Archives mensuelles : mars 2009

La « réalité courante de l’élevage d’animaux pour l’alimentation »

Chères collègues et chers collègues :

Home Box Office a récemment diffusé un documentaire intitulé Death on a Factory Farm (La mort dans les fermes industrielles). Ce documentaire portait sur une enquête secrète menée à la Wiles Hog Farm dans l’Ohio. L’enquêteur, qui travaillait pour la Humane Farming Association, a filmé clandestinement l’affreux traitement que les animaux y subissaient et a présenté les preuves amassées au procureur de la Couronne local, qui a enregistré dix chefs d’accusation contre Wiles, son fils et un employé.

Le résultat de la poursuite? Une seule des accusations a entraîné une condamnation. La sentence? Une amende de $250 et l’obligation de suivre une formation sur la manipulation et le transport des porcs. Les défendeurs et les autres fermiers qui les appuyaient ont argumenté que les pratiques rapportées dans le documentaire n’étaient pas criminelles et représentaient « la réalité courante de l’élevage d’animaux pour l’alimentation ».

Et ils avaient raison.

Ce qui est rapporté dans le documentaire n’est, en fait, rien d’autre que de la torture. Mais ce qui s’est passé à la Wiles Farm n’est aucunement différent de ce qui se passe dans toutes les grandes fermes industrielles. Ce qui est rapporté dans le documentaire est courant. Si vous avez mangé du porc hier soir, cet animal a été plus ou moins soumis au même type de traitement.

Voilà pourquoi les défenseurs des animaux ne devraient pas appuyer les efforts des organismes de protection des animaux qui visent à rendre l’exploitation plus « humaine ». L’exploitation animale, sur la balance de ce qui est nécessaire pour nourrir ne serait-ce qu’une petite partie de la population humaine ne peut pas être rendue considérablement plus « humaine ». Les considérations financières de la production et le statut de propriété des animaux rend cela impossible - pas seulement difficile -, impossible. Encore faudrait-il, bien sûr, répondre à la question de la justification morale de l’utilisation d’animaux, si « humaine » soit-elle. Mais, de toute façon, nous pouvons être certains qu’elle ne sera jamais « humaine » parce qu’elle impliquera toujours un certaine dose de torture.

Les réformes de type welfariste telles que la Proposition 2 en Californie ou la campagne visant à ce que les poulets soient tués par gaz reviennent à vouloir poser du joli papier peint sur les murs d’une chambre de torture. Tout comme le papier peint peut faire en sorte que ceux qui infligent la torture se sentent mieux dans leur environnement, ces réformes rendent ceux qui exploitent les animaux - et cela inclut tout celles et ceux qui encouragent la demande en consommant de la viande, des produits laitiers, des oeufs, etc. - plus à l’aise de consommer des animaux. Tout comme le papier peint, qui n’apporte aucune aide considérable aux victimes de la torture, les jolis rideaux des réformes welfaristes font très peu pour les animaux victimes de torture.

Il n’y a réellement qu’une seule réponse pratique et moralement acceptable à l’exploitation animale : devenir végans et allouer tout le temps et les ressources dont vous disposez à l’éducation créative et non violente au véganisme.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione

Plus sur la violence et les droits des animaux

Chères collègues et chers collègues :

Un certain nombre de personne m’ont écrit dans les dernières semaines pour me demander de me prononcer sur l’utilisation de la violence dans le cadre de la lutte pour les droits des animaux. J’ai déjà publié un essai
Un commentaire à propos de la violence– sur ce sujet et j’invite ceux qui sont intéressés à le lire. Mon prochain livre, The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation?, que j’écris en collaboration avec l’expert en sciences politiques Dr. Robert Garner de l’Université de Leicester, abordera également ce sujet.

J’aimerais ajouter à mon essai précédent la réflexion suivante.

Il y a ceux qui affirment que l’éducation créative et non violente au véganisme, qui est la stratégie que je mets de l’avant pour changer le paradigme moral, est insuffisante parce que cette approche ne permettra pas de faire progresser les choses assez rapidement, considérant la sévérité du problème et la variété des conséquences sociales, politiques, économiques et écologiques de l’exploitation animale.

Je ne doute aucunement du fait que l’utilisation d’animaux constitue rien de moins qu’un désastre à tous les points de vue et qu’il s’agit de la principale cause de la situation périlleuse dans laquelle se trouve notre planète. Sauf que l’idée que la violence, même si elle était moralement justifiable - ce qui, à mon avis, n’est pas le cas -, pourrait constituer la manière la plus efficace de faire bouger les choses plus rapidement et de régler cette situation clairement alarmante dépasse l’entendement.

Comme je l’ai mentionné dans mon essai précédent, la plupart des humains considèrent l’utilisation d’animaux comme la situation par défaut, comme la manière « normale » de fonctionner. Les actes de violence « ne peuvent pas » être perçus autrement que comme des attaques contre une conduite jugée complètement correcte et moralement acceptable (tant qu’elle est « humaine » du moins) par la plupart des gens.

Avoir recours à la violence, ce qui serait nécessairement interprété par la plupart des personnes comme pathologique, ne poussera pas les gens à croire que l’utilisation d’animaux est condamnable; si la violence provoque une réaction, ce sera celle de servir les fins de ceux qui souhaitent laisser entendre que tous les efforts en vue de changer le paradigme actuel - incluant des efforts pacifiques et non violents - reposent sur un code moral pathologique et condamnable. La promotion de la violence est non seulement incohérente avec l’éthique de la paix; mais elle nuit à son acceptation.

L’éducation créative et non violente au véganisme est un travail difficile. Mais, contrairement à ses alternatives, elle est l’unique option qui permettra de changer le paradigme et d’aborder les questions morales sous-jacentes d’une manière fondamentalement différente. Contrairement aux alternatives, l’éducation créative et non violente au véganisme peut causer la révolution - celle du cœur.

Et en fin de compte, il s’agit là des seules révolutions qui fonctionnent.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Les arguments en faveur d’un changement graduel

Chères collègues et chers collègues :

C’est la semaine de relâche à l’université et j’utilise le temps libéré pour bloguer un peu!

Je voudrais commenter une série d’arguments du même type que l’on appelle communément les « gateway arguements », ce qui peut être traduit, en français, par les « arguments pour un changement graduel ». Les trois principaux arguments graduels sont : (1) nous devrions faire la promotion de certaines versions du végétarismes qui autorisent la consommation de produits laitiers, d’oeufs et même de poisson comme porte d’entrée vers le véganisme; (2) nous devrions promouvoir la viande et les autres produits d’animaux « heureux », tels que les poulets KFC qui ont été tués par gaz plutôt qu’électrocutés, ou les oeufs de « poules en liberté », comme porte d’entrée vers le végétarisme lacto-ovo-pesco et même vers le véganisme; et (3) nous devrions faire la promotion des réformes favorisant le bien-être animal comme une porte d’entrée vers l’abolition de l’exploitation animale.

Je rejette ces arguments graduels autant pour des raisons théoriques que pratiques.

Au plan théorique, même si le végétarisme était une porte d’entrée vers le véganisme, ou si la viande « heureuse » était une porte d’entrée vers le végétarisme, ou si les réformes welfaristes étaient une porte d’entrée vers l’acceptation sociale de l’abolition, devrions-nous, pour obtenir quelque chose de moralement souhaitable, promouvoir quelque chose qui est moralement condamnable? Il est, bien sûr, préférable qu’un violeur ne batte pas sa victime en plus de la violer. Mais est-ce que cela signifie que nous devrions faire des campagnes en faveur des viols « humains » comme porte d’entrée vers l’anéantissement du viol? Certaines formes de racisme sont moins pires que d’autres, mais est-ce que qui que ce soit suggèrerait sérieusement de faire la promotion des formes prétendument « moins pires » comme porte d’entrée vers l’abandon de tout racisme? Il est mieux de torturer une personne légèrement plutôt que sévèrement, mais est-ce que nous devrions faire des campagnes en faveur de la torture « humaine »?

Bien sûr que non. Lorsque ces questions concernent des humains, la plupart d’entre nous perçoivent le problème et peu, ou aucun, d’entre nous feraient la promotion du viol « humain », du racisme « humain » ou de la torture « humaine ».

