« Mais ça m’a pris 10 ans pour devenir végan. » Et alors ?

Je n’ai jamais cessé d’être étonné par les gens qui prétendent que nous ne devrions pas promouvoir le véganisme comme impératif moral sous prétexte qu’ils ont mis du temps à devenir végans.

Quelle pertinence a la durée qu’a mis quelqu’un pour se rendre compte que devenir végan était la bonne chose à faire ? Réponse : absolument aucune.

Franchement, je ne suis pas du tout surpris qu’il ait fallu beaucoup de temps à la plupart des gens pour devenir végan étant donné qu’aucune des grosses associations de protection animale ne présente le véganisme comme principe moral de base, et qu’elles font toutes la promotion, à un degré plus ou moins grand, des réformes de bien-être et de l’exploitation heureuse. Je rencontre régulièrement des personnes qui ont été végétariennes pendant 20 ans et sont devenues véganes seulement après être tombées sur l’approche abolitionniste. Bien qu’elles soient presque toujours bénévoles dans une ou plusieurs associations animalistes, personne ne leur a jamais demandé de devenir végan, et moins encore ne leur a dit clairement que le véganisme constituait un impératif moral — un principe moral de base sans équivoque. De fait, la plupart des associations continuent de présenter le végétarisme comme une alternative au véganisme, et ceci n’est pas compatible avec le fait de présenter ou de promouvoir le véganisme comme impératif moral.

Le fait est que la validité des principes moraux ne dépend pas du temps qu’a mis une personne en particulier pour reconnaître leur validité. Aucun de nous n’en doute lorsque des humains sont concernés. Par exemple, si quelqu’un a mis dix ans avant de reconnaître que le racisme est mal et cesser d’employer des épithètes racistes, doit-on en déduire que nous ne devrions pas rendre clair le fait que le racisme est mal ? Bien sûr que non. Est-ce que quiconque oserait suggérer un « Vendredi Sans Blague Raciste » pour fournir à ceux qui mettent du temps à cesser d’être racistes une approche « progressive » de la chose ? Bien sûr que non.

De la même façon, le fait que certaines personnes puissent mettre des années avant de reconnaître que le statut moral des animaux exige qu’elles deviennent véganes, ne signifie pas que nous devons promouvoir des « Lundis Sans Viande », des œufs de poules « en liberté », du porc sans batterie ni toutes les autres absurdités de ce genre pour arranger ceux qui mettent du temps à tourner le dos au spécisme.

Nous devons toujours être clairs quant au fait que l’utilisation des animaux est injustifiable et que le véganisme constitue un impératif moral ; un principe éthique de base. Si quelqu’un désire faire moins que ce strict minimum qui est de devenir végan, alors c’est le choix de cette personne et jamais parce que nous approuverions une forme quelconque d’exploitation animale.

Enfin, être clair quant à nos obligations morales ne veut pas dire juger les gens. Beaucoup de mes connaissances ne sont pas véganes. Je ne les juge pas, mais je leur fais clairement comprendre que nous ne pouvons justifier moralement d’utiliser les animaux, et que le véganisme constitue, pour nous tous, une obligation éthique de base.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

Quoi ? Le Humane Slaughter Act n’a pas été respecté ?

Farm Sanctuary a fait une demande de Freedom of Information Act, et découvert que le Département d’Agriculture des Etats-Unis (USDA) n’a pas fait respecter le Humane Slaughter Act. Elle a constaté en outre que la situation semblait être particulièrement terrible à Des Moines, Iowa.

QUOI ? Le USDA ne respecte pas le Humane Slaughter Act ?

Allons, Farm Sanctuary. Il est de notoriété publique que les abattages qui ne sont pas en conformité avec le Humane Slaughter Act ont cours partout dans le pays. Cela est connu depuis longtemps, depuis cet article de 2001 du Washington Post qui l’écrivait noir sur blanc : Warrick, They Die Piece by Piece (2001).

Cela l’était même bien avant 2001, et semblait une évidence à quiconque a visité un abattoir.

Le USDA ne pouvait, en aucune façon, respecter le Humane Slaughter Act (même quand cela était possible) étant donné les milliards d’animaux qui aboutissent chaque année dans les abattoirs — pas plus que le Animal Welfare Act ne peut garantir aux animaux exploités dans les laboratoires d’être traités « humainement ».

