Archives mensuelles : mars 2007

Quelle bataille gagnons-nous?

Dans un récent blog (et dans mes autres textes, écrits au fil des 15 dernières années), je soutiens que non seulement le mouvement en faveur du bien-être animal ne réussit pas à protéger les intérêts des animaux, mais il est également contreproductif puisqu’il fait en sorte que les gens se sentent plus à l’aise à l’égard de l’exploitation animale. Cela perpétue l’exploitation animale et pourrait même finir, en participant à augmenter la consommation d’animaux, par entraîner une augmentation nette la souffrance animale.

Voici un exemple frappant de ce dont je parle.

Dans le numéro du 16 mars de Farmed Animal Net, qui est paraîné par People for the Ethical Treatment of Animals, The Humane Society of the United States, et par Farm Sanctuary, on pouvait lire :

Strauss Veal & Lamb, qui affirme fournir entre 18% et 25% des veaux utilisés pour leur viande aux É.U., s’est donné comme objectif de remplacer complètement ses cabines individuelles par des enclos de groupes d’ici 2-3 ans. Randy Strauss, le chef de direction de la compagnie, a écrit que les cageots pour les veaux sont « inhumains et archaïques » et « ne font rien d’autre que soumettre le veau au stress, à la peur, aux blessures physiques et à la douleur ». Énonçant que « les droits des animaux sont importants », il dit : « Nous voulons être une compagnie qui révolutionne l’industrie du veau. Il y a de plus en plus de personnes qui, si elles se sentent bien à propos de ce qu’elles mangent, mangeront du veau. Si nous pouvons prendre le marché, nous augmenterons de 0.6-livres per capita le marché de la consommation, ce qui aura pour conséquence d’améliorer la santé de l’industrie du veau. » Strauss affirme que la consommation de veau a augmenté en Europe, où les cabines à veau de type individuel sont maintenant illégales, au cours des 5-10 ans pendant lesquels la conversion s’est faite. La compagnie a également exprimé un intérêt pour l’élevage « sans cage » et pour la production organique.

  • Strauss reconnaît explicitement que son objectif est de faire en sorte que les gens « se sentent à l’aise » à propos du fait de manger de la viande.
  • Strauss reconnaît explicitement que les réformes welfaristes entraîneront une augmentation de la consommation de veau.
  • Strauss rapporte qu’on a remarqué une augmentation de la consommation de veau en Europe en réponse à une réforme welfariste.

À propos de Strauss, vous pouvez lire l’article « Révolutionner l’industrie du veau » (« Revolutionizing the Veal Industry ») qui fait la une du numéro de décembre du magazine Meat Processing.

Les réformes welfaristes ne mèneront pas, contrairement à ce que prétendent certains, à l’abolition de l’exploitation; elles mèneront à plus de consommation d’animaux. Les réformes welfaristes n’entraîneront pas l’éradication du statut de propriété des animaux; elles ne feront que renforcer ce statut.

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Une appellation trompeuse

Une controverse a éclaté en Bretagne à l’égard des étiquettes « Freedom Food » de la RSPCA. Selon la RSPCA :

Freedom Food est ce que les fermes de la RSPCA offrent comme assurance et système d’étiquetage des aliments afin d’augmenter les standards de bien-être des 900 millions d’animaux de la ferme élevés pour l’alimentation chaque année au Royaume-Uni. Si vous vous préoccupez de l’origine de votre nourriture et du bien-être des animaux qui la produisent, alors s’il vous plait, cherchez le logo Freedom Food sur les œufs, la viande, le poulet, le poisson et les produits laitiers.

La réalité est que l’étiquette Freedom Food est une arnaque.

Des articles récemment publiés sur les chaînes de la BBC, de Channel 4, et de ITV, ont démontré, à partir d’une enquête ayant porté sur le Hillside Animal Sanctuary de Norwich (UK), que les animaux élevés sur les fermes Freedom Food vivent dans des conditions aussi désolantes et horribles que les animaux des fermes conventionnelles. Les principales différences sont que les aliments sur lesquels se retrouve le logo Freedom Food coûtent plus cher et que les consommateurs se sentent mieux à l’égard de l’exploitation des animaux. Prenez connaissance de ces reportages ainsi que du documentaire sur Hillside, « Canards au désespoir (Ducks in Despair) ». L’histoire est choquante.

Mais cela ne devrait pas nous surprendre.

Le scandale de la Freedom Food est un exemple classique de l’échec du mouvement en faveur du bien-être animal. Les lois ou règlements concernant le bien-être animal ne procurent aucune protection significative aux animaux. De plus, ils permettent au public de se sentir plus confortable face à l’exploitation des animaux et facilitent ainsi le maintien de l’exploitation.

Et si une telle chose peut se passer en Bretagne – un pays qui a peut-être la plus importante tradition de bien-être animal au monde et où, selon certains, les standards de bien-être animal sont plus hauts que partout ailleurs –, imaginez quel échec lamentable un tel système d’étiquetage serait aux États-Unis.

Nous le saurons bien assez tôt.