Mais là où des nonhumains sont concernés, plusieurs d’entre nous semblent prêts à changer leur fusil d’épaule et à faire la promotion de choses que nous reconnaissons violer les droits fondamentaux des animaux. Il n’y a aucune différence moralement significative entre la viande et les produits laitiers ou entre la viande et le poisson. Il y a autant (sinon davantage) de souffrance dans un verre de lait que dans une livre de steak et la valeur de la vie d’un poisson pour lui-même est aussi grande que l’est celle d’une vache pour elle-même. La viande et les autres produits d’animaux « heureux » ne sont pas issus d’animaux dont les intérêts sont beaucoup mieux protégés et ces animaux sont tout de même tous traités de manières qui seraient considérées comme de la torture s’il s’agissait d’humains. Les réformes welfaristes équivalent à faire la promotion du viol « humain » ou du racisme « humain ».

Ainsi, ces arguments graduels présentent la caractéristique troublante de promouvoir des conduites et des pratiques qui violent explicitement les droits fondamentaux d’animaux, alors que nous ne le ferions jamais si des humains étaient impliqués. L’approche graduelle est manifestement spéciste.

Au plan pratique, les arguments graduels ont en commun une prémisse empirique ou factuelle : le lacto-ovo-pesco-végétarisme mènera au véganisme; la viande et les autres produits d’animaux « heureux » mèneront au végétarisme et au véganisme; les réformes welfaristes amélioreront le climat social et politique en le rendant plus favorable à l’abolition. Pour que les arguments graduels fonctionnent, il faut qu’il y ait une relation causale claire entre la composante « porte d’entrée » (végétarisme, viande et autres produits d’animaux « heureux », réformes welfaristes) et l’objectif visé (véganisme, végétarisme, abolition de l’exploitation).

Le problème est qu’il n’y a aucune preuve à l’appui de cette relation causale. Même s’il existe certainement des végétariens qui sont devenus végans, il y existe aussi plusieurs végétariens qui ne deviendront jamais végans. En ce qui a trait à la prétention selon laquelle la viande et les autres produits d’animaux «  heureux » mèneront au végétarisme qui nous mènera à son tour au véganisme, cette prétention non seulement n’est pas démontrée, mais les preuves vont plutôt dans la direction opposée. En effet, le mouvement en faveur de la viande « heureuse » nous fait plutôt reculer en ce que de plus en plus de gens - incluant certaines personnes qui ont été végétariennes ou même véganes - se sentent maintenant de nouveau à l’aise de consommer des produits d’origine animale. Après tout, si People for the Ethical Treatment of Animals attribue à Whole Foods le titre de Détaillant le plus respectueux des animaux, affirmant que «  Whole Foods a toujours fait plus pour le bien-être des animaux que n’importe quel autre détaillant dans l’industrie, exigeant de ses producteurs qu’ils adhèrent à des standards stricts », l’organisme envoie très clairement le message que, même si ce n’est pas moralement idéal, il est moralement acceptable de manger le cadavre et les autres produits d’animaux qui sont vendus chez Whole Foods.

Et quant à l’affirmation selon laquelle les réformes welfaristes représentent un pas vers l’acceptation sociale et la réalisation de l’abolition de l’exploitation, non seulement elle manque de justification empirique, mais elle est clairement fausse. L’approche en faveur du bien-être animal constitue le paradigme moral et légal dominant depuis maintenant 200 ans et nous utilisons plus d’animaux nonhumains, que nous traitons de manière plus horrible, que jamais nous l’avons fait auparavant. Il n’y a aucune preuve historique que les réformes welfaristes mèneront à quoi que ce soit d’autre que plus encore d’exploitation animale.

Nous ne pouvons pas justifier l’exploitation animale au plan moral. Les arguments graduels contredisent les droits fondamentaux des nonhumains à ne pas être traités comme des ressources pour les humains et reposent sur des prémisses factuelles qui ne sont fondées sur aucune donnée empirique et dont la fausseté peut être démontrée.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

« Droit animal »: Règlementer l’utilisation des crochets et des aiguillons

Chères collègues & chers collègues :

Je reçois souvent des demandes de la part de mes étudiants qui me confient souhaiter étudier le droit afin de pratiquer le “droit animal” et qui me demandent conseil à propos de la manière de devenir des « avocats des animaux ». Je réponds alors que ce que l’on entend généralement par « droit animal » – fautes professionnelles de vétérinaires, les cas de garde d’« animaux de compagnie », les cas de legs en faveur d’« animaux de compagnie » et les cas de cruauté - n’aide aucunement les animaux nonhumains à se débarrasser de leur statut de propriété des humains. En fait, cela ne fait que les empêtrer dans ce paradigme. Je dis à ces étudiants que s’ils veulent faire quelque chose d’utile, ils devraient : (1) devenir végans; (2) éduquer les autres à propos du véganisme; et (3) offrir leurs services d’avocat pro bono aux défenseurs des animaux qui font la promotion du véganisme et qui ont besoin d’aide légale, ce qui est souvent le cas. J’ai ainsi représenté plusieurs activistes au fil des ans.

Les problèmes avec le « droit animal » sont illustrés par une poursuite en cours, entreprise par des organismes welfaristes et un ex-entraîneur d’éléphants contre le cirque Ringling Bros. et Barnum & Bailey. La question en litige porte sur l’utilisation de crochets et d’aiguillons à bouts de métal pour contrôler les éléphants qui pourrait violer la loi sur la protection des espèces en danger.

Dans un article (”Animal rights, circus lawyers differ on elephants”), on peut lire ce qui suit à propos de la poursuite :

Sous interrogation du juge, Meyer [l'avocate des plaignants] a reconnu que ce ne sont pas toutes les utilisations de chaines et d’aiguillons qui pourraient violer la loi. Elle a dit qu’elle espérait que [le juge] exige que le cirque obtienne des permis du Service américain de la pêche et de la vie sauvage avant d’utiliser ces outils. Mais elle n’a pas pu dire précisément quels traitements devraient être autorisés ou combien de temps les éléphants devraient légalement pouvoir être gardés attachés.

Je connais Kathleen Meyer, l’avocate qui représente les plaignants. Elle est une bonne avocate. Il est triste, toutefois, que la position en faveur des « droits des animaux » soit réduite à demander que l’on adopte un règlement concernant l’utilisation de crochets et d’aiguillons et que l’on exige des cirques qu’ils obtiennent des permis. L’idée que la position pour les « droits des animaux » concerne combien de temps les éléphants pourront être gardés enchaînés est perturbante à plusieurs niveaux.

Combien de dollars donnés pour aider les animaux sont utilisés pour cette poursuite? Et, ce qui est plus important encore, pourquoi penser que cette sorte de poursuite pourrait nous aider à nous diriger vers l’abolition de l’exploitation animale ou même participer à augmenter le moindrement la protection des animaux? Peut-être que nous devrions envisager la possibilité que cet argent soit mieux dépensé s’il était destiné à expliquer aux gens pourquoi ils ne devraient pas visiter les cirques qui utilisent des animaux nonhumains. Mais cette question rejoint toujours celle du véganisme. Tant et aussi longtemps que nous tuons 56 milliards d’animaux par année pour l’alimentation (sans compter les animaux aquatiques) alors que notre meilleure justification est que nous apprécions le goût des produits animaux, il est peu probable que nous réussissions à développer le niveau de conscientisation qui pourrait nous mener plus loin qu’à une exploitation plus « humaine », qui ne procure que bien peu d’avantages aux animaux nonhumains, mais qui nous permet de nous sentir mieux lorsque nous les exploitons.

Je comprends que ces groupes de protection des animaux aient besoin d’une fréquence stable de campagnes et de « victoires » afin de pouvoir lever des fonds. Mais n’allons pas penser que réglementer l’utilisation des chaines et des crochets nous permettra de faire du progrès.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Singer et la position néo-welfariste sur la moins grande valeur de la vie des nonhumains

Chères collègues & chers collègues :

Certains défenseurs des animaux soutiennent qu’il n’y a aucune différence entre l’approche abolitionniste et l’approche néo-welfariste de Peter Singer.

J’ai commenté les vues de Singer à l’occasion d’autres essais parus sur ce site (voir, par exemple, 1, 2) ainsi que dans mes livres et articles, dans un effort visant à illustrer ce qui me semble représenter des différences théoriques et pratiques considérables entre nos approches. Un autre exemple est donné dans un récent interview accordé par Singer. Il déclare :

Vous pouvez dire qu’il est mal de tuer un être dès que cet être est sensible ou conscient. Mais vous devez alors reconnaître qu’il est aussi mal de tuer un poulet ou une souris qu’il l’est de vous tuer ou de me tuer. Je ne peux accepter cette idée. Il est possible que ce soit aussi mal, mais des millions de poulets sont tués chaque jour. Je ne peux croire qu’il s’agit là d’une tragédie du même ordre que si des millions d’humains étaient tués. Qu’y a-t-il de différent chez les humains? Les humains sont des êtres qui regardent vers l’avant et ils ont des espoirs et des désirs pour le futur. Cela semble constituer une réponse plausible à la question portant sur les raisons pour lesquelles la mort des humains est si tragique.

Singer articule assez clairement l’idée welfariste selon laquelle la vie des nonhumains a moins de valeur morale que la vie des humains.

Les commentaires de Singer sont problématiques pour plusieurs raisons. Premièrement, Singer présume que les poulets et les autres nonhumains sensibles ne sont pas des êtres qui peuvent envisager le futur. J’ai bien peu d’expérience personnelle avec des poulets, mais j’en sais suffisamment à leur propos pour conclure que leur comportement ne peut être expliqué sans qu’il ne leur soit attribué un certain type de cognition équivalent à ce qui nous semble permettre que les êtres humains puissent envisager l’avenir. Les poulets ont évidemment des intérêts, des préférences et des désirs, et ils sont capables d’agir de manière à satisfaire leurs intérêts et leurs préférences. Lorsque nous tuons ces nonhumains, nous frustrons leur habileté à satisfaire leurs intérêts, leurs préférences et leurs désirs – exactement comme c’est le cas lorsque nous tuons des humains.

J’ai eu de nombreuses expériences avec des chiens et je peux dire avec assez de certitude que je serais renversé si quelqu’un devait affirmer que les chiens ne sont pas des êtres pouvant envisager le futur ou qu’il n’ont pas d’espoirs et de désirs.

La prémisse sous-jacente à la position de Singer est que la seule manière de se tourner vers l’avenir et d’avoir des espoirs et des désirs est de le faire à la manière des humains. Or, cela est clairement une position spéciste. Les humains possèdent des concepts qui sont inextricablement liés à la communication symbolique. La cognition des nonhumains est fort probablement très différente de la cognition humaine parce que les nonhumains n’utilisent pas de communication symbolique. Mais cela ne signifie certainement pas que les nonhumains ne vivent pas des phénomènes cognitifs équivalents.

Deuxièmement, et c’est ce qui est le plus important, il y a la valeur que Singer attribue à l’habileté à faire des plans pour l’avenir. Qu’en est-il des humains qui souffrent d’amnésie globale transitoire? Ils ont un sens d’eux-mêmes dans le présent, mais sont incapables de se rappeler le passé ou de planifier pour le futur. Est-ce que les tuer serait moralement mauvais? Bien sûr que ce le serait. Jugerions-nous qu’il est pire (moralement et légalement) de tuer une personne qui ne se trouve pas dans cet état? Bien sûr que non. Ces deux meurtres nous paraîtraient également condamnables parce que dans les deux cas, nous aurions privé des humains de leur vie, de ce qui compte pour eux. La vie d’un poulet est aussi valable pour lui que ma vie l’est pour moi.

De plus, selon les analyses de Singer, la vie d’un humain ayant plus d’espoirs et de désirs vaudrait plus que la vie d’un humain qui en a moins. Alors la vie d’une personne dépressive qui ne serait pas particulièrement excitée par le futur ou qui ne fait pas de projet pour l’avenir, ou la vie d’une personne pauvre, dont les espoirs et les désirs concernent leur prochain repas ou l’endroit où elle dormira la nuit prochaine, vaudrait moins que la vie d’un professeur de Princeton qui a beaucoup, beaucoup d’espoirs et de projets pour le futur.

Les commentaires de Singer reflètent - une fois de plus - le principe welfariste voulant que notre utilisation des animaux n’est pas le principal problème, ni même un problème moral, parce que, en fait, les animaux n’ont pas d’intérêt envers leur propre vie. Ainsi, les welfaristes soutiennent que les nonhumains ont un intérêt à ne pas souffrir mais, parce qu’ils n’ont pas intérêt à continuer à vivre en raison du fait qu’ils n’ont pas d’espoirs ou de désirs pour l’avenir, nous pouvons les utiliser pour nos propres fins tant et aussi longtemps que nous les traitons « humainement ». Singer endosse clairement le principe welfariste selon lequel les nonhumains ont moins de valeur que les humains. Clairement, explicitement et de manière répétée, il a rejeté le concept des droits des animaux en dépit de son affirmation – faite, elle aussi, lors de cette interview - à l’effet qu’il cherche « à créer un mouvement pour les droits des animaux ».

Les commentaires de Singer dans cette interview ne nous apprennent rien de nouveau. Il tient ce discours depuis des années et on le retrouvait déjà dans Animal Liberation, un livre qui ne portait pas sur les droits des animaux, mais qui a valu à Singer l’obtention du titre de « père du mouvement pour les droits des animaux ». Il est, toutefois, renversant que tant de défenseurs des animaux prétendent qu’il n’y a pas de véritables différences entre la position de Singer et l’approche abolitionniste en faveur des droits des animaux.

À ces défenseurs des animaux qui ne voient pas de différence, je vous exprime ma sincère et profonde consternation.

Gary L. Francione
©2009 Gary L. Francione

Anomalies à la naissance: diète végane ou simple carence en B-12?

Chères collègues & chers collègues :

J’ai lu un article dans l’édition d’aujourd’hui du Telegraph, un quotidien anglais. Le titre de l’article est Vegan diet increases the risk of birth defects, scientists warn. (une diète végane augmente les risques d’anomalies à la naissance, avertissent les scientifiques). Le sous-titre de l’article est : «Les femmes qui sont de strictes végétariennes ou véganes peuvent courir un plus grand risque d’avoir un enfant atteint d’une anomalie à la naissance parce qu’elles ont plus de chances de souffrir d’une déficience en vitamine B12, mettent en garde les chercheurs. ». L’article porte sur une nouvelle étude publiée dans le journal Pediatrics.

Sauf que, mis à part dans le titre et dans le sous-titre de l’article, on ne trouve aucune autre mention du véganisme ou du végétarisme.

Je me suis donc rendu sur le site de la bibliothèque de mon université pour télécharger l’article, mais il n’était pas encore disponible parce que le numéro dans lequel il parait vient tout juste de sortir. Mais j’ai pu trouver le résumé de l’article en ligne.

J’ai trouvé intéressant de constater que le résumé ne contient même pas le mot « végan » ou le mot « végétarien ». Les mots « végan » et « végétarien » n’apparaissent pas non plus dans la liste des mots clés décrivant l’auteur.

Nous devrons attendre pour savoir ce qui est réellement dit dans l’article, mais, à moins que les auteurs aient mal décrit l’article dans leur résumé (ce qui peut très bien être le cas), il semble que l’étude ne fait que soutenir la corrélation entre un faible taux de B-12 et certaines anomalies de naissance, sans focaliser sur le lien entre la diète végane et la B-12. De manière générale et comme le mentionne l’article du Telegraph, les femmes sont avisées de s’assurer que leurs taux d’acide folique sont adéquats durant la grossesse afin de protéger leur bébé contre ces anomalies de naissance. L’article de journal ne semble pas condamner la diète végane; il paraît plutôt affirmer qu’un niveau adéquat de B-12 peut aider à réduire le risque d’avoir un enfant présentant une anomalie de naissance.

Tous les végans savent (ou devraient savoir) qu’ils doivent se soucier de leur apport en B-12. Les femmes qui sont enceintes, qu’elles soient véganes ou non, doivent être consciencieuses quant à leurs taux d’acide folique et, si l’étude est correcte, quant à leur niveau de B-12. Les végans ont besoin de se préoccuper d’obtenir de la B-12 d’origine végétale, comme ceux qui mangent des produits animaux doivent s’assurer de s’en procurer d’origine animale. Dans tous les cas, il est irresponsable de laisser croire que les diètes véganes sont liées aux anomalies de naissance.

Une personne suivant une diète végane peut certainement présenter des problèmes de santé. J’imagine que si quelqu’un ne mangeait rien d’autre que des choux de bruxelles tous les jours, trois fois par jour, cette personne tomberait malade. Mais cela est tout aussi vrai pour qui ne mangerait rien d’autre que du steak chaque jour, trois fois par jour.

C’est une nutrition inadéquate et non pas la diète végane qui est corrélée aux anomalies de naissance.

Pour ceux qui prétendent que la diète végane n’est pas « naturelle » parce que les végans doivent se préoccuper de leur apport en B-12, je vous prie de vous rappeler que tout le monde doit se soucier de leur apport en B-12 et doivent consommer de la nourriture qui contient de la B-12. Je consomme de la levure alimentaire; les carnivores consomment de la viande. L’affirmation selon laquelle la levure est moins « naturelle » que la viande exigerait des explications.

Gary L. Francione
© 2009 Gary L. Francione