Et même si le Humane Slaughter Act était respecté à la lettre, le processus de mise à mort resterait indiciblement horrible pour les animaux qui finissent leur vie dans la terreur, le bruit, la douleur et la sordidité de l’abattoir.

Et de toute façon, le Humane Slaughter Act n’a jamais porté sur autre chose que le fait de protéger les ouvriers de blessures et les carcasses de dégâts éventuels.

Voici la vérité : TOUS les abattoirs sont des endroits horribles. Tous.

Il n’y a pas d’exploitation « humaine ».

Il y a seulement des campagnes de bien-être qui recyclent ad nauseam les mêmes faux préceptes et vendent littéralement aux gens l’idée que le problème, c’est la « maltraitance » subie ici ou là par les animaux.

Il y a seulement des campagnes de bien-être qui renforcent ad nauseam l’idée que le problème réside dans le traitement des animaux et non dans leur utilisation — et que la solution à ce problème est de donner de l’argent aux associations animalistes, de sorte qu’elles puissent faire des recherches et exhiber le résultat d’enquêtes qui révéleront ce que tout le monde sait par ailleurs de toute éternité — enquêtes qui prétendront « régler » le problème en obtenant la mise à l’amende de quelque abattoir, voire sa fermeture temporaire ou définitive — toutes choses que l’on vous présentera comme autant de victoires (et qui ne déplaceront la production que vers un autre abattoir).

Il y a seulement des campagnes de bien-être qui ressassent ad nauseam l’idée que le problème, c’est l’abattoir, l’élevage industriel, le marché aux bestiaux, l’ouvrier individuel ou quelque autre fournisseur en produits de la mort, quand le vrai problème n’est autre que nous-mêmes, qui les premiers réclamons ces produits.

Il n’y a qu’un seul problème : celui de l’utilisation des animaux, et qu’un seul remède : devenir végan et forger un mouvement populaire disant clairement aux gens que se soucier des animaux signifie devenir végan.

Commençons par éduquer le public avec le bon message — et pas en renforçant celui, mauvais, qui leur est seriné depuis des lustres par les associations.

Tout cela ressortit au même raisonnement qui amène les associations de protection animale comme Farm Sanctuary à faire part au public de leurs « appréciation et soutien » aux programmes « pionniers » d’exploitation heureuse :

Bien que je ne mette pas en question la sincérité des membres de Farm Sanctuary, je crois sincèrement que leur politique est nulle sur toute la ligne.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

EAT LIKE YOU CARE EN ESPAGNOL !

EAT LIKE YOU CARE: An Examination of the Morality of Eating Animals est maintenant disponible en espagnol.

COME CON CONCIENCIA: Un análisis sobre la moralidad del consumo de animales est maintenant disponible sur tous les sites Amazon :

USA ; Espagne ; Mexique ; Brésil ; Canada ; Grande-Bretagne ; Allemagne ; Italie ; Japon ; Inde ; Australie

Vous n’avez PAS besoin du système Kindle pour lire le livre. Celui-ci peut être lu sur n’importe quels téléphone, tablette, PC ou Mac avec une application Kindle gratuite.

Amazon vous autorise à envoyer une copie à qui vous voulez avec une simple adresse électronique !

Anna Charlton et moi exprimons notre gratitude à Joanna Porter et Marianna C. Gonzalez pour le gros travail effectué dans la traduction de ce livre.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

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Gary L. Francione
Professeur distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

La Campagne anti-Kapparot : un bon exemple de ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées

Le 12 juin 2014, je suis intervenu en tant qu’expert au New York City Bar Association en tant que juré à propos du rite Kapparot, au cours duquel des poulets sont utilisés. Une défenseuse des animaux, Karen Davis de United Poultry Concerns, a fait un exposé au cours duquel elle a montré des photos des divers abus commis sur ces animaux à cette occasion. Le Kapparot consiste à tenir un objet au-dessus de sa tête en récitant des prières supposées transférer ses péchés sur ledit objet. Certains Juifs utilisent des poulets vivants comme « objets » de transfert. Karen et son association participent à une campagne visant à mettre fin à l’utilisation des poulets pour Kapparot.

Un enregistrement audio de l’événement est disponible ici.

Que ce soit clair : je m’oppose à l’utilisation des poulets pour Kapparot — ou pour tout autre propos. Et j’apprécie personnellement Karen Davis ; je lui sais gré d’avoir été, au milieu des années 1980, l’une des premières personnes à tenter de sensibiliser les gens à la sordide condition des poulets qui étaient souvent oubliés des défenseurs eux-mêmes alors qu’ils sont les animaux qui, avec les poissons, sont le plus exploités par les humains. J’apprécie qu’elle fasse la promotion du véganisme davantage que beaucoup d’autres associations, mais je suis en désaccord avec certaines des campagnes de bien-être qu’elle a soutenues, et je suis ennuyé par la campagne anti- Kapparot.

Pourquoi ?

Il n’est rien dans ce que Karen a dénoncé dans son exposé qui n’arrive également à tous les poulets destinés aux abattoirs classiques. Par exemple, elle a montré des photos de ce qui semblait être des hommes Hassidiques maniant les poulets de manière à leur causer de la souffrance. Mais la seule différence entre la manière dont les poulets sont souvent tenus et manipulés dans les abattoirs et la manière dont ils sont tenus et manipulés pendant Kapparot, est le fait que, dans ce dernier rituel, ils le sont par un Hassidique ou d’autres Juifs. Si ces pauvres oiseaux n’étaient pas utilisés pour Kapparot, ils seraient emmenés à l’abattoir et y connaîtraient exactement le même sort.

C’est un parfait exemple de ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées : elles entretiennent l’idée que ce que commettent certains groupes humains est pire que ce que le reste d’entre nous faisons. Une campagne ciblée sur la fourrure innocente les personnes qui portent de la laine ou du cuir et leur donne une excuse pour haïr ou attaquer ceux (des femmes la plupart du temps) qui portent de la fourrure. Une campagne ciblée sur les dauphins de Taiji permet aux gens, dont la majorité ne sont pas même végans, de produire des discours haineux ethnocentriques et xénophobes contre les Japonais. Une campagne ciblée sur un massacre d’écureuils à la carabine au sein d’une communauté rurale encourage à traiter ceux qui y prennent part de « ploucs » et d’ « arriérés » alors qu’ils n’agissent pas différemment de ce que n’importe quel non-végan fait ou soutient. De même, une campagne ciblée sur Kapparot donne aux gens une excuse pour traiter les Juifs de « mauvais ».

Je pense que la campagne anti-Kapparot permet et facilite l’antisémitisme. Je ne suis pas en train de dire ici que toutes les personnes impliquées dans cette campagne ou qui la soutiennent sont antisémites : je dis simplement que cette campagne discrimine effectivement les Juifs comme moralement différents des autres exploiteurs d’animaux. Une telle campagne est fondamentalement semblable aux campagnes anti-Kashrut ou aux campagnes islamophobes anti-Halal au Royaume-Uni.

En outre, j’ai bien étudié le site de Alliance to End Chickens as Koporos. Je n’y ai rien vu qui indique que la campagne ait été un moyen de promouvoir le véganisme, ce qui a pourtant été clamé en réponse à mes inquiétudes. Autrement dit, cette campagne ne dit pas que Kapparot est comparable à toutes les autres formes d’abattage de poulets, ni que tout cela devrait être stoppé parce que nous ne pouvons justifier le fait de consommer les animaux. Elle cherche très explicitement à la place à discriminer cette pratique comme insupportable sans reconnaître qu’elle n’est pas différente de ce à quoi la plupart des gens participent du moment qu’ils consomment des poulets ou tout autre produit d’origine animale.

Comme Vincent Guihan l’a noté :

Si une association quelconque menait une croisade contre les méthodes juives de circoncision — et seulement contre elles — et niait que cette campagne fût antisémite, je pense que la plupart des gens la désapprouveraient et verraient en elle ce qu’elle est en fait : une campagne honteuse, calculatrice et totalement inacceptable, dénigrant encore plus une communauté déjà marginalisée afin de se faire bien voir de la majorité. Presque toutes les campagnes ciblées encouragent activement la ségrégation. Et ce n’est une bonne chose ni pour les humains, ni pour les non-humains.

Les campagnes ciblées sont, à bien des niveaux, une très mauvaise idée. Elles servent un seul but essentiel : la collecte de fonds. Cela ne signifie pas que les organisations de protection animale embrassent intentionnellement ces campagnes, dont elles savent qu’elles sont contreproductives, afin de faire de l’argent ; cela explique cependant la motivation pratique qui aide à rendre compte de la raison pour laquelle de telles campagnes ciblées et réformistes sont choisies, ainsi que de l’incapacité à reconnaître à quel point elles sont contreproductives.

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Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University

©2014 Gary L. Francione

ADDENDUM du 16 juin 2014 :

Je demande respectueusement, au cas où l’Alliance for Kaporos poursuivrait cette campagne, à ce qu’elle indique sur son site web, et inclue dans toutes les pétitions, correspondances et exposés futurs, une déclaration selon laquelle :

« L’Alliance reconnaît que l’utilisation des poulets durant Kapparot n’est pas différenciable du transport et de l’abattage des poulets dans des contextes non religieux, et qu’elle ne saurait affirmer que les personnes qui participent à Kapparot commettent des actes plus odieux sur le plan moral que celles qui abattent des poulets dans des contextes non religieux, ou qui les consomment (eux ou tout autre produit d’origine animale). Par conséquent, l’Alliance encourage le véganisme, et son opposition à certains aspects de Kapparot doit être envisagée dans ce contexte, et non comme dirigée spécifiquement contre la communauté engagée dans cette pratique. »

Cela ne signifie pas qu’alors je serais d’accord avec une telle campagne et la soutiendrais. Je ne le ferais pas : j’ai trop conscience de la discrimination qu’elle établit contre un groupe de gens, qu’elle « diabolise » pour commettre des actes que par ailleurs chacun perpétue de son côté. Je ne fais que suggérer une manière possible d’en atténuer le ton et de rendre clair le fait que l’exploitation animale n’est pas quelque chose que les autres font, mais qu’elle est, au contraire, quelque chose à quoi presque tout le monde participe.

Gary L. Francione

ADDENDUM des 18 et 19 juin

J’ai reçu nombre de messages peu amènes en réponse à mon inquiétude concernant cette campagne, y compris une accusation, par un membre de l’Alliance to End Chickens as Kaporos, de « bigoterie ».

Un autre défenseur des animaux a déclaré : « J’estime qu’il est préférable de se concentrer sur la reconnaissance et l’appréciation mutuelles, que sur la critique qui peut être blessante et décourageante. » En d’autres termes, il conviendrait de se rendre complice de campagnes qui facilitent la discrimination plutôt que parler contre elles ; nous devrions tolérer l’intolérance. C’est un appel à ignorer la responsabilité morale qui est la nôtre, et ce n’est pas acceptable.

Plusieurs défenseurs ont dit que parce que la campagne anti-Kapparot était conduite par des végans opposés à toute forme d’utilisation des animaux, elle concernait réellement le véganisme et n’était pas problématique. Mais c’est faux. Si une campagne, à l’instar de la campagne anti-Kapparot, dénonce un groupe de personnes bien défini et condamne sa conduite alors que cette conduite n’est en rien différente de celle (directe ou indirecte) de tout non-végan, alors cette campagne pose problème dans les termes que j’ai spécifiés. Le fait que les gens qui s’y impliquent puissent être végans est, en l’espèce, hors de propos.

Regardez cette vidéo figurant sur le site de l’Alliance to End Chickens as Kaporos, et demandez-vous si elle promeut le véganisme de quelque manière que ce soit.

Un autre défenseur a plaidé que puisque certains Juifs soutenaient la campagne anti-Kapparot, cela « ruinait l’idée qu’elle puisse véhiculer de l’antisémitisme. » Mais c’est, là encore, clairement faux. Cela revient à dire que sous prétexte que certaines personnes de couleur s’opposent aux efforts d’élargissement des droits civiques, il n’y aurait pas de discrimination.

Un autre défenseur a clamé que si quiconque pensait que la campagne anti-Kapparot véhiculait un message visant les Juifs de quelque manière que ce soit, l’Alliance to End Chickens as Kaporos ne saurait être tenue responsable d’une telle « dissonance cognitive ». (Je crois qu’il voulait dire « erreur », « dissonance cognitive » n’ayant, dans le contexte, pas le moindre sens.)

Une fois encore, c’est complètement faux. Revenons à l’excellent exemple de Vincent Guihan. Si un groupe de personnes opposées à toute forme de circoncision lançait une campagne appelée « Alliance contre la circoncision juive », parlerait-on d’erreur si le public percevait la circoncision comme une pratique propre aux Juifs ? Bien sûr que non. La simple existence d’une telle campagne laisserait supposer que la pratique juive est le problème.

Je suis sincèrement désolé que certains défenseurs des animaux estiment pouvoir mettre de côté leur sens critique concernant la campagne anti-Kapparot au profit de ce principe sacré selon lequel « vous ne devez jamais contester ce que fait un autre ‘animaliste’ même si cela est clairement problématique ». C’est une conduite quasi religieuse que de croire que c’est faire preuve d’hostilité envers un mouvement dynamique de justice sociale. A contrecœur, j’en viens à la conclusion que de nombreux défenseurs des animaux sont apparemment oublieux de l’antisémitisme, de l’islamophobie systématiques ainsi que d’autres formes de discrimination comme le racisme et le sexisme, et je déplore que les campagnes ciblées, telles la campagne anti-Kapparot, tirent parti des effets de ces formes de discrimination et les exacerbent.

Gary L. Francione

Commentaire : éducation au véganisme et défense de celui-ci, « obliger » les autres à devenir végans, l’éthique animale comme obligation morale et non comme choix

Nous allons reprendre le podcasting puisque le temps le permet.

En fait, nous allons créer une nouvelle série de podcasts intitulée « Vegan.FM ».

Pour l’instant, il s’agit encore du Commentaire Approche Abolitionniste.

Dans ce Commentaire, Anna Charlton et moi discutons :
- de la manière dont vous éduquer afin que vous soyez en mesure d’éduquer les autres ;
- de l’importance de sensibiliser les gens au véganisme et de défendre celui-ci au sein de votre communauté ;
- de l’idée que la défense du véganisme représente une tentative d’ « obliger » les gens à devenir végans ;
- de ce que l’éthique animale est une question d’obligation morale et non de « choix ».

Il s’agit d’un court épisode — de 15 minutes environ.

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Gary L. Francione
Professeur distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

Eat Like You Care à l’Université Temple (Pennsylvanie)

Vidéo de la présentation d’Eat Like You Care à l’Université Temple (Pennsylvanie) du 10 Mars 2014 :

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

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Gary L. Francione
Professeur Distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

Débat sur la consommation des animaux au MoMA

Jeudi soir 17 avril, j’ai eu le plaisir de participer au débat inauguré par le Museum of Modern Art (MoMA) à New York au cours duquel nous devions discuter de la proposition suivante :

« Le design peut nous permettre d’inclure humainement les produits d’origine animale dans notre alimentation. »

Nicola Twilley était d’accord ; je ne l’étais pas.

Vous pouvez visionner le débat ici.

Comme j’ai tenté de l’expliciter dans ma présentation et lors de la période des questions qui a suivi, je pense qu’il y a trois manières d’interpréter la question : l’une purement empirique ; une autre partiellement empirique et partiellement morale ; et une autre enfin complètement morale.

Premièrement, le design peut-il avoir pour résultat moins de souffrance ? Bien sûr qu’il le peut. Concrètement, nous pouvons concevoir des systèmes d’exploitation qui se traduisent pour les animaux par moins de souffrance. C’est clair. Mais cette interprétation de la question est sans intérêt. Je ne crois pas que Nicola et moi soyons ici en désaccord.

Deuxièmement, nous pouvons nous demander si le design peut réduire la souffrance à un point où nous nous sentirions autorisés à qualifier d’ « humain » le degré d’exploitation. C’est ainsi que j’ai perçu la manière dont Nicola Twilley comprenait la question.

Il s’agit d’une question mixte ayant des composantes à la fois morales et empiriques.

Comme j’en ai discuté au cours du débat, parce que les animaux sont des biens meubles, la question de savoir jusqu’où peut aller l’industrie dans la réduction de la souffrance est bornée par des limitations de nature structurelle. Dans l’ensemble, le traitement « humain » des animaux est limité par l’obligation du rendement économique : nous protégeons leurs intérêts dans la mesure où nous en retirons un bénéfice marchand. Par conséquent, les efforts pour rendre leur traitement plus « humain » sont généralement coextensifs aux efforts menés pour réduire les défauts du système d’exploitation et augmenter ainsi les profits. C’est exactement ce que fait — et reconnaît faire — Temple Grandin, conceptrice d’abattoir et consultante auprès de l’industrie de la viande. Elle travaille à éliminer les imperfections de l’industrie et propose de les réduire à travers un traitement plus « humain » des animaux.

Tant que les animaux seront des biens meubles, la capacité des designers à résoudre le problème sera structurellement limitée. Les animaux les plus « humainement » traités demeurent soumis à ce qu’on appellerait de la torture si des humains en étaient victimes.

La raison principale pour laquelle on pense que le design peut rendre l’exploitation des animaux « humaine » et acceptable sur le plan moral, c’est qu’il se trouve des défenseurs des animaux tels qu’Ingrid Newkirk de PETA, qui apposent leur sceau d’approbation sur des gens comme Grandin et sur les « solutions » qu’elle fournit. PETA a décerné un prix à Grandin, la présentant comme une « visionnaire » et comme « la plus grande experte mondiale du bien-être des bovins et des porcs. »

Cela suppose non seulement que le « bien-être » est compatible avec l’exploitation, mais que les consultants qui cherchent à augmenter la rentabilité de l’industrie de la viande ont quelque chose à nous dire sur le bien-être des animaux en tant que question morale. Cela établit et renforce l’idée qu’on peut exploiter les animaux « humainement » de cette manière mixte empirique et morale. A mon avis, c’est tout simplement faux autant au niveau empirique que moral.

Bien que l’éloge de Newkirk à Grandin soit apparemment déconcertant, il est parfaitement logique. Il s’agit ici de relation symbiotique. L’industrie a besoin de welfaristes comme Newkirk pour donner à ses efforts d’efficacité une caractérisation morale positive. L’industrie doit fournir de tels efforts pour être pleinement rentable, et ces efforts ont pour résultat des changements mineurs déclarés « humains » par des personnes reconnues comme étant des défenseurs des animaux. Inversement, PETA a besoin de l’industrie en ce sens qu’elle utilise ses mesures d’efficacité pour proclamer que des « progrès » ont lieu et recueillir ainsi des fonds. Dans la plupart des cas, les campagnes organisées par les associations de protection des animaux ciblent les pratiques industrielles économiquement vulnérables précisément pour cette raison. C’est du pain bénit pour les associations, qui annoncent à leurs adhérents des « victoires » faciles afin de faire le plein de dons.

Comme je l’ai dit au cours de ce débat comme dans mes travaux universitaires et sur mon blog, je considère les actions de groupes tels que PETA hautement problématiques. Je pense que c’est une terrible erreur — et ce quelle que soit la circonstance — de dire que certaines formes d’exploitation qui sembleraient à première vue « meilleures » que d’autres devraient être normativement avalisées, étant donné qu’elles impliquent toujours la violation des droits fondamentaux des animaux. Dire d’un propriétaire d’esclaves qui frappe ses esclaves cinq fois par semaine qu’il est « mieux » que celui qui les bat six fois, ne signifie pas que le premier pratique une forme « humaine » d’esclavage, ni que l’esclavage « meilleur » soit moralement acceptable, ni qu’un propriétaire d’esclaves « meilleur » doive être appelé « visionnaire ».

Troisièmement, on peut interpréter la question de la façon suivante : le design pourrait-il un jour rendre éthique la consommation des animaux ? Ce qui fait d’elle une question purement morale.

Comme je l’ai expliqué au cours du débat, je crois que nous avons déjà répondu à cette question : notre sagesse conventionnelle pose que nous ne devons pas imposer de souffrance et de mort « non nécessaires » aux animaux. Quoi que l’on entende par « nécessité », elle exclut de toute façon la souffrance et la mort données par plaisir ou commodité — sinon la norme morale condamnant l’infliction sans nécessité de souffrance et de mort se vide de son sens.

Or, quelle est notre justification pour infliger chaque année souffrance et mort à 58 milliards d’animaux terrestres ainsi qu’à mille milliards environ d’animaux marins ?

Nous n’avons pas besoin de manger les animaux ni de produis d’origine animale pour avoir une santé optimale ; au contraire, le milieu médical reconnaît de plus en plus qu’ils nous sont nocifs. En résumé, les produits d’origine animale ne nous sont nullement nécessaires, à aucun niveau.

Quant à l’agriculture animale, elle représente sans l’ombre d’un doute un désastre écologique.

Par conséquent, quelle est notre meilleure justification pour infliger — fût-ce « humainement » — souffrance et mort à tous ces êtres sentients (subjectivement conscients) ?

La réponse en est qu’ils ont bon goût. Nous retirons de la consommation des animaux un plaisir gustatif.

Or, personne n’accepterait une telle justification dans aucun autre contexte. Pensez à Michael Vick, le joueur de football qui a organisé des combats de chiens. Tout le monde s’est opposé à ce qu’il a fait.

Pourquoi ?

Parce qu’il a infligé des souffrances aux animaux sans autre raison que celle de son plaisir.

Mais quelle est la différence entre s’asseoir autour d’une fosse pour regarder des chiens s’entretuer et s’asseoir autour d’un barbecue où rôtissent des cadavres d’animaux, boire du lait et manger du fromage ? Dans tous ces cas des animaux ont souffert et sont morts — fût-ce dans les plus « humaines » circonstances.

Il n’y a donc aucune différence. Et comme tout étudiant en droit de première année vous le dira, il importe peu que Mary ait tiré sur Joe avec préméditation ou qu’elle ait engagé Alan pour le faire à sa place : c’est un assassinat dans les deux cas. Il peut y avoir une différence psychologique entre la personne qui commet un acte violent et celle qui en paie une autre pour le commettre à sa place ; mais il n’y a certainement aucune différence morale entre les deux, ce qui explique pourquoi la loi les traite de la même façon.

Je dirais donc que la réponse à la question morale posée par ce débat au MoMA est simple : non.

Si les animaux comptent moralement, nous avons l’obligation morale de ne leur imposer ni souffrance (quel qu’en soit le degré) ni mort, du moins en l’absence d’un véritable conflit où il y aurait contrainte. Et cela n’est certainement pas le cas en ce qui concerne notre consommation d’animaux.

Donc je résume : si d’une part vous prenez les questions morales au sérieux, et si d’autre part vous estimez que les animaux ont une valeur morale, alors devenez végan. C’est la seule option qui soit cohérente avec ce que nous disons — avec ce que vous dites — quant au statut moral des animaux. Tout autre comportement en dehors du véganisme signifie que vous admettez que les animaux comptent moralement, mais que vous pensez avoir le droit de ne pas respecter leurs intérêts fondamentaux pour des raisons triviales. Cela n’a pas le moindre sens.

Je remercie Paola Antonelli, Michelle Fisher ainsi que toutes les personnes formidables du MoMA pour avoir organisé cette conférence.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

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Gary L. Francione
Professeur distingué, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

A propos des « parcours »

Si quelqu’un disait : « Je n’ai pas cessé d’être raciste du jour au lendemain ; cela m’a pris du temps », dirions-nous que le rejet du racisme est une question de parcours « personnel » ? Dirions-nous que nous ne devons pas affirmer que le racisme est, sans la moindre équivoque possible, une mauvaise chose ? Dirions-nous que le fait de continuer d’être racistes — mais des racistes plus « empathiques » — est moralement acceptable ?

Bien sûr que non. Prétendre qu’il ne s’agirait là que d’une question de « parcours » personnel reviendrait à dire qu’il n’y a pas de vérité morale sur le racisme.

C’est exactement la même chose en ce qui concerne les animaux. Prétendre que le véganisme n’est qu’une question de « parcours » personnel revient à dire qu’il n’y a pas de vérité morale sur le spécisme.

Cela revient à nier l’idée que nous ne pouvons justifier l’exploitation animale — fût-elle prétendument « humaine ».

Cela revient à dire que les diverses formes de l’exploitation prétendument « heureuse » sont moralement acceptables et dignes d’être encouragées.

Nous n’adoptons pas un tel discours lorsque des humains sont concernés. Nous ne devons pas le faire non plus avec les droits des animaux.

La plupart des gens ne deviennent pas végans du jour au lendemain. Ce n’est pas une grosse surprise, particulièrement en raison du fait qu’aucune des grosses associations animalistes ne présente le véganisme comme principe moral de base ; et la plupart soutiennent explicitement diverses sortes d’exploitation « heureuse ».

Mais la question ne réside assurément pas dans la manière dont une personne ou la plupart des gens deviennent végans. La question, c’est quelle position doit adopter un mouvement social pour les droits des animaux. Ensuite, comme l’abolitionniste de l’esclavage William Wilberforce (1759-1833) l’a dit : « Vous pouvez choisir de détourner le regard mais vous ne pourrez plus jamais dire que vous ne saviez pas. »

La seule posture morale des droits des animaux doit être la suivante : nous ne pouvons justifier l’exploitation animale et, si nous sommes d’accord pour dire que les animaux ont une importance morale, alors nous épousons nécessairement un mode de vie végan. Il y a le véganisme d’une part, et d’autre part il y a le fait de continuer à participer à une exploitation qui ne peut être justifiée. Il n’y a pas de troisième choix.

La question n’est pas de condamner ou de critiquer qui que ce soit. La question, c’est d’être clair quant aux principes moraux ; c’est d’éduquer au véganisme, d’une manière franche, cohérente et non-violente, celles et ceux qui se soucient des animaux sans être végans.

Si, malgré tout, ces personnes choisissent de ne pas être véganes (ce qui pourtant est la moindre des choses due aux animaux), cela devrait rester leur choix, et non ce qu’un mouvement pour la justice nonhumaine doit promouvoir.

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Si vous n’êtes pas végan, devenez-le s’il vous plaît. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients. Mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même.

Le Monde est Végan ! Si vous le voulez.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University
©2014 Gary L. Francione

Ethique animale : Abolition, réglementation ou citoyenneté ?

En dépit de 200 ans de lois réglementant le bien-être animal, qui exigent un traitement « humain » des animaux et interdisent de leur imposer des souffrances « inutiles », l’exploitation animale n’a jamais été plus répandue ni horrible qu’aujourd’hui.

Le vendredi 11 avril 2014, se tiendra à la Rutgers School of Law, à Newark, une conférence ayant comme sujet : « Ethique animale : Abolition, réglementation ou citoyenneté ? », durant laquelle les nouvelles approches reconnaissant la valeur morale des animaux seront explorées dans un cadre interdisciplinaire par quelques-uns des principaux chercheurs en ce domaine.

Ces nouvelles approches comprennent :

1) l’argumentation en faveur d’un statut des animaux reconnus comme possesseurs de droits ainsi que la contestation de leur utilisation comme ressources humaines — et pas seulement la contestation de leur traitement, leur utilisation étant alors posée comme moralement acceptable (les droits, ou approche abolitionniste) ;

2) la conservation d’un cadre welfariste d’utilisation « humaine » des animaux, mais modifié en certains points (approche réglementariste) ; et

3) la promotion d’une théorie des droits des animaux qui permet une poursuite des relations entre humains et non-humains dans des contextes variés et explore les différentes obligations relationnelles en jeu (approche citoyenne).

Orateurs invités (par ordre alphabétique) :

Anna E. Charlton, professeure adjointe de droit, Rutgers School of Law – Newark, et ancienne directrice de la clinique juridique des droits des animaux de Rutgers
Luis E. Chiesa, professeur de droit et directeur au Buffalo Criminal Law Center, Buffalo
Sherry F. Cold, professeure de droit et chercheuse Charles Evans Hugues, Cornell University
Sue Donaldson, chercheuse indépendante et auteure (co-auteure avec Will Kymlicka de Zoopolis: A Political Theory of Animal Rights)
Michael C. Dorf, professeur de droit Robert S. Stevens, Cornell University
Gary L. Francione, conseil d’administration des professeurs, professeur distingué de droit et chercheur en droit et en philosophie Nicholas De B. Katzenbach, Rutgers School of Law – Newark
Will Kymlicka, professeur à la chaire de philosophie politique du Canada, Queen’s University (Canada)
David Nibert, professeur de sociologie, Wittenberg University
Gary Steiner, professeur de philosophie John Howard Harris, Bucknell University

La conférence démarrera à 10h et finira à 18h. L’entrée est gratuite et ouverte au public, mais la réservation est exigée. Vous pouvez réserver ici, le nombre de places sera limité.

Un déjeuner végan sera disponible à la cafétéria de la Law School. Le coût du déjeuner est d’environ 6$ en dehors des boissons et autres consommations.

Débat du New York Times sur les attelages de chevaux

The New York Times Room for Debate étudie la question des attelages de chevaux dans New York City suite à l’engagement du maire Bill de Blasio à les bannir.

La perspective abolitionniste a été représentée.

Vous pouvez lire le débat dans son intégralité ici.

Gary L. Francione
Professeur, Rutgers University