La Humane Society of the United States et d’autres groupes de bien-être animal se sont associés au Humane Farm Animal Care pour produire les étiquettes « Certifié humainement élevés et manipulés » (« Certified Humane Raised and Handled »).

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Le « luxe » de la mort

Dans mon commentaire de la semaine dernière, je mentionnais que la The Vegan Society avait publié des interviews de Peter Singer, de Tom Regan et de moi-même dans son magasine The Vegan. À l’occasion de son entrevue, Singer affirmait :

Pour éviter d’infliger de la souffrance aux animaux − nous devons drastiquement diminuer notre consommation de produits d’origine animale. Mais est-ce que cela signifie un monde végan? Ce serait une solution, mais pas nécessairement la seule. Si c’est l’imposition de souffrance qui nous préoccupe, plutôt que la mort, alors je peux aussi imaginer un monde dans lequel les gens mangent principalement des végétaux, mais s’offrent occasionnellement le luxe de manger des œufs provenant de poules « en liberté », ou même possiblement la viande d’animaux qui ont vécu de bonnes vies dans des conditions naturelles pour leur espèce, et sont ensuite tués humainement sur la ferme. (The Vegan, Automne 2006)

À l’occasion d’une entrevue accordée au Mother Jones en mai 2006, Singer énonçait :

Il y a une petite marge de manœuvre pour l’indulgence dans toutes nos vies. Je connais certaines personnes qui sont véganes à la maison mais qui, lorsqu’elles se trouvent dans un restaurant haut de gamme, s’offrent le luxe de ne pas être véganes pour la soirée. Je ne vois là rien de vraiment mal.

Je ne mange pas de viande. Je suis végétarien depuis 1971. Je suis graduellement devenu de plus en plus végan. Je suis largement végan, mais je suis un végan flexible. Je ne vais pas au supermarché acheter des produits non-végans pour moi-même. Mais lorsque je voyage ou lorsque je suis reçu chez des gens, je suis heureux de manger végétarien plutôt que végan.

Il est tout de même remarquable que le soi-disant « père du mouvement en faveur des droits des animaux »

  • soit un « végan flexible » − c’est-à-dire qu’il n’est pas végan lorsqu’il considère qu’il serait malcommode de l’être. Cela signifie qu’il n’est pas végan du tout et, en effet, il a qualifié le fait d’être stictement végan de « fanatique »;
  • pense qu’un monde végan n’est pas « nécessairement » la solution au problème de l’exploitation animale; et
  • qualifie de « luxueuse » la consommation de viande et de produits d’origine animale.

Ces commentaires sont parfaitement conformes à une des positions centrales de la théorie de Singer, qui est inconciliable avec la perspective droits des animaux/abolition. Selon Singer, c’est la souffrance des nonhumains, et non le fait que nous les tuions, qui soulève le principal et peut-être même unique problème moral.

En effet, Singer ne pense pas qu’il soit sérieusement problématique que nous utilisions et tuions des animaux; le seul problème est comment nous les utilisons et les tuons. Si les animaux ont « vécu de bonnes vies dans les conditions naturelles pour leur espèce, et qu’ils ont été humainement tués sur la ferme », alors nous n’agissons pas de manière immorale en utilisant et en mangeant ces animaux.

Pourquoi est-ce que Singer adopte une telle position? Pourquoi pense-t-il que tuer des nonhumains ne soulève aucun problème moral fondamental?

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Entrevue sur le véganisme/abolition pour The Vegan

Je travaille sans relâche pour terminer mon livre The Personhood of Animals, qui sera publié par la Columbia University Press l’automne prochain, ce qui explique pourquoi je serai bref.

La semaine dernière, j’ai accordé une entrevue qui est parue dans The Vegan, le magasine de The Vegan Society de Grande-Bretagne. The Vegan publiait une entrevue de Peter Singer dans son numéro d’automne 2006, une autre de Tom Regan dans son numéro de l’hiver 2006 et une de moi-même dans son numéro du printemps 2007. J’ai déjà reçu un nombre formidable de réponses provenant des lecteurs de The Vegan et je voudrais vous inviter à prendre connaissance de cette entrevue.

Gary Francione : pourquoi le véganisme est son principe moral de base, une entrevue de Rosamund Raha.

Dans cette entrevue, je discute des différences entre les droits des animaux et le bien-être animal, des problèmes associés au new welfarisme, des campagnes en faveur de la « viande heureuse », de l’intérêt des nonhumains à continuer à vivre (intérêt qui est nié par Singer et par les autres réformistes welfaristes), de la position abolitionniste, des campagnes sexistes menées par PETA, et des différences entre mes vues et celles de Tom Regan.

Par ailleurs, mon débat du 25 février avec le promoteur de la « viande heureuse » Erik Marcus a assurément stimulé la discussion. Des échanges énergiques eurent lieu sur les forums des sites Vegan Freak et Satya, de même qu’à d’autres endroits.

Finalement, j’ai reçu des encouragements dépassant toute attente à propos de l’idée de créer un podcast portant sur l’approche abolitionniste et sur les droits des animaux. Je suis heureux de voir que ce projet soulève un intérêt considérable et je promets de m’y consacrer aussitôt que possible.

Gary L. Francione
© 2007 Gary L. Francione