie grippe porcine même si elle semble s’être transformée en un virus exclusivement humain. Les virus de la grippe ont tendance à être nommés en fonction des premières espèces chez qui ils ont été découverts et le H1N1 a été découvert chez les porcs il y a de cela quelques décennies.

L’institution de l’élevage animal est responsable de plusieurs et peut-être même de la plupart des épidémies que nous avons eues. Les origines du virus H1N1 se trouvent chez les porcs domestiqués. C’est pourquoi ce virus est appelé « grippe porcine ».

En conclusion, une chose est claire : peu importe le point de vue duquel on se place, manger des produits animaux est dangereux pour les humains.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